« La pollution plastique est un fléau qu’il ne faut surtout pas recycler, mais éradiquer »
Tribune
Rosalie Mann
Fondatrice et présidente de la fondation No More Plastic
Rosalie Mann, responsable de la fondation No More Plastic relève, dans une tribune au « Monde », l’irresponsabilité des gouvernements qui ne prennent pas la mesure du niveau de dangerosité du plastique sur la santé des femmes et des enfants. Elle explique que le plastique recyclé, c’est juste du poison recyclé.
Publié hier à 18h30 Temps de Lecture 3 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/02/15/la-pollution-plastique-est-un-fleau-qu-il-ne-faut-surtout-pas-recycler-mais-eradiquer_6161965_3232.html
Bérangère Couillard, secrétaire d’Etat à l’écologie a relancé, le 30 janvier, le débat sur la mise en place de consignes pour les bouteilles en plastique en France, dans le cadre de la loi antigaspillage. Son but : viser le 100 % de plastique recyclé. Mais pourquoi viser cet objectif lorsqu’on sait aujourd’hui que le plastique pose de graves problèmes sur notre santé et celle des générations futures ?
Chaque minute, un million de bouteilles en plastique en moyenne sont vendues à travers le monde. Un million de bouteilles qui génèrent des microplastiques durant tout leur cycle de vie. Un million de bouteilles qui empoisonnent adultes et enfants avec des microplastiques qu’ils ingèrent en buvant leur contenu. Toutes ces bouteilles en plastique sont faites en PET [polyéthylène téréphtalate, une variété de plastique transparent] qui est la catégorie de plastique la plus toxique qui soit, et paradoxalement « la plus recyclable ».
Le PET génère de l’antimoine, un métal cancérigène, proche de l’arsenic. Plus on conserve un contenu longtemps dans ce matériau, plus les substances toxiques le contaminent. Malgré les idées reçues, la pollution plastique commence bien avant qu’un produit en plastique ne devienne un déchet. La pollution plastique commence dès sa création. Le plastique génère des microparticules, nanoparticules de plastique tout au long de son cycle de vie. Cette pollution invisible nous empoisonne quotidiennement.
Chaque semaine nous ingérons 5 grammes de microplastiques, l’équivalent du poids d’une carte de crédit. L’étendue de l’impact de la pollution plastique est bien plus grande qu’on ne le pense. Elle nous affecte tous, lorsqu’on boit de l’eau minérale dans une bouteille en plastique, lorsqu’on se lave. Elle nous affecte également par les pores de notre peau qui absorbent les microplastiques ou nanoplastiques, lorsqu’on porte un vêtement, des dessous en matière synthétique (nylon, polyester, plastique recyclé).
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Elle affecte enfin particulièrement les femmes, car leur organisme absorbe plus facilement les toxines des substances chimiques contenues dans le plastique, sachant qu’elles en consomment bien plus, en se maquillant, en utilisant tous les mois des tampons ou des serviettes hygiéniques, car tous ces produits en contiennent et sont très souvent contenus dans du plastique.
Les femmes enceintes en ont dans toutes les parties du placenta. Des microplastiques ont été retrouvés dans le lait maternel. Plus nous sommes exposés au plastique, à son recyclage, et donc à sa pollution en microplastiques, et plus cette quantité de plastique ingéré augmente.
Cancers, infertilité, maladies chroniques
On ne doit pas s’étonner de voir une augmentation des cancers du sein et du côlon, de cancers chez les enfants, de l’augmentation de l’infertilité chez les jeunes et des maladies chroniques, comme la maladie de Crohn, l’endométriose, l’obésité ou l’asthme. Toutes ces maladies ont un lien direct avec la pollution plastique. Nous en avons jusque dans notre sang. De nombreuses études sont sorties sur le sujet depuis 2020. Notre gouvernement ne peut donc pas relancer le débat sans les prendre en considération.
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Comment en sommes-nous arrivés là ? Nous avons commis deux erreurs.
La première, est celle d’être devenus « addict » au plastique. On produit plus de 460 millions de tonnes de plastique par an, et les prévisions de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) nous disent qu’on devrait dépasser 600 millions de tonnes en 2030.
Cette transformation des modes de vie que la matière plastique a révolutionnée s’est faite sans limite. En seulement vingt ans, nous avons produit plus de plastique que durant les cinquante années précédentes. Nous commençons seulement à en connaître le véritable prix sur l’économie, le tourisme, l’environnement et plus grave encore, sur notre santé.
Notre deuxième erreur est celle du recyclage du plastique. Le plastique est un matériau toxique qui pollue dès sa création par les microplastiques. Même recyclé, le plastique reste toxique : le plastique recyclé, c’est juste du poison recyclé. L’économie circulaire n’a de sens que pour les cercles vertueux.
Il est plus que temps de mettre en application les procédés existants permettant de détruire et d’éliminer définitivement les déchets plastiques par des enzymes
Tous les plastiques, recyclés ou non, contiennent un produit chimique toxique, un perturbateur endocrinien ou cancérogène. Il n’y a donc rien de vertueux à recycler le plastique, puisqu’il s’agit de remettre en circulation un poison. L’objectif de 100 % de plastique recyclé est une hérésie.
Ces deux erreurs nous coûtent cher aujourd’hui et auront de lourdes conséquences demain si on persévère. Notre gouvernement ne peut donc pas vouloir favoriser le recyclage des matériaux en plastique sans être informé du danger qu’une telle politique fait prendre à notre santé à tous, et à l’environnement
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Nous avons besoin de réduire et de remplacer la matière plastique dans les produits que nous consommons. Nous avons besoin de courage politique pour mettre fin à cette fuite en avant de la consommation et de la pollution plastique. Il est plus que temps de mettre en application les procédés existants permettant de détruire et d’éliminer définitivement les déchets plastiques par des enzymes, et de réduire la production plastique à la source.
La pollution plastique est un fléau qu’il ne faut surtout pas recycler, mais éradiquer. Nous devons déplastifier notre société.Il est temps de considérer ce problème, pour ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire une question de santé publique.
Rosalie Mann(Fondatrice et présidente de la fondation No More Plastic)