Réchauffement climatique : un rapport alerte sur la baisse du débit du Rhône
Selon une étude révélée vendredi, le phénomène pourrait s’accélérer au cours des trente prochaines années, entraînant une multiplication des conflits d’usage.
Par Richard Schittly(Lyon, correspondant)
Publié le 03 mars 2023 à 14h00, mis à jour le 05 mars 2023 à 18h29
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Avec le réchauffement climatique, la température de l’eau du Rhône a sensiblement augmenté depuis cinquante ans. Et son débit, qui enregistre déjà une baisse notable, va continuer de diminuer dans les trente prochaines années, au point de provoquer des conflits d’usage, ainsi qu’une réduction de la production nucléaire. Tels sont les principaux enseignements d’une vaste étude menée par l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, en partenariat avec la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) Auvergne-Rhône-Alpes, présentée vendredi 3 mars.
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Depuis 1970, la température moyenne annuelle de l’eau du plus puissant fleuve de France a augmenté de 2,2 °C dans son secteur nord, près du lac Léman, et de 4,5 °C au sud, dans la région de Beaucaire (Gard). Depuis 1960, la température de l’air a augmenté en moyenne de 1,8 °C le long des 810 kilomètres du cours français du fleuve, du Léman à la Méditerranée, avec des pointes à 3,6 °C degrés au sud de l’Ardèche.
Combiné avec la baisse de 10 % des chutes de neige sur la même période et avec l’assèchement des sols, le réchauffement de l’air ambiant entraîne une baisse régulière et inexorable du débit du fleuve.
« Fort niveau de sollicitation »
Le débit estival moyen du Rhône a baissé de 7 % entre 1960 et 2020, dans son secteur nord, à la sortie du lac Léman. Dans son secteur sud, à Beaucaire et en Camargue, la diminution atteint 13 %. Selon l’étude, il faut s’attendre à une accélération du phénomène, avec une baisse du débit de 20 % , à prévoir au cours des trente prochaines années. Des baisses de débit sont à craindre pour des affluents importants du Rhône, d’ici à 2050 : – 40 % pour l’Isère, – 30 % pour la Drôme ou la Durance. Cette situation est préoccupante pour un fleuve qui alimente en eau plus de 2,3 millions de personnes. Le Rhône compte 2 700 préleveurs agricoles, qui dépendent de son irrigation.
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En été, la part du volume d’eau prélevé dans le fleuve représentait jusqu’à présent 15 % de son débit. « Un fort niveau de sollicitation », souligne l’étude. Cette utilisation du Rhône, principalement pour l’agriculture (48 %), l’industrie hydroélectrique (24 %) et l’alimentation en eau potable (16 %), n’a jusqu’à présent connu aucune rupture, compte tenu de la puissance et de l’abondance du fleuve, dont le débit monte à 1 700 mètres cubes par seconde à son embouchure. Mais l’évolution défavorable de la situation fait peser des risques. La part du volume prélevé est montée à 30 % de son débit au cours du printemps 2011. Un niveau qui a été constaté deux fois en trente ans et qui risque de devenir plus fréquent.
L’étude révèle par exemple la progression de ce que les spécialistes nomment le « coin salé », c’est-à-dire la présence d’eau de mer dans le fleuve. Jusqu’à présent, sa force permettait de repousser la remontée de l’eau salée de la mer dans son cours. Avec la baisse de son débit, les scientifiques ont noté une amplification du phénomène, illustrée par une multiplication d’épisodes de salinité en Camargue. Ce qui n’est pas sans conséquence sur les cultures locales, voire sur des captages d’eau potable.
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Arbitrer des conflits d’usage
« L’avenir du Rhône se prépare », insiste l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, faisant écho aux mesures qui semblent désormais devoir s’imposer, pour limiter les effets de la sécheresse persistante.
Concernant le Rhône, les premières contraintes pourraient s’appliquer aux centrales nucléaires, avec la préconisation d’une baisse de production à certaines périodes, notamment pour les trois centrales (Tricastin, Saint-Alban, Bugey) fonctionnant avec des circuits ouverts, qui rejettent de l’eau chaude dans le fleuve. Il ne faudra pas tarder à arbitrer des conflits d’usage pour préserver le débit du fleuve, conseille en substance l’agence.
L’étude met toutefois en avant quelques bonnes nouvelles. En l’état actuel des connaissances, la présence de polluants ne semble pas accentuée par la baisse du débit. La qualité et la quantité des captages en eau potable, dans ses nappes, n’ont pas été atteintes par la dégradation hydrique, jusqu’à présent.
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Richard Schittly(Lyon, correspondant)
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