Médecins intérimaires hospitaliers: 50% prêts à accepter une baisse de rémunération, pendant que d’autres veulent porter plainte et que le Conseil de l’Ordre appelle les médecins à « respecter le tact et la mesure dans les rémunérations » 

Plus de la moitié des médecins intérimaires seraient prêts à reprendre un poste fixe à l’hôpital, mais…    

Par Louise Claereboudt le 27-03-2023 

https://www.egora.fr/actus-pro/hopitaux-cliniques/79681-plus-de-la-moitie-des-medecins-interimaires-seraient-prets-a?utm_source=ownpage&utm_medium=email&utm_campaign=20230402&_ope=eyJndWlkIjoiOGFhNDgzMzIwMWE0MDhlOGE1ZDc3NmFjMGI4NDRiYmMifQ%3D%3D

A une semaine de la mise en application du plafonnement de la rémunération des médecins intérimaires, une enquête intersyndicale montre qu’une majorité de ces professionnels seraient en réalité prêts à revenir à l’hôpital à un poste fixe et unique, à certaines conditions… 

Alors que le plafonnement des rémunérations des médecins intérimaires doit entrer en application le 3 avril prochain, plusieurs syndicats* ont mené une enquête auprès de ces praticiens « afin de mieux connaître leurs conditions d’exercice et leurs motivations ». Objectif avancé : identifier les « facteurs qui pourraient les faire revenir à une carrière hospitalière » alors que l’hôpital est « à l’agonie ».

Les résultats de cette enquête ont été diffusés vendredi 24 mars, avant, donc, l’annonce faite ce lundi par François Braun d’une revalorisation de 20% du plafond de rémunération, passant de 1170 euros brut pour 24h à 1390 euros.

800 praticiens remplaçants et intérimaires – pour l’essentiel urgentistes et anesthésistes-réanimateurs – ont répondu au questionnaire des syndicats. Une large majorité d’entre eux (82%) sont d’anciens médecins hospitaliers ayant fait le choix de quitter leur poste fixe pour gagner en liberté d’emploi du temps (76%), en maîtrise du temps de travail (77%), et en gains financiers (68%). 

« D’autres ont fait le choix de l’intérim plutôt que d’exercer à temps plein et/ou faire du temps de travail additionnel dans son propre établissement : cherchez l’erreur ! », notent les syndicats dans un communiqué de presse détaillant les résultats de l’enquête. 

« On a maintenu l’hôpital à bout de bras et aujourd’hui on nous jette »: la rage des médecins intérimaires

Alors que le Syndicat national des médecins remplaçants des hôpitaux (SNMRH) a estimé à au moins 70 le nombre d’établissements de santé menacés de fermeture du fait de la mise en application de la loi Rist, l’enquête intersyndicale montre que plus de la moitié des médecins intérimaires seraient prêts à revenir à l’hôpital à un poste de PH. Mais sous conditions… 

D’après les résultats, 50,5% réclament un décompte précis du temps de travail, 52,2% « un dimensionnement adéquat de l’équipe », ou encore 49,2% une gouvernance plus démocratique. 35,7% des répondants seraient prêts à prendre un poste à l’hôpital s’il y avait une restitution immédiate des quatre années d’ancienneté pour les praticiens nommés avant octobre 2020. 

Toutefois, les perspectives semblent peu favorables à un retour de ces personnels vers les hôpitaux. Ces derniers redoutant peut-être que… 

leurs conditions ne soient pas garanties ? Seuls 16,7% des répondants se projettent dans un poste fixe à l’hôpital, 12,4% pour un poste dans un établissement privé non lucratif, et 23% pensent à s’installer dans le privé lucratif. 27,5% se voient encore faire de l’intérim dans le futur. Mais, enseignement inquiétant, 20,4% envisagent de changer de métier. 

Estimant que l’intérim médical est « indispensable à la flexibilité dans tous les métiers, et particulièrement indispensable aujourd’hui à la survie de certaines structures », les syndicats craignent que l’application de la loi Rist ne provoque « une nouvelle dégradation des soins », même s’ils conviennent que « le choix de ce mode d’exercice ‘à vie’ doit interroger ». 

Afin de « passer le cap du 1er avril sereinement » et de « ne pas asphyxier certains territoires », les syndicats appellaient vendredi à « relever le plafond [1 170 euros pour 24 heures] de l’intérim à un niveau jugé acceptable par les médecins intérimaires ». Chose faite hier par le ministre de la Santé. Mais dans un tweet diffusé ce mardi matin, le Syndicat national des médecins remplaçants des hôpitaux (SNMRH) a dit refuser toute « négociation » et a réclamé « l’abrogation » pure et simple de la loi Rist.

Interrogés en amont dans le cadre de l’enquête, près de 60% des praticiens intérimaires et remplaçants ont jugé acceptable un forfait unique net pour tous les remplaçants de 650 euros par jour + 650 euros par nuit de garde ». 

Les syndicats ont demandé en parallèle de revaloriser « en miroir » les rémunérations des praticiens restés sur des postes fixes, avec « un reclassement immédiat de tous les praticiens hospitaliers nommés avant 2020 dans la nouvelle grille avec restitution des 4 ans d’ancienneté ». Mais aussi une « reconnaissance de la permanence des soins » : une rémunération des gardes à 600 euros, un plafonnement de l’astreinte à 400 euros, un temps de travail additionnel à partir de 40 heures hebdomadaires, indemnisé 650 euros net pour deux plages de cinq heures, etc.  

Le coût de l’intérim probablement 3 fois plus élevé qu’annonce 

L’enquête intersyndicale s’est intéressée aux modes de recrutement des médecins intérimaires ou remplaçants. Moins de 15% sont exclusivement recrutés par des agences d’intérim, alors que 43% sont exclusivement recrutés de gré à gré, c’est-à-dire au cas par cas. 42% des praticiens ayant répondu aux syndicats utilisent ces deux modes de recrutement. Face à ce constat, l’intersyndicale avance que le coût de l’intérim en France est donc « bien supérieur aux estimations » basées sur l’activité de ces entreprises. « Le montant annoncé de 2 à 3 milliards d’euros pourrait être ainsi à multiplié par trois, soit 6 à 9 milliards par an », écrivent conjointement les syndicats pour qui, il ne s’agit « probablement pas de mercenariat – ou alors en très faible proportion ».  

*Le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi aux autres spécialités (SNPHARE), Samu Urgences de France, le Syndicat national des pédiatres des établissements hospitaliers (SNPeH), Action Praticiens Hôpital, Jeunes Médecins, le Syndicat national des jeunes anesthésistes-réanimateurs (SNJAR), l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), le Collectif santé en danger, et le Syndicat national des médecins remplaçants hospitaliers. 

« Rage obsessionnelle » de Braun, « épidémie de haine », « insultes » : les médecins intérimaires déterminés à porter plainte   

Par Louise Claereboudt le 28-03-2023

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« En déclarant la guerre à ses propres médecins, c’est tout un peuple que ce Gouvernement irresponsable a décidé de mettre en grave danger ! », écrit le président du Syndicat national des médecins remplaçants des hôpitaux, dans une lettre ouverte aux élus. 

« Cela doit cesser », répète le Dr Éric Reboli, président du SNMRH, dans une lettre adressée le 26 mars aux élus français. Alors que le conflit entre le Gouvernement et les médecins intérimaires ne cesse de s’enliser à mesure que la date de mise en application de loi Rist approche, l’urgentiste a demandé le soutien des élus. « Assumerez-vous toute cette souffrance et ces décès précoces et évitables engendrés par cette loi inique ? Pourrez-vous sciemment cautionner cette entreprise de destruction massive ? Ensemble, n’avons-nous pas assez souffert ? Il est encore temps de nous rejoindre », écrit-il, appelant à l’union « dans un mouvement salvateur ».

Alors que l’exécutif, par la voix de son ministre de la Santé, entend mettre fin aux dérives de l’intérim « cannibale » en plafonnant les rémunérations, les médecins intérimaires dénoncent une mise en application brutale, « annoncée à coups de menaces et d’insultes à notre égard », et une cabale à leur encontre. « Ce passage à l’acte violent s’accompagne de la volonté de livrer à la vindicte populaire les responsables désignés (et enfin trouvés !) de tout cela ; les ‘méchants médecins’ qui ne veulent pas travailler (dans des conditions inacceptables) », estime le Dr Reboli.

Pour tenter d’éteindre l’incendie, François Braun a décidé hier, lors d’un déplacement dans l’Orne, de relever le plafond de rémunération, initialement fixé à 1170 euros brut pour 24 heures à 1390 euros brut. Il s’agit d’une « remise à niveau par rapport aux revalorisations qui ont eu lieu pour les médecins hospitaliers » depuis 2016, date à laquelle le montant de 1.170 euros avait été fixé, a précisé le ministère. Une annonce qui n’a pas convaincu le SNMRH qui a refusé toute « négociation » et réclamé « l’abrogation » pure et simple de la loi Rist, « qui méprise les médecins ».

« On a maintenu l’hôpital à bout de bras et aujourd’hui on nous jette »: la rage des médecins intérimaires

Chaque jour, « ce sont des dizaines d’insultes et de propos méprisants que nous lisons ou entendons dans les communiqués des instances qui sont censées nous employer et travailler main dans la main avec nous, déplore son président. Une rage obsessionnelle qui émane de notre propre ministre, de nos propres tutelles ! Une épidémie de haine qui nous atteint tous : médecins libéraux, titulaires, praticiens hospitaliers, généralistes, spécialistes, internes, externes... » Il poursuit : « Nous sommes assimilés à des êtres avides de chair humaine, criminalisés, prêts à tuer pour assouvir notre avidité, cupidité », s’insurgeant de l’emploi des termes « mercenaires cannibales ».

« Méritons-nous tant de haine ? »

« Méritons-nous tant de haine ? », interroge le praticien, qui souligne que les intérimaires ont porté à bout de bras « des services sinistrés », faute de médecins en poste fixe, y compris durant l’épidémie de Covid-19. Le président du SNMRH appelle les élus à « ne pas être dupes ». « Sous prétexte de moralisation et de dénonciations de quelques brebis galeuses que nous condamnons fermement, il s’agit de détruire encore davantage l’hôpital public », assure le Dr Reboli, qui pointe du doigt une tentative de « privatisation sournoise » du système de santé.

« En déclarant la guerre à ses propres médecins, c’est tout un peuple que ce Gouvernement irresponsable a décidé de mettre en grave danger ! », juge le syndicaliste, alors que, selon le SNMRH, au moins 70 hôpitaux risquent de fermer dès le 3 avril. Pour le Dr Reboli, « l’heure est grave », le « point de non-retour » a été atteint. « Nous sommes déterminés à ne plus courber l’échine et être corvéables à merci, abandonnés sur l’autel d’une médecine sacrificielle », lance le représentant des intérimaires. 

Une lutte pour ces professionnels, mais aussi pour « tous les soignants », assure le Dr Reboli, qui craint « un nivellement par le bas », car à ses yeux, l’encadrement de l’intérim « ouvre la porte au plafonnement de tous les salariés dans le public et le privé ».  

L’urgentiste assure que les intérimaires ne laisseront plus rien passer : « Nous sommes déterminés à porter plainte auprès de notre Ordre des médecins et toute autre instance compétence pour toutes les injures, calomnies et diffamations à notre égard. » « Nous sommes déterminés à honorer notre serment, le serment d’Hippocrate, et désespérés dans le même temps, de n’avoir d’autre choix que de prendre les devants, pour nous ‘défendre’ », déplore le Dr Reboli

Face à un Gouvernement qui « travaille avec acharnement » à diviser les médecins, le praticien appelle les élus à les rejoindre dans leur lutte, « car l’enjeu est immense ». « Au-delà de l’abrogation totale et définitive de la loi Rist, c’est toute la confiance d’un peuple envers ses médecins, qu’il s’agit de restaurer. » Il en va aussi de la « survie » des structures hospitalières publiques en France de proximité, fustigeant une politique du « quoi qu’il en coûte en vies humaines ».

« Contraint » d’appeler les intérimaires à la grève pour dénoncer ce « mépris », le SNMRH exige « un changement de comportement envers tous les soignants » et une « juste rémunération pour le travail difficile et la plus-value sociétale ». « Les applaudissements ne suffiront pas, sachez-le ! », lance le Dr Reboli, qui prévient : « Nous n’excluons pas dans les semaines et mois à venir des actions plus ‘chirurgicales’ en fonction des décisions gouvernementales à venir. »

Lette lettre ouverte ALERTE tous les #éluslocaux des conséquences dès le 3 Avril des décisions gouvernementales sur les #hopitaux avec #rist#médecinbashing

https://twitter.com/cdmrehp/status/1640239055718817793/photo/1

https://twitter.com/Marcpayet75

Régulation de l’intérim médical : l’Ordre appelle les médecins à « respecter le tact et la mesure dans les rémunérations »   

Par Marion Jort  le 30-03-2023 https://twitter.com/cdmrehp/status/1640239055718817793?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1640239055718817793%7Ctwgr%5E5e5bbb6d1a8ff55bb446f26306fd462c37499079%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.egora.fr%2Factus-pro%2Fhopitaux-cliniques%2F79691-rage-obsessionnelle-de-braun-epidemie-de-haine-insultes-les

Dans un communiqué, le Conseil national de l’Ordre des médecins appelle les pouvoirs publics à “renforcer le dialogue” avec les médecins hospitaliers… tout en demandant aux intérimaires et aux administrations hospitalières de “respecter le tact et la mesure dans les rémunérations”. Il invoque des “pratiques qui n’ont déontologiquement plus lieu d’être.” 

“L’actualité porte une fois encore sur les tensions très fortes de notre système de santé et les difficultés de l’accès et de la continuité des soins”, écrit le Cnom dans un long communiqué publié ce jeudi 30 mars, ciblant plus particulièrement les vives oppositions à l’encadrement de l’intérim médical qui doit entrer en vigueur le 3 avril prochain. 

Prévue par la loi Rist, cette mesure “suscite actuellement émoi et fortes inquiétudes”, alerte le Cnom. Insistant sur le fait que la place des médecins intérimaires “s’est avérée nécessaire au maintien des exigences de sécurité des hôpitaux publics et parfois même à celui du maintien des activités hospitalières”, l’instance souligne toutefois que “certaines pratiques excessives de rémunération ont pu s’installer dans un contexte de fortes disparités territoriales d’attractivité et de concurrence entre établissements de santé”. Mais pour le Cnom, ces pratiques n’ont “déontologiquement plus lieu d’être”. 

« Rage obsessionnelle » de Braun, « épidémie de haine », « insultes » : les médecins intérimaires déterminés à porter plainte 

C’est pourquoi, l’Ordre a décidé d’appeler les intérimaires et l’administration à “respecter le tact et la mesure dans les rémunérations sollicitées auprès des établissements de santé et à honorer leur part de service public, en respectant en particulier les engagements déjà contractualisés”. Pour son président, leur solidarité vis-à-vis de nos confrères hospitaliers et de la population est “légitimement attendue”. 

Cependant, “pour que l’hôpital garde ses médecins”, le Cnom souhaite que les pouvoirs publics puissent renforcer “sans délai” le dialogue afin de travailler sur l’attractivité des carrières hospitalières.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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