Centrales nucléaires: on a découvert une fissure plus importante qu’attendu sur une soudure d’un circuit de secours d’un réacteur à l’arrêt, Penly 1, en Seine-Maritime.

Après la découverte d’une nouvelle fissure à Penly, l’Autorité de sûreté nucléaire « accentue la pression » sur EDF

Empêtré dans le problème de corrosion sous contrainte qui affecte des réacteurs, l’électricien devra contrôler plus vite que prévu environ 200 soudures. 

Par Perrine Mouterde et Adrien Pécout

Publié Le 9 Mars 2023 mis à jour à 08h16 https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/03/09/apres-la-decouverte-d-une-nouvelle-fissure-a-penly-l-autorite-de-surete-nucleaire-met-la-pression-sur-edf_6164719_3234.html

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La salle des machines de la centrale nucléaire de Penly, à Petit-Caux (Seine-Maritime), le 9 décembre 2022.
La salle des machines de la centrale nucléaire de Penly, à Petit-Caux (Seine-Maritime), le 9 décembre 2022.  LOU BENOIST / AFP

Tout, sauf une simple fissure de plus. Alors que le phénomène de corrosion sous contrainte empoisonne la vie d’EDF depuis octobre 2021, le problème identifié fin février – révélé mardi 7 mars par le site Contexte – sur un réacteur de Penly (Seine-Maritime) pourrait marquer un tournant dans ce dossier et met, encore un peu plus, l’électricien en difficulté. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a aussitôt enjoint à EDF de « réviser sa stratégie ».

Des traces de corrosion sous contrainte – c’est-à-dire une corrosion provoquée par l’action conjuguée d’une contrainte mécanique et d’un milieu agressif – avaient été détectées dès janvier 2022 sur l’unité numéro un de Penly.

La fissure repérée un an plus tard sur le circuit d’injection de sécurité du même réacteur diffère toutefois largement de la précédente, et de celles observées dans d’autres centrales. Par sa taille, d’abord : elle accuse une profondeur maximale de 23 millimètres (mm), pour une épaisseur de tuyauterie de 27 mm. « C’est une taille très importante ; quand il ne reste que 4 mm, cela pose problème ! », a insisté le président de l’Autorité de sûreté nucléaire, Bernard Doroszczuk, à l’occasion d’une audition devant la commission des affaires économiques du Sénat, mardi.

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A l’intérieur de cette tuyauterie circule de l’eau faiblement radioactive, qui refroidit le cœur du réacteur. « En cas de rupture, cette eau se déverserait dans le bâtiment réacteur, mais cela n’aurait pas de conséquences à l’extérieur, puisque l’enceinte de confinement protège contre les rejets dans l’environnement », précise Karine Herviou, la directrice générale adjointe de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire – un organisme que le gouvernement veut fusionner avec l’ASN.

« Zone sensible »

Ensuite, la nouvelle fissure de Penly ne s’explique pas non plus de la même manière que les précédentes. Jusqu’à présent, c’est le « dessin » ou la « géométrie » des lignes de tuyauteries qui étaient mis en cause dans le phénomène de corrosion : des « contraintes » étaient générées dans les lignes longues avec beaucoup de tronçons horizontaux, mais pas dans les courtes. Cela explique que les réacteurs les plus récents du parc – qui sont aussi les plus puissants – ont été les plus touchés, leur conception étant différente de celle des unités plus anciennes. C’est sur la base de cette constatation qu’EDF a mis en place une stratégie consistant à « prioriser » des zones considérées comme plus sensibles à ce risque de corrosion, à contrôler sur seize réacteurs en priorité.

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Or, dans le cas de Penly, la portion de tuyauterie ne fait pas partie d’une « zone sensible ». L’apparition de la corrosion serait liée à une tout autre cause que la géométrie : une « double réparation » ayant eu lieu sur la soudure il y a plusieurs décennies, lors de la construction du réacteur dans les années 1980. Au moment du montage de la tuyauterie, selon les explications de l’ASN, celle-ci a été « forcée » pour l’aligner et pouvoir souder. Des défauts constatés sur la soudure ont ensuite conduit à effectuer une deuxième réparation. « Ce sont ces deux opérations qui ont sans doute provoqué des contraintes mécaniques importantes, même s’il faut rester prudent sur les causes », précise Karine Herviou.

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Depuis la découverte du phénomène de corrosion, la sensibilité des soudures ayant fait l’objet de réparations avait déjà été identifiée par l’ASN, qui estimait que cela pouvait conduire à des fissures plus profondes.

« Désormais, le cas de Penly laisse penser que même lorsqu’une soudure n’est pas située sur une ligne sensible, le fait qu’il y ait eu des réparations peut générer de la corrosion sous contrainte », insiste Julien Collet, directeur général adjoint de l’ASN. « Nous n’avions des lignes sensibles que sur seize réacteurs, mais si le sujet n’est plus la conception mais la fabrication de ces lignes, nous pouvons avoir potentiellement de la corrosion sous contrainte sur tous les réacteurs du parc, ajoute-t-il. Nous ne savons pas quelle sera l’ampleur du problème, mais cette fissure étend le périmètre. »

En conséquence, l’ASN a « [accentué] la pression » sur EDF, selon les mots de Bernard Doroszczuk, en exhortant l’exploitant à accélérer le calendrier de contrôles des soudures ayant fait l’objet de réparations et situées sur des zones non sensibles. « EDF avait déjà identifié un peu plus de 300 soudures, dont un certain nombre a déjà été contrôlé, a été remplacé ou doit l’être prochainement, précise Julien Collet. Il reste donc environ 200 soudures qui n’avaient jusqu’ici pas vocation à être contrôlées en 2023. »

Des besoins en techniciens criants

Ces efforts supplémentaires devront intervenir alors que le planning est déjà extrêmement chargé pour l’électricien, entre les opérations liées à la corrosion mais aussi les nombreuses visites décennales prévues cette année. Mercredi, EDF a indiqué travailler à la révision de sa stratégie, qui serait proposée à l’ASN « dans les prochains jours ».

Pour l’instant, EDF l’assure, l’imprévu de « Penly 1 » n’a pas encore conduit à réviser ses prévisions de production nucléaire en France pour l’année 2023 : entre 300 et 330 térawattheures, soit une hausse de 7,5 % à 18 % par rapport à l’exercice 2022, le plus faible depuis 1988.

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Il n’empêche : sous les yeux de l’Etat actionnaire, cette nouvelle fissure craquelle encore davantage la situation fragile d’EDF. Là où l’exploitant du parc nucléaire français aurait dû se focaliser sur la perspective de construire au moins six nouveaux réacteurs, il lui faut d’abord prouver sa capacité à réparer son parc historique. Après de longues années sans chantier, la filière nucléaire a grand besoin de renouveler ses compétences. Une certaine perte de savoir-faire explique en partie les surcoûts et retards à répétition du chantier toujours en cours du réacteur EPR de Flamanville (Manche).

Ironie du calendrier, les industriels du nucléaire organisent en ce moment leur première Semaine des métiers du nucléaire, pour attirer des candidats à des métiers où les besoins en techniciens sont déjà criants. Celui de soudeur, par exemple. « Dans les métiers de technologie comme la production nucléaire, la compétence est un enjeu stratégique », écrit Michel Vakaloulis, maître de conférences en sciences politiques à l’université Paris-VIII-Saint-Denis. « Avant même de faire des calculs économiques, il faudrait se préoccuper de renforcer le potentiel d’expertise technique », poursuit-il, dans son enquête de décembre 2022, à l’initiative du comité social et économique central d’EDF, sur les conditions de réussite du « nouveau nucléaire ».

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Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la transition énergétique, devait justement se rendre dans une école lorraine de soudure, jeudi 9 mars. Une visite à Nancy prévue de longue date dans le cadre de cette Semaine des métiers, assure son entourage. Quant à son homologue de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, il a accompagné le nouveau patron d’EDF, Luc Rémont, pour le premier déplacement de celui-ci ès qualités. En décembre 2022, le dirigeant avait précisément choisi Penly et ses falaises de craie pour étrenner sa parka de PDG. Sous réserve d’un futur débat parlementaire pour valider la relance de l’atome, son entreprise projette de construire sur ce site les deux premiers nouveaux réacteurs voulus par le gouvernement.

Perrine Mouterde et  Adrien Pécout

Nucléaire : découverte d’autres fissures « non négligeables » dans deux réacteurs

Au total, EDF va devoir vérifier 200 soudures dans l’ensemble de son parc, selon l’Autorité de sûreté du nucléaire. 

Le Monde avec AFPPublié hier à 21h25, mis à jour hier à 22h23

https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/03/09/nucleaire-decouverte-d-autres-fissures-non-negligeables-dans-deux-reacteurs_6164858_3244.html

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Electricité de France (EDF) a détecté un nouveau défaut « non négligeable » dû à un phénomène dit de « fatigue thermique » sur une soudure d’une tuyauterie de secours dans deux réacteurs nucléaires, selon une note de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) diffusée jeudi 9 mars. Les sites concernés sont ceux de Penly (Seine-Maritime) et de Cattenom (Moselle). Cette complication supplémentaire pourrait bouleverser le calendrier de maintenance des centrales françaises.

A Penly 2, la fissure mesure 57 millimètres de long, représentant moins de 10 % de la circonférence, pour une profondeur maximale de 12 millimètres. « Ce n’est pas anodin », a commenté à l’Agence France-Presse Julien Collet, directeur général adjoint de l’ASN. L’autre fissure a été repérée à Cattenom 3, longue de 165 millimètres (représentant environ le quart de la circonférence) pour une profondeur maximale de 4 millimètres.

Stratégie révisée

Cette découverte intervient deux jours après la révélation d’une fissure de taille encore jamais vue dans le réacteur de Penly 1, sur une conduite d’urgence servant à inonder d’eau le réacteur en cas d’accident nucléaire. Cette fissure « s’étend sur 155 millimètres, soit environ le quart de la circonférence de la tuyauterie, et sa profondeur maximale est de 23 millimètres, pour une épaisseur de tuyauterie de 27 millimètres », avait détaillé l’ASN. Le phénomène dit de « corrosion sous contrainte » a été identifié depuis octobre 2021 sur plusieurs sites, mais générait de plus petites fissures et sur d’autres zones de ces tuyauteries.Lire aussi :  Article réservé à nos abonnés  Après la découverte d’une nouvelle fissure à Penly, l’Autorité de sûreté nucléaire « accentue la pression » sur EDF

EDF doit remettre à l’ASN une stratégie de contrôle révisée dans les prochains jours. Au total, l’électricien va devoir vérifier 200 soudures dans l’ensemble de son parc, selon l’ASN. De quoi provoquer potentiellement des arrêts prolongés de réacteurs et soulever des incertitudes sur la production nucléaire en 2023.

L’autre fissure évoquée jeudi par l’ASN n’est toutefois pas liée à ce phénomène de corrosion sous contrainte, mais à celui de la fatigue thermique, qui apparaît sur les aciers inoxydables quand une pièce est soumise à des variations de température. Ce phénomène est « bien connu et surveillé de longue date au titre des programmes historiques de maintenance préventive », selon EDF.Lire aussi le récit :  Article réservé à nos abonnés  EDF : les raisons d’une descente aux enfers

En revanche, il n’était pas attendu sur la zone de la tuyauterie où il a été découvert, selon l’ASN. « Cela ne change pas le programme de contrôles à court terme, mais EDF devra adapter son programme de maintenances pour inclure les contrôles sur la fatigue thermique sur des zones plus larges », a expliqué M. Collet.

Le Monde avec AFP

Nucléaire : l’Autorité de sûreté somme EDF de « réviser sa stratégie » de contrôle après la découverte d’une fissure à Penly

Selon l’ASN, « cet événement n’a pas eu de conséquence sur le personnel ni sur l’environnement. Toutefois, il affecte la fonction de sûreté liée au refroidissement du réacteur ». 

Le Monde avec AFPPublié le 07 mars 2023 à 21h46, mis à jour hier à 08h51 https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/03/07/nucleaire-l-autorite-de-surete-somme-edf-de-reviser-sa-strategie-apres-la-decouverte-d-une-fissure-a-penly_6164539_3244.html

Temps de Lecture 1 min. 

La centrale de Penly, le 9 décembre 2022.
La centrale de Penly, le 9 décembre 2022.  LOU BENOIST / AFP

C’est un nouveau problème pour EDF et son parc nucléaire. L’électricien a découvert une fissure plus importante qu’attendu sur une soudure d’un circuit de secours d’un réacteur à l’arrêt, Penly 1, en Seine-Maritime.

Dans une note, passée inaperçue jusqu’à sa médiatisation mardi 7 mars par le site Contexte, EDF annonce avoir décelé un « défaut significatif de corrosion sous contrainte » sur une conduite de secours servant à refroidir le réacteur en cas d’urgence. Le défaut a été mis au jour lors d’« expertises métallurgiques » sur « une soudure déposée en janvier », selon cette note publiée le 24 février sur le site Internet du groupe.

EDF précise que « l’analyse se poursuit » et « sera soumise à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) pour instruction et approbation ».

L’ASN a réagi dans la journée et demandé à EDF de « réviser sa stratégie » sur le traitement de la corrosion sous contrainte dans certains de ses réacteurs.

« Cet événement [la fissure] n’a pas eu de conséquence sur le personnel ni sur l’environnement. Toutefois, il affecte la fonction de sûreté liée au refroidissement du réacteur », souligne l’ASN dans une note d’information.

Fissure « massive »

La découverte fortuite du phénomène de corrosion sous contrainte en octobre 2021 avait forcé EDF à arrêter de nombreux réacteurs pour des opérations de contrôle et de réparations de grande ampleur, contribuant aux pertes colossales enregistrées par l’électricien en 2022.Lire aussi le récit :  Article réservé à nos abonnés  EDF : les raisons d’une descente aux enfers

EDF a décidé d’effectuer des contrôles doublés parfois de réparations pour 16 des 58 réacteurs de son parc nucléaire, les plus récents et considérés comme les plus sensibles au phénomène.

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Jusqu’ici, il n’était question que de microfissures, de l’ordre de quelques millimètres. Mais selon plusieurs sources interrogées par Contexte, « la fissure découverte par EDF [à Penly] est massive : 23 millimètres sur un tuyau de 27 millimètres »« Ce qui est nouveau (…) c’est la profondeur de la fissure », confirme à l’Agence France-Presse Yves Marignac, expert en énergie et membre des groupes permanents d’experts de l’ASN. La tuyauterie aurait pu être fragilisée par une opération de réparation visant à « réaligner » des circuits, au moment de la construction du réacteur.

Selon EDF, « cette soudure avait été doublement réparée lors du premier montage du circuit à la construction »« Ce défaut significatif de corrosion sous contrainte a été vraisemblablement généré par ces opérations ciblées de “double réparation” lors du premier montage des tuyauteries », admet l’exploitant dans sa note.

La centrale de Penly, composée de deux réacteurs, a été mise en service entre 1990 et 1992. Elle fait partie de la série des réacteurs les plus puissants, dit « P’4 », d’une puissance de 1 300 MW. Pour Yves Marignac, « le fait que des fissures plus importantes soient possibles pose la question du maintien en fonctionnement des 6 réacteurs de même type P’4 » en attendant leur réparation préventive, annoncée en décembre par EDF pour courant 2023.

Lire aussi :    Nucléaire : à la centrale de Penly, Bruno Le Maire affiche ses ambitions pour EDF

Le Monde avec AFP

Nucléaire : deux nouvelles fissures marquent le retour du phénomène de « fatigue thermique »

Deux nouvelles fissures, causées par de la fatigue thermique, ont été trouvées sur des tuyauteries. Cette annonce remet sur le devant de la scène un problème passé au second plan depuis la découverte de la corrosion sous contrainte. Explications.

Energie  |  10.03.2023  |  P. Collet

https://www.actu-environnement.com/ae/news/decouverte-fissure-fatigue-thermique-41328.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8MzI1Mw%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

Nucléaire : deux nouvelles fissures marquent le retour du phénomène de « fatigue thermique »

© LaurentCentrale de Cattenom où une des fissures a été découverte. 

Le 9 mars, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a annoncé la découverte de deux nouvelles fissures sur des portions du circuit d’injection de sécurité (RIS) du réacteur 2 de la centrale nucléaire de Penly (Seine-Maritime) et du réacteur 3 de Cattenom (Moselle). Ces fissures ont été découvertes à l’occasion des contrôles effectués par EDF sur des portions du RIS déposées et remplacées dans le cadre des réparations entreprises depuis la découverte des défauts de corrosion sous contrainte.

Ces fissures sont relativement importantes : une longueur 57 mm, soit près de 10 % de la circonférence, et une profondeur maximale de 12 mm, pour celle de Penly ; et une longueur de 165 mm, soit environ le quart de la circonférence, et une profondeur maximale de 4 mm, à Cattenom. Surtout, elles posent un nouveau problème : elles n’ont pas été causées par la corrosion sous contrainte, comme attendu, mais par un phénomène différent appelé « fatigue thermique ». L’occasion de faire le point sur les problèmes de fissuration qui empoisonnent la vie du parc nucléaire depuis près de dix-huit mois.

Un phénomène découvert en 1998

Tout débute en 2021, lors de la visite décennale du réacteur 1 de la centrale de Civaux (Vienne). À cette occasion, EDF réalise des contrôles pour déceler d’éventuels défauts liés à la fatigue thermique. Ce phénomène est lié aux variations de température qui entraînent des alternances répétées de dilatations et de contractions du métal, sans que ces mouvements puissent se faire librement.

L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) rappelle que le problème est découvert en mai 1998 lors d’une maintenance de Civaux 1. « Une fuite d’eau importante – 30 m3 par heure – est apparue sur l’une des deux voies du circuit de refroidissement du réacteur à l’arrêt (RRA) », explique l’Institut, précisant que « l’examen a révélé une fissuration de la soudure d’un coude en acier inoxydable dans une zone de la tuyauterie où se mélangent des eaux chaudes (180 °C) et froides (20 °C) ».

Par la suite, les examens ont montré qu’il s’agit d’un problème générique, puisque « toutes les tuyauteries examinées présentaient des fissurations ». Depuis, un protocole de contrôle par ultrasons des zones sensibles a été mis en place. Il tient compte de l’écart de température entre fluides chauds et froids et des durées de sollicitations répétées des tuyauteries.

Une stratégie de contrôle à revoir

Vingt ans plus tard, en octobre 2021, et toujours à Civaux 1, ce protocole de contrôle par ultrasons met à jour un problème différent : des fissurations par corrosion sous contrainte au niveau des soudures des coudes de la tuyauterie raccordant le RIS au circuit primaire principal. Cette fois-ci, le souci est lié à la corrosion du métal du fait d’une contrainte mécanique combinée à un milieu agressif. Et, comme en 1998, cette découverte constitue une surprise, puisque l’acier inoxydable à faible teneur en carbone employé était censé garantir l’absence de corrosion.

Au fil de l’année 2022 et des examens, EDF et l’ASN arrivent à un consensus : ce problème de corrosion est essentiellement lié à un défaut de conception des circuits affectés. Le nombre important de coudes, en particulier, est pointé du doigt.

Aujourd’hui, deux événements récents ébranlent ce qui était présenté comme des certitudes. En début de semaine, l’ASN a annoncé la découverte d’une fissure particulièrement importante sur une portion de tuyauterie considérée jusqu’à maintenant comme non sensible à la corrosion sous contrainte. Et aujourd’hui, ce sont deux fissures par fatigue thermique qui reviennent à la Une. En conséquence, l’ASN demande à EDF « de réviser sa stratégie pour tenir compte de ces nouvelles informations ». Celle-ci venait d’être validée en juillet dernier.

Philippe Collet, journaliste
Rédacteur spécialisé

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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