« La crédibilité de l’Anses questionnée par son propre conseil scientifique »
Date de publication : 15 mars 2023 https://http://www.mediscoop.net/index.php?pageID=55585010473ea926b59eff474ad4c45d&id_newsletter=18046&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=18046&from=newsletter


Stéphane Mandard remarque en effet dans Le Monde : « Pas de communiqué de presse, aucune trace en « une » de son site Internet : le rapport a été mis en ligne en toute discrétion, vendredi 10 mars, par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Et pour cause, le document de 139 pages […] porte sur la «crédibilité de l’expertise scientifique» menée par l’agence, et ses conclusions ne sont pas flatteuses ».
Le journaliste observe : « Glyphosate, néonicotinoïdes, fongicides SDHI : ces dernières années, dans plusieurs dossiers sensibles, les avis rendus par l’autorité sanitaire ont été au centre de vives polémiques. Au point que le conseil scientifique de l’Anses – composé d’une trentaine de scientifiques, la plupart indépendants de l’agence – a jugé nécessaire de mandater un groupe de travail pour analyser la situation et faire des recommandations ».
Le groupe de travail indique que « cette situation pourrait, si elle n’est pas gérée attentivement, menacer la crédibilité de l’agence ».
Stéphane Mandard explique que « l’expertise est au cœur de «trois grandes tensions», relève le rapport. La première tient à «la nécessité de prendre en compte les connaissances scientifiques les plus avancées». «Le décalage entre science et expertise constitue l’un des facteurs les plus importants d’érosion de la crédibilité et l’Anses ne parvient pas toujours à réduire cette tension», écrivent les membres du conseil scientifique ».
« Deuxième tension répertoriée : «l’urgence de rendre certains avis», conduisant à déroger aux règles usuelles de l’expertise pour, in fine, rendre des « résultats fragiles» », note le journaliste.
Il ajoute que « la troisième tension identifiée par les rapporteurs est institutionnelle. Depuis 2015, l’Anses est chargée non seulement d’évaluer les risques liés à certains produits (pesticides, biocides, médicaments vétérinaires), mais aussi de leur régulation. Elle encadre leurs usages, accorde ou non les autorisations de mise sur le marché ou édicte leur retrait ».
« Avant 2015, c’est la direction générale de l’alimentation, au ministère de l’Agriculture, qui était chargée de cette mission. Pour les rapporteurs, ce mélange des genres imposé à l’agence contribue à «l’érosion de sa crédibilité» », relève Stéphane Mandard.
Le journaliste poursuit : « Le conseil scientifique s’est appuyé sur des auditions de scientifiques, d’experts, d’élus ou de membres de la société civile pour proposer une série de 27 recommandations. Il préconise notamment de prendre en compte les connaissances scientifiques nouvelles, de formaliser le traitement des alertes scientifiques, d’affiner le traitement des conflits et liens d’intérêts… ».
« Cet ensemble de recommandations vise à réformer le fonctionnement de l’agence afin de renforcer sa crédibilité. Sans garantie de réussite. Pour l’un des scientifiques interrogés par le conseil, la perte de crédibilité de l’Anses n’est pas liée à ses expertises, mais à la réalité de «l’effondrement de la biodiversité en France» », continue Stéphane Mandard.
L’expert remarque : « Cela veut dire que les expertises n’ont pas fonctionné depuis 30 ans. Nous pouvons ensuite nous demander pourquoi ces expertises n’ont pas fonctionné, pourquoi l’Anses ou ses prédécesseurs n’ont pas été capables de voir la catastrophe venir ? C’est vraiment la cause de la décrédibilisation de l’Anses ».
Le journaliste relève que « dans une note publiée avec le rapport, l’Anses assure travailler à «améliorer en continu ses approches et ses méthodes pour produire des expertises robustes et crédibles» ».
Le Parisien constate aussi que « la crédibilité de l’Anses [est] de plus en plus contestée, s’inquiète son conseil scientifique ».
Le journal retient que « le conseil scientifique, «soucieux de limiter les risques de mise en cause de l’expertise», formule 4 groupes de recommandations : améliorer les procédures, mieux éclairer le processus de décision, intensifier les interactions avec les parties prenantes et renforcer la séparation de l’évaluation et de la gestion des risques au sein de