De plus en plus de médecins spécialistes libéraux seraient-ils attirés plus par l’appât du gain que par l’accès aux soins de nos concitoyens ?

Chronique « Sans filtre » : peau de chagrin

Un commentaire de lecteur: « « 2 cabinets, 1 pour le médical avec de 4 à 6 mois minimum pour un rdv, l’autre pour se faire faire le maillot avec rdv en 15 jours…

  • Mémona Hintermann
  • Mémona Hintermann

Société,  Santé,  France – Monde

Publié le 05/03/2023 à 04:31 , mis à jour à 09:05

https://www.ladepeche.fr/2023/03/05/chronique-sans-filtre-peau-de-chagrin-11035633.php

À côté de la guerre en Ukraine, de l’inflation qui dévore les budgets, à côté de la fragilité des ressources en eau, certains problèmes pourraient passer pour beaucoup moins inquiétants. Des sujets à ranger sous le boisseau en attendant que le feu des urgences se calme. Politique de l’autruche. Quand il s’agit de questions de santé, les pouvoirs publics ne seraient-ils pas imprudents à trop relativiser ? Fermer les yeux sur une tendance qui s’aggrave finira par s’apparenter à une véritable négligence en santé publique . Nous regardons ailleurs !

Ainsi, mardi, on a remarqué que les généralistes ont rompu le contact avec le ministère de la Santé. La Sécu a proposé 1,5 euro de plus par consultation en cabinet, soit une enveloppe globale de plus d’un milliard et quelques sur la table. « Mépris », « affront », « méconnaissance » ont réagi les intéressés. On comprend ces sentiments, mais les patients eux aussi auraient des raisons de se scandaliser. Des médecins se moquent de nous. On sait bien que les déserts médicaux s’étendent et la région Occitanie n’échappe pas à ce constat. Seulement en plus des causes structurelles et du fameux numerus clausus, l’appât du gain explique le manque dramatique de médecins dans certains secteurs. C’est un accroc flagrant au serment d’Hippocrate. Et c’est là où le citoyen est en droit de dire qu’on ne peut plus continuer ainsi.

Le cas des dermatologues mérite d’être relevé. On parle bien de la dermatologie qui soigne les maladies de peau, pas seulement l’acné juvénile, on parle de cette branche de la médecine qui détecte l’apparition d’un cancer sous une tache apparemment anodine. Les cancers de la peau comptent pour un tiers au moins des tumeurs. Et dans un pays qui vieillit… Cette spécialité-là est – avec l’ophtalmologie – en train de se réduire à peau de chagrin, si on ose le jeu de mots.

Aujourd’hui, des milliers de dermatologues ne soignent plus, ils enjolivent. Le Conseil de l’Ordre des médecins ne délivre pas de diplôme national en médecine esthétique, en revanche, des universités délivrent leurs certificats. Il est difficile d’évaluer le nombre de dermatos qui se consacrent presque exclusivement aux gestes qui repulpent lèvres et joues, effacent les rides du front, tous ces praticiens de la médecine des seringues et lasers qui promettent la jeunesse éternelle. Au moins 3500 spécialistes de la peau selon les connaisseurs du dossier ! Sans compter des milliers de généralistes qui ont suivi les formations des laboratoires de produits injectables comme le botox, l’acide hyaluronique et la pratique de fils tenseurs. Résultat : la galère pour se faire soigner pour une affection.

Situation ubuesque et véridique quand, tout en vous faisant ses piqûres, le médecin vous dit « vous avez une petite lésion, là sur le nez…allez consulter… ». Mais il est dermatologue, c’est écrit sur sa plaque professionnelle ! Ou, en écoutant le répondeur du cabinet du docteur C. à Bayonne, l’annonce vous dissuade de rappeler – faute de place – sauf si votre appel concerne… un traitement esthétique. S’ensuit un numéro commençant par 06.

Le marché de la beauté en cabinet médical a explosé depuis le Covid. En se voyant sur la plateforme Zoom dans le cadre du télétravail, on se découvre avec une gueule à la Picasso alors qu’on se voyait avec un minois à la Renoir. Carcinomes et autres mélanomes n’ont qu’à bien se tenir. Avons-nous payé les études des médecins pour en arriver là ?

Mémona Hintermann

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mariedermato Il y a 13 heures

Quelle honte de parler ainsi des dermatologues !
Quelles sont vos sources pour affirmer ainsi que des milliers de dermatologues ne soignent plus et enjolivent ? Vous mériteriez que nous portions plainte contre vous pour écrire de tels propos. Les dermatologues méritent le respect . Ils travaillent 10 à 12h par jour et bien après l’âge de 65 ans le plus souvent … 
Le problème est celui de manque de médecins . 
Si quelques dermatologues pratiquent des actes esthétiques , c’est leur droit . Heureusement , le principe de liberté existe encore ..
Vous avez payé les études des médecins … Mais vous avez également payé toutes les études universitaires .et même les vôtres ont été payées par nous ..
Votre article n’est pas un vrai travail de professionnel .
Vous devriez avoir honte et les dermatologues sont prêts à recevoir vos excuses … 

mariedermato Il y a 1 heure

Un acte esthétique c’est aussi et avant tout permettre aux patients de retrouver l »estime de soi et donc la confiance en soi . 
Croyez moi , celà aide beaucoup les femmes après séparation , après perte de leur emploi … etc
Nous redonnons également un visage « acceptable n’engendrant pas la fuite du regard  » en particulier aux patients porteurs d’ une paralysie faciale , porteur de cicatrices dysgracieuses .. etc 
C’est çà la dermatologie esthétique !
Il faut connaitre la peau , avoir de l’empathie pour les patients ….
Le dermatologue ne pratique pas une  » médecine esthétique  » commerciale . Les pratiques esthétiques doivent être conservées car elles font énormément de bien aux patients (et ils nous donnent énormément de reconnaissance et croyez moi , nous en avons besoin ) .
Le dermatologue reste un MEDECIN. Il n’est pas un commercial qui pense à l’appât du gain. Nous avons des patients et pas des clients ! Nous n’adhérons pas aux demandes des réseaux sociaux ( visages déformés inexpressifs ) . Nous nous battons contre la pratique des actes pratiqués par les « non médecins  » .
Vous êtes en colère contre les dermatologues mais pensez vous à eux ? Ils sont débordés de travail , sous l’eau ,… travaillent dans des conditions difficiles car peu de temps et des horaires infernaux ! 
Pitié ! Arrêtez ces articles diffamatoires parce que les rendez vous sont difficiles à avoir ! C’est dramatique et pour les patients et pour les médecins !!

ENTRETIEN. Les dermatologues sous tension : « Si on ne fait pas d’esthétique, elle va aller chez les sauvages qui font n’importe quoi »

  • Le Dr Serge Dahan, dermatologue à Toulouse, est aussi très engagé au sein de la Société française de dermatologie.Le Dr Serge Dahan, dermatologue à Toulouse, est aussi très engagé au sein de la Société française de dermatologie.

Santé,  France – Monde,  Haute-Garonne

Publié le 09/03/2023 à 06:31

https://www.ladepeche.fr/2023/03/09/entretien-les-dermatologues-sous-tension-si-on-ne-fait-pas-desthetique-elle-va-aller-chez-les-sauvages-qui-font-nimporte-quoi-11046405.php

l’essentiel

Avec sa chronique « Sans filtre » : peau de chagrin, parue ce dimanche dans « La Dépêche du Midi », la journaliste Mémona Hintermann a fait réagir le docteur Serge Dahan, président du Groupe Dermatologie Esthétique et Correctrice de la Société Française de Dermatologie.

Les dermatologues ont récemment fait l’objet d’une controverse à propos de leur spécialité réduite à « peau de chagrin » en raison du numerus clausus, et de « l’appât du gain » qui les verrait privilégier les consultations esthétiques par rapport aux consultations médicales. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Je comprends les patients qui ont des difficultés à obtenir un rendez-vous. Depuis le Covid, ce problème s’est accentué. Avant, j’avais des rendez-vous à deux trois mois. Aujourd’hui, je suis – en médical – à des rendez-vous à six mois, huit mois, pratiquement un an. C’est sans précédent! Et je fais beaucoup de médical, des biothérapies, de la cancérologie… Mais on n’en peut plus, on est sous l’eau. En 5 à 10 ans, avec le départ en retraite des baby-boomers, on est passé de 6000 à 3500. Et 25 % de ceux qui restent vont partir à la retraite d’ici 2030. Le problème, c’est que depuis 2019, seulement 90 à 100 internes en dermatologie sont formés chaque année, quand il en faudrait au minimum 120 pour combler ces départs et retrouver des délais de rendez-vous corrects.

Pourquoi les dermatos en activité consacrent-ils alors autant de temps aux rendez-vous d’esthétique réputés plus rémunérateurs? 

On ne peut pas dire qu’on fait tous de l’esthétique ou qu’on ne fait que ça. Il y en a, oui, mais ils sont très minoritaires. Le plus souvent, ce sont des médecins dermatologues qui sont en fin de carrière. Les jeunes eux, font très peu d’esthétique.

Dans un contexte de pénurie de médecins, les dermatologues ne devraient-ils pas privilégier les rendez-vous médicaux par rapport aux rendez-vous esthétiques?

Il faut comprendre que les dermatos sont les seuls, avec les plasticiens, à suivre une formation en esthétique dans leur cursus. Si nous nous détournons de cette spécialité, l’esthétique va aller chez les sauvages.

Chez les sauvages, que voulez-vous dire?

L’esthétique fait partie de notre travail. Or aujourd’hui, des personnes sans qualification injectent n’importe quoi, n’importe comment. Une de mes collègues me rapporte avoir reçu une patiente dont la lèvre avait été déformée par une injection à l’acide hyaluronique, par une aide-soignante qui officie à son domicile et distribue des cartes « professionnelles » sans bien sûr faire mention de son nom. Je pense à une seconde victime, brûlée par un peeling dans un « beauty bar » dans la périphérie toulousaine. Ces pratiques sont illégales et dangereuses! Seuls les médecins ayant une compétence avérée peuvent prodiguer des soins sûrs, dans le respect des connaissances et des techniques les plus récentes. Donc, on ne peut pas laisser complètement de côté l’esthétique dans nos rendez-vous.

Comment expliquer cette suspicion, toujours, sur l’esthétique?

Il ne faut pas considérer l’esthétique comme quelque chose de futile, simplement parce qu’il y a un rapport à l’argent. Non! Il faut que ce soit fait par des gens qualifiés. Or, les deux spécialités qui sont reconnues en la matière, ce sont les dermatos et les plasticiens. Pourquoi devrions-nous y renoncer? D’autant qu’avec les mêmes techniques esthétiques, nous accomplissons des actes médicaux. Les cicatrices d’acné par exemple, sont traitées au laser fractionné. On utilise le peeling et le laser. Quand nous intervenons sur des couperoses, nous programmons du laser dans un second temps… C’est à la fois médical et esthétique. Tout cela se mélange complètement. 

On vous sent dépité!

Le problème, c’est qu’on n’a plus de dermatos. Les jeunes ne s’installent pas et notre spécialité a évolué. Personnellement, mon temps médical n’a pas varié depuis que je me suis installé, et j’ai rajouté un temps pour l’esthétique. Du coup, je travaille de 8 heures à 20 heures en continu. Je ne mange plus à midi. Et je ne suis pas le seul. Nous sommes tous sous la pression de ces rendez-vous qui s’enchaînent. Vous savez, on a envie de sauver le monde quand on fait médecine, sans quoi nous aurions choisi une autre activité.

Avez-vous tiré la sonnette d’alarme auprès du ministère de la Santé?

Oui, on la tire sans arrêt. Il faut supprimer pour de bon le numerus clausus, car aujourd’hui il y a toujours une régulation, c’est un fait, en dépit de l’évolution du numerus clausus. Par conséquent, les jeunes vont faire leur formation de médecin à l’étranger, ce qui est honteux. Soit l’Etat se donne les moyens de former les médecins, soit il dit qu’il n’a pas d’argent, et il faut alors accepter que s’ouvrent des formations privées en France! Aujourd’hui, nous sommes débordés. Le burn-out culmine chez les médecins. Au Conseil de l’ordre des médecins, à Toulouse, une section s’occupe de ce fléau, c’est dire son ampleur.

Béatrice Dillies
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Et Alors ! Il y a 32 minutes

Sur Doctolib, et pour Toulouse, la plupart des dermatologues ont 2 cabinets, 1 pour le médical avec de 4 à 6 mois minimum pour un rdv, l’autre pour se faire faire le maillot avec rdv en 15 jours…
S’ils le voulaient, ils pourraient réduire la durée d’obtention d’un rdv médical, mais ce doit être moins rémunérateur…

Roger_Morzini Il y a 2 heures

Toujours la même chanson : Pourquoi s’enquiquiner à soigner de vrais malades normalement alors qu’on peut faire de la grosse moula sur des extras. Ici c’est les injections de botox et autre silicone, là-bas ce sont les piges en intérim à 5000 balles la journée de garde, il y a toujours un bon plan. 
Celui-ci nous arracherait une larme (mais à quel prix ?). Rendez-vous compte, obligé de se priver de déjeuner au resto gastro offert par un labo, tout ça pour regonfler une bouche comme une chambre à air ou retendre quelques rides pour une bonne semaine. Mais attention, Monsieur est membre d’une société savante, pas un sauvage.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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