Le New York Times saisit la justice pour dévoiler des SMS échangés entre Pfizer et Von der Leyen
Le New York Times a saisi la justice pour obliger la Commission européenne à publier les SMS échangés entre sa présidente, Ursula Von der Leyen et le patron de Pfizer, l’entreprise fabricante de vaccins contre le Covid-19, a rapporté, lundi 13 février 2023, le média américain « Politico ».
La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, assiste à une conférence de presse après un sommet informel des dirigeants de l’UE au Château de Versailles, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, à Versailles, près de Paris, France le 11 mars 2022.
La pression s’accentue. Le New York Times a décidé d’attaquer en justice la Commission européenne au prétexte que l’institution n’a pas encore rendu public les SMS échangés entre sa présidente, Ursula Von der Leyen et le PDG de l’entreprise pharmaceutique Pfizer, au cours de la pandémie de Covid-19. Le journal américain a donc déposé le 25 janvier dernier une requête auprès de la Cour de justice des Communautés européennes (CJUE), rapporte le site Politico, le lundi 13 février 2023. Une information confirmée par Euractiv, le réseau de médias européens.
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Chasse gardée sur les SMS envoyés
Le New York Times avait été le premier média à dévoiler l’affaire dite « des SMS » en avril 2021. En pleine pandémie, l’Union européenne cherche à obtenir des doses de vaccins en grande quantité et reste sous le feu des critiques à cette période. C’est alors qu’Ursula Von der Leyen confie au journal qu’elle échange directement avec Albert Bourla, le patron du géant américain Pfizer.
Objectif des négociations : l’achat d’1,8 milliards de doses de vaccins. Celles-ci se révéleront plus coûteuses que prévu, avec un prix unitaire finalement fixé à 19,50 € au lieu de 15,50 €, comme convenu. Enquêtant sur ce contrat lucratif, Alexander Fanta, un journaliste allemand pour Netzpolitik, demande à accéder aux tractations. Il obtiendra quelques courriers, mais jamais les SMS échangés. La Commission arguant qu’ils avaient disparu et que leur recherche n’avait donné « aucun résultat ».
Lire aussi : Covid-19 : le patron de l’OMS promet de tout faire pour découvrir l’origine du virus
Ces contenus doivent être révélés
Saisie par Netzpolitik, la médiatrice européenne, Emily O’Reilly, avait demandé à la Commission européenne d’examiner ces SMS et de les rendre publics. Faute d’avancée sur ce dossier, elle avait considéré que le manque de volonté de la Commission européenne laissait une « regrettable impression d’une institution européenne qui n’est pas franche sur des questions d’intérêt public majeures ».
A contrario, le vice-président de la Commission, Margaritis Schinas, avait pour sa part estimé que « personne ne peut négocier la complexité de ces contrats, par SMS ou seul ». « Il s’agissait d’une procédure très bien structurée entre les États membres et la Commission », avait-il ajouté le 26 octobre, rapporte le réseau Euractiv. À ce jour, le New York Times n’a pas souhaité réagir, écrit de son côté Politico.
Ursula Von der Leyen n’est décidément pas une adepte de la transparence
Saisie par un journaliste, la médiatrice européenne a jugé que le public pouvait avoir connaissance des échanges entre la présidente de la Commission européenne et le directeur du laboratoire Pfizer.
Par Virginie Malingre(Bruxelles, bureau européen)Publié le 31 janvier 2022 à 19h39, mis à jour le 31 janvier 2022 à 19h54
Temps de Lecture 2 min.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, doit se mordre les doigts d’avoir confié au New York Times, en avril 2021, qu’elle correspondait par SMS avec Albert Bourla, le directeur général de Pfizer, alors que les Vingt-Sept négociaient l’achat de vaccins contre le Covid-19 avec le laboratoire américain. Voilà maintenant que ces échanges, dont elle a elle-même révélé l’existence à une époque où elle essayait de faire oublier les débuts calamiteux de la stratégie vaccinale européenne, lui causent quelques soucis.
La médiatrice européenne, saisie par un journaliste du site allemand Netzpolitik qui s’était vu refuser l’accès au contenu de ces messages, a en effet donné tort, vendredi 28 janvier, à l’exécutif communautaire. Pour Emily O’Reilly, les textos « entrent dans le cadre de la législation européenne sur l’accès du public aux documents » et « le public peut y avoir accès s’ils concernent le travail de l’institution ». Elle juge qu’il s’agit là d’un « cas de mauvaise administration ». Et demande au cabinet d’Ursula von der Leyen d’examiner les messages en question, d’ici au 26 avril, afin de voir s’ils « remplissent les critères, en vertu de la législation de l’UE [Union européenne] sur l’accès aux documents, pour être divulgués ».
« C’est le contenu du document qui importe »
« Nous répondrons à la médiatrice dans les délais impartis », affirme Eric Mamer, le porte-parole de la Commission. Mais rien n’oblige l’exécutif communautaire à s’exécuter et à suivre l’avis d’Emily O’Reilly. Pour l’heure, la Commission considère que ces messages n’ont pas à être enregistrés avec les documents auxquels le public peut prétendre avoir accès. « C’est comme si on nous demandait d’enregistrer toutes nos conversations téléphoniques liées au travail, ça n’aurait aucun sens », commente un proche d’Ursula von der Leyen. Avant de poursuivre : « Imaginez si Macron devait mettre à disposition du public tous ses SMS ! »
« C’est le contenu du document qui importe et non le support ou la forme. Si les textos concernent des politiques et des décisions de l’UE, ils doivent être traités comme des documents de l’UE », rétorque Emily O’Reilly, qui appelle la Commission à revoir sa pratique. « Cette affaire est plus importante qu’un simple échange de SMS », commente l’eurodéputée néerlandaise Sophie in’t Veld (Renew), qui alerte : « La Commission est devenue moins transparente, moins responsable devant le Parlement européen et franchement plus déconnectée de la démocratie européenne. »
Lire aussi Mystérieuse suppression des données de l’ancien portable d’Ursula von der Leyen
Pour l’heure, on ne sait pas si Ursula von der Leyen a conservé les textos échangés avec Albert Bourla. Mais on sait qu’elle n’est pas une adepte forcenée de la transparence. En août 2019, un mois après avoir quitté le gouvernement d’Angela Merkel pour se préparer à prendre la présidence de la Commission, elle avait effacé toutes les données de son téléphone portable, au grand dam de la commission d’enquête du Bundestag, qui cherchait à faire la lumière sur les contrats conclus, souvent sans respecter les procédures d’appels d’offres, par l’ex-ministre de la défense allemande avec des consultants extérieurs
.Lire aussi Ursula Von der Leyen auditionnée par le Bundestag dans le cadre de l’« affaire des consultants »
Virginie Malingre(Bruxelles, bureau européen)
Conflit d’intérêt : les activités dérangeantes du couple von der Leyen
BILLET DE BLOG 2 DÉC. 2022
Les activités commerciales de Heiko von der Leyen dans l’industrie pharmaceutique sont-elles compatibles avec le rôle institutionnel de sa femme, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne ?
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En octobre 2020, les médias italiens ont dévoilés qu’Heiko von der Leyen, époux d’Ursula, médecin et directeur scientifique de la société de biotechnologie américaine Orgenesis, spécialisée dans les thérapies cellulaires et géniques et à la pointe de la création de vaccins à ARN anti-Covid, siégeait au « Centre de recherche sur la thérapie génique et les médicaments à base d’ARN », un conseil de surveillance d’un consortium réunissant centres de recherches publics et entreprises privées.
L’objectif de ce regroupement : Construire une chaîne de recherche et d’innovation permettant à l’Italie d’être compétitive dans les technologies sur lesquelles reposent des traitements de plus en plus ciblés, tant pour les pathologies à fort impact socio-économique que pour les maladies rares souvent négligées par la perspective de profit. D’une durée de trois ans et créé le 8 juin 2022 sous le leadership de l’université de Padoue, ce projet implique le développement des nouveaux médicaments grâce à l’allocation de 320 millions d’euros du plan de relance italien, lui-même financé par le plan de relance européen.
D’après Rosario Rizzuto, chef du projet de l’université de Padoue : « Une grande partie des financements obtenus, soit 316 millions d’euros, est dirigée vers des organismes publics de recherche. Le reste, c’est-à-dire 4 millions d’euros, sera distribué vers des acteurs privés, car les indications contenues dans l’appel d’offres envisagent une collaboration entre les secteurs publics et privés. »

Le programme de recherche est développé à travers une structure en « Hub », avec l’université de Padoue, 49 autres partenaires publics, dont les universités de Sienne, Modène, Rome et Milan, l’Institut italien de technologie, l’hôpital de Rome… Et des sociétés privées, telles que le groupe Stevanato, basé à Padoue et spécialiste des produits biomédicaux, la société pharmaceutique Sanofi etle fabricant de matériel électronique italien, Antares Vision SpA. D’autres sociétés, comme les laboratoires BioNTech et AstraZeneca y prennent part. Au conseil de surveillance de ce consortium, M.Heiko Von der Leyen représentait la filiale Orgenesis Italia, fondée en mars 2021 à Udine en Italie. Cette succursale a perçu 383.000 euros, sur un pactole total de 320 millions d’euros.
Quatre filiales d’Orgenesis auraient perçu plusieurs millions d’euros de financements publics européens et nationaux
Le 26 octobre, le journal italien Domani apprend, par une simple lettre, que le mari d’Ursula von der Leyen démissionne du conseil de surveillance de ce consortium mais que sa société y siège toujours. Dans cette missive, aucune raison n’a été communiquée. En filigrane, l’ouverture de l’investigation du Parquet européen sur les achats de vaccins contribueraient à cette manoeuvre ainsi que les investigations du journal allemand, The West.
Le 9 novembre, le média outre-Rhin révèle qu’Heiko von der Leyen a rejoint Orgenesis aux Etats-Unis, en 2019, en tant que directeur médical. Depuis, au moins quatre nouvelles succursales de la société ont vu le jour dans l’Union européenne, dont certaines ont reçu des subventions d’une valeur de plusieurs millions d’euros :
- En novembre 2021, le gouvernement grec s’est engagé à financer « jusqu’à 32 millions d’euros » une co-entreprise qu’Orgenesis a créée avec la société de biotechnologie, Theracell.
- Aux Pays-Bas, dans le cadre d’un financement d’un consortium d’entreprises de biotechnologie et d’universités, 1,2 million d’euros ont été alloués à Mida Biotech, filiale à 100 % d’Orgenesis.
- Orgenesis exploite désormais également une filiale en Allemagne, créée en mars 2021 dont le directeur général est M. Heiko von der Leyen.
- Enfin comme cité précédemment, la filiale d’Orgenesis a perçu 383.000 euros du Plan de relance italien en tant que membre du Centre de recherche de Padoue.
Olivier Hoedeman de l’ONG Corporate Europe Observatory, qui œuvre pour une plus grande transparence et régulation des activités de lobbying, a exprimé ses craintes dans les colonnes de Die Welt : « La position de Heiko von der Leyen au sein de la Fondation universitaire de Padoue au moment de l’attribution de la subvention européenne comporte un risque de conflit d’intérêts« .
En commission Covid, un expert de la transparence et de l’anti-corruption se dit « pas étonné »
S’agissant d’une entreprise et malgré le fait que le mari d’une haute responsable européenne reçoive des financements publics européens et nationaux, un porte-parole de la Commission européenne a, quant à lui, déclaré que cela n’entrainait « pratiquement aucun conflit d’intérêts ». Scandalisée par la situation, j’ai saisi, lors d’une audition en commission spéciale Covid mardi 29 novembre, Krzysztof Izdebski, expert de la transparence et anti-corruption représentant la coalition des ONG pour la transparence des dépenses de l’Union européenne.
➡️ https://twitter.com/MicheleRivasi/status/1597910624125583360?s=20
Celui-ci m’a répondu ne pas être étonné de ce conflit d’interêt et l’a relié à l’affaire des sms d’Ursula von der Leyen, sous investigation du parquet européen. Sa réponse en vidéo :
➡️ https://twitter.com/MicheleRivasi/status/1598338247322734592
Sources :
Pour visionner en intégralité l’audition de la commission spéciale Covid (COVI) du mardi 29 novembre 2022 :
https://multimedia.europarl.europa.eu/fr/webstreaming/special-committee-on-covid-19-pandemic_20221129-1500-COMMITTEE-COVIRecommander (11)Recommander (11)