Nucléaire civil: une frange nouvelle d’adhérents d’EELV, considère que la priorité doit être donnée à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. 

Chez les Verts, derrière la façade antinucléaire, le débat monte sur l’acceptation de l’atome

Alors qu’EELV veut relancer la « bataille culturelle » contre les réacteurs, une frange nouvelle d’adhérents considère que la priorité doit être donnée à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. 

Par Julie Carriat et Adrien PécoutPublié le 22 mars 2023, modifié le 22 mars 2023 à 13h46

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La présidente du groupe vert Europe Ecologie-Les Verts à l’Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain, lors de la première lecture du projet de loi sur le nucléaire, à Paris, le 13 mars 2023.
La présidente du groupe vert Europe Ecologie-Les Verts à l’Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain, lors de la première lecture du projet de loi sur le nucléaire, à Paris, le 13 mars 2023.  LUDOVIC MARIN / AFP

Les députés écologistes parlent d’une même voix. Sur la même ligne que La France insoumise, les Verts ont déjà affirmé leur opposition au projet de loi visant à accélérer les procédures administratives en vue de nouveaux réacteurs nucléaires.

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« L’engagement en faveur de la sortie du nucléaire », principe inscrit dans les statuts d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), suscite pourtant de plus en plus le débat chez certains sympathisants. Voire chez des adhérents.

« Aujourd’hui, une partie des personnes convaincues de leur engagement climatique considère le nucléaire comme une option », reconnaissait Yannick Jadot, candidat écologiste à la présidentielle de 2022 (4,6 % des voix), le 10 mars, au siège parisien d’EELV. « Le lobby nucléaire a instrumentalisé la question climatique pour se relancer, et ça a fonctionné… La faute des écologistes depuis Fukushima [l’accident au Japon, en 2011, à la suite d’un tsunami], c’est d’avoir cru que nous avions gagné la bataille. »

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Ce 10 mars, les Verts avaient invité la presse à écouter un panel de spécialistes du combat antinucléaire, notamment de l’association Négawatt et de Greenpeace. Avec un objectif, celui de mener à nouveau cette « bataille culturelle » contre le nucléaire, selon les mots de Marine Tondelier, secrétaire nationale du parti depuis décembre 2022. Il s’agissait de démonter l’argumentaire présentant l’atome comme une énergie décarbonée. Entre autres reproches faits à la principale source d’électricité dans le pays : la sûreté des centrales, les déchets radioactifs ou encore le coût de futurs chantiers.

« Sentiment d’angoisse »

Marine Tondelier aimerait lancer une « convention citoyenne » sur le sujet : « Je suis prête à hypothéquer ma maison pour dire que s’il fallait rendre un avis informé, nourri d’experts de tous les camps, il ne serait pas favorable au nucléaire », dit-elle. Ces derniers mois, des enquêtes d’opinion ont pourtant fait état de sentiments de plus en plus favorables à l’atome. Y compris chez une partie de sympathisants d’EELV : 46 % de ceux interrogés se déclaraient même pour la construction de nouveaux réacteurs, en complément d’énergies renouvelables comme l’éolien ou le solaire, selon un sondage Elabe de novembre 2022.

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« Il a été expliqué aux Français qu’il n’y aurait plus d’électricité cet hiver. Face à ce sentiment d’angoisse, vous vous accrochez à la branche », estime Yannick Jadot, lui-même ancien responsable de Greenpeace.

Parmi les adhérents contactés par Le Monde, plusieurs ne souhaitent pas apparaître nommément. Certains voient de nouveaux réacteurs comme un « mal » nécessaire. D’autres souhaitent simplement l’exploitation de ceux existants, sans sortie hâtive. « La plupart du temps, nous recevons des tirs de barrage avec toute une liste d’arguments antinucléaires de base qui sont ceux de Greenpeace », regrette Frédéric Bec, 50 ans, adhérent d’Occitanie. Lui estime que le nucléaire ne doit pas être érigé en priorité à combattre. « L’urgence climatique, c’est la lutte contre le carbone, ce n’est pas la lutte contre l’atome », considère-t-il

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Autant le mouvement écologiste s’est construit contre le nucléaire, autant le thème semble moins rédhibitoire chez certains néoadhérents. Il y aurait « les modernes », enclins au débat, et « les anciens », selon Augusto Olalde, adhérent nancéien depuis 2020. « J’ai rejoint EELV pour la politique locale à Lyon, les enjeux qui m’intéressent sont surtout liés à l’urbanisme et au transport », explique Louis Gaillard, 26 ans, étudiant en informatique, qui se dit « agnostique » sur le nucléaire. Comprendre : pas forcément hostile.

« Pas au bon endroit »

Nicolas Barla, élu à la métropole de Lyon, est désormais de ceux qui ont revu leur position : selon lui, le nucléaire fait à présent partie des solutions contre le réchauffement climatique. « Quand j’ai changé d’avis sur le sujet, je n’ai pas trouvé que cela valait le coup de quitter le parti », reconnaît l’ingénieur. Dans la région toulousaine, Thierry Caminel dit avoir eu moins de chance. Cet ancien adhérent explique, document à l’appui, avoir vu sa demande de réadhésion refusée par le conseil politique régional du parti. En cause, en 2020 : ses positions ouvertement pronucléaires.

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« Si vous êtes pronucléaire, vous n’avez rien à faire chez les Verts, vous n’êtes pas au bon endroit », tranche, quant à elle, Florie Marie. Cette ancienne salariée d’EELV, désormais porte-parole du Parti pirate, a elle-même abandonné son opposition de principe à l’atome.

Julie Carriat et  Adrien Pécout

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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