« Il est plus que temps de réintégrer les soignants non- vaccinés »
Publié le 11/04/2023 à 16:14
Dans une tribune, le kinésithérapeute Nicolas Védrines et le sociologue spécialiste des questions de santé (CNRS-Arènes) Frédéric Pierru défendent la réintégration des soignants non-vaccinés et s’insurgent contre « le caractère inique de la loi du 5 août 2021 » contraire au droit et pouvant mener à des drames.
L’obligation vaccinale contre le Covid-19 des professionnels de santé ne peut se justifier ni par le peu d’ampleur résiduelle de l’épidémie sur une population largement immunisée, ni par l’efficacité vaccinale aujourd’hui incertaine, marginale et éphémère sur l’infection et plus encore sur la transmission. Il s’agit d’un consensus scientifique admis au niveau mondial. La Haute Autorité de Santé (HAS) a donc publié le jeudi
30 mars 2023 un avis favorable à la réintégration des suspendus : l’État devra réintégrer les suspendus. Cependant, afin de pouvoir rétablir cette obligation, il n’abrogera certainement pas cette loi. Alors n’oublions pas la grave disproportion des mesures liées à la loi du 5 août 2021, coûteuse tant pour les suspendus (parmi lesquels nous déplorons même des suicides) que pour notre système de soin et pour la société dans son ensemble, avec des défauts de prise en charge et des décès. Une récente proposition de loi préconise d’abroger cette obligation vaccinale ; il faut donc espérer son adoption pour en finir avec le risque d’un retour de telles suspensions.
À LIRE AUSSI : « Je ne crains pas le jugement » : quand les soignants non vaccinés réintègrent les hôpitaux *
L’avis favorable de la HAS a susicté une violente campagne d’injures , relayée par quelques militants connus pour leurs positions « covidistes » (pro-confinement, pro-zéro covid, pro-masque pour les enfants…). Ces attaques malveillantes font suite à une longue dynamique de propagande pro-vaccinale, où les institutions ont, par stratégie, stigmatisé les suspendus en leur donnant une figure démoniaque. « Antivax », « complotiste », « antiscience », « d’extrême droite », « d’extrême gauche » : par une inversion accusatoire, cette violence des mots cache le caractère inique de la loi du 5 août 2021 allant à l’encontre des règles fondamentales du droit de la fonction publique et du droit social français, menant à une mort professionnelle, économique et sociale, et à des drames. Cette obligation correspond à un chantage à la vie, menant à un viol d’un consentement. Y céder ne saurait être exemplaire, cela ne peut mener à un changement de convictions et entraîne au contraire une perte de motivation professionnelle.
Ceux qui y ont résisté ont manifesté force et droiture (refusant par exemple de faire des faux malgré, certainement, des possibilités). Ces professionnels avaient proposé des alternatives scientifiquement fiables selon les autorités, telles que le masque FFP2 ou le dépistage (protocole réaliste puisqu’utilisé en septembre 2021), alors que la loi du 5 août, interdisant le télétravail ou la possibilité d’être remplacé, illustre clairement qu’il ne s’agit plus de science ou de santé, mais de soumission. Redisons ici la violence de cette loi ne permettant ni chômage, ni indemnités de congé, ni toute autre indemnité, ni arrêt de travail, ni un autre travail, ni une aide à la reconversion… un piège irrespectueux et cruel.
UNE LOI INDÉFENDABLE
Pourtant, cette loi concerne des professionnels dévoués à l’aide envers autrui, et ils l’ont été, en première ligne au printemps 2020 face à un virus inconnu. Si le système sanitaire explose aujourd’hui, ces professionnels ont travaillé dans un milieu où pèse un manque de moyens humains et financiers depuis des années ; le manque d’attractivité est connu et ancien. Le ras-le-bol d’une déshumanisation, aggravée par une telle obligation, n’arrange rien. La population s’en offusque. Et on comprendra que cette loi fasse fuir de potentiels étudiants en école de soins infirmiers.
Si les professionnels de santé sont plus vaccinés que la population générale, concernant le Covid, certains veulent respecter les usages habituels de la science, à savoir un retour sur l’efficacité et la toxicité sur le long terme. C’est la première fois que l’on rend obligatoire un vaccin en phase 3, en AMM conditionnelle. Et c’est la première fois que l’on développe un vaccin ARNm, qui plus est pour un type de virus ayant jusqu’ici toujours fait échec à la vaccination. Concernant les risques, ces professionnels ont compris dès 2020 qu’ils n’étaient que peu ou pas concernés par les risques du Covid, la médiane des décès en 2020 étant de 85 ans.
Ils ont pu constater depuis fin 2021 et Omicron que le vaccin n’est pas efficace contre l’infection, et que les risques du Covid sont encore plus faibles qu’avant. Ils ont pu remarquer que les jeunes sont concernés par des risques d’effet secondaire du vaccin comme les myopéricardites, ou le dérèglement des menstruations (signal en cours d’analyse). Le doute est aussi compréhensible compte tenu des nombreux scandales sanitaires en lien avec l’industrie pharmaceutique, malgré les autorités de contrôle.
À LIRE AUSSI : « Le refus de réintégrer les soignants non-vaccinés trahit une conception scientiste et puritaine de notre droit »
Enfin, cette loi a été associée à de nombreux discrédits scientifiques. Ceux qui bénéficiaient d’une immunité post-infection ont été injustement discriminés, puisque celle-ci est aussi voire davantage protectrice que la vaccination (constat habituel dans les autres maladies). De plus, alors qu’il était martelé « une infection = une injection », trois certificats de rétablissement n’équivalent pas à un schéma vaccinal complet, car l’objectif n’est pas l’immunité mais de vacciner, ce qui tient du dogme. Aussi ces professionnels non contagieux ont-ils pu constater que des collègues positifs pouvaient travailler : quel bel esprit scientifique ! On a aussi eu des étrangers non soumis à l’obligation qui ont pu venir travailler en France ! Et alors que le vaccin bivalent est disponible depuis octobre 2022, seuls 14 % des soignants avaient reçu cette quatrième dose au 13 mars 2023. Plus de 86 % ayant une vaccination datant de plus de trois mois, leur risque d’infection n’est pas inférieur à celui des suspendus. Or, on ne traite pas ces soignants d’« anti-vax »…
UNE OBLIGATION VACCINALE NI SCIENTIFIQUE NI ÉTHIQUE
S’ajoutent à tout cela les discrédits politiques. La santé publique ne peut être ni martyrologie, ni un dogme intangible, ni une affaire de calculs politiciens. Par exemple, que penser de l’obstruction éhontée par le parti présidentiel faite à la proposition de loi de Madame Fiat visant à la réintégration des suspendus ? Est-ce là également une notion d’exemplarité ?
À LIRE AUSSI :Covid-19 : quand les personnels de santé non vaccinés seront-ils réintégrés ?
De plus, il n’est ni scientifique ni éthique de dire qu’un problème ne devrait pas être évalué car il concernerait peu de personnes. Ces professionnels qui aiment leur travail voulaient aider leurs collègues, surchargés, parfois ne pouvant plus soigner. Si toute aide est essentielle car utile, ne pas vouloir lutter contre une seule discrimination est un fait grave. Cela correspond à un extrémisme dangereux.
Selon l’Académie de médecine, « Il n’y a aucune raison d’arrêter l’obligation vaccinale » : ce grave déni explique que la France soit le dernier pays au monde à maintenir cette obligation. Ces propos ressemblent à un dogme menant les autorités sanitaires à une perte de crédibilité. De manière pédante, ce pseudo-consensus serait supérieur à la HAS et aux autres autorités des pays du monde entier… Et selon les « covidistes », ces dernières seraient toutes d’extrême droite ou d’extrême gauche. Quel esprit complotiste !
LIBERTÉ MENACÉE
La science est parfois biaisée. Mais de nombreux réseaux scientistes sont remplis de certitudes : tout avis divergent est une hérésie. Cela permet d’éviter toute critique, tout débat… ce qui est le contraire de la science. Concernant l’hygiénisme actuel ambiant, il néglige toute approche basée sur la santé publique globale, sur le coût et l’intérêt bio-psycho-social pour la société. On en arrive à des soignants déshumanisés, transformés en objets dociles, dépouillés de leur conscience, de leur libre-arbitre et de leur responsabilité.
Enfin, avec une condamnation morale, c’est notre liberté à tous qui est menacée. Si nous ne revenons pas sur cette forfaiture, à qui le tour ? Les obèses ? Les non-sportifs ? L’avocat François Sureau alerte depuis des années sur une inquiétante dérive vers la « démocrature ». Afin de revenir à une confraternité et une solidarité vertueuse et non violente, cette loi du 5 août 2021 doit être abrogée.
Par Nicolas Védrines et Frédéric Pierru
Chronique «Aux petits soins»
«Un sentiment de vide, de flou, de panique» : paroles de soignants non vaccinés
Libération le 11 Avril 2023
Avec leur retour prochain dans les institutions de santé, la parole des personnels ayant refusé la vaccination contre le Covid-19 se fait jour. Le sociologue Frédéric Pierru a recueilli des centaines de témoignages à l’occasion d’une étude sur le sujet.
:quality(70)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/OCZY6T3CPNF3XN2BGX3HJP4LWM.jpg)
par Eric Favereau
publié aujourd’hui à 7h05
Ce sont des témoignages que l’on a du mal à entendre, des mots qui décrivent une impasse. Certes, on peut se dire que ces personnels soignants qui n’ont pas voulu se faire vacciner contre le Covid l’ont bien cherché, il n’empêche, les voilà isolés, perdus, sans emploi : «Je travaille depuis 1984. J’ai commencé comme infirmière pendant sept ans à Paris. Après une formation de puéricultrice, j’ai travaillé deux ans en pédiatrie. J’ai travaillé en protection maternelle et infantile, j’ai été responsable de la pouponnière de mon département pendant trois ans. Je me suis formée régulièrement à la protection de l’enfance. J’ai également fait un DU en psycho-patho du nourrisson, et je me suis formée à la psychothérapie. Je fais partie des soignants mis au pilori pour avoir refusé de se faire vacciner contre le Covid-19.» Et cette femme de 63 ans, courageuse et déterminée, ne comprend pas : «Je vis cette situation comme une grande violence, violence qui a eu des conséquences sur ma santé. Jamais de ma vie je n’aurais imaginé vivre une telle expérience traumatisante, une telle maltraitance. J’ai cherché du travail, mais à mon âge, c’est difficile. Je vis actuellement sur un petit pécule que m’a laissé mon père à son décès, mais mes économies fondent comme neige au soleil.»
Journal d’épidémie
Le Covid redémarre et nous regardons ailleurs
29 mars 2023 abonnés
Aujourd’hui, il semble que la parenthèse va se refermer. Les personnels soignants non vaccinés vont pouvoir reprendre leur activité de soins, après que la Haute Autorité de santé (HAS) a décidé, le 30 mars, de proposer de lever l’interdit pour ceux qui avaient refusé de se faire vacciner contre le Covid – proposition aussitôt reprise par le ministre de la Santé, François Braun. Mais ce retour fait aussi polémique. De nombreux médecins comme des sociétés savantes s’en sont ouvertement agacés, se plaignant non seulement de son caractère symboliquement négatif vis-à-vis de la vaccination, mais aussi de risques cliniques car, «quoi qu’on en dise, le vaccin non seulement diminue fortement le risque de formes graves, mais il diminue aussi le risque de contamination», comme nous le rappelle un membre de la HAS.
«C’est une situation ubuesque»
Malgré tout, c’est la fin d’un épisode. Le sociologue Frédéric Pierru y travaille. Il termine une étude sur les soignants qui ont refusé la vaccination, reçoit des centaines de témoignages. Avec son autorisation, en voilà quelques-uns. «Bonjour, je suis infirmière, j’ai 58 ans, et je travaille dans une clinique privée au bloc opératoire. J’ai eu le Covid fin août 2021. Cela m’a permis de travailler jusqu’en février 2022, où j’ai été suspendue. J’ai à nouveau eu le Covid en novembre 2022, et j’ai pu reprendre, ce qui a fait neuf mois de suspension. Je suis en invalidité 2, donc je touchais mon allocation mais j’avais très peur qu’on me la supprime. J’ai demandé un arrêt de mes remboursements d’emprunt de maison durant six mois, mais j’ai dû demander à mes parents de m’aider financièrement, d’autant que je suis parent isolé avec un enfant étudiant à charge… Je cherche donc des petits boulots ne demandant aucune formation, dans l’agriculture ou autre… C’est une situation ubuesque. Psychologiquement, c’est très difficile à vivre. Je me sens paria, et je suis très angoissée pour mon avenir et celui de mon enfant : vais-je arriver à financer la fin de ses études ? Depuis novembre, je suis à découvert à partir du 20 du mois, ce qui ne m’est jamais arrivé de toute ma vie, c’est très angoissant. Vu mes antécédents, je suis d’autant plus inquiète des conséquences de ce stress sur ma santé. J’oublie probablement d’autres conséquences, mais cela impacte durement ma vie actuelle et les implications sur mon futur sont multiples, à commencer par ma pension de retraite.»
«Je le mérite, je n’ai plus rien !»
Ou encore ce récit de cette aide-soignante suspendue depuis dix-huit mois. «Après un sentiment de colère, c’est l’abandon et un sentiment de vide, de flou, de panique qui s’est emparé de moi. Du jour au lendemain, plus de salaire, pas de chômage, des factures, un loyer, 1 100 euros à trouver tous les mois pour payer mes charges fixes. Mes fils… les repas, l’école, les fournitures, les vêtements, tout est devenu un combat. Très vite, mon moral est tombé au plus bas. Après une expérience de travail au black, où j’ai fait des ménages et des gardes d’enfant auprès d’un homme qui a disparu sans me payer, finalement on m’octroie un RSA et des allocations logement… 750 euros. Je me suis isolée de ma famille, de mes amis et me suis vu prescrire un traitement antidépresseur et anxiolytique. Puis, après des mois de recherche, je trouve une formation qui me plaît, une reconversion qui me motive, mais là mon compte de formation est gelé. Aujourd’hui, je suis désespérée, seule, dans l’incapacité financière de me payer la formation qui me plaît. Je suis endettée. Je n’arrive même plus à passer en voiture devant l’hôpital, traumatisée par l’inhumanité de mes pairs, de mes chefs, de la direction, qui m’ont tous du jour au lendemain littéralement abandonnée, laissée sur le bord de la route, sans rien. Quand tous me félicitaient de mes qualités professionnelles… C’est vraiment dur, cruel, injuste. Je ne vois vraiment pas comment me sortir de cette impasse. La réintégration me fait paniquer. Ma reconversion est devenue un rêve mais ce projet est irréalisable seule. Poser une dispo ? Pour quoi faire ? Démissionner ? Pour quoi faire ? Caissière ? Manutentionnaire ? Pour un smic et des contrats de 26 heures ? Mais qu’au moins on me facilite la reconversion ! Je le mérite ! Je n’ai plus rien ! C’est si long ! Je n’arrive pas digérer tout ce que j’ai perdu, je me sens punie, bannie, salie, piétinée. Je suis triste pour moi, pour mes enfants, quel exemple suis-je devenue pour eux aujourd’hui ?»
Tous vont reprendre du service. Certains craignent que la cohabitation se passe mal entre les vaccinés et les non-vaccinés. D’autres non, attendant leur retour avec soulagement dans des services en mal chronique de personnel.
*Je ne crains pas le jugement » : quand les soignants non vaccinés réintègrent les hôpitaux
Covid-19
Par Chloé Sémat
Publié le 31/03/2023 à 19:20 https://www.marianne.net/societe/sante/je-ne-crains-pas-le-jugement-quand-les-soignants-non-vaccines-reintegrent-les-hopitaux
La Haute autorité de santé a préconisé, jeudi 30 mars, la levée de l’obligation vaccinale pour les soignants. En découlera leur future réintégration, après deux ans de suspension. Comment envisager ce retour, autant pour le personnel qui est resté que pour celui qui revient ? Entre défiance et indifférence, les soignants, vaccinés ou non, témoignent dans « Marianne ».
Vers la fin de l’ère Covid ? Si cette question ne trouve pas encore de réponse, la Haute autorité de santé lève le voile sur une autre, très décriée dans le milieu hospitalier. Jeudi 30 mars, la HAS a préconisé la fin de cette obligation vaccinale pour les soignants, valable depuis 2021, et son remplacement par une simple recommandation. Dans la foulée de cette annonce, le ministre de la Santé, François Braun a indiqué que le gouvernement « suivra l’avis » de l’institution. Une décision qui laisse malgré tout perplexe les autres soignants qui, eux, se sont fait vacciner et ont pu continuer de travailler. À commencer par Rachel Bocher, présidente de l’Intersyndicale des praticiens hospitaliers (INPH) qui s’avoue « surprise » voire « embarrassée » par ce choix : « J’ai l’impression que le gouvernement a perdu sa boussole. »
D’autant que la levée de cette interdiction suppose la réintégration des soignants non vaccinés, renvoyés des hôpitaux et des Ehpad pendant la pandémie. Selon la Fédération hospitalière de France, quelque 4 000 personnes sont concernées, dont 500 infirmiers. « À mon sens, c’est une tempête dans un verre d’eau tempère Jean-Michel Constantin, chef du service anesthésie et réanimation à la Pitié Salpêtrière. Cette décision ne va concerner que 0,3 % des soignants. Leur retour va être aussi transparent que leur absence. »
Même constat pour Bruno Megarbane, chef du service de réanimation l’hôpital Lariboisière à Paris : « Si tant est que les 4 000 soignants concernés réintègrent l’hôpital, cela ne va pas changer les difficultés de l’hôpital public qui ne sont pas seulement liées au manque de personnel mais à un défaut d’organisation. » Si, pour le personnel soignant vacciné, ce retour ne va pas forcément améliorer le fonctionnement de l’hôpital, va-t-elle chambouler les relations entre ceux qui sont restés et ceux qui reviennent ? « Je n’ai pas de problème particulier avec leur réintégration admet le Pr. Megarbane. Peut-être que certains demanderont à changer de service, on ne connaîtra pas forcément leur statut vaccinal. Et globalement, aujourd’hui, tout le monde s’en fout. »
Pour Jean-Michel Constantin, hors de question de traiter différemment les soignants en fonction de leur statut vaccinal au sein de son service : « Il n’y a pas de stigmatisation à avoir, ils ont suffisamment souffert de leurs prises de position. » Pour autant, le chef du service de réanimation à la Pitié-Salpétrière l’avoue : il n’est pas totalement satisfait de l’avis de la HAS et de la décision du gouvernement de le suivre. « Personnellement, le message me gêne : ce sont des soignants qui ont refusé l’évidence scientifique et l’effort de guerre en optant pour des discours contre-productifs et alarmants. »
« INTÈGRE DANS MES CHOIX »
« Quand on a vu mourir beaucoup de patients du Covid en particulier dans nos services, on est forcément marqués et on se vaccine. Ceux qui ne le font pas, c’est leur choix, mais ils mettent en danger les patients et risquent de les contaminer », précise une interne en anesthésie-réanimation à Toulouse. Aux yeux de Cloé, infirmière à Cahors (Lot) de 22 ans, cette réintégration s’apparente à une sorte de privilège : « Je me mets à la place des soignants qui ont été contraints de se faire vacciner alors qu’ils ne le souhaitaient pas et qui voient finalement leurs collègues revenir comme si de rien n’était. »
Néanmoins, la jeune diplômée l’admet : elle ne changera pas pour autant ses relations avec les soignants réintégrés. « Nous sommes tous des professionnels et partageons un but commun : prendre soin des patients. Dès lors que nous œuvrons en ce sens, la décision des uns et des autres ne me concernent pas et m’importent peu. » Un choix qui,pour la plupart des soignants qui ont refusé de se faire vacciner et qui, de fait, ont perdu leur travail pendant plusieurs mois, était bien assumé. Encore aujourd’hui, ils ne regrettent rien.
C’est notamment le cas d’une infirmière de 42 ans, exerçant à Dinan (Côtes-d’Armor) et suspendue depuis septembre 2022. Cette dernière le déclare fièrement : elle « ne craint pas la défiance ni le jugement »potentiels de la part de ses collègues. « Ceux qui oseront me faire des réflexions, je saurai quoi leur répondre parce que je me sens intègre dans mes choix. » Mais tous ne manifestent pas un tel optimisme et n’envisagent en aucun cas un retour dans leur ancien service. « Je ne veux pas retourner dans l’Ehpad où je travaillais, au risque qu’il y ait une nouvelle injonction de ce genre », insiste une ancienne infirmière de l’AP-HP. Et de poursuivre : « Je ne suis pas une pute, je ne suis pas à vendre même si j’ai tout perdu. » Mais la soignante, encore et toujours passionnée par son métier, insiste : elle continuera de réaliser des missions outre-mer où elle ne risque pas d’être « confrontée directement à ce gouvernement ».
Par Chloé Sémat