Fermeture de la dernière clinique privée dans le Gers: un long feuilleton qui a suscité l’incompréhension de la population et des salariés. 

Accès aux soins : à Auch, le choc de la fermeture de la dernière clinique du Gers

Alors que la polyclinique de Gascogne a définitivement fermé jeudi, un scénario de sortie de crise s’est enfin dessiné avec l’engagement de transferts d’activités vers l’hôpital d’Auch. Un long feuilleton qui a suscité l’incompréhension de la population et des salariés. 

Par Daniel Hourquebie(Auch, correspondant)Publié le 20 mars 2023, modifié le 21 mars 2023 à 07h08

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Des manifestants attendent l’arrivée du ministre de la santé, François Braun, au centre hospitalier d’Auch-Gascogne, à Auch, le 9 janvier 2023.
Des manifestants attendent l’arrivée du ministre de la santé, François Braun, au centre hospitalier d’Auch-Gascogne, à Auch, le 9 janvier 2023.  MATTHIEU RONDEL / AFP

« Clinique sacrifiée, patients sacrifiés, salariés en colère… » Cette banderole de fortune accrochée sur le fronton de la polyclinique de Gascogne à Auch résume le sentiment partagé de gâchis après la fermeture définitive jeudi 16 mars de l’établissement privé, au cœur de la préfecture de 23 000 habitants. Un coup de tonnerre dans le paysage sanitaire gersois. D’autant qu’après des mois de confusion et d’imbroglio provoquant le désarroi et la colère des patients et des salariés, ce n’est que depuis quelques jours, dos au mur, qu’un scénario de sortie de crise s’est enfin dessiné avec l’engagement de transferts d’activités de la clinique vers l’hôpital d’Auch, selon les dernières informations recueillies par Le Monde.

Mais pour les habitants sous le choc, règne un sentiment de temps perdu. Le feuilleton de la dernière clinique en activité dans ce département rural a été interminable et erratique, illustration d’un système de santé illisible à leurs yeux.

L’historique « clinique Carlier », comme l’appellent les Gersois, créée en 1935, a connu plusieurs repreneurs privés depuis 2006, jusqu’à ce que son dernier propriétaire, le groupe toulousain Clinavenir, mette définitivement la clé sous la porte, au motif d’un loyer prohibitif et d’un déficit de 1,5 million d’euros par an. Sans convaincre ni les syndicats FO et CGT ni les élus locaux : « Nous faisons le constat que les repreneurs privés successifs n’ont jamais trouvé un modèle économique viable », relève Christian Laprébende, maire socialiste d’Auch.

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Pourtant, la clinique de Gascogne, avec 110 employés et environ 25 médecins, assurait 60 % de l’activité chirurgicale du Gers en complément de l’hôpital d’Auch, avec ses 8 000 chirurgies annuelles, dont certaines exclusives, comme l’urologie. Et un « accueil médico-chirurgical » six jours sur sept. Aussi, malgré la liquidation judiciaire prononcée le 11 juillet 2022, personne, parmi la centaine de patients concernés, ne voulait croire qu’au stress d’une intervention chirurgicale programmée, s’ajouterait l’angoissante question : « Où va-t-on aller maintenant ? »

« On est tous très amers »

La pétition « Sauvons la clinique de Gascogne » sur change.org, lancée par les personnels, a bien obtenu plus de 38 000 signatures, mais les licenciés expriment leur colère, s’estimant « trimballés » depuis des mois, entre vrais-faux espoirs de reprise, solutions de repli baroques, et surtout l’impression d’un manque d’anticipation et de communication des autorités sanitaires et des décideurs : « Nous sommes dégoûtés. (…) On a passé sept mois en redressement judiciaire sans que personne ne se préoccupe de notre sort », pointait à l’heure de la fermeture Justine Boyer, infirmière et porte-parole des salariés. « On est tous très amers, il y a des patients derrière », renchérissait Mikaël Secco, président de la commission médicale d’établissement.

Parmi les pistes de sorties avortées, l’option du transfert des activités vers le pôle de santé privé Reviscolada, privilégiée par les chirurgiens libéraux de la clinique, a fait long feu. Elle se heurtait notamment à l’absence de blocs opératoires sur place.Lire aussi l’éditorial :  Les « déserts médicaux », une urgence politique

Le 13 mars, face à l’urgence, faute d’accord global pour assurer la continuité des soins, le préfet du Gers, Xavier Brunetière, a rappelé leurs responsabilités aux acteurs : « Des propositions du centre hospitalier sont sur la table, qui sont importantes, pour accueillir les professionnels de santé libéraux », leur a-t-il indiqué lors d’une réunion.

En fin de semaine dernière, de source hospitalière, douze praticiens libéraux avaient déjà opéré la bascule vers le public, avec un contrat qui leur permet de pratiquer une rémunération forfaitaire, équivalente à celle dont ils bénéficiaient à la clinique. D’autres ont choisi de suivre leurs patients en secteur libéral à Toulouse, où ils exerçaient parfois déjà.

Plusieurs spécialités transférées

Ce tardif processus de migration vers l’hôpital public s’est engagé dans le cadre d’un Groupement coopératif sanitaire autorisé par l’agence régionale de santé (ARS). Dans un dossier longtemps en souffrance, il traduit des avancées spectaculaires, confirmées au Monde par le préfet, l’hôpital, le maire, mais pas par l’ARS, qui a refusé de répondre. Les transferts concernent plusieurs spécialités (ophtalmologie, ORL, chirurgie vasculaire, radiologie…) et, chacun l’espère pour demain, l’urologie. Un gros enjeu encore en discussion, qui constituerait une nouvelle offre de soins à l’hôpital.

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L’amorce d’un cercle vertueux qui réjouit le maire d’Auch, qui se dit « sensible à la situation, mais sans marge de manœuvre face à une entreprise privée ». L’élu a poussé pour cette solution, en tant que président du conseil de surveillance de l’établissement.

Il reste à résoudre des problèmes de réorganisation avec les équipes de l’hôpital, paquebot de 1 200 salariés, et « gros recruteur », souligne Christian Laffargue, directeur des affaires médicales. Un espoir pour les personnels restés sur le carreau. En outre, ce processus de transferts d’activités s’inscrit « dans l’horizon de la construction du nouveau centre hospitalier avec l’accueil en son sein de professionnels de santé libéraux », rappelle le préfet. Un projet de reconstruction jugé prioritaire par les pouvoirs publics qui devrait se concrétiser en 2030… si tout se passe comme prévu.

Daniel Hourquebie(Auch, correspondant)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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