L’explosion des cancers du pancréas: « Il pourrait y avoir un impact de facteurs environnementaux précis, pollution, pesticides, additifs alimentaires… qui joueraient un rôle dans cette explosion des cas, suppose le docteur Hollebecque. Mais rien de clair n’a été identifié »

« Comment expliquer l’explosion des cancers du pancréas ? »

Date de publication : 13 mars 2023

La Dre Martine Perez constate dans Le Parisien que « le cancer du pancréas connaît une progression galopante. Autrefois relativement rare, il est en passe de devenir la deuxième cause de mortalité par cancer ».


Elle note ainsi qu’« il y aurait chaque année en France environ 15.000 nouveaux cas de cancer du pancréas, alors que pour l’année 2010, moins de 10.000 nouveaux cas avaient été identifiés. Cette tendance est observée dans tous les pays industrialisés ».


Martine Perez ajoute que « la maladie touche essentiellement des personnes de plus de 55 ans, avec un âge moyen au moment du diagnostic de 73 ans pour les femmes et 70 ans pour les hommes. L’Académie de chirurgie a récemment organisé une journée de conférence complète consacrée à ce cancer. Il est désormais urgent de comprendre les causes de cette « épidémie » et de développer de nouvelles pistes de prévention, de dépistage précoce et de traitement ».


Le Dr Antoine Hollebecque, oncologue médical spécialisé en cancers digestifs (Institut Gustave-Roussy, Villejuif), remarque en effet que « personne ne connaît avec précision les causes de l’augmentation de ce cancer. La génétique humaine n’a pas changé et les facteurs génétiques ne peuvent pas être en cause dans cette évolution. En revanche, on sait que le tabagisme est un facteur de risque, le surpoids, l’obésité, la sédentarité également, ainsi que sans doute la consommation excessive d’alcool ».


Martine Perez rappelle que « le tabac a été reconnu comme un facteur de risque avéré du cancer du pancréas, par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer). Il serait impliqué dans le développement du cancer du pancréas dans 20 à 30% des cas. Cependant, la consommation de tabac, même si elle reste élevée, n’a pas augmenté au cours des 2 dernières décennies, sauf chez les femmes ».


« Le fait d’être en surpoids ou obèse accroît également le risque de développer un cancer du pancréas. Des études récentes ont révélé que l’obésité et le cancer du pancréas sont fortement associés »,
 continue la journaliste et médecin.
Le Dr Hollebecque souligne que « la dernière étude nationale sur le poids des Français rendue publique en début d’année a montré que près d’un Français sur deux était en surcharge pondérale et 15% étaient obèses. Cette augmentation du poids de la population serait sans doute un des facteurs en cause dans l’augmentation exponentielle de ce cancer ».


Martine Perez évoque le diabète, qui « est aussi un facteur de risque, bien que plus faible, de développer cette maladie. Les patients atteints de diabète de type 2 ont un risque 1,8 fois plus élevé d’en souffrir. En réalité, lors du diagnostic de cancer du pancréas, près de la moitié des malades présente un diabète, mais celui-ci serait plutôt la conséquence du cancer que sa cause dans l’immense majorité des cas ».


La praticienne ajoute que « des méta-analyses récentes confirment que la consommation excessive d’alcool augmente ce risque ».

Le Dr Hollebecque note qu’« il pourrait y avoir un impact de facteurs environnementaux précis, pollution, pesticides, additifs alimentaires… qui joueraient un rôle dans cette explosion des cas. Mais rien de clair n’a été identifié ».


Martine Perez relève que « des facteurs génétiques seraient associés dans le développement du cancer du pancréas, dans près de 5% des cas. Certains gènes de prédisposition au cancer du sein, en particulier BRCA2, seraient également impliqués dans ce cancer. Par ailleurs, il existe sans doute d’autres gènes en cause et non identifiés pour l’instant ».


Elle remarque enfin que « le risque augmente aussi lorsqu’il existe plusieurs cas dans une même famille. Ainsi, comme l’a expliqué devant l’Académie de chirurgie la professeure Vinciane Rebours (hôpital Beaujon, Paris), une personne qui a plus de trois parents au premier degré ayant eu un cancer du pancréas a un risque accru d’en être atteinte à son tour ».

Comment expliquer l’explosion des cancers du pancréas ?

Avec plus de 15 000 nouveaux cas chaque année, l’« épidémie » inquiète les spécialistes. Tabac, surpoids et peut-être causes environnementales, nos modes de vie sont pointés du doigt.

Tabagisme, surpoids et sédentarité peuvent être des facteurs d'apparition du cancer du pancréas (illustration). Istock
Tabagisme, surpoids et sédentarité peuvent être des facteurs d’apparition du cancer du pancréas (illustration). Istock

Par Docteure Martine Perez 

Le 13 mars 2023 à 06h57

https://www.leparisien.fr/societe/sante/comment-expliquer-lexplosion-des-cancers-du-pancreas-13-03-2023-D5FQFA2TGFEOZCTL6AKANNMFPY.php

Le cancer du pancréas connaît une progression galopante. Autrefois relativement rare, il est en passe de devenir la deuxième cause de mortalité par cancer. Il y aurait chaque année en France environ 15 000 nouveaux cas de cancer du pancréas, alors que pour l’année 2010, moins de 10 000 nouveaux cas avaient été identifiés. Cette tendance est observée dans tous les pays industrialisés, en Europe notamment et aux États-Unis. En France, entre 1990 et 2018, le taux d’incidence des cancers du pancréas a augmenté de 2,7 % par an chez les hommes et de 3,8 % chez les femmes. (Suite abonnés)

Cancer – Environnement

1″ Septembre 2022: dans https://www.cancer-environnement.fr/fiches/cancers/cancer-du-pancreas/

Facteurs de risques avérés

Tabac

Le tabac a été reconnu comme un facteur de risque avéré du cancer du pancréas. En effet, des indications suffisantes de cancérogénicité chez l’Homme (groupe 1 du CIRC) ont été mises en évidence entre tabagisme et cancer du pancréas (CIRC, 2009).

Le tabagisme est impliqué dans le développement du cancer du pancréas dans 20 à 30 % des cas. Le risque de cancer du pancréas augmente avec la consommation de tabac : 2% pour une cigarette fumée par jour et 62% pour 20 cigarettes fumées par jour. La durée du tabagisme accroît aussi le risque, 1% par année de tabagisme et 16% après 10 ans de consommation (Vrieling, 2010). Une étude cas-témoins réalisée à partir de la cohorte EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition) montre que le taux plasmatique de cotinine, utilisée comme biomarqueur de l’exposition au tabac, est retrouvé en concentration élevée chez les patients atteints de cancer du pancréas (Leenders, 2012).

La consommation de tabac non fumé (chique de bétel et de noix d’arec), classée comme cancérogène certain (Groupe 1) par le CIRC en 2009, augmente également le risque de cancer du pancréas (CIRC, 2009). La consommation de chique de bétel et de noix d’arec est une pratique très répandue en Asie. Elle se compose de feuilles de bétel (de la pipéracée grimpante Piper betle), de noix d’arec (de l’aréquier Areca catechu) et de chaux éteinte (essentiellement de l’hydroxyde de calcium), mélange auquel on ajoute souvent du tabac.

Surpoids et obésité

Le surpoids ou l’obésité augmentent le risque de développer un cancer du pancréas. Le surpoids et l’obésité sont définis médicalement par l’Indice de Masse Corporelle (IMC). Des études récentes ont révélé que l’obésité et le cancer du pancréas sont fortement associés. Par exemple, un IMC supérieur à 35 est l’un des facteurs de risque de cancer du pancréas chez les hommes et les femmes (Pothuraju, 2018).

La surcharge pondérale est aussi associée à une augmentation de risque du cancer du pancréas.
Pour une augmentation de l’IMC de 5 kg/m², l’augmentation de risque de cancer pancréatique est estimée à environ 14 % (RR Hommes=1,13, IC 95% (1,04-1,22) ; RR femmes=1,10-IC95% (1,04-1,16)) (Aune, 2012).

L’augmentation de risque associée au surpoids et à l’obésité est jugée convaincante pour le cancer du pancréas (WCRF/AICR, 2018).

Formes familiales et prédispositions génétiques

Plusieurs facteurs héréditaires et génétiques ont été identifiés comme cause possible du cancer du pancréas. Le cancer du pancréas qui survient chez des personnes qui ne sont pas porteuses d’une mutation génétique à haut risque, appelé cancer du pancréas sporadique, représente 90 % des cas. Seule une petite proportion (environ 5-10%) s’expliquerait par des formes héréditaires comme les agrégations familiales et les syndromes génétiques à haut risque ce qui inclut la pancréatite héréditaire, les syndromes génétiques héréditaires et les antécédents familiaux de cancer du pancréas.

Peu de mutations ont été identifiées : celle du gène STK11 (retrouvée chez les personnes atteintes du syndrome de Peutz-Jeghers), de BRCA2 (dans les formes familiales du cancer du sein et/ou de l’ovaire) ou du gène CDKN2A (qui prédispose aux mélanomes multiples de la peau).

Les patients présentant des facteurs de risque familiaux ont un risque neuf fois plus élevé de développer un cancer du pancréas que ceux qui n’ont pas d’antécédents familiaux (Hruban, 2010). On estime que 90 % des gènes de prédisposition impliqués dans le développement de cancers du pancréas sont encore à identifier (Chen, 2017).

Diabète et cancer du pancréas

Les hommes et les femmes atteints de diabète de type 1 ont également un plus grand risque de développer un cancer du pancréas (53% pour les hommes, 25% pour les femmes).

Le diabète de type 2 est un facteur de risque majeur pour plusieurs cancers, dont celui du pancréas. Des études épidémiologiques indiquent que les patients atteints de diabète de type 2 ont un risque 1,8 fois plus élevé de développer un cancer du pancréas. Au moment du diagnostic de cancer du pancréas, un diabète est présent chez 40 à 60% des patients. Les chercheurs se demandent donc s’il existe un lien entre les deux maladies et si le diabète est une cause ou une conséquence de cancer du pancréas. S’il est ancien (>2 ans), il peut constituer la cause du cancer. En revanche, s’il est découvert de façon concomitante au diagnostic de la tumeur, il est souvent causé par le cancer qui secrète des substances gênant l’action de l’insuline (Mizuno, 2013 ; Pothuraju, 2018)

Facteurs de risque limités

  • D’autres facteurs de risque sont suspectés d’être en lien avec le risque de cancer du pancréas, mais les données scientifiques disponibles sont insuffisantes pour conclure. Il s’agit de facteurs nutritionnels et professionnels.Facteurs nutritionnels
  • AlcoolEn 2012, bien que la consommation d’alcool ait été reconnue comme un agent cancérigène de type 1 par la monographie du CIRC, les preuves d’une association entre la consommation d’alcool et le risque de cancer du pancréas sont considérées comme suggestives et limitées par les groupes d’experts internationaux (CIRC, 2012).Depuis, des études ont monté que la consommation excessive d’alcool est un facteur de risque de pancréatite chronique, cette condition est impliquée dans les mécanismes sous-jacents du cancer du pancréas (Dard, 2015). Sur la base de ces études, des méta-analyses récentes confirment que la consommation d’alcool augmente le risque de cancer du pancréas d’au moins 15 % chez les buveurs consommant plus de 25 g/jour par rapport aux buveurs légers dont la consommation d’alcool est inférieure à 12 g/jour (Bagnardi, 2015 ; Wang, 2016).Plus récemment, l’étude de Gaudin et al. a observé une augmentation modérée mais statistiquement significative du risque de cancer du pancréas en cas de consommation élevée d’alcool, quelle que soit la période de consommation dans la vie, et plus particulièrement la bière et les spiritueux. Ces résultats fournissent des preuves épidémiologiques du rôle de la consommation d’alcool en tant que carcinogène potentiel du pancréas (Gaudin, 2018).
  • Viande rougeDe nombreuses études se sont intéressées au lien entre cancer du pancréas et consommation de viande rouge. Les résultats sont contradictoires et les études ne sont pas unanimes sur l’existence d’un lien entre un régime riche en viande rouge et le développement d’un cancer du pancréas (Larsson, 2006).
  • Alimentation supplémentée en folateLe rôle des folates dans la synthèse et la réparation d’ADN est démontré. Une récente méta-analyse s’appuyant sur 6 études de cohortes et 4 études cas-témoins soutient l’hypothèse que l’apport alimentaire en folates peut jouer un rôle protecteur dans le développement du cancer du pancréas (Lin, 2013).
  • CaféUne relation avec la consommation de café, autrefois débattue, est considérée comme peu probable en l’état actuel des connaissances (WCRF/AICR, 2007).
  • Activité physiqueEn régulant le poids corporel et en diminuant la résistance à l’insuline ainsi que l’inflammation chronique, l’activité physique semblerait être un facteur impliqué dans la prévention primaire du cancer du pancréas.Néanmoins les preuves d’une association entre l’activité physique et le risque de cancer du pancréas sont considérées comme limitées et non concluantes en 2018 par le groupe d’experts du WCRF/AICR.Facteurs professionnels
  • Rayons X et rayonnements Gamma (y)Des études ont montré une association positive entre l’exposition aux rayons X et rayonnements Gamma (y) et le cancer du pancréas (Preston, 2007). Mais aucune indication significative d’une relation dose-réponse ne permet l’établissement de preuves suffisantes (CIRC, 2012).
  • PesticidesConcernant les pesticides, des résultats contradictoires ont été obtenus dans des populations agricoles. Une seule étude a mis en évidence des associations positives entre expositions aux pesticides et cancer du pancréas (Bassil, 2007).Mais ces résultats restent controversés et d’autres études sont nécessaires pour les valider (Andreotti, 2009). L’expertise collective de l’Inserm de juin 2013 constate le peu de résultats expérimentaux disponibles mais souligne qu’une attention particulière doit être portée aux pesticides susceptibles d’activer les voies oestrogéniques au niveau pancréatique (Inserm, 2013). En 2015, une vaste étude cas-témoins n’a pas permis d’établir un lien entre l’exposition professionnelle aux N-nitrosamines ou l’utilisation de pesticides et le risque de cancer du pancréas (Fritschi, 2015).
  • Autres sources d’exposition professionnelle
  • Divers facteurs professionnels sont suspectés de jouer un rôle dans la survenue de cancer du pancréas exocrine, tels que des solvants, des métaux comme le nickel ou le chrome, la silice ou des insecticides organochlorés, ou encore l’amiante et les radiations ionisantes (Alguacil, 2000 ; Ji, 2001 ; Ojajarvi 2000 ; Seilkop 2001).Le rôle des amines aromatiques a également été suggéré à travers les risques associés au tabac, à la consommation de viande, et à certaines expositions professionnelles (Huguet, 2010). Tous ces résultats nécessitent d’être confirmés par des études complémentaires.

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2023/02/25/bien-que-peu-frequent-le-cancer-du-pancreas-est-en-passe-de-devenir-dans-les-annees-2030-la-deuxieme-cause-de-mortalite-par-cancer-apres-celui-des-poumons/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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