« Les médecins « tout-terrain », contreforts de la vallée de la Roya »
Date de publication : 20 février 2023
C’est ce que titre Libération, qui constate que « le territoire enclavé des Alpes-Maritimes ne connaît pas la pénurie de généralistes grâce à une maison de santé dans laquelle ils sont 7 à partager leur temps de travail et leurs revenus. Une solution contre la désertification médicale ».
Mathilde Frénois explique ainsi que « c’est une petite annonce qui a mené Jean-Louis Gerschtein jusqu’à Breil-sur-Roya en 2011. En «quasi-burn-out» dans son cabinet de Saint-Cloud, le médecin débarque dans une maison de santé en mauvaise passe ».
« Les projections sont pessimistes : sur 7 médecins généralistes en 2015 dans la Roya, ils ne seront plus que 2 en 2020 en raison des départs en retraite. Si rien ne change, la vallée escarpée deviendra un désert médical. Jean-Louis Gerschtein anticipe et fait venir des internes dès 2017. Un pari : ils resteront », poursuit la journaliste.
Mathilde Frénois souligne : « Territoire enclavé et isolé des Alpes-Maritimes, la vallée de la Roya ne connaît pas la pénurie de médecins. Sa maison de santé a su attirer et conserver 31 professionnels de santé. Parmi eux, 7 généralistes partagent leur temps de travail et leurs revenus. Une solution contre la désertification médicale ».
La journaliste relève que « dans cette maison de santé libérale accolée à l’hôpital public, les médecins bénéficient de la mutualisation des ressources : du matériel dernier cri, des locaux spacieux, un service administratif, une coordinatrice et des spécialistes à portée de main. Surtout, une logistique unique ».
« Les médecins travaillent en binôme. Quand l’un bosse «à bloc», l’autre est «off». Une période de 15 jours en alternance pour caler ses repos, ses formations, ses réunions », continue-t-elle.
Le Dr Gerschtein remarque : « On pousse le concept du travail en équipe au maximum : on est la seule maison de santé de France à mettre en commun tous les honoraires. A la fin du mois, on a tous le même chèque ».
Mathilde Frénois note en outre que « les médecins disposent de chambres de fonction. Certains commencent à investir dans une maison de village. Ils restent ».
Elle ajoute que « renforcer l’offre de médecins permet d’éviter le renoncement aux soins. En plus des 7 généralistes, se relaient tous les jours des kinés, dentistes, orthophonistes, toutes les semaines un psychologue, tous les mois sage-femme, ophtalmologue, podologue. Et occasionnellement endocrinologue, diététicien, pneumologue. Le matériel est sur place, même les radios et les échos. La mairie loue les locaux ».
« Plus de 4300 patients sont suivis par un médecin traitant sur les 6000 habitants du secteur. Il faut compter une journée pour obtenir une consultation à Breil, contre 5 à 8 sur le littoral », ajoute la journaliste.
Elle remarque par ailleurs que « la maison de santé se projette. Depuis 2018, des consultations sont organisées tous les jours à Tende, tout en haut de la vallée. Pendant la tempête Alex, les médecins ont déployé une «organisation de crise», procédé aux évacuations et poursuivi leurs consultations. Depuis 2022, l’ARS «expérimente un modèle unique en France d’annexe pharmaceutique en territoire fragile». Les habitants de Tende devraient bientôt bénéficier d’une extension de la pharmacie de Breil. Le projet se tourne aussi vers le littoral. Cet été, trois médecins ont été recrutés pour l’ouverture d’une autre maison de santé pluriprofessionnelle adossée à l’hôpital de Menton, au bord du désert médical ».