En 2021, 10,3 % de la population vivant en France est immigrée, contre 6,5 % en 1968. Les origines de la population immigrée se sont diversifiées en cinquante ans, les nouveaux immigrés arrivant en France étant nés dans des pays de plus en plus variés.

VRAI OU FAKE : la France est-elle une terre d’immigration ?

Publié le 08/12/2022 17:27

https://www.francetvinfo.fr/societe/immigration/vrai-ou-fake-la-france-est-elle-une-terre-d-immigration_5532432.html

Article rédigé par 

L.Augry, N.Jayer, G.Lombard – franceinfo

France Télévisions

Le président de la République a affirmé que la France s’était construite avec l’immigration. Le pays a, en effet, connu différentes vagues.

Emmanuel Macron affirme que la France s’est construite à travers son histoire, avec l’immigration. Il estime que l’économie française en a eu besoin. Selon la définition de l’INSEE, un immigré est une personne étrangère, née à l’étranger et qui réside en France. Dès la fin du XIXème siècle, l’immigration augmente pour répondre aux besoins dans les mines, dans les industries et dans l’agriculture. Des ouvriers de Belgique, d’Allemagne ou d’Italie viennent alors en France.   

Une nouvelle phase dans les années 2000  

En 1891, un million d’étrangers sont en France, ce qui représente 3 % de la population. « La France est un pays d’immigration, d’entrée, parce qu’on a besoin de travail », indique Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherches au CNRS, spécialiste des migrations. L’immigration a continué d’augmenter après la Seconde guerre mondiale avec des hommes venus de Pologne, d’Espagne, du Portugal et du Maghreb qui sont venus reconstruire le pays. Depuis le début des années 2000, une nouvelle phase d’immigration, plus diversifiée, a lieu. 

En France, des immigrés plus nombreux, aux origines plus diverses et aux trajectoires ascendantes d’une génération à l’autre

Le pays compte 7 millions d’immigrés selon l’Insee, soit 10,3 % de la population. Leurs conditions de vie sont marquées par une pauvreté et des difficultés face à l’emploi plus importantes. Toutefois, leurs descendants connaissent une nette ascension sociale. 

Par Julia PascualPublié le 30 mars 2023, modifié hier à 01h27 https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/03/30/en-france-des-immigres-plus-nombreux-aux-origines-plus-diverses-et-aux-trajectoires-sociales-ascendantes_6167623_3224.html

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Une femme afghane arrivée en France avec d’autres familles de réfugiés suite à leur évacuation de Kaboul, à Villeurbanne (Rhône), le 31 août 2021.
Une femme afghane arrivée en France avec d’autres familles de réfugiés suite à leur évacuation de Kaboul, à Villeurbanne (Rhône), le 31 août 2021.  OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

C’est une photographie de la population immigrée et de ses descendants, une photographie sociale qui raconte qui sont les immigrés, d’où ils viennent, pourquoi ils migrent, où et comment ils s’insèrent et ce que deviennent leurs enfants après eux. Jeudi 30 mars, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publié une somme d’études démographiques intitulée « Immigrés et descendants d’immigrés en France ».

Une immigration qui augmente et se diversifie

Cet ouvrage permet d’apprécier les dynamiques à l’œuvre dans un pays où la part d’immigrés dans la population est passée de 6,5 % à 10,3 % entre 1968 et 2021. Ce faisant, avec 7 millions de personnes, la France se situe dans la moyenne en Europe, où des pays à forte immigration comme le Luxembourg, Malte et Chypre distancent des pays comme la Bulgarie ou la Roumanie, qui se situent à l’opposé.

INFOGRAPHIE LE MONDE

Leur profil a profondément évolué dans le temps. Alors qu’en France, en 1968, 72 % étaient originaires d’Europe du Sud et du Maghreb, ceux-ci représentent aujourd’hui 45 % des immigrés (en France vivent ainsi 887 000 immigrés d’Algérie et 600 000 du Portugal). Depuis les années 2000, ce sont en particulier les arrivées en provenance d’Asie et d’Afrique subsaharienne qui progressent. Facilitée par la libre circulation, l’immigration intra-européenne est elle aussi dynamique. En 2021, 48 % de l’ensemble viennent d’Afrique, un tiers d’Europe et 14 % d’Asie.

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Les femmes, qui représentaient 44 % de la population immigrée en 1968, sont désormais une majorité (52 %). De même, les immigrés sont dans leur ensemble plus diplômés que par le passé (43 % de ceux arrivés en 2019 et âgés de 15 ans ou plus sont diplômés de l’enseignement supérieur, contre 38 % de ceux venus en 2006). Les motifs de venue en France se diversifient eux aussi. L’immigration familiale recule (elle ne représente plus qu’un tiers des nouveaux titres en 2021, contre la moitié en 2007) au profit de l’immigration étudiante – qui a représenté pour la première fois le premier motif de venue en 2021 –, mais aussi professionnelle (13,3 % des titres délivrés en 2021, trois fois plus qu’en 2007) et politique (14,6 %).

Des immigrés plus touchés par le chômage

Une fois en France, les immigrés suivent des trajectoires sociales qui se distinguent de la population générale. Ils se concentrent dans les grandes aires urbaines et les départements frontaliers. A titre d’exemple, « alors que 10 % de la population française est immigrée en 2020‑2021, cette proportion atteint 20 % à Paris et 32 % en Seine‑Saint‑Denis », souligne l’Insee. Ils présentent en outre un désavantage net par rapport au reste de la population face à l’emploi. Alors qu’en 2021, 7 % des personnes ni immigrées ni descendantes d’immigrés sont au chômage, c’est le cas de 13 % des immigrés.

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Lorsqu’ils sont en emploi, ils sont plus souvent en CDD et en intérim que le reste de la population et « occupent également plus souvent des emplois moins qualifiés, associés à des rémunérations moindres et des conditions de travail plus difficiles », souligne l’Insee. Par exemple, 39 % des hommes immigrés en emploi sont ouvriers, contre 29 % des hommes ni immigrés ni descendants d’immigrés.

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Ils sont aussi surreprésentés dans certains secteurs d’activité comme les métiers d’aides à domicile ou d’assistantes maternelles pour les femmes d’Afrique, ou le secteur de la construction pour les hommes d’origine européenne.

Pour expliquer les différences de taux et de qualité d’emploi, l’Insee identifie plusieurs facteurs : le moindre niveau de diplôme (38 % n’ont aucun diplôme, contre 16 % des non-immigrés), la non-reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger ou encore la moindre maîtrise de la langue française. C’est notamment le cas des réfugiés, qui sont moins souvent originaires de pays francophones (30 %) que le reste des immigrés (67 %).

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Les femmes sont dans une situation d’éloignement du marché du travail particulièrement marquée. Bien que plus diplômées, elles sont « neuf fois plus souvent inactives et trois fois moins en emploi à temps complet que les hommes », relève l’Insee. Si le motif de la migration, qui est familial dans les trois quarts des cas pour les femmes, peut expliquer en partie cette situation, il ne suffit pas à lui seul. « La probabilité d’être inactives augmente avec le nombre d’enfants et le fait de vivre avec un conjoint », note l’Insee, dans un contexte où le projet migratoire des femmes « inclut souvent la fondation d’une famille ».

Des conditions de vie plus difficiles

A l’arrivée, les conditions de vie des immigrés s’avèrent plus difficiles que celles du reste de la population. En 2019, la moitié a un niveau de vie inférieur à 1 417 euros par mois, soit 15 % de moins que celui des descendants d’immigrés et 26 % de moins que celui des personnes sans ascendance migratoire.

Ils sont deux fois plus souvent touchés par la pauvreté monétaire, en particulier lorsqu’ils sont originaires d’Afrique ou d’Asie. Cela se traduit par toutes sortes de privations : « 19 % des immigrés nés en Afrique ne peuvent avoir de voiture personnelle pour des raisons financières, contre seulement 3 % de ceux nés en Europe ; 47 % ne peuvent s’offrir une semaine de vacances hors de leur domicile, contre 22 % des immigrés d’origine européenne. »

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De même, environ un quart des immigrés vivent dans un quartier prioritaire de la politique de la ville, « contre 3 % des personnes sans ascendance migratoire », et autant habitent dans un logement suroccupé, « contre environ une personne sur huit pour l’ensemble de la population ». Leur état de santé est aussi moins bon. Alors qu’ils consomment moins de tabac et d’alcool que les non-immigrés, ils se trouvent plus souvent en situation de surpoids ou se déclarent davantage touchés par la dépression, en particulier les femmes, parmi lesquelles « près d’une sur cinq est atteinte d’un tel syndrome ».

Une forte mobilité sociale chez les descendants d’immigrés

L’Insee s’est aussi penché sur les trajectoires des descendants d’immigrés qui représentent 11,2 % de la population. Ces derniers pâtissent également d’une situation sociale plus défavorisée que la population sans ascendance migratoire directe. Par exemple, 12 % sont au chômage en 2021, contre 7 % de la population. De même, ils sont 17 % à vivre dans un logement suroccupé, contre 8 % de la population sans ascendance migratoire.

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Pourtant, rappelle l’Insee, « les niveaux de diplôme des descendants d’immigrés sont très proches de ceux de la population ni immigrée ni descendante d’immigrés », ce qui témoigne d’une forte élévation du niveau d’éducation et d’une forte ascension sociale d’une génération à l’autre. Ainsi, « 33 % des descendants d’immigrés dont le père était ouvrier non qualifié deviennent cadres ou exercent une profession intermédiaire » alors que c’est le cas de 27 % des personnes sans ascendance migratoire.

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La situation moins favorable sur le marché du travail peut notamment s’expliquer par les discriminations à l’embauche. A ce titre, un testing réalisé sous l’égide de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques montre que, sur une offre d’emploi et à qualité de candidature comparable, « les candidats d’origine supposée maghrébine reçoivent 32 % de rappels en moins que ceux sans ascendance migratoire supposée, alors même qu’ils précisent explicitement avoir réalisé leurs études, obtenu leur diplôme et travaillé exclusivement en France ».

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Julia Pascual

La religiosité, plus forte chez les immigrés et leurs descendants, selon l’Insee

Une étude de l’Institut national de la statistique publiée jeudi 30 mars montre que les immigrés venant de pays où la religion structure la société se disent plus souvent religieux et ont davantage tendance à transmettre leur pratique à leurs descendants que le reste de la population. 

Par Sarah BelouezzanePublié le 30 mars 2023, modifié hier à 16h20 https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/03/30/la-religiosite-plus-forte-chez-les-immigres-et-leurs-descendants-selon-l-insee_6167624_3224.html

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La France, autrefois « fille aînée de l’Eglise », connaît depuis plusieurs décennies une sécularisation forte. La religion y est non seulement une affaire de plus en plus privée, qui ne structure pas la société, mais elle connaît en plus une désaffection grandissante. Dans son enquête sur les immigrés et leurs descendants publiée jeudi 30 mars, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) montre pourtant qu’une catégorie de la population française échappe, du moins dans une certaine mesure, à ce constat.

Ainsi, écrit l’institut, si « 58 % des personnes sans ascendance migratoire sur deux générations se disent sans religion », seuls 19 % des immigrés arrivés après 16 ans en France et 26 % des descendants de deux parents immigrés affirment la même chose. Dans la population générale, l’Insee recense, pour les années 2019-2020, 29 % de personnes âgées de 18 à 59 ans se déclarant catholiques, 10 % musulmanes, 10 % affiliées à d’autres religions et 51 % sans lien avec un culte. La religiosité est aujourd’hui plus importante parmi les populations immigrées que chez les autres.

« Quelle que soit la religion considérée, les immigrés catholiques ou encore musulmans vont avoir un rapport plus dense à leur foi », décrypte Patrick Simon, de l’Institut national d’études démographiques. Une relation qui s’explique souvent par la place occupée par la religion dans les pays d’origine des personnes concernées, où elle organise bien plus la vie sociale qu’en France.

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C’est particulièrement le cas de l’islam. Ainsi, « les immigrés venant de pays de tradition musulmane (Maghreb, Turquie ou Moyen-Orient, Afrique sahélienne) sont les plus inscrits dans la religion, tandis que ceux originaires de pays européens à dominante chrétienne ou d’Asie (notamment de Chine) déclarent moins souvent une affiliation », écrit l’Insee. Parmi ces derniers, « les immigrés du Portugal et d’Afrique centrale font exception, avec davantage d’affiliation religieuse ».

Un « vecteur d’identité »

Cette dichotomie entre pays d’origine où la religion est plus forte et pays d’accueil sécularisé engendre alors une relation au culte qui va au-delà de la foi, explique Patrick Simon. « Par conséquent, la religion joue un double rôle d’organisation de la vie sociale et de vecteur d’identité en France », poursuit le chercheur.

Elle est alors naturellement transmise à la génération suivante comme un élément important de la culture familiale. Un héritage plus fort chez les musulmans et les juifs que chez les catholiques. Selon l’Insee, la socialisation religieuse musulmane se détache par la force de sa reproduction. « Les descendants d’immigrés musulmans ayant grandi dans des familles où la religion avait beaucoup d’importance (42 % des familles musulmanes) ont une probabilité élevée (70 %) de déclarer que la religion a une place très importante dans leur vie », indique le rapport. Ainsi, 91 % des personnes qui ont grandi dans une famille musulmane se disent musulmanes, quand la statistique descend à 67 % chez les catholiques.

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Pour autant, il existe une acculturation certaine au fur et à mesure des générations. La pratique du port du voile, par exemple, baisse : 36 % des femmes musulmanes immigrées disent l’arborer, contre 17 % des descendantes de deuxième génération. Il en va de même de l’intensité de la pratique et des prières.

Autre élément intéressant, dans les couples mixtes dans lesquels l’un des membres se dit affilié à une religion quand l’autre n’en a pas, la pratique du culte est moins souvent transmise aux générations suivantes. « La dynamique de sécularisation, précise Patrick Simon, est portée par le fait qu’il y a beaucoup moins de transmission dans les couples mixtes. » Un fait logique dans un contexte où une personne dont la foi joue un rôle majeur dans la vie aura tendance à vouloir en épouser une autre qui partage ses convictions, avant ensuite de les passer à ses enfants.

Sarah Belouezzane

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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