Joe Biden se renie en approuvant une bombe climatique en Alaska (mégaprojet pétrolier)

Biden revient sur ses promesses de campagne et approuve une « bombe climatique »

14 mars 2023 | Par François Bougon

https://info.mediapart.fr/optiext/optiextension.dll?ID=hLKhHbKSHW5cAV61emt7OhAIg4eKAgyFR825xE8Mvr5u2cQ3oymupH0YzZCaZFHqUz7Cpqo%2BnnbujYY8DQOfJvQMnCrp9

L’administration Biden a donné son feu vert à un mégaprojet de forage pétrolier en Alaska sur des terres appartenant à l’État. Durant la campagne présidentielle, Joe Biden avait déclaré : « Plus de forage sur les terres fédérales, un point c’est tout. »

Le président Joe Biden a trahi ses engagements de campagne, avec le feu vert de son administration à un mégaprojet de forage pétrolier en Alaska sur des terres fédérales, le plus important aux États-Unis. En septembre 2020, lors d’un meeting, interrogé sur les forages en Arctique, il avait répondu : « Plus de forage sur les terres fédérales, un point c’est tout. »

https://cdn.embedly.com/widgets/media.html?src=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fembed%2FiLUcpYEYk48%3Ffeature%3Doembed&display_name=YouTube&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DiLUcpYEYk48&image=https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2FiLUcpYEYk48%2Fhqdefault.jpg&key=fbab48d0309b4a55bd8c1874098bbfc1&type=text%2Fhtml&schema=youtube© climatebrad

Mais, lundi 13 mars, le président des États-Unis a confirmé qu’il avait largement tourné le dos à ses engagements. S’il doit rapporter des milliards de dollars à l’Alaska, cet État situé à l’extrémité nord-ouest de l’Amérique du Nord, dans le cercle polaire arctique (10 milliards de dollars, selon les autorités fédérales) mais aussi à l’État fédéral (7 milliards), ainsi que des emplois (plus de 1 700 dans la phase de construction des installations pendant huit ans, puis 400 dans les phases de forage et d’exploitation), le projet Willow est une très mauvaise nouvelle pour une planète confrontée à la catastrophe climatique.

Soutenu par le géant américain ConocoPhillips et réduit à trois zones de forage, soit 219 puits, contre les cinq demandées par l’entreprise, il est situé dans une zone appelée la « réserve nationale de pétrole dans le North Slope d’Alaska » (le versant nord). Une grande partie des élus locaux, y compris la seule à être membre de la Chambre des représentants, la démocrate Mary Peltola, une autochtone de l’ethnie Yup’ik, plaidaient en faveur du projet. Dans un texte publié il y a plus d’une semaine, elle expliquait que la transition énergétique ne se ferait pas du jour au lendemain et qu’il était donc nécessaire de faire profiter l’Alaska des richesses apportées par les énergies fossiles… 

Le PDG de ConocoPhillips a salué une « bonne décision pour l’Alaska et [son] pays »« Willow s’inscrit dans les priorités de l’administration Biden en matière de justice environnementale et sociale, de facilitation de la transition énergétique et de renforcement de notre sécurité énergétique, tout en créant de bons emplois syndicaux et en apportant des avantages aux communautés autochtones de l’Alaska. »

Ce n’est pas la titulaire du ministère de l’intérieur, chargé de l’aménagement du territoire et de la gestion des ressources naturelles, Deb Haaland, qui a signé le texte, mais son adjoint. Lorsqu’elle était parlementaire, Deb Haaland, première autochtone à occuper ce poste, s’était en effet opposée à ce projet.

Dans une vidéo diffusée lundi, elle a cependant tenté de justifier la décision prise par l’administration Biden, en évoquant un « projet difficile et complexe dont [ils ont] hérité »« Nous nous sommes concentrés sur la manière de réduire l’empreinte du projet et de minimiser son impact sur les personnes et la faune. Le projet qui a été approuvé est nettement moins important que celui proposé initialement par ConocoPhillips, soit une réduction de 40 % », a-t-elle affirmé, ajoutant : « Je suis convaincue que nous sommes sur la bonne voie, même si ce n’est pas toujours une ligne droite. »

© Secretary Deb Haaland

Dimanche, sans doute pour tenter de désamorcer les critiques visant la décision d’autorisation de Willow, l’administration Biden avait annoncé vouloir protéger encore plus une vaste zone de la réserve nationale de pétrole et interdire de façon permanente les forages sur une grande zone de l’océan Arctique bordant cette réserve. Depuis des jours, une vague de vidéos d’opposition au projet avait notamment déferlé sur le réseau social TikTok, et une pétition en ligne avait recueilli plus de 3,2 millions de signatures.

« L’administration Biden s’est engagée à lutter contre le changement climatique et à faire progresser la justice environnementale – la décision prise aujourd’hui d’approuver le projet Willow n’est pas à la hauteur de ces promesses », a réagi la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, signant avec d’autres parlementaires démocrates un communiqué commun. Ce choix « ignore la science irréfutable qui dit que nous devons arrêter de construire des projets comme celui-ci pour ralentir les impacts toujours plus dévastateurs du changement climatique ».

L’ONG environnementale Earthjustice a dénoncé le feu vert donné au projet, dont les émissions de gaz à effet de serre équivaudront, selon elle, à la circulation de 56 millions de véhicules pendant un an ou à l’exploitation de près de 70 centrales électriques au charbon. Willow, affirme l’ONG, « modifiera également de façon permanente l’Arctique occidental, une région d’importance mondiale et d’une grande richesse écologique, en perturbant les schémas de migration des animaux, en érodant des habitats précieux, en nuisant aux pratiques de subsistance et en posant des risques sanitaires inacceptables pour les communautés amérindiennes de l’Alaska ». La présidente d’Earthjustice, Abigail Dillen, a jugé que ce genre de projet sape « la nouvelle économie propre que l’administration Biden s’est engagée à promouvoir ».À lire aussi«Le plan Biden veut corriger les inégalités sociales» Accord surprise pour un plan climat aux États-Unis

« La pollution carbone qu’il va relâcher dans l’air aura des effets dévastateurs pour nos populations, la vie sauvage et le climat. Nous allons en subir les conséquences pour les décennies à venir », souligne pour sa part l’organisation environnementale Sierra Club. 

Le New York Times a relevé que l’approbation du projet Willow « marque un tournant dans l’approche de l’administration en matière d’exploitation des combustibles fossiles », car il est « l’un des rares projets pétroliers que M. Biden a approuvé librement, sans décision de justice ni mandat du Congrès »

Le projet Willow avait initialement été approuvé par l’administration Trump, avant d’être temporairement stoppé en 2021 par un juge, qui l’avait renvoyé à un nouvel examen du gouvernement. Début février, le Bureau de gestion du territoire avait publié son analyse environnementale du projet, dans laquelle il avait détaillé une « alternative privilégiée ».

Projet pétrolier Willow en Alaska : le revirement de Joe Biden, sous pression juridique et politique

Porté par le géant texan ConocoPhillips, le forage, situé sur des terres fédérales, devrait permettre d’extraire à terme 180 000 barils par jour, l’équivalent de 40 % de la production de pétrole actuelle de l’Etat. 

Par Arnaud Leparmentier(New York, correspondant)Publié hier à 04h00, mis à jour hier à 17h28

https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/03/15/projet-petrolier-willow-en-alaska-le-revirement-de-joe-biden-sous-pression-juridique-et-politique_6165490_3244.html

Temps de Lecture 4 min. 

Vue aérienne d’un site d’exploration pour le projet Willow de forage pétrolier par le groupe ConocoPhilipps, dans le nord de l’Alaska, en 2019.
Vue aérienne d’un site d’exploration pour le projet Willow de forage pétrolier par le groupe ConocoPhilipps, dans le nord de l’Alaska, en 2019.  AP

« Plus de forages pétroliers sur les terres fédérales. Point. Point. Point. C’est un désastre de faire cela dans l’Arctique, un grand désastre » : ainsi s’exprimait Joe Biden, évoquant la fonte des glaciers et le destin des caribous, en février 2020. L’actuel président battait alors campagne dans le New Hampshire pour l’investiture démocrate à la présidentielle. Mais le président n’est pas le candidat, et l’administration Biden a approuvé, lundi 13 mars, en catimini, le lancement d’un gigantesque projet pétrolier au nord du cercle polaire, dans la National Petroleum Reserve, porté par le géant texan ConocoPhillips. Sept milliards de dollars (6,5 milliards d’euros) d’investissements, pour extraire à terme 180 000 barils de pétrole par jour, soit l’équivalent de 40 % de la production de pétrole actuelle de l’Alaska.

L’administration Biden, gênée par cette affaire, a annoncé toute une série de mesures pour empêcher le forage offshore sur les côtes de l’océan Arctique, sur 12 000 kilomètres carrés dans la mer de Beaufort. Elle a réduit de cinq à trois les forages que pourra faire ConocoPhillips, tandis que cette dernière a été contrainte de rendre 230 kilomètres carrés de terres qu’elle avait en concession pour préserver la faune, notamment le caribou. Plus de la moitié de la réserve nationale pétrolière, une immense zone riche en hydrocarbures recensée dès les années 1920 et vaste comme trois fois la Belgique, sera sanctuarisée. « Tout cela n’est que de l’habillage », a déploré auprès du New York Times Ben Jealous, président du Sierra Club, une organisation environnementale, qui évoque « une rupture de confiance majeure ».

En effet, le précédent est considérable. Il s’agit du plus grand projet pétrolier en Alaska, alors que le gisement de Prudhoe Bay, découvert en 1968, s’épuise, au point que l’opérateur BP a passé la main au petit producteur texan Hilcorp. Il redonne vie au pipeline Trans-Alaska, qui transportait sur près de 1 300 kilomètres, à Valdez, sur la côte Pacifique, plus de 2,1 millions de barils à son apogée, en 1988, mais n’en achemine plus désormais que 480 000. Il montre que les terres vierges de l’Alaska ne sont pas fermées à l’exploitation pétrolière.

Lire aussi :    A Prudhoe Bay, en Alaska, les forçats du froid rêvent de gaz naturel pour remplacer le pétrole

« Nous avons des besoins ! »

Depuis des années, pourtant, les pétroliers se désengageaient, boudant même les enchères d’exploitation, en raison de l’opprobre public frappant toute exploitation du sous-sol de l’Alaska, de l’enclavement très coûteux du territoire et des hydrocarbures bon marché qui abondent au Texas. Pourquoi un tel changement de pied ? D’abord, l’administration Biden n’avait guère le choix. Fondamentalement, les terres fédérales ont vocation à être exploitées et la Maison Blanche n’a pas, selon les tribunaux, la possibilité de mettre son veto à toute exploitation.

Lire aussi :   Joe Biden défend un forage pétrolier géant en Alaska

Ensuite, ConocoPhillips avait obtenu les concessions jusqu’à la fin du mandat de Donald Trump, et l’administration n’avait pas le droit de lui refuser ses permis s’ils étaient conformes à la réglementation. Selon le New York Times, les avocats de la Maison Blanche ont estimé le risque financier à 5 milliards de dollars, cette somme couvrant les investissements et les profits perdus de ConocoPhillips.

Lire aussi :    Donald Trump ouvre des territoires protégés de l’Alaska à l’exploration pétrolière

Surtout, le climat politique a radicalement changé avec l’invasion russe de l’Ukraine et l’envolée des hydrocarbures qui s’est ensuivie. Joe Biden est assuré du soutien de la gauche environnementale, notamment après l’adoption de son plan de transition énergétique, connu sous le nom d’Inflation Reduction Act, mais il ne pouvait guère prendre le risque d’être accusé de mettre en danger la sécurité énergétique nationale et d’abandonner l’Alaska. Cet Etat vaste comme trois fois la France est de plus en plus stratégique avec le recul de la banquise, alors que les Russes, de leur côté, forent à travers toute la Sibérie.

Newsletter « Chaleur humaine »Comment faire face au défi climatique ? Chaque semaine, nos meilleurs articles sur le sujetS’inscrire

Enfin, la quasi-totalité des groupes de pression d’Alaska étaient en faveur du projet : ConocoPhillips, bien sûr, qui veut commencer immédiatement les travaux et a salué « la bonne décision pour l’Alaska et notre pays » ; les deux sénateurs républicains de l’Etat, sans surprise, mais aussi la représentante à la Chambre, la démocrate issue des populations autochtones d’Alaska Mary Peltola. « L’Alaska n’est pas une boule à neige vide. Des gens vivent ici et nous avons des besoins ! », a-t-elle expliqué, assurant paradoxalement que les subsides permettraient de financer la transition énergétique de l’Etat : « Willow n’est pas un pas en arrière, c’est un pas en avant essentiel dans notre transition énergétique. » Les Inupiat soutenaient massivement ce projet : ils touchent les juteuses royalties du pétrole dans le comté dit de la North Slope mais aussi dans le reste du pays, la manne faisant l’objet d’une péréquation entre nations amérindiennes.

Lire aussi :   En Alaska, les Inupiat tiraillés entre la richesse d’une mine de cuivre et la chasse au caribou

« L’expansion proposée est irresponsable »

Les opposants étaient les natifs installés sur le lieu même du forage et les ONG, qui ont mené une campagne très active sur les réseaux sociaux, réunissant 3,4 millions de signatures contre Willow. Elles sont accusées par la population locale de faire de l’Alaska un combat emblématique mené de l’extérieur. « Nous en avons assez des groupes extérieurs qui tentent de faire de ce projet et de tous les autres projets pétroliers et gaziers de notre région l’affiche d’un mouvement mondial d’abandon des combustibles fossiles », écrivaient à l’automne 2022 Harry Brower, maire du comté du North Slope et pêcheur à la baleine dans le village d’Utqiagvik, et le président de l’Assemblée du North Slope, Amaulik Edwardsen, dans un article publié par le Wall Street Journal et intitulé « Ma communauté native d’Alaska a besoin du projet Willow ».

Ce projet pétrolier pose deux questions majeures. Est-il assez protecteur de l’environnement ? Sur ce point, le débat a porté non pas sur le principe du projet mais sur ses modalités et les ajustements à apporter pour réduire l’emprise du forage, qui comportera 430 km de pipelines et près de 700 km de routes sur glace. Il a été promis une meilleure surveillance des ours blancs qui hibernent ; une moindre nuisance pour les caribous, dont la population régresse dangereusement, sans doute en raison du réchauffement ; la construction de routes de glace éphémère ; des efforts de réduction de la luminosité du site. Une fois ces engagements pris par ConocoPhillips, le permis fut octroyé.

Là où les ONG ont perdu la partie – en attendant sous doute de multiples recours –, c’est sur l’abandon du principe même de non-ouverture de forages. Elles dénoncent une « bombe climatique ». L’Agence internationale de l’énergie estime, pour sa part, qu’il ne faut plus lancer de nouveaux projets pétroliers, ses opposants rétorquant que le pétrole risque alors de venir du Venezuela. « L’expansion proposée du forage pétrolier et gazier en Alaska est irresponsable, a déclaré Al Gore, l’ancien vice-président de Bill Clinton (1993-2001). Elle est incompatible avec l’ambition dont nous avons besoin pour atteindre un avenir zéro [émission] nette. »

Lire aussi :    L’Alaska, aux avant-postes du réchauffement climatique

Arnaud Leparmentier(New York, correspondant)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire