Maternités : sans réforme, le système va « au naufrage », alertent des médecins
Par M.J. le 06-03-2023

Sans réforme du système de soins périnatal, celui-ci va « au naufrage », alertent de concert la Société Française de Médecine Périnatale (SFMP), plusieurs sociétés savantes, et une association d’usagers qui en appellent au Gouvernement dans une grande tribune publiée dans les colonnes du Monde.
« Il est impératif de repenser et de réorganiser notre système de soin périnatal, car, aujourd’hui, tous les indicateurs sont au rouge », s’alarme la Société Française de Médecine Périnatale (SFMP) dans une tribune * publiée par Le Monde ce samedi 4 mars.
Dans ce texte, “gynécologues-obstétriciens, pédiatres néonatologues, anesthésistes-réanimateurs, sages-femmes, puéricultrices, psychiatres, psychologues”, s’inquiètent particulièrement de la hausse de la mortalité infantile lors de la dernière décennie qui place le pays au 25e rang européen quand en 2012, la France était en 2e position. “Le taux de mortalité infantile, marqueur essentiel du progrès médical et social, est en hausse depuis 2012 après avoir baissé pendant plus de deux siècles”, pointent-ils notamment. « Quand on connaît la situation des maternités, comment ne pas faire le lien entre ces indicateurs alarmants et la dégradation des conditions de travail ? » interrogent aussi ces médecins et l’association “SOS Préma”.
Les signataires rappellent aussi les conditions de travail difficiles des soignants du périnatal. “La plupart des soignants des maternités et des services de néonatologie travaillent plus de 50 heures par semaine, près de la moitié font au moins cinq gardes de 24 heures par mois. Conséquences : les professionnels chevronnés quittent l’hôpital, délaissant le soin mais aussi la recherche et la formation (indispensables à l’avenir de la médecine périnatale), et les jeunes désertent la périnatalité”, écrivent-ils, tout en dénonçant le recours toujours plus important aux vacataires et aux intérimaires.
Un rapport recommande la fin des accouchements dans les petites maternités
Quelques jours après la publication dans la presse des conclusions d’un rapport présenté à l’Académie de médecine qui propose de réduire de 20% le nombre de maternités en France, les auteurs de la tribune appellent les pouvoirs publics à mettre fin à leur « inertie » et demandent que le système de soin périnatal soit repensé « de façon globale, réaliste et cohérente ». « Les plateaux techniques doivent être regroupés dans des maternités mieux équipées et informatisées qui accueillent plusieurs niveaux de soins et offrent des conditions de travail permettant d’accompagner les patientes et leurs enfants en toute sécurité et dans la bientraitance », jugent les co-signataires.
Ce « regroupement des plateaux techniques » qui se traduira par des fermetures de maternité « doit être accompagné par la multiplication des centres périnatals de proximité (CPP) », ajoutent-ils. Ils demandent notamment au Gouvernement de mettre en place des assises nationales de la périnatalité. Conscientes du caractère politiquement sensible des fermetures de maternité, elles en appellent à une « prise de conscience des enjeux par la population » qui seule « peut permettre d’éviter le désastre ».
[avec Le Monde et AFP]
« Il est impératif de repenser et de réorganiser notre système de soin périnatal »
Tribune
Collectif
Dans une tribune initiée par la Société française de médecine périnatale (SFMP), les présidents de sociétés savantes médicales et une association d’usagers alertent sur la crise traversée par les maternités françaises, comme en témoigne la hausse de la mortalité infantile.
Publié le 04 mars 2023 à 11h30 Temps de Lecture 3 min.
Nos maternités sont au bord de la rupture et c’est pour cette raison que nous, gynécologues-obstétriciens, pédiatres néonatologues, anesthésistes-réanimateurs, sages-femmes, puéricultrices, psychiatres, psychologues et usagers, lançons un appel au gouvernement comme à tous les Français. Nous devons collectivement prendre conscience qu’il est impératif de repenser et de réorganiser notre système de soin périnatal, car, aujourd’hui, tous les indicateurs sont au rouge.
Le taux de mortalité infantile, marqueur essentiel du progrès médical et social, est en hausse depuis 2012 après avoir baissé pendant plus de deux siècles. La France est au 25e rang européen, alors qu’elle était en 2e position il y a vingt ans. Si nous avions conservé notre niveau d’excellence, mille deux cents décès d’enfants pourraient être évités chaque année.
En outre, le taux de mortinatalité (morts fœtales après six mois de grossesse) situe aussi notre pays en queue de peloton, au 20e rang européen. La Haute Autorité de santé estime que plus de 50 % des incidents graves dont sont victimes les mères et les enfants en salle d’accouchement sont évitables.
Indicateurs alarmants
Enfin, les auteurs de la dernière enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles jugent que 70 % des décès liés à la grossesse, à l’accouchement ou à leurs suites étaient « évitables » ou « peut-être évitables » sur la période étudiée (2013-2015).
Quand on connaît la situation des maternités, comment ne pas faire le lien entre ces indicateurs alarmants et la dégradation des conditions de travail ? De récentes enquêtes ont montré que le burn-out touchait de 50 % à 75 % des gynécologues-obstétriciens, 65,7 % des sages-femmes cadres et que 49 % de pédiatres néonatologistes souffraient de troubles du sommeil liés à leur activité.
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La plupart des soignants des maternités et des services de néonatologie travaillent plus de 50 heures par semaine, près de la moitié font au moins cinq gardes de 24 heures par mois. Conséquences : les professionnels chevronnés quittent l’hôpital, délaissant le soin mais aussi la recherche et la formation (indispensables à l’avenir de la médecine périnatale), et les jeunes désertent la périnatalité.
Selon la dernière enquête nationale périnatale (ENP 2021), la proportion de maternités qui doivent faire appel plusieurs fois par mois à des intérimaires ou à des vacataires est de 28,1 % en ce qui concerne les gynécologues-obstétriciens, de 32,2 % pour les anesthésistes-réanimateurs et de 28 % pour les sages-femmes.
Moindre sécurité
Les maternités de moindre taille ont davantage recours à ces professionnels qui n’ont pas toujours une bonne connaissance des services. La dimension plus modeste des équipes est, en effet, synonyme de charge supplémentaire de travail, de responsabilités accrues et d’une moindre sécurité. Il ne se passe ainsi pas une semaine sans que l’on apprenne la fermeture partielle de l’une d’entre elles faute d’effectifs suffisants, sans aucune anticipation des autorités de santé, dont la seule réponse est d’enjoindre les maternités de plus grande taille de jouer les bouche-trous. Ce qui les met à leur tour en grave tension et aggrave leurs propres difficultés de recrutement.
Lire la tribune : « Pour leur grossesse, les femmes devraient pouvoir choisir librement le parcours de soins qui leur convient »
Entre 2016 et 2021, une quarantaine de maternités ont définitivement fermé, d’après l’ENP 2021. Soyons lucides : le mouvement va inévitablement se poursuivre, du fait de la pénurie des soignants et de la faible attractivité des services les plus modestes. Mais si cela continue à se faire sans anticipation ni planification, tout notre système de soin périnatal ira au naufrage.
C’est pourquoi nous, professionnels de santé et usagers, appelons à amorcer un cercle vertueux, en repensant de façon globale, réaliste et cohérente l’offre de soins périnatale.
Les plateaux techniques doivent être regroupés dans des maternités mieux équipées et informatisées qui accueillent plusieurs niveaux de soins et offrent des conditions de travail permettant d’accompagner les patientes et leurs enfants en toute sécurité et dans la bientraitance.
Fermer des maternités n’est pas populaire
Toutes les équipes doivent avoir une taille suffisante pour garantir aux professionnels un exercice pluridisciplinaire et sécurisé de leur activité, avec une limite de cinq gardes mensuelles et une durée maximale de travail hebdomadaire de 48 heures, conformément à la réglementation. Ce qui suppose nécessairement la création de nouveaux postes.
Ce regroupement des plateaux techniques doit être accompagné par la multiplication des centres périnatals de proximité (CPP), afin que l’ensemble des femmes bénéficient en proximité d’un suivi de leur grossesse. Il doit être préparé en concertation avec les professionnels de santé et les usagers dans le cadre d’Assises nationales de la périnatalité, en veillant à ce que tous les territoires aient accès aux plus hauts standards de soin
.Lire aussi : « Il est nécessaire de faire enfin évoluer la situation dans nos maternités »
C’est à ces conditions seulement que l’on pourra stopper l’hémorragie des départs, attirer de nouveau les jeunes professionnels et retrouver le niveau d’excellence de notre offre de soins. Cette stratégie a été mise en œuvre avec succès par d’autres pays européens comme la Suède, où le taux de mortalité infantile a baissé de 20 % ces dix dernières années, alors qu’il ne cessait d’augmenter chez nous.
L’inertie des pouvoirs publics a une raison : fermer des maternités n’est pas populaire et les élus, locaux comme nationaux, soucieux de leur réélection, s’y refusent. C’est le jeu démocratique et seule une prise de conscience des enjeux par la population peut permettre d’éviter le désastre. Soignants et usagers doivent parler d’une même voix.
Liste des signataires : Pierre Albaladejo, président de la Société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR) ; Joëlle Belaisch-Allart, présidente du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) ; Charlotte Bouvard, directrice de l’association SOS Préma ; Margaux Creutz, présidente de la Fédération française des réseaux de santé en périnatalité (FFRSP) ; Michel Dreyfus, président de la Société française de médecine périnatale (SFMP) ; Estelle Morau, présidente du Club anesthésie-réanimation en obstétrique (CARO) ; Jean-Christophe Rozé, président de la Société française de néonatologie (SFN).
Collectif
Fini les accouchements dans 111 maternités de France ? Les 7 arguments qui motivent cette proposition choc
Les maternités de type 1 pourraient être regroupées avec d’autres établissements
Santé, Société, France – Monde
Publié le 02/03/2023 à 06:25
l’essentiel
Un rapport intitulé « Planification d’une politique en matière de périnatalité en France : organiser la continuité des soins est une nécessité et une urgence » préconise le regroupement de nombreuses maternités et la fin des accouchements dans certians petits établissements, dans l’intérêt des futures mères.
Selon un rapport présenté par le professeur Yves Ville, chef de la maternité de l’hôpital Necker à Paris, mardi 28 février 2023 à l’Académie de médecine, il faudrait « regrouper 100 maternités en France au nom de la sécurité de la mère et de l’enfant ». Une proposition choc qui divise et interroge, mais qui s’appuie sur différents arguments.
1/ La situation actuelle est dangereuse
Selon Yves Ville, l’auteur du rapport, l’organisation actuelle de certaines petites maternités, également appelées « de type1 », n’est pas viable. En cause, une organisation qui ne permet pas d’assurer la sécurité et la qualité des soins. Pour justifier l’idée de mettre fin aux accouchements dans 111 de ces structures et leur regroupement avec de plus gros établissements, deux raisons sont invoquées : le peu d’accouchements effectués, qui fait perdre de l’expérience aux praticiens, et le manque de personnel dans ces maternités. Ce déficit humain se ressent déjà, certaines maternités fermant quelques jours par semaine ou faisant appel à des intérimaires pour continuer à assurer des soins.
2/ Les futures mères privilégient déjà les grosses maternités
C’est un autre constat posé par le rapport du professeur Yves Ville. Selon ce dernier, les femmes privilégient déjà de plus en plus les grosses maternités. En effet, même en cas de grossesse sans complication, les futures mères préféreraient accoucher dans des maternités de type 2 ou 3, mieux équipées pour la prise en charge de grossesses à risque.
3/ Ces maternités sont vouées à la fermeture
À cause de leur état et de leur utilisation, les maternités qui devraient être regroupées, selon le rapporteur, fermeront à terme. Yves Ville suggère même que leur « maintien est illusoire ». Effectuer le regroupement de ces petites maternités qui mettent au monde moins de 1 000 bébés par an ne serait, en quelque sorte, qu’un moyen d’accélérer un processus qui aura forcément lieu.
4/ Regrouper permettrait d’offrir plus de moyens aux autres maternités
Ne plus réaliser d’accouchement dans des petites maternités ne se ferait pas sans compensation pour celles qui continuent à assurer l’intégralité des soins. En effet, le rapport préconise la mise en place d’un plan pour donner plus de moyens à certaines maternités afin d’assurer un suivi plus personnalisé. Cela permettrait de répondre au souhait des futures mères, qui veulent accoucher dans des établissements plus sécurisés, tout en assurant la viabilité et en améliorant les conditions de travail dans ces maternités. Ce serait notamment le cas de 54 établissements de type 2 à qui on offrirait de meilleures conditions de travail, parmi lesquels les maternités de Cahors, Auch, Tarbes ou encore Montauban.
5/ Les maternités « fermées » serviraient différemment
Regrouper de petites maternités avec d’autres établissements ne veut pas nécessairement dire que ces petites maternités fermeraient a proprement dit. En effet, le rapport indique seulement qu’il n’y aurait plus d’accouchement dans ces lieux. Ainsi, les femmes accoucheraient dans des maternités de type 2 ou 3, mieux équipées, puis elles pourraient revenir dans leur petite maternité de type 1, après leur grossesse, pour être suivies. Pour assurer cela, le rapport propose que les jeunes mères puissent être transférées vers ces petites maternités en ambulance quelques heures seulement après avoir donné naissance. À noter que les petites maternités permettraient aussi d’assurer le suivi des grossesses avant l’accouchement.
6/ Le temps de trajet serait peu rallongé
La crainte de se retrouver trop loin d’une maternité serait à tempérer selon le rapport. Il détaille que, dans l’hypothèse d’une fermeture des 111 maternités de type 1 présentes sur le territoire, 89 % des naissances auraient lieu à trente minutes ou moins de la maternité la plus proche. Les naissances à plus de quarante-cinq minutes d’une maternité représenteraient alors seulement 3 %, et seulement 0,9 % pour celles à plus d’une heure. Les évolutions de ces pourcentages par rapport au modèle actuel seraient relatives, le regroupement ne se faisant donc pas au détriment de la proximité des maternités avec les futures mères.
7/ Des hôtels pour les futures mères qui vivent loin
Pour les cas des futures mères logeant trop loin de la maternité où elles sont censées accoucher, le rapport préconise également la création d' »hôtels hospitaliers » situés à proximité de ces établissements. Ils accueilleraient ces femmes enceintes vivant dans des communes trop éloignés, les jours précédant l’accouchement.
Louis Rousseau
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Plus d’accouchement dans les petites maternités ? L’idée ne passe pas chez les sage-femmes
Publié le 02/03/2023 à 06:24
Les sages femmes accueillent avec circonspection le rapport du Pr Yves Ville. DDM – DDM MPL
Santé, Société, Grossesse / Bébé
Publié le 02/03/2023 à 06:24
l’essentiel
Un rapport présenté mardi 28 février 2023 à l’Académie de médecine préconise la fin des accouchements dans une centaine de petites maternités où l’on compte moins de 1000 naissances par an. Une recommandation qui étonne les syndicats de sage-femmes.
S’il a le mérite d’ouvrir le débat sur l’organisation des maternités en France, le rapport nommé « Planification d’une politique en matière de périnatalité en France : organiser la continuité des soins est une nécessité et une urgence » suscite plutôt l’incompréhension au sein des syndicats de sage-femmes, interrogés par La Dépêche du Midi. « Nous sommes assez dubitatif et surpris par cette proposition », indique Caroline Combot, secrétaire générale de l’Organisation nationale syndicale des sage-femmes (ONSSF).
A lire aussi : « On court à la catastrophe »… Un rapport préconise de ne plus accoucher dans une centaine de maternités françaises
En cause, la proposition de ne plus faire accoucher dans des maternités où ont lieu moins de 1 000 accouchements par an. Un choix dans la continuité d’autres décisions qui n’avaient déjà pas convaincu. « Il y a quelques années, on a fermé les maternités de moins de 500 naissances. Au niveau des résultats dans les enquêtes de morbi-mortalité périnatale, cela n’a pas changé grand-chose », indique Caroline Combot. Un constat conforté par les comparaisons avec l’étranger. « Ce n’est pas le choix qui a été fait par d’autres pays qui ont eu de meilleurs résultats que les nôtres dans ces enquêtes », rajoute-t-elle.
Trop de médicalisation
Parmi les arguments mis en avant par le rapport, figure la tendance des futures mères à déjà se diriger de plus en plus vers de grosses maternités. Un phénomène qui révèle un problème de fond, selon la secrétaire générale de l’ONSSF : « Les femmes fuient ces petites maternités car il y a une inconstance qui est mise en avant », dit-elle. Une inconstance sur la viabilité de ces structures, qui contribue à faire peur aux futures mères « en leur disant qu’elles ne sont pas capables de mettre au monde leur enfant sans qu’on s’occupe d’elles ».
À une époque où les femmes veulent se « réapproprier le moment de la naissance », cette injonction à aller vers des centres très médicalisés pose question. « En France, on considère que toute femme vit une grossesse pathologique jusqu’à preuve du contraire. On va ouvrir le parapluie très largement et proposer une prise en charge peut-être trop médicalisée pour une partie des Françaises », détaille-t-elle. Fermer les petites maternités irait dans ce sens selon la syndicaliste, soit à l’encontre de la demande des futures mères que l’on entend peu dans ce débat.
D’autres solutions possibles
La fin des accouchements dans les petites maternités serait donc une « fausse bonne idée » selon l’ONSSF qui évoquent d’autres solutions. « Il y a des secteurs où des groupements territoriaux ont mutualisé leurs moyens en professionnels de santé, et cela marche très bien », avance Caroline Combot. Si le statut des sage-femmes ne leur permet pas de naviguer entre les établissements, cela reste une piste à creuser pour permettre de maintenir des « pôles de proximité ».
Publié le 02/03/2023
Ces 111 maternités où il serait « dangereux » d’accoucher

Paris, le jeudi 2 mars 2023
– Dans un rapport choc, le Pr Yves Ville recommande de cesser les accouchements dans près d’un quart des maternités françaises.
Ces 20 dernières années, la France a perdu 30 % de ses maternités. La conséquence d’une baisse des effectifs, le métier de sage-femme attirant de moins en moins en raison de sa difficulté et de sa faible rémunération, de la désertification médicale mais également de règles de sécurité toujours plus strictes qui condamnent les petites maternités. Dans les campagnes « reculées » qui voient les établissements fermer les unes après les autres, le phénomène inquiète. Pourtant, certains souhaiteraient accélérer le mouvement, toujours au nom de la sécurité des mères et des enfants.
C’est le sens du rapport présenté ce mardi à l’Académie de Médecine par le Pr Yves Ville, qui n’a pas encore été validé par l’Académie. Académicien et chef de service à l’hôpital Necker à Paris, Yves Ville est un ponte de la gynécologie-obstétrique dont les avis sur la question portent nécessairement. Selon lui, il y a urgence à cesser les accouchements dans les 111 maternités (sur 452 que compte la France) qui pratiquent moins de 1 000 accouchements par an. « On doit regrouper 100 maternités en France, au nom de la sécurité de la mère et de l’enfant, si on ne le fait pas, on court à la catastrophe » alerte le Pr Ville.
Des maternités trop petites pour assurer la sécurité des mères et des enfants
Selon ce spécialiste de la chirurgie fœtale, ces petites structures, qui sont généralement de type 1 et ne prennent en charge en principe que les grossesses sans risque, n’assurent pas aux mères les conditions de sécurité nécessaire. En effet, faute de personnel, ces maternités ne peuvent plus y assurer la continuité du service et sont obligés de fermer parfois plusieurs jours par semaine, ce qui dérègle l’organisation du service et empêche aux équipes de gagner en l’expérience. « On y pratique moins d’accouchements, on perd en expérience, ce qui est dangereux ; pour continuer à tourner, ils font appel à des intérimaires, cette organisation sous forme de rustines ne permet pas d’assurer la sécurité et la qualité des soins » explique le Pr Ville.
Selon l’académicien, les futures mères ont déjà conscience du problème et délaissent généralement ces petites structures au profit des grosses maternités de type 2 et 3. Problème, ces établissements n’ont pas les moyens et les effectifs suffisants pour faire face à cet afflux de parturientes. « Elles sont saturées et offrent des conditions de travail dégradées, il faut les aider, elles ne doivent pas craquer » insiste le Pr Ville, qui préconise de renforcer ces grandes structures au détriment des petites maternités. « Maintenir des petites maternités alors qu’on manque de bras partout, le calcul n’est pas bon ; aujourd’hui, il n’y a plus assez de gynécos et de sage-femmes en salle de naissance, il n’y a plus le choix, c’est dur à entendre mais il faut regrouper les petites maternités » abonde dans le même sens le Dr Joelle Belaisch Allart, présidente du collège national des gynécologues et obstétriciens français.
Le rapport Ville ne préconise pas pour autant de fermer complètement les 111 maternités françaises qui réaliseraient trop peu d’accouchement. Ces petites structures pourraient continuer à assurer « le suivi avant et après », quitte à transférer les mères et leurs enfants en ambulance vers ces petites maternités dès après l’accouchement explique le Pr Ville.
Des conséquences néfastes pour le maillage territorial ?
A ceux qui s’inquiètent que cette mesure puisse accentuer la désertification médicale, le Pr Ville assure que les conséquences sur le maillage territorial serait minime. « 89 % des naissances auraient lieu au maximum à trente minutes de la maternité la plus proche, 3 % à plus de 45 minutes et 0,9 % à plus d’une heure » explique le rapport qui préconise, en cas d’un trop grand éloignement, de loger les mères dans des hôtels à proximité des maternités les jours précédents l’accouchement.
La proposition choc du Pr Ville ne fait pas l’unanimité parmi les spécialistes, loin de là. Pour le Dr Michèle Leflon, le plan du Pr Ville ignore les aspirations des mères, qui souhaitent généralement pouvoir accoucher près de chez elle et vivre l’ensemble de leur grossesse dans le même établissement. « Nous sommes complètement contre ! C’est une angoisse terrible pour les femmes d’accoucher loin de chez elle ! » s’insurge la présidente de la coordination nationale des comités de défenses des maternités de proximité. Les syndicats sont également très sceptiques quand aux propositions du Pr Ville et estiment que l’urgence est plutôt de renforcer les effectifs et d’améliorer l’attractivité du métier de sage-femme, afin au contraire de sauver ces petites structures.
Le débat est donc lancé, mais pour le Pr Ville, qu’on le veuille au non, ces petites maternités finiront par fermer, par manque d’effectifs. « Leur maintien est illusoire, à terme elles finiront par fermer » assure-t-il.
Quentin Haroche
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