Prétendre que la suppression du numerus clausus va résorber la pénurie de médecins est au mieux de la pensée magique et au pire une diversion malhonnête (Antoine Pelissolo psychiatre)

Déserts médicaux : « Il faut augmenter d’au moins 30 % le nombre d’étudiants admis dans le cursus médical »

Tribune

Antoine Pelissolo

Psychiatre

Prétendre que la suppression du numerus clausus va résorber la pénurie de médecins est au mieux de la pensée magique et au pire une diversion malhonnête, estime, dans une tribune au « Monde », Antoine Pelissolo, chef de service en psychiatrie et secrétaire national adjoint du Parti socialiste.

Publié hier à 13h00, mis à jour hier à 13h00 Temps de Lecture 2 min.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/03/13/deserts-medicaux-il-faut-augmenter-d-au-moins-30-le-nombre-d-etudiants-admis-dans-le-cursus-medical_6165280_3232.html

L’état catastrophique de notre système de santé est connu et l’intervention du président de la République le 6 janvier est venue confirmer que tous les plans précédents n’avaient pas suffi à apporter les solutions adéquates. Mais, à nouveau, aucune mesure n’est proposée pour résoudre une des causes essentielles de la crise, la pénurie de médecins en France. C’est en effet, avec la « grande démission » des personnels soignants, la seconde explication de l’effondrement de notre système de soins.

Il manque des médecins quasiment partout dans le pays : plus de 95 % des territoires d’Ile-de-France sont considérés comme sous-dotés en généralistes, selon les données de l’agence régionale de santé (ARS) ; certaines spécialités sont complètement absentes de nombreux départements ; les postes vacants dans les hôpitaux se comptent par milliers ; et il n’y a pas une filière qui ne soit en souffrance (santé scolaire, médecine du travail, protection maternelle et infantile, etc.).

Dans l’immédiat, le « docteur Macron » et son ministre vont amplifier les soins palliatifs : ajouter des assistants médicaux, optimiser le temps de travail, déléguer des tâches à d’autres professions elles-mêmes en pénurie, faciliter la venue de médecins étrangers qui sont déjà très nombreux dans nos hôpitaux – au risque d’appauvrir encore leurs pays d’origine –, et développer de la télémédecine que beaucoup considèrent comme des soins au rabais.

Lire aussi :  L’hôpital se meurt… guéri

Mais rien n’est fait pour traiter réellement l’origine de la maladie, c’est-à-dire le nombre insuffisant de médecins formés par nos universités. Le discours récurrent qui prétend que la suppression du numerus clausus va tout résoudre dans dix ans est au mieux de la pensée magique et au pire une diversion malhonnête. Les promotions d’étudiants issus de la réforme de la première année des études de médecine, qui reste très sélective, n’ont augmenté que d’à peine 15 % par rapport aux précédentes, ce qui laisse des milliers de candidats brillants et motivés sur le carreau.

Les mêmes erreurs

Les projections montrent que, dans dix ans, nous serons revenus à des effectifs de médecins équivalents à ce qu’ils étaient dans les années 2000. Une époque où on connaissait déjà des déserts médicaux. Et, surtout, les besoins de santé ne font que croître d’année en année : la population augmente et vieillit, avec plus de maladies chroniques nécessitant des prises en charge longues.

Lire la tribune :    Déserts médicaux : « Au-delà du nombre de médecins, c’est l’organisation de l’offre de soins qu’il faut repenser »

Dans le même temps, les transformations de la société touchent autant les médecins que les autres professions : leur temps de travail reste élevé mais a nettement diminué, et ils aspirent à des fonctions plus souvent salariées avec des durées d’exercice encadrées.

Pour remplacer un médecin « d’avant », il en faut au moins deux, voire trois. Qui peut croire, avec cet effet ciseaux implacable, que dans dix ans nous serons sortis de la pénurie ? Tout en critiquant l’aveuglement coupable de leurs prédécesseurs, les responsables politiques reproduisent strictement les mêmes erreurs.

La solution de long terme existe donc, même si elle a un coût : augmenter d’au moins 30 % le nombre d’étudiantsadmis dans le cursus médical, et pour cela effectivement agrandir les facultés de santé et nommer plus d’enseignants et de personnels d’encadrement.

Lire aussi :    « Demander aux jeunes médecins de s’installer pour cinq ans là où la population a besoin d’eux n’a rien de scandaleux »

Beaucoup d’étudiants, non reçus en France, partent faire leurs études à l’étranger, au risque de ne jamais revenir et de ne pas avoir une formation adaptée à nos besoins. Quel gâchis ! Si rien n’est fait immédiatement, nous serons dans dix ans dans une situation identique à celle que nous connaissons aujourd’hui, voire pire encore.

Antoine Pelissolo est chef de service au CHU Henri-Mondor (AP-HP), à Créteil (Val-de-Marne), et secrétaire national adjoint du Parti socialiste.

Antoine Pelissolo(Psychiatre)

Commentaire Dr Jean SCHEFFER

Le diagnostic est bon mais le traitement incomplet. Le Dr Antoine Pelissolo oublie un élément essentiel auquel de Parti socialiste n’a jamais voulu solutionner, c’est l’inégalité de répartition des médecins, tant les généralistes que les spécialistes.

Oui le manque de médecins est partout, dans toutes les spécialités et dans tous les lieux d’activité, mais à travers ces manques il y a aussi de fortes inégalités.

Il s’agit donc de voir l’ensemble des problèmes et de les solutionner en même temps, ce qui est possible.

Outre l’augmentation plus importante des médecins à former, la solution de la mauvaise répartition, c’est un Clinicat-Assistanat pour tous*, en fin d’internat, obligatoire pour tous les futurs généralistes et les futurs spécialistes, d’une durée de 3 ans.  L’activité serait partagée entre divers établissements à l’image des assistants partagés actuels entre CHG et CHU: entre CHU et CHG pour les futurs spécialistes; entre CHG-CHU et PMI, CMP, santé publique, santé scolaire, médecine pénitentiaire, médecine du travail… ; entre CHG et centres de santé et maisons de santé… Il  s’agit donc par un seul et même dispositif de solutionner en quelques années l’ensemble des manques criants et urgents de médecins dans tous les domaines, dans toutes spécialités, sans pénaliser une catégorie, les futurs  généralistes par exemple, ou les étudiants en médecine peu fortunés, obligés de s’installer dans un désert pour se payer ses études. Cela évitera de plus le dumping entre villes, entre départements pour recruter ou débaucher, les jeunes en fin d’internat, ou ceux déjà installés et répondant à une offre plus alléchante. Il faudra définir par région, département et territoire, les manques les plus urgents en généralistes et spécialistes, et en tirer les conséquences sur la répartition par spécialité pour la première année d’internat.

*https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=GfjeRj?e=4YzGt2

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire