La santé publique ne peut être ni martyrologie, ni un dogme intangible, ni une affaire de calculs politiciens
Par Nicolas Védrines Frédéric Pierru (CNRS-Arènes)
L’obligation vaccinalene peut se justifier ni par l’ampleur actuelle et prévisible de l’épidémie sur une population et des soignants largement immunisés, ni par l’efficacité vaccinale qui reste incertaine, marginale et éphémère sur l’infection et qui est encore plus incertaine concernant la transmission. Il s’agit d’un consensus scientifique admis au niveau mondial. Ceux qui nient ce fait perdent en crédibilité. La Haute Autorité de la Santé a donc publié le jeudi 30 mars 2023 un avis favorable à la réintégration des suspendus. Cependant le futur décret n’abrogera certainement pas cette loi. En fonction d’un contexte sanitaire et médical différent, un retour de cette obligation vaccinale serait possible. Alors n’oublions pas la grave disproportion des mesures liées à la loi du 5 aout 2021 car coûteuse tant pour les suspendus (parmi lesquels nous déplorons même des suicides) que pour notre système de soin et pour la société dans son ensemble, avec des défauts de prise en charge et des décès. Heureusement une récente proposition de loi du parti communiste propose d’abroger cette obligation vaccinale ; suite à l’avis positif de la HAS, il faut donc espérer un maintien de cette proposition de loi, pour en finir complétement avec le risque d’un retour de telles suspensions.
Actuellement, en réponse à l’avis favorable de la HAS, une violente campagne d’injures se produit sur les réseaux sociaux et dans les médias, par quelques militants connus pour leurs positions « Covidistes » (pro-confinement, pro-zéro covid, pro masque des enfants…). Ces attaques fielleuses font suite à une longue dynamique de propagande pro-vaccinale, où les institutions ont, par stratégie, stigmatisé les suspendus en leur donnant une figure démoniaque. « Antivax », « complotiste », « antiscience », « d’extrême droite », « d’extrême gauche ». Par inaction ces mots semblent avoir été validés par la déontologie des organisations ordinales. Cette figure imaginaire à vocation injurieuse fut donc mise en circulation par des médecins et des médias aux prismes reconnus. Elle est très éloignée de la réalité. Par une inversion accusatoire, cette violence des mots sert à cacher loi scélérate du 5 aout 2021 allant à l’encontre des règles fondamentales du droit de la fonction publique et du droit social français, menant à une mort professionnelle, économique et sociale, et, pour certains, à la mort tout court. Cette obligation correspond à un chantage à la vie, menant à un viol d’un consentement. Ces viols ne peuvent être des exemples, ils ne peuvent mener à un changement de convictions, ils ne peuvent que mener à la haine et à une perte de motivation professionnelle. Ils sont donc, à long terme, très contre-productifs. Ceux qui ont résisté ont une volonté forte et honnête (pas de faux malgré, certainement, des possibilités) et ils ne changeront pas d’avis. Retenons aussi que le non- consentement d’un suspendu n’a pas à être moins respecté que celui venant de la population générale. Jamais personne n’a pensé à interdire les métiers scientifiques aux non vaccinés… Chose essentielle, ces professionnels avaient proposé des alternatives scientifiques fiables selon les autorités telles que le masque FFP2 ou le dépistage (Pass sanitaire, et protocole pour les soignants non vaccinés en septembre 2021) et alors que la loi du 5 aout n’a rien de scientifique en interdisant le télétravail ou la possibilité d’être remplacé. Que les choses soient claires : il
s’agit d’une loi non sanitaire et faite pour soumettre, ce qui permet de prendre conscience de la violence de cette loi ne permettant ni chômage, ni indemnités de congé, ni toute autre indemnité, ni arrêt de travail, ni un autre travail, ni une aide à la reconversion… un piège, irrespectueux, martyrisant.
Et pourtant cela concerne des professionnels dévoués à l’aide envers autrui, et ils l’ont été, en première ligne au printemps 2020 face à un virus inconnu. Si le système sanitaire explose aujourd’hui, ces professionnels ont travaillé dans un milieu où il y a un manque de moyens humains et financiers depuis des années ; s’il y a un manque d’attractivité vers ces professions, ça n’est pas pour rien. Alors le ras-le-bol d’une déshumanisation qui continue en excluant par une telle obligation, cela n’arrange rien. Des vaccinés s’en offusquent, la population s’en offusque. On comprendra que cette loi fasse fuir de potentiels étudiants en école d’infirmière, par exemple. Si les professionnels du sanitaire sont plus vaccinés que la population générale, concernant le Covid-19, certains veulent respecter les usages habituels de la science, à savoir un retour sur l’efficacité et la toxicité sur le moyen et le long terme. C’est la première fois que l’on rend obligatoire un vaccin en phase 3, en AMM conditionnelle. Et c’est la première fois que l’on développe un vaccin ARNm pour un problème infectieux. Concernant les risques, ces professionnels ont compris en 2020 qu’ils sont peu ou pas concernés par les risques du Covid ; la médiane des décès en 2020 est de 85 ans… Ils ont pu constater depuis début 2022 et Omicron que le vaccin n’est pas du tout efficace contre l’infection et la transmission, et que les risques du Covid sont encore plus faibles qu’avant. Ils ont pu remarquer que les jeunes professionnels sont principalement concernés par des risques d’effet secondaire du vaccin comme les myopéricardites, ou le dérèglement des menstruations (signal encore en cours d’analyse). Ils savent aussi qu’aucune étude n’a été probante concernant l’efficacité contre la transmission, et encore moins depuis Omicron. Le doute est aussi compréhensible compte tenu des nombreux scandales sanitaires en lien à l’industrie pharmaceutique, malgré les autorités de contrôle.
Enfin, cette loi a été associée à de nombreux discrédits scientifiques. Ceux avec une immunité post infection ont été injustement discriminés puisque celle-ci est autant voir meilleure que la vaccination car plus durable et robuste. Ce bilan scientifique de la supériorité de l’immunité naturelle n’avait pourtant rien d’un scoop puisque c’est le constat scientifique habituel dans les autres maladies… De plus, tandis que « 1 infection covid = 1 dose de vaccin », trois certificats de rétablissement n’équivalent pas à un schéma vaccinal complet car l’objectif n’est pas l’immunité mais de vacciner (par dogme). Aussi ces professionnels non infectés constatent que des infectés peuvent travailler : quel bel esprit scientifique ! On a aussi eu des étrangers non soumis à l’obligation qui ont pu venir travailler en France ! Et alors que la dernière dose obligatoire date de février 2022 (donc de 13 mois), et que le vaccin bivalent est disponible depuis octobre 2022, seuls 14 % des soignants ont reçu cette 4ème dose au 13 mars 2023. Plus de 86% ayant une vaccination datant de plus de 3 mois, leur risque d’infection n’est pas inférieur à celui des suspendus. Et on ne traite pas ces soignants d’« anti-vax »…
Ces professionnels qui aiment leur travail voulaient aider leurs collègues, surchargés de travail, parfois ne pouvant plus soigner. Mais des politiques peu aimant des pratiques démocratiques leur ont interdit. Que penser du dépôt de centaines d’amendements aussi inutiles qu’intempestifs du parti présidentiel qui a entravé l’acceptation de la proposition de loi de Madame FIAT visant à la réintégration des suspendus à l’Assemblée ? Ce n’est pas une pratique respectueuse de la démocratie.
Concernant un argument fréquemment répété, il n’est ni scientifique ni éthique de dire qu’un problème ne devrait pas être évalué car il concernerait peu de personnes (avec un chiffre des suspendus volontairement sous-estimé). Si toute aide d’un professionnel est essentielle car utile, ne pas vouloir lutter contre une seule discrimination est un fait grave. Cela correspond à un extrémisme dangereux.
Selon l’Académie de médecine « Il n’y a aucune raison d’arrêter l’obligation vaccinale », ce grave déni explique que la France soit le dernier pays au monde à suspendre des professionnels non vaccinés. Ces propos de l’Académie ressemblent plus à un dogme pro vaccination, non scientifique et menant les autorités sanitaires à une perte de crédibilité. Les membres de la cellule Covid, déjà très âgés, devraient démissionner. On peut même s’interroger sur des positions biaisées, entretenues par des réseaux (commerciaux, politiques, financiers…). De manière pédante (caractéristique française mondialement reconnue), leur pseudo consensus serait supérieur à la HAS et aux autres autorités des pays du monde entier… D’ailleurs, les autorités sans obligation vaccinale seraient toutes d’extrême droite ou d’extrême gauche, puisque les Covidistes osent encore argumenter avec le pseudo épouvantail des extrêmes. Le monde serait tombé dans l’extrémisme… quel esprit complotiste !
Concernant le scientisme, la science est parfois fausse, biaisée. Mais de nombreux réseaux scientistes sont remplis de dogmes et de certitudes ; tout avis divergent est une hérésie. Cela permet d’éviter toute critique, tout débat… ce qui est le contraire de la science. De même, concernant l’hygiénisme actuel ambiant, il néglige toute approche basée sur la santé publique globale, sur le coût et l’intérêt bio-psycho-sociale pour la société. On en arrive à des soignants déshumanisés, transformés en objets dociles, dépouillés de leur conscience, de leur libre-arbitre et de leur responsabilité. La « science » des dogmatiques de la vaccination est une bio-science qui n’a que faire des déterminants sociaux de la santé. Richard Horton, l’éditeur en chef du Lancet, l’avait dit : le Covid-19 n’est pas une pandémie c’est une syndémie : le Sars-Cov2 a frappé des sociétés vulnérables et les plus vulnérables d’entre tous.
Lorsque l’on sait les difficultés de la courageuse députée européenne Michèle Rivasi à obtenir la transparence sur les contrats signés entre Pfizer et Mme Ursula Van der Layen, tout citoyen a de bonnes raisons de douter du petit cercle de la raison sanitaire dont les Inquisiteurs autoproclamés de la santé « publique ».
Enfin, avec la condamnation morale des soignants non-vaccinés, c’est notre liberté à tous qui est menacée. L’avocat et haut-fonctionnaire François Sureau alerte depuis des mois sur l’inquiétante dérive vers la « démocrature ». Car à qui le tour après ? Les obèses ? Les non- sportifs ? Abrogeons cette loi du 5 aout 2021, comme l’exige une récente proposition de loi déposée par M. le député M. Jean-Victor Castor, afin de revenir une confraternité et une solidarité vertueuses.
Au contraire d’un tweet honteux de M. Mathias Wargon, urgentiste, écrivant à la suite de l’avis de la HAS : « Avec la réintégration des non vaccinés, on remarque l’effort gouvernemental de s’attirer les voix des électeurs de Philippot et de la LFI, qui ont depuis le début tout fait pour plaisir aux antivax » (30 mars 2023).
M. Wargon a vendu la mèche : toute la gestion de la pandémie fut politique. On se souvient que M. Édouard Philippe parlait de la réforme des retraites alors le Sars-Cov-2 était à nos portes. On se souvient de M. Macron évoquant le pass sanitaire pour mieux évoquer à la réforme polarisante de l’assurance-chômage. Comment emporter l’adhésion de la population quand on ne parle qu’à ses électeurs, les personnes âgées de plus de 65 ans, quitte à sacrifier nos enfants, nos étudiants, nos jeunes actifs ? Ah oui, il est vrai, eux ne votent pas, ou moins.
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