La réforme des retraites comme la gestion de la crise sanitaire témoignent, selon la philosophe Barbara Stiegler, d’un malaise démocratique profond – Pour un maraicher « un vent de démocratie souffle »

Barbara Stiegler : « Le printemps 2023 porte déjà les couleurs de la démocratie »

Après le 49.3 – Réparer la démocratie

Par Barbara Stiegler

Publié le 09/04/2023 à 6:00 https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/barbara-stiegler-le-printemps-2023-porte-deja-les-couleurs-de-la-democratie

La réforme des retraites comme la gestion de la crise sanitaire témoignent, selon la philosophe Barbara Stiegler, d’un malaise démocratique profond, lié à la Ve République et au néolibéralisme, qui entend soumettre les peuples aux marchés économiques.

Après avoir évoqué une « crise de régime » déclenchée par le centième 49.3 de notre Histoire, les éditorialistes se demandent désormais comment le président va s’y prendre pour « clore la séquence ». Retournement habituel du discours. Une fois passée l’irruption toujours excitante du nouveau, c’est la lassitude qui gagne les commentateurs, et vient le moment où il faudrait passer à autre chose.

Sauf que ce que nous vivons actuellement n’a rien à voir avec une « séquence ». Dans la langue politico-médiatique, ce terme désigne un ensemble sériel de chocs et d’événements clos sur lui-même, avec un début, un milieu et une fin, une sorte de bloc de temps que les politiques auraient pour tâche d’exploiter ou, s’il leur est défavorable, d’« enjamber ». Ceux qui pensent qu’une « séquence chasse l’autre » croient que les citoyens n’ont pas de mémoire et que leurs actes ne s’inscrivent pas dans une temporalité historique. Ils pensent que ce sont les « grands hommes » qui maîtrisent l’agenda et qui actionnent le clap de fin. C’est précisément le pari d’Emmanuel Macron, seul grand homme à ses yeux, et de tous ceux qui, encore nombreux, le soutiennent en le confondant avec l’Ordre. Tous attendent de lui (ou d’un autre) qu’il reprenne la main.

MOUVEMENT POPULAIRE

Or cela n’est pas une sé­quence, car les événements que nous traversons depuis le 16 mars révèlent l’existence, non pas d’une foule amnésique, mais d’un peuple qui se souvient et qui prend son avenir en main. Les chants, les symboles et les couleurs qui animent les cortèges sont saturés de mémoire et de références à l’histoire de France. La démocratie, au sens de la souveraineté populaire instituée par la Révolution française, est au cœur des revendications. Les défilés du printemps 2023 récapitulent toutes les couleurs successives de la contestation sociale et politique du macronisme (2018, 2019-2020), un régime qui a suivi comme jamais les pentes autoritaires de la Ve République.

OUI

Dans la mesure où ils restent raisonnables, je trouve légitime la colère populaire et les manifestations et blocages associés. Qu’on soit d’accord ou …Lire plus

Ce printemps, un vent de démocratie souffle 

« Le pouvoir fait mal. Il n’arrive plus à parler : il communique, il persuade, il prononce, mais il ne dit rien. Il est muet.« 

Ce printemps, un vent de démocratie souffle

– © Étienne Gendrin/Reporterre

Par Mathieu Yon

25 mars 2023 à 09h14Mis à jour le 28 mars 2023 à 09h34 https://reporterre.net/Ce-printemps-un-vent-de-democratie-souffle

Durée de lecture : 3 minutes 

Accaparé par son jardin, le maraîcher bio Mathieu Yon suit néanmoins de près le mouvement social contre la réforme de retraites. En même temps que ses légumes, pousse la soif démocratique, écrit-il.


J’étais dans mon champ le 23 mars. Le printemps me réclamait, hurlant plus fort que la rue, plus fort que les charges de CRS. La veille, j’avais entendu des bribes du discours du président, un discours sans tache, propre, qui sentait l’ordre et la mise au pas. Un discours sans vie. À des années lumières du printemps.

Dans mon champ, je parle aux renards, aux frênes et aux fourmis. Je parle à la rivière aussi. Elle qui voudrait descendre la vallée en secouant rageusement son lit, mais dont la voix est si faible que je l’entends à peine.

En plantant les pommes de terre, je repense au discours du président et à l’impossibilité d’inventer un autre langage. Il faudrait accepter « l’ordre républicain ». Mais où ranger nos rages ? Où plier nos pensées ? Que faire de nos mains qui brûlent « Le langage marche au pas avec les bourreaux. Voilà pourquoi nous devrons inventer un autre langage », écrivait le poète suédois Tomas Tranströmer.

« Le pouvoir n’arrive plus à parler »

Les discours présidentiels font mal. Ils posent des mots comme des pierres tombales. Ils norment au lieu de nommer. En les écoutant, on a du sable dans la bouche, on prend de la poussière dans les yeux. On se détourne, on fronce les sourcils, on se met à tousser, à cracher ces mots qui ne passent pas.

L’assemblée nationale en 49·3 La rue à 1000 degrés #ReformeDesRetraites Paris – 16 mars 2023 NnoMan –

@encrage_photo

https://twitter.com/NnoMan1/status/1636457762996510721?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1636457762996510721%7Ctwgr%5E6d4cf1f297caafebb0b57c8e871625a6cd122bca%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=https%3A%2F%2Freporterre.net%2FCe-printemps-un-vent-de-democratie-souffle

Le pouvoir fait mal. Il n’arrive plus à parler : il communique, il persuade, il prononce, mais il ne dit rien. Il est muet.

Je siège, pour la Confédération paysanne, à Interfel (association interprofessionnelle nationale agricole). Là aussi, rien ne parle. On distribue des statistiques, des normes. Les discours font un bruit de portes automatiques. Tout est déjà plié, rangé, classifié. Il m’arrive d’essayer de dire quelque chose, de proposer une piste. Mais les mots qui sortent de ma bouche tombent sur la moquette du salon d’Interfel en faisant un bruit sourd. Dans ce lieu, je n’arrive pas à parler, car personne ne m’entend. Personne ne veut entendre que le ciel est asséché, que les rivières pleurent, que les abeilles ont la langue tranchée, et que nous courons tous dans la nuit.

« La France essaie de parler »

Une crise démocratique traverse le pays. Nos lèvres et nos palais ont un goût d’incendie. Nos yeux noirs sont des pneus enflammés. Nous essayons de nous adresser à quelqu’un, avec des cris, des pancartes et des feux, mais il n’y a personne. Nos paroles glissent sur les parois du pouvoir.

Place de la République à Paris, le 21 mars, un grand feu de poubelles a été relayé par les chaînes d’info. Toute la France s’est mise à regarder ce feu, comme si le pays avait besoin de se rapprocher et de se raconter des histoires. Des histoires de rois et de têtes, des histoires de paysans et de nobles, des histoires de justice, de ventre vide et d’égalité. La France cherche une histoire qu’elle n’arrive pas à dire. Elle essaie de parler.

Il y a un goût de démocratie dans les rues, dans les ateliers, les usines et les universités. Il y a un goût de démocratie dans nos bouches : un goût de feu de poubelles, de pneus et de palettes. Un goût de foyer. Pas encore une maison, pas encore un commun, mais un foyer de refus et de résistance. Nous commençons à parler, nous apprenons à mettre des mots sur notre soif démocratique.

Une soif démocratique pousse dans le pays en même temps que le printemps. Il faut être sourd pour ne pas entendre cette frondaison !

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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