Publié le 06/03/2023
Comment faciliter la vie des internes en médecine générale ?

Paris, le lundi 6 mars 2023
– Selon une enquête d’opinion, les questions de logement et de mobilité sont les clés pour améliorer les conditions de travail des internes en médecine générale, particulièrement en Ile de France.
Inciter les jeunes médecins généralistes à s’installer dès la fin de leur internat, notamment en zone sous dense, tel sera un des enjeux clés des prochaines années pour notre système de santé, alors que le nombre d’omnipraticiens en ville risque de fortement diminuer à moyen terme. Pour le moment, la seule solution avancée par le gouvernement semble de multiplier les stages ambulatoires durant l’internat, tout à la fois pour faire découvrir le métier aux futurs médecins et pour servir de rustines à une offre de soins qui se dégrade. En plus du stage de première année et du « stage ambulatoire en soins primaires en autonomie supervisée » (Saspas), le gouvernement vient ainsi de créer une quatrième année d’internat, qui sera constituée de deux stages à réaliser « en priorité » (mais non obligatoirement) en zone sous dense à compter de 2026.
En réalité, ce sont avant tout des questions très prosaïques de logement et de mobilité qui préocuppent les internes généralistes au moment d’effectuer leurs stages et c’est sur ces leviers qu’il faut agir pour améliorer leurs conditions de travail et les inciter à s’installer. C’est ce que révèle en tout cas une enquête d’opinion réalisée par le syndicat représentatif parisien des internes de médecine générale (SRP-IMG), la branche parisienne de l’Intersyndicale nationale des internes (Isni), auprès de 304 internes franciliens.
Les internes franciliens fatigués par les déplacements incessants
Principal enseignement de ce sondage, bien plus que des questions liés au projet professionnel, c’est le lieu du stage par rapport au domicile qui oriente le plus le choix de stage des internes : 80 % des futurs médecins en font un critère prépondérant pour le choix du Saspas, contre seulement 49 % qui s’intéressent au mode d’exercice du maitre de stage universitaire (MSU) qui les accueille et 46 % au type de structure. « Il serait préférable que le projet professionnel passe en premier » regrette Cédric Cardoso, président du SRP-IMG.
Durant leurs années d’internat, les carabins franciliens se trouvent en effet face à une situation inextricable, où ils doivent pouvoir faire preuve d’une grande mobilité dans un « contexte locatif » très tendu à Paris et dans sa région. Ainsi, 40 % des internes interrogés disent avoir dû jongler entre deux ou trois lieux d’exercices différents durant leur Saspas, parfois situés dans des départements différents. « Au cours d’une même semaine, ils sont susceptibles de traverser l’Ile-de-France depuis leur domicile pour se rendre sur les différents lieux d’exercice de leur MSU » constate le SRP-IMG.
Des déplacements incessants qui détériorent les conditions de travail de ces futurs médecins et affectent leur bien-être. Ainsi, 61 % des internes interrogés pensent qu’ils sont davantage exposés à des risques psychosociaux en stage ambulatoire par rapport aux stages hospitaliers (notamment en raison de l’isolement et de responsabilités accrues) et les trois quart d’entre eux estiment que le fait de devoir se déplacer d’un département à un autre au cours du même stage est un facteur de mal être. La combinaison du manque de logements disponibles et des temps de trajet fait de l’Ile-de-France une région perçue comme « contraignante » par les internes, selon le SRP-IMG.
Se loger près du lieu de stage…pour s’y installer plus tard
Pour le syndicat et les internes interrogés, il est donc essentiel que soit proposé aux jeunes médecins un logement abordable à proximité de leur lieu de stage. « Bénéficier d’un logement proche du lieu de stage déchargerait les internes des contraintes de transports » écrit le SRP-IMG. « Ils pourraient ainsi se concentrer davantage sur leurs consultations plutôt que de surveiller l’heure avant le dernier bus permettant de rejoindre la gare la plus proche pour pouvoir rentrer chez eux ». Des contraintes de logement d’autant plus importantes que nombreux sont les carabins qui commencent une vie de famille vers la fin de leur internat.
Non seulement pouvoir loger à proximité de leur lieu de stage faciliterait les conditions d’exercice des internes, mais cela pourrait les inciter à s’installer dans la région une fois leur diplôme en poche. « 72 % des internes déclarent ainsi que la mise à disposition d’un logement dans un territoire pourrait contribuer à leur donner envie de s’y installer »souligne le SRP-IMG. « Si au lieu de rentrer chez soi à plus d’une heure de route on pouvait passer la nuit sur place, cela nous permettrait de découvrir le territoire, de passer du temps sur place en dehors des consultations et de voir autre chose que la gare RER » explique Cédric Cardoso.
Si 95 % des internes déclarent n’avoir jamais reçu de proposition de logement au moment de leurs choix de stage, des initiatives locales existent déjà sur le sujet. Certaines communes, notamment dans les zones rurales particulièrement touchées par la désertification médicale, créent des internats, des maisons des internes ou promettent des aides à l’installation aux internes, sans oublier les différentes subventions dont les internes peuvent bénéficier (environ 300 euros par mois pour le logement et 100 euros pour les transports). Ces différentes solutions devraient être débattues et développées à l’occasion des réunions du volet santé du Conseil national de la refondation (CNR).
Il y a urgence à agir pour améliorer l’attractivité de la médecine générale : dans un sondage réalisé en novembre dernier, 50 % des étudiants qui ont fait de la médecine générale leur premier choix aux ECN déclaraient remettre ce choix en question.
Quentin Haroche