Etats-Unis: l’insuline coûte moins de 10 dollars à fabriquer, mais les Américains sont parfois obligés de payer plus de 300 dollars pour l’obtenir.

« Aux Etats-Unis, la pression croît sur les « Big Pharma » »

Date de publication : 8 mars 2023

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Le Monde

Zeliha Chaffin relate dans Le Monde « une décision plutôt rare dans l’industrie pharmaceutique. Le laboratoire américain Eli Lilly, l’un des principaux fabricants dans le monde d’antidiabétiques, a annoncé, mercredi 1er mars, qu’il allait réduire de 70% le prix outre-Atlantique de ses insulines les plus couramment prescrites ».
La journaliste indique ainsi qu’« à partir de l’automne 2023, son insuline injectable à action rapide, Humalog, passera de 274,70 à 66,40 dollars (de 258 à 62,30 euros) le flacon de 10 millilitres. Celui d’Humulin tombera quant à lui à 44,61 dollars, contre 148,70 dollars actuellement ».
David Ricks, PDG d’Eli Lilly, a déclaré : « Nous le faisons de manière tout à fait volontaire, parce qu’il est temps et que c’est la bonne chose à faire ».
Zeliha Chaffin observe que « cette décision n’a pas manqué de faire réagir aux Etats-Unis − où plus de 37 millions d’habitants (environ 11% de la population) vivent avec du diabète et 96 millions sont prédiabétiques − et jusqu’à la Maison Blanche, à Washington. Saluant la décision d’Eli Lilly, le président, Joe Biden, a exhorté ses concurrents à suivre l’exemple ».


Le chef de l’Etat a ainsi observé que « l’insuline coûte moins de 10 dollars à fabriquer, mais les Américains sont parfois obligés de payer plus de 300 dollars pour l’obtenir. C’est tout simplement injuste ».
Zeliha Chaffin remarque en outre que « si la décision d’Eli Lilly représente sans conteste une bonne nouvelle pour les patients (…), elle survient également à un moment fort opportun. D’abord, elle ne devrait avoir qu’une incidence modeste sur les bénéfices de l’industriel, les médicaments concernés par la baisse étant essentiellement des produits anciens en perte de vitesse ».
« Ensuite, parce qu’elle s’opère à un instant charnière. Depuis le 1er janvier 2023, le gouvernement américain plafonne le reste à charge des patients atteints de diabète à 35 dollars pour leurs traitements mensuels d’insuline. Cette mesure […] n’est cantonnée qu’aux seuls bénéficiaires du programme Medicare, le système d’assurance-santé fédéral pour les plus de 65 ans. Mais elle représente la première pierre d’un changement de grande ampleur pour les industriels pharmaceutiques, et que ces derniers ont férocement combattu »,
continue la journaliste.
Elle explique que « le secteur est au centre d’un vif débat sur le coût des médicaments. Alors que le pays affiche les prix de vente parmi les plus chers du monde, ce qui en fait le marché privilégié des « Big Pharma » dans leurs stratégies de croissance, des voix de plus en plus nombreuses se sont élevées pour dénoncer une surenchère qui laisse des millions de citoyens dans l’incapacité de se soigner correctement ».
Zeliha Chaffin note que « l’étau s’est brutalement resserré autour des laboratoires en août 2022, lors de la promulgation de la loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act). Cette dernière a notamment doté le programme Medicare d’un pouvoir inédit de négociation des prix sur les médicaments sur ordonnance les plus coûteux ».
La journaliste observe que « pour les laboratoires pharmaceutiques, ces attaques sur les prix sont injustifiées. Ils arguent notamment qu’une baisse mettrait en péril le développement de nouveaux traitements innovants. […] Les Big Pharma pourront peut-être trouver un peu de réconfort en Europe. Après des années de baisse sur les prix, les pays du Vieux Continent envisagent de revaloriser les tarifs de remboursement de certains vieux médicaments devenus déficitaires pour les industriels ».

Aux Etats-Unis, la pression croît sur les « Big Pharma »

Le laboratoire américain Eli Lilly a décidé de réduire sensiblement le prix de ses insulines pour les patients atteints de diabète.

Par Publié hier à 10h35

https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/03/07/aux-etats-unis-la-pression-croit-sur-les-big-pharma_6164481_3234.html

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L’avocate et militante Emmabella Rudd, lors d’une manifestation sur le prix des médicaments sur ordonnance, à Washington, le 6 octobre 2022.
L’avocate et militante Emmabella Rudd, lors d’une manifestation sur le prix des médicaments sur ordonnance, à Washington, le 6 octobre 2022.  ANNA MONEYMAKER / GETTY IMAGES VIA AFP

C’est une décision plutôt rare dans l’industrie pharmaceutique. Le laboratoire américain Eli Lilly, l’un des principaux fabricants dans le monde d’antidiabétiques, a annoncé, mercredi 1er mars, qu’il allait réduire de 70 % le prix outre-Atlantique de ses insulines les plus couramment prescrites. A partir de l’automne 2023, son insuline injectable à action rapide, Humalog, passera de 274,70 à 66,40 dollars (de 258 à 62,30 euros) le flacon de 10 millilitres. Celui d’Humulin tombera quant à lui à 44,61 dollars, contre 148,70 dollars actuellement.

Lire aussi : De nombreux médicaments vont tomber dans le domaine public à partir de 2023 : pourquoi cela inquiète les groupes pharmaceutiques

« Nous le faisons de manière tout à fait volontaire, parce qu’il est temps et que c’est la bonne chose à faire », a commenté David Ricks, le PDG du groupe pharmaceutique. Cette décision n’a pas manqué de faire réagir aux Etats-Unis − où plus de 37 millions d’habitants (environ 11 % de la population) vivent avec du diabète et 96 millions sont prédiabétiques − et jusqu’à la Maison Blanche, à Washington. Saluant la décision d’Eli Lilly, le président, Joe Biden, a exhorté ses concurrents à suivre l’exemple. « L’insuline coûte moins de 10 dollars à fabriquer, mais les Américains sont parfois obligés de payer plus de 300 dollars pour l’obtenir. C’est tout simplement injuste », a-t-il souligné.

Il faut dire que, là-bas, le sujet est épidermique. Ces dernières années, les enquêtes et rapports fustigeant la montée en flèche des prix de vente de l’insuline − les Américains déboursent en moyenne dix fois plus que les Français pour y accéder − se sont succédé. Au point de devenir un emblème des failles d’un système de santé complexe, où la fixation des tarifs des médicaments est laissée aux seules mains des laboratoires pharmaceutiques et de leurs intermédiaires.

Lire aussi : Derrière l’expression « Big Pharma », des milliards de dollars mais une réalité plus complexe

Si la décision d’Eli Lilly représente sans conteste une bonne nouvelle pour les patients (trois Américains sur dix ayant besoin d’insuline utilisent ses produits, selon le laboratoire), elle survient également à un moment fort opportun.

Surenchère

D’abord, elle ne devrait avoir qu’une incidence modeste sur les bénéfices de l’industriel, les médicaments concernés par la baisse étant essentiellement des produits anciens en perte de vitesse. En 2022, les ventes d’Humalog ont diminué de 10 % aux Etats-Unis, pour atteindre 1,2 milliard de dollars, celles d’Humulin de 12 %, à 730 millions de dollars. A l’inverse, ses antidiabétiques en forte croissance, Trulicity et Jardiance, en sont exclus.

Ensuite, parce qu’elle s’opère à un instant charnière. Depuis le 1er janvier 2023, le gouvernement américain plafonne le reste à charge des patients atteints de diabète à 35 dollars pour leurs traitements mensuels d’insuline. Cette mesure, arrachée de haute lutte aux membres du Congrès en 2022, n’est cantonnée qu’aux seuls bénéficiaires du programme Medicare, le système d’assurance-santé fédéral pour les plus de 65 ans. Mais elle représente la première pierre d’un changement de grande ampleur pour les industriels pharmaceutiques, et que ces derniers ont férocement combattu.

Des voix de plus en plus nombreuses se sont élevées pour dénoncer une surenchère qui laisse des millions de citoyens dans l’incapacité de se soigner correctement

Depuis plusieurs années, le secteur est au centre d’un vif débat sur le coût des médicaments. Alors que le pays affiche les prix de vente parmi les plus chers du monde, ce qui en fait le marché privilégié des « Big Pharma » dans leurs stratégies de croissance, des voix de plus en plus nombreuses se sont élevées pour dénoncer une surenchère qui laisse des millions de citoyens dans l’incapacité de se soigner correctement. L’étau s’est brutalement resserré autour des laboratoires en août 2022, lors de la promulgation de la loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act).

Cette dernière a notamment doté le programme Medicare d’un pouvoir inédit de négociation des prix sur les médicaments sur ordonnance les plus coûteux. Une claque pour les industriels pharmaceutiques. Les lobbies du médicament n’ont pourtant pas ménagé leurs efforts pour l’empêcher, allant jusqu’à diffuser des spots publicitaires à la télévision dénonçant la mesure. Sans succès.

Un secteur réputé inexpugnable

Certes, celle-ci n’entrera en vigueur qu’en 2026 et concernera seulement dix médicaments (60 prévus en 2029) la première année. Elle ne profitera en outre qu’aux 64 millions d’inscrits à Medicare. Mais cela représente une perte de profits non négligeable pour les laboratoires. Surtout, elle constitue une première brèche pour imposer des baisses de prix dans la carapace d’un secteur réputé inexpugnable. Une autre disposition de la loi, effective dès 2023, obligera les laboratoires à reverser une partie de leurs profits en cas d’augmentation des prix des médicaments supérieure au taux d’inflation.

De quoi mettre le secteur sous pression. D’autant que ce dernier est aussi de plus en plus attaqué sur deux autres fronts clés, qui contribuent à assurer sa mainmise sur les prix. D’une part, le système d’attribution des brevets, détourné par certains laboratoires pour prolonger démesurément leur monopole d’exploitation sur le marché, et les opérations d’acquisition et de fusion, scrutées avec davantage de minutie par l’autorité de la concurrence.Lire aussi :  Article réservé à nos abonnés  L’obésité, nouvel eldorado espéré des Big Pharma

Pour les laboratoires pharmaceutiques, ces attaques sur les prix sont injustifiées. Ils arguent notamment qu’une baisse mettrait en péril le développement de nouveaux traitements innovants, les coûts de recherche pour un nouveau médicament étant très onéreux. Plusieurs laboratoires ont ainsi laissé entendre ces derniers mois qu’ils pourraient arrêter certains programmes à cause de la nouvelle loi.

Assiégés aux Etats-Unis, les Big Pharma pourront peut-être trouver un peu de réconfort en Europe. Après des années de baisse sur les prix, les pays du Vieux Continent envisagent de revaloriser les tarifs de remboursement de certains vieux médicaments devenus déficitaires pour les industriels.

Zeliha Chaffin

Commentaires :

Christopher ELM

0803/2023 – 12H42

Déterminer le prix d’un médicament essentiel en fonction de la « willingness to pay » (fixer le prix aussi haut que possible jusqu’à ce que celui-ci soit insupportable sauf par quelques fortunés) est foncièrement immoral. Les laboratoires Américains sont probablement les pires mais loin d’être les seuls. Les laboratoires Européens font de même, non seulement aux USA mais aussi sur le marché Européen et ailleurs. S’ajoute à cela l’intérêt particulier des laboratoires pour les maladies engageant le pronostic vital (par exemples les cancers) dont les patients sont « captifs » (plus motivés pour payer cher) à quoi s’ajoute l’immoralité de commercialiser à un prix astronomique des molécules présentées comme « life saving » qui n’améliorent la survie que de quelques mois et/ou n’apportent un bénéfice tangible qu’à une petite minorité de malade. L’ensemble du monde est malheureusement impacté par la recherche du profit à outrance imposée par les pratiques commerciales en vigueur aux USA.

Jacques P.08/03/2023 – 09H41

Voilà un article qui rééquilibre un peu la balance. L’industrie pharmaceutique s’est développée comme ailleurs pour faire des profits. Si Medicare amène des avancées, les États-Unis d’Amérique sont le pays du dieu dollar. En Europe, l’industrie pharmaceutique fait pression en ne livrant plus ! Dans le secteur de la santé ces pratiques choquent d’autant plus la morale. A fortiori quand les productions impactent elles mêmes la santé humaine, et celle de l’environnement. Les prix ici réduits concernent d’anciennes présentations, d’un médicament hormonal d’origine naturelle. En matière de diabétologie, à l’exception notable de sa forme insulino-dépendante, la véritable innovation serait… une bonne alimentation et la pratique régulière d’une activité physique.

Francois Durand 07/03/2023 – 18H19

Je connais extrêmement bien les Etats-Unis.

C’est un pays avec des inégalités sociales faramineuses, dont le système politique est totalement corrompu par l’argent. Je trouve que la couverture des Etats-Unis par la presse française est très malhonnête.

Ce pays est pourri par l’argent mais il est présenté comme « une grande démocratie »

a.w.07/03/2023 – 10H58

En lisant cet article , je pense a tous ces intervenants francais sur la  »rubrique Sante » qui ne croyaient pas au monopole de BigPharma cncernant la sante publique. Pour eux c’etaient de la fiction de gens appeles  »complotistes ». L’ignorance est tenace aupres de millions de gens. Comme en  »religion plus on est plus cela doit etre vrai ». C’est exactement la meme mentalite pour les medicaments  »miracles » que beaucoup attendent depuis des decennies. En France heureusement il y a la S.Sociale qui tempere l’agressivite financiere des labos  »bigpharma ». Malgre cela les abus financiers et therapeutiques ne manquent pas. Combien de scandales sanitaires rien qu’en France, oublies par la majorite des gens. On prefere taper sur les medecines alternatives pour faire oublier de temps en temps le  »charlatanisme legalise » de la medecine allopathique. Il y a bien longtemps que je sais tout cela grace a des revues specialisees qui se chargent d’informer un public non endoctrine BigPharma

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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