Alors que le gouvernement s’était engagé à ouvrir douze nouvelles maisons de naissance d’ici à la fin 2022, aucune n’a vu le jour

« Le gouvernement doit relancer le développement des maisons de naissance »

Tribune

Collectif

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Les maisons de naissance offrent un accompagnement global de la grossesse et de la naissance. Le gouvernement prévoyait d’en ouvrir douze nouvelles avant la fin 2022, mais rien ne s’est passé, alerte, dans une tribune au « Monde », un collectif d’usagères et de sages-femmes.

Publié le 13 février 2023 à 13h00, mis à jour le 13 février 2023 à 13h17  Temps de Lecture 3 min. 

Alors que le gouvernement s’était engagé à ouvrir douze nouvelles maisons de naissance d’ici à la fin 2022, aucune n’a vu le jour. En pleine crise du système de santé, la France se prive ainsi d’une offre de soins qui, en ouvrant en toute sécurité une alternative à de nombreuses patientes à bas risque, permet aussi, grâce à un suivi moins médicalisé de la grossesse, d’optimiser le temps médical en dégageant plus de disponibilité auprès des patients.

Ces établissements offrent un accompagnement global de la grossesse et de la naissance, à la fois sûr, bénéfique pour la santé des femmes et des enfants, et même moins coûteux pour les finances publiques. Les pouvoirs publics doivent faciliter le développement de ce modèle.

Les maisons de naissance constituent une offre de santé périnatale et maternelle innovante, expérimentée depuis 2016 et pérennisée en 2021. Chaque femme bénéficie d’un suivi périnatal complet et favorable à l’accouchement physiologique (soutien continu, prise en charge non médicamenteuse de la douleur, dans le respect des recommandations définies par la Haute Autorité de santé).Lire aussi Accouchement « naturel » : les députés votent pour développer les maisons de naissance

Tout au long de sa grossesse, elle peut y associer son partenaire et sa famille, se préparer avec la sage-femme qui sera présente le jour de son accouchement et qui lui rendra visite à domicile après.

La France très en retard

Les maisons de naissance garantissent la sécurité et le bien-être des femmes et des enfants, par une stricte sélection des patientes à bas risque, par le lien étroit avec une maternité partenaire et la présence de deux sages-femmes pour chaque accouchement. En Europe, la France est très en retard pour proposer ce type de suivi, alors que la demande d’une prise en charge moins médicalisée de l’accouchement est en forte augmentation.

En 2020, dans un sondage Ipsos, une femme sur cinq déclarait vouloir accoucher dans une maison de naissance, ce qui représente 130 000 naissances par an. Aujourd’hui, seulement huit de ces maisons existent, réalisant moins de 800 accouchements par an et devant ainsi refuser de nombreuses demandes.Lire aussi Accoucher en maison de naissance : « On apprend à se faire confiance »

Après le succès de l’expérimentation, le gouvernement avait fixé un objectif de création de douze nouvelles maisons de naissance en 2022. Dans les faits, aucune nouvelle maison n’a ouvert. Parmi les acteurs de cette offre de soins, la démotivation est forte devant les difficultés pour créer de nouvelles structures, alors même qu’il existe actuellement plus d’une trentaine de projets en France.

Un volontarisme politique fort

Par exemple, le financement de ces structures n’a pas été pérennisé, reposant encore sur une dotation forfaitaire annuelle des agences régionales de santé (ARS), pensée pour l’expérimentation, mais qui n’est pas adaptée aux besoins des maisons de naissance, et sur une prise en charge par la Sécurité sociale qui ne couvre pas toutes les obligations de présence des sages-femmes. D’autres blocages injustifiés demeurent, sur les conditions de recrutement des sages-femmes, par exemple.Lire aussi :  Article réservé à nos abonnés  « L’intervention précoce auprès d’enfants confrontés aux situations de crise est indispensable pour leur garantir le meilleur développement possible »

Les maisons de naissance ont besoin d’un volontarisme politique fort, pour engager les administrations dans l’accompagnement des nouveaux projets et la facilitation du contact avec les maternités partenaires. L’instauration d’un dialogue régulier entre le ministère de la santé et les ARS sur les maisons de naissance nous semble indispensable pour permettre l’application de la loi de façon homogène sur le territoire national.Lire aussi :  Article réservé à nos abonnés  Claudine Schalck : « Les sages-femmes ont droit à la reconnaissance du travail fait et des services rendus »

Nous appelons ainsi le gouvernement à relancer le développement des maisons de naissance, en engageant l’administration et les acteurs de santé dans une vraie concertation et une dynamique sincère de développement de cette offre qui a beaucoup à apporter aux femmes, à l’enfance et au système de santé.

Liste des signataires : Coline Akchar, usagère ; France Artzner, représentante du Collectif interassociatif autour de la naissance (Ciane) ; Myriam Banck, sage-femme ; Maud Bauer, sage-femme ; Jeanne Birckel, usagère ; Florent Blondin, usager ; Cynthia Callaou, sage-femme ; Hélène Carrère, représentante du Ciane ; Ma’ayan Cohen,accompagnante à la naissance ; Juliette Dassonville-Leroy, sage-femme ; Pierre de Franclieu, usager ; Tiani Delcourt, usagère ; Laure Delpierre Lenoir, représentante du Ciane ; Yohanna Depierre, usagère ; Isabelle Dey,usagère ; Laure Duez, sage-femme ; Anne Evrard, représentante du Ciane ; Nathalie Faggianelli, usagère ; Muriel Farnault, sage-femme ; Florina Guichaoua, sage-femme ; Sarah Fournier, sage-femme ; Clara Galissard, sage-femme ; Adrien Gantois, sage-femme ; Manon Gelin, sage-femme ; Séverine Gracz, sage-femme ; Elena Grillenzoni, usagère ; Lucile Guerre, sage-femme ; Lucie Hegoburu, usagère ; Esther Jacky, sage-femme ; Aurélie Knaps, sage-femme ; Camille Lajarige, sage-femme ; Julie Mahé, sage-femme ; Sandrine Maurice, sage-femme ; Jessie Mussard, sage-femme ; Mariane Pairet, sage-femme ; Clémence Palluel, sage-femme ; Léna Pedron,usagère ; Alison Passieux, représentante du Ciane ; Estelle Rabiller, usagère ; Claire Ramelli-Lamy, sage-femme ; Mathilde Revelon, sage-femme ; Nour Richard-Guerroudj, représentante du Ciane ; Pauline Scherer, sage-femme ; Marielle Schneider, usagère ; Lorène Simon, sage-femme ; Hazar Soualmi, usagère ; Angela Spiegel, usagère ; Laura Van Royen, sage-femme ; Camille Walquan, sage-femme.

Collectif

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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