Vide sanitaire

- Sébastien Marti.
Publié le 11/02/2023 à 06:31
https://www.ladepeche.fr/2023/02/11/vide-sanitaire-10990622.php
Les généralistes désertent les campagnes et les spécialistes ne font pas exception. C’est une avarie de plus pour le Titanic de la santé qui semble prendre eau de toute part tandis que nous le regardons sombrer, impuissants. Bien mal embarqués, les passagers que nous sommes cherchent des médecins comme autant de chaloupes. Allô les ophtalmologues, les gynécologues, les pédiatres, les dermatologues, les psychiatres ? Plus personne ne répond…
Certaines professions seraient même menacées d’extinction comme les ophtalmos qui partent à la retraite les uns après les autres. Conséquence : des délais à rallonge – plus de six mois d’attente – , des médecins qui ne prennent plus de nouveaux patients et une concentration de l’activité dans des cliniques privées, qui ont les yeux plus gros que le ventre. La France a également perdu plus de la moitié de ses gynécologues en moins de quinze ans. Quant aux enfants, eux aussi sont concernés par cette traversée du désert médical. Un quart des petits Français de moins de 10 ans vivent sans pédiatre à moins de 45 minutes de route.
Cette situation de « vide sanitaire » est intolérable. Elle constitue même un véritable scandale dans la mesure où l’égalité des citoyens pour l’accès aux soins n’est plus garantie. De plus en plus de Français confient ainsi avoir renoncé à se faire soigner. Loin des yeux, loin du cœur, ils ne consultent plus l’ophtalmo ou le cardiologue. L’état de santé général de la population se dégrade et c’est un cercle vicieux : moins on se porte bien, plus il faut de soignants.
On sait que les médecins ne sont plus animés par les mêmes ressorts sacerdotaux que leurs aînés, qu’ils ne veulent plus faire d’horaires à rallonge, quitte à ne travailler que quatre jours par semaine, et qu’ils fuient la monotonie du monde rural. Mais ils sont aussi les victimes collatérales d’un numerus clausus obsolète face à la poussée démographique et le vieillissement de la population, et de spécialités qui n’attirent plus les carabins au cours de leur cursus universitaire. Un comble alors que la France est réputée pour la formation de ses médecins.
Dans l’immédiat, des initiatives se multiplient pour tenter de résorber la fracture : en Occitanie, la Région salarie des médecins dans des maisons de santé ; en Bretagne, des pharmaciens se substituent aux médecins généralistes pour des petites consultations ; les orthoptistes peuvent désormais prescrire des verres correcteurs et plus seulement les ophtalmos etc. C’est évidemment insuffisant et c’est un véritable big-bang que doit provoquer le ministre de la Santé, François Braun, pour mieux traiter les médecins et bien soigner les patients. Il faudra du temps ! Nous sommes entrés en salle d’attente mais les Français ont l’habitude…
Sébastien Marti
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Commentaire de l’éditorial – Dr Jean Scheffer:
Bonjour, Un jour l’ophtalmo, un jour la gynécologie, un jour la pédiatrie… La liste est très longue, chacun voyant « midi à sa porte ». Le mal est global et après avoir parlé longtemps des déserts médicaux en généralistes, c’est le tours des spécialistes. Mais il y a aussi, les hôpitaux (40% des postes vacants dans nos hôpitaux généraux et psychiatriques, en préfectures et sous préfectures), mais aussi en PMI Crèches Médecine scolaire et universitaire, CMP, médecine du travail, pénitentiaire, santé publique, recherche… Il faut une vision globale et une solution globale. C’est ce que je propose avec un « Clinicat Assistanat pour Tous » obligatoire, de 2 à 3 ans pour tous les futurs généralistes et spécialistes, avec bien entendu associé, la régulation de l’installation des médecins, l’augmentation des médecins formés avec l’augmentation des moyens pour nos facultés, la création de centres de santé publics dans les secteurs les plus en détresse et enfin le retour à l’obligation de garde pour tous les médecins libéraux . Concernant de Clinicat Assistanat pour tous, je ne comprends pas depuis le temps que j’en parle, pourquoi les journalistes n’ont pas repris la balle au bond. Seuls l’académie de médecine propose une solution similaire que pour un an, et l’Association des Citoyens contre les Déserts Médicaux (ACCDM) qui reprend ma proposition. Ma proposition est expliquée, dans le contexte actuel de notre système de santé qui voit une privatisation galopante des soins de proximité (centres de soins non programmés par les grands groupes Ramsay, Vivalto Santé, Ipso Santé, SantéCie…). « Vision Globale -Solution globale »:
https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=GfjeRj?e=4YzGt2
Supprimé
DOSSIER. Santé : dermatologue, gynécologue… pourquoi l’accès aux médecins spécialistes est de plus en plus difficile
Le secteur de la santé est marqué par une pénurie de médecins, notamment chez les spécialistes. Photo DDM illustration, Jean-Louis Pradels
Santé, Société, France – Monde
Publié le 11/02/2023 à 06:31
00:00/03:54
l’essentiel
Le secteur de la santé est marqué par une pénurie de médecins, notamment chez les spécialistes. Chiffres et explications.
« Trop nombreux sont aujourd’hui nos compatriotes à ne pas avoir de médecin traitant et à avoir de plus en plus de difficultés à avoir accès à des spécialistes », reconnaissait Emmanuel Macron, en septembre dernier. « Cette situation n’est pas acceptable ». En effet, comme le rapporte la dernière enquête de Marianne sur la disponibilité des cabinets médicaux, 22 millions de Français vivent dans un désert médical. Soit plus d’un tiers de la population. Et si le manque de généralistes est souvent au cœur des alertes, la désertification chez les spécialistes est également préoccupante.
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Situation qui empire et écarts grandissants
Selon un indicateur réalisé par le géographe de la santé Emmanuel Vigneron, révélé par Le Monde, le nombre de professionnels de ville (libéraux ou en exercice mixte) est ainsi passé de 68,4 pour 100 000 habitants en 2012 à 65,5 en 2022 dans une dizaine de spécialités les plus « courantes ». Une situation qui n’a donc fait qu’empirer ces dernières années.
« De plus, les inégalités territoriales se sont creusées », nous indique le Dr Jean-Marcel Mourgues, vice-président du Conseil national de l’ordre des médecins. Les trois quarts des 101 départements français se trouvent toujours à un taux inférieur à la densité moyenne. Sans surprise, les territoires ruraux sont ceux qui sont le plus touchés par la dégradation sur la dernière décennie. À l’avantage… des métropoles « plus attractives, en raison de divers facteurs ».
A lire aussi : INTERVIEW. Rendez-vous chez l’ophtalmo : « L’Occitanie est l’une des régions où les délais d’attente sont les plus longs »
En outre, les densités de certaines spécialités se sont effondrées plus que d’autres cette dernière décennie : -17% chez les gynécologues, -18% chez les rhumatologues ou encore -19% chez les dermatologues.
27,5 % des enfants vivent dans un désert médical pédiatrique
Plus précisément, une récente étude de l’UFC Que Choisir révèle que 23,6 % des femmes vivent dans un désert médical gynécologique. Selon un rapportd’information du Sénat publié en octobre 2021, on comptait en moyenne 2,6 gynécologues médicaux pour 100 000 femmes en âge de consulter en France.
Autre chiffre alarmant : 27,5 % des enfants vivent dans un désert médical pédiatrique. « Actuellement, huit départements connaissent une densité inférieure à un pédiatre pour 100 000 habitants », notait l’inspection générale des affaires sociales dans un rapport de 2020.
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Dernier exemple : selon l’enquête du Guide Santé, il faut compter 477 jours d’attente à Montauban, soit près d’un an et demi, pour obtenir un rendez-vous chez un dermatologue, ou encore 141 jours à Narbonne.
Un numerus clausus relevé trop tardivement
Mais à quoi est due cette pénurie ? « De manière générale, le manque de médecins en France résulte de la décision, prise dans les années 80, de réduire drastiquement le numerus clausus, le nombre d’étudiants en médecine, pour limiter les dépenses de santé », explique le Dr Thierry Bour, Président du syndicat national des ophtalmologistes de France. « Dans les années 70, le numerus clausus était de 8500. Dans les années 90, il est tombé à 3500. Il a été par la suite progressivement revu à la hausse. Mais trop tard… »
« Entre-temps, la population française a augmenté – 16 millions d’habitants en 50 ans, et a vieilli. C’est pourquoi on doit faire face aujourd’hui à des difficultés, avec une inadéquation entre les besoins de la population et l’offre médicale », détaille le Dr Jean-Marcel Mourgue.
A lire aussi : Déserts médicaux et pénurie de médecins… Quelles solutions en Occitanie ? **
En janvier dernier, des députés ont déposé une proposition de loi visant à encadrer la liberté d’installation des médecins et des spécialistes, afin de lutter contre les déserts médicaux. « Une fausse bonne initiative », selon Conseil national de l’ordre des médecins, qui s’y oppose.
Elsa Péault
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Déserts médicaux et pénurie de médecins… Quelles solutions en Occitanie ?
Face au manque de médeçins généralistes et spécialistes, quelles solutions ? DDM illustration / Valentin Vié
Publié le 11/02/2023 à 06:37 https://www.ladepeche.fr/2023/02/11/deserts-medicaux-et-penurie-de-medecins-quelles-solutions-en-occitanie-10982695.php
l’essentiel
Face au manque de médecins généralistes et spécialistes, quelles solutions ? La Dépêche du Midi fait le point avec l’ARS Occitanie sur les solutions apportées dans la région.
« Concernant la formation, les stages des internes sont répartis sur l’ensemble des départements d’Occitanie pour avoir des médecins en plus sur nos territoires », nous indique Céline Saintin, responsable du pôle soins primaires à l’Agence Régionale de Santé Occitanie. Actuellement, la région compte 2855 internes en formation : 1391 à Montpellier et 1464 à Toulouse, dont 417 internes Montpellier et 472 internes Toulouse en Médecine générale.
« À plus long terme, l’abandon du numerus clausus (NDLR : limitation du nombre d’étudiants admis) pour les études médicales a été acté en 2021 ». Il a été remplacé par des objectifs pluriannuels d’admission (OPA), qui a permis une augmentation de plus de 20% des étudiants en médecine sur la période 2021-2025.
Autre solution : « Le développement de structures d’exercice coordonné en ville, favorisant le partage de tâches, la motivation des professionnels, la bonne orientation des patients, qui s’accélère ». L’Occitanie compte en effet plus de 290 maisons de santé pluri professionnelles. 37 Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) ont également validé leur projet de santé et ont signé un accord avec l’Assurance Maladie afin de pérenniser leur financement. 45 autres projets sont en cours d’élaboration dans le but de couvrir l’intégralité du territoire régional d’ici la fin de l’année 2023.
« Des mécanismes très importants, d’aides à l’installation pour les médecins notamment, sont en place dans la région et ont même été étendus en 2021 avec l’adjonction d’aides de l’ARS en sus des aides de l’Assurance Maladie, permettant de couvrir 83 % des communes pour 48 % de la population », indique également Céline Saintin. « Depuis 2018, plus de 470 contrats d’aide à l’installation ont été signés par l’ARS avec les médecins, dont 265 en lien avec l’Assurance Maladie en zones prioritaires se traduisant par autant d’installations de médecins dans ces territoires en tension ».
Elsa Péault
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INTERVIEW. Rendez-vous chez l’ophtalmo : « L’Occitanie est l’une des régions où les délais d’attente sont les plus longs »
19% des Français résident également dans un désert médical pour l’ophtalmologie DDM – DDM MORAD CHERCHARI
Publié le 11/02/2023 à 06:48
l’essentiel
Selon l’étude de UFC Que Choisir, 19% des Français résident également dans un désert médical pour l’ophtalmologie. Et 29 % des cabinets d’ophtalmologie ne prenaient pas de nouveaux patients en 2020. Mais pourquoi une telle situation et comment y remédier ? Entretien avec le Dr Thierry Bour, Président du syndicat national des ophtalmologistes de France.
Pourquoi constate-t-on un manque d’ophtalmos en France ?
Le manque de médecins en France de manière générale résulte de la réduction drastique, dans les années 80, du numerus clausus. Actuellement, il y a à peu près 10 000 départs en retraite par an. Certes, il commence à y avoir beaucoup d’arrivées aussi, mais c’est très tendu. La France est un peu en dessous de la moyenne de l’OCDE. Il y a un manque de médecins dans la plupart des spécialités. 250 ophtalmos étaient formés dans les années 80, contre 50 à peine au début des années 2000. Aujourd’hui, c’est à peu près 150. Contre environ 250 départs en retraite.
Enfin, les nouveaux ne se mettent pas nécessairement à l’endroit où étaient les partants. Il y a donc des zones où il n’y a plus d’ophtalmologistes du tout.

Quels sont les chiffres ?
Il y a 5800 ophtalmos en France, contre 5400 il y a dix ans. Le nombre n’a pas réellement baissé. Il a été compensé par les médecins étrangers : 40% des ophtalmologistes qui sont validés depuis dix ans ont un diplôme étranger. Mais ce n’est pas satisfaisant. Notamment car ils sont formés dans des pays qui ont encore plus besoin de médecins que nous, comme la Roumanie.
On a également tout fait pour que les ophtalmos continuent de travailler le plus tard possible. Actuellement, 1200 spécialistes ont dépassé l’âge de 65 ans.
Cependant, il y a quand même une réduction de 10% des sites d’ophtalmologistes en libéral depuis une dizaine d’années. Mais contrairement à ce que disent les pouvoirs publics, on pense avoir dépassé le pic des départs en retraite, en 2021, après le Covid. On devrait être à 150 départs dans les 2/3 ans à venir. La situation devrait basculer de manière plus favorable.
Les délais ont également diminué. 3/4 des ophtalmos travaillent aujourd’hui avec des orthoptistes ou d’autres assistants médicaux, ce qui leur permet de voir plus de patients. Les délais de rendez-vous ont baissé de 60% en moyenne depuis 2017.
Quelle est la situation en Occitanie ?
C’est l’une des régions où les délais sont les plus longs. Dans les zones « ensoleillées », on est parti du principe qu’une partie des médecins allaient s’y installer et que l’on n’avait pas forcément besoin d’en former autant. Il y a donc un déficit de formation dans le Sud. L’autre problème c’est que la population, notamment âgée, augmente dans ces régions.
Mais la situation en Occitanie est tout de même plus favorable qu’il y a quelques années. En 2019, il y avait 89 jours d’attente, en médiane. En 2021, on est descendu à 77. Et la dernière enquête indique 68 jours. Mais cela reste le double de la moyenne nationale.
Quelles sont les solutions pour remédier à ce manque ?
On parle beaucoup de la télémédecine, mais cela ne va pas résoudre l’essentiel du problème. Car dans les zones sous-dotées, les patients sont plus âgés et doivent faire face à des délais plus longs. Ils arrivent ainsi avec des pathologies plus évoluées, qui nécessitent une prise en charge en présentiel.
Nous poussons plutôt au développement des sites secondaires, des cabinets qui sont créés dans les zones sous-dotées, dans lesquels des ophtalmos viennent à temps partiel, se relayent, et travaillent avec des orthoptistes, qui sont eux sur place en permanence. On pense que ce modèle va se développer dans les prochaines années.
Mettre en place des mesures pour inciter les spécialistes à s’installer dans les déserts médicaux est également une piste à réfléchir.
Elsa Péault
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TEMOIGNAGES. « Cela fait 10 ans que je n’ai pas vu d’ophtalmo »… La galère des Français pour trouver un spécialiste
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Ils témoignent de la difficulté à obtenir un rendez-vous chez un spécialiste. DDM
Publié le 11/02/2023 à 06:52
l’essentiel
Obtenir un rendez-vous chez un spécialiste devient de plus en plus difficile et relève parfois du parcours du combattant. Habitants d’Occitanie, ils racontent leur galère à la campagne mais aussi en ville.
Face à la difficulté d’obtenir un rendez-vous, Guy, un habitant du Gers, qui approche de la quarantaine, « a renoncé à se faire soigner ». « Dès que je souhaite consulter en urgence mon médecin traitant, pour une gastro ou une grippe par exemple, je n’obtiens jamais de rendez-vous rapidement. Cela fait donc plusieurs années que je ne vais plus chez le docteur. Je prends du Doliprane », raconte-t-il.
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Et concernant les spécialistes, c’est encore pire. « Pour les dentistes, j’ai une attente de 3 à 4 mois. Heureusement, je n’ai jamais eu à gérer une urgence », détaille Guy. « Pour l’ophtalmo, c’est encore plus problématique. Cela doit faire presque 10 ans que je n’en ai pas consulté. Mon ancien docteur est parti à la retraite. Et depuis, je n’en ai pas trouvé qui prenait de nouveaux patients… »
Une galère partagée par Michele, habitante d’un petit village de Haute-Garonne. Il y a quelques mois, la sexagénaire a été victime d’un accident du travail « traumatisant ». « J’ai compris, avec le soutien de mon médecin traitant, que j’avais besoin d’aller voir un psychiatre, pour surmonter le choc ». Cependant, en effectuant des recherches, elle se rend compte qu’il n’y a aucun spécialiste dans les 40 km aux alentours de son domicile. « Le seul dans les environs m’a dit qu’il ne prenait plus de nouveaux malades ».
La situation oblige la sexagénaire à prendre rendez-vous sur Toulouse, la ville la plus proche. Une solution qui n’est pas sans poser soucis. « Mes douleurs dues à l’accident m’empêchent de conduire plus de 10 minutes. En plus, j’ai une vieille voiture qui n’a plus le droit d’entrer dans la ville à cause de la ZFE ». Sans parler du temps d’attente : elle obtient un créneau chez un spécialiste… 4 mois plus tard. « J’avais trouvé une solution pour m’y rendre, mais ils m’ont appelé il y a quelques semaines, m’informant qu’ils déplaçaient mon rendez-vous. Je leur ai dit que je ne pourrais alors pas venir. Je ne sais pas comment je vais faire… », confie-t-elle, désemparée.
« Et c’est la même histoire pour le gynécologue. Le mien est parti à la retraite et je n’arrive pas à en trouver un depuis ». Résultat : la sexagénaire n’a pas vu de gynécologue depuis quatre ans. « Alors que ma sœur a eu un cancer du sein et que je dois avoir un suivi régulier ».
Un an pour obtenir un rendez-vous chez un dermato à Toulouse
La situation ne semble pas meilleure en ville, comme en témoigne Caroline, 29 ans, qui vit à Toulouse depuis trois ans. « L’année dernière, je me suis arraché un grain de beauté en relief dans le dos, qui s’était mis à saigner. Ça m’avait un peu inquiétée. De plus, j’avais un bouton qui revenait sans cesse sur le visage. J’en ai parlé à mon médecin traitant, qui m’a fait une ordonnance pour aller chez un dermatologue ». La jeune femme a cependant mis plus d’un an pour obtenir un rendez-vous.
« Sur Doctolib, impossible d’obtenir un créneau. Les seules disponibilités étaient pour de la médecine esthétique ou l’épilation laser… Plus rentables. J’ai aussi appelé de nombreux cabinets. La plupart m’indiquaient qu’ils ne prenaient pas de nouveaux patients. D’autres m’expliquaient qu’ils ouvraient les créneaux à telle date et qu’il fallait appeler dès 8h. Mais à chaque fois il n’y avait plus de rendez-vous disponibles ».
A lire aussi : Déserts médicaux et pénurie de médecins… Quelles solutions en Occitanie ?
Finalement, au bout de trois mois, Caroline réussit à avoir un rendez-vous… trois mois plus tard. « Mais il a été annulé par le cabinet, sans raison. C’était l’été, donc j’ai un peu laissé tomber », avoue-t-elle. Finalement, à la rentrée, la jeune femme se remet à chercher et finit par avoir un rendez-vous « grâce à un contact » de son compagnon. « Une dermato d’un centre laser m’a reçu, il y a quinze jours, entre deux patients. J’étais un peu sceptique, mais bon je n’avais pas trop le choix ».
REPORTAGE. Maison de santé de Samatan, dans le Gers : « On ne ressent plus le fait d’être dans un désert médical »
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Des médecins et soignants de la Maison de santé de Samatan. DDM – MICHEL VIALA
Publié le 11/02/2023 à 06:30
l’essentiel
En 2020, une maison de santé pluri-professionnelle a vu le jour à Samatan, dans le Gers. Une bonne solution contre les déserts médicaux.
Reportage.
La maison de santé de Samatan, commune répertoriée comme désert médical, a ouvert en 2020. « Une initiative portée par une équipe de professionnels médicaux et paramédicaux, qui ont signé un projet de santé commun », nous expliquent des membres de l’équipe qui nous accueillent lors de leur pause déjeuner, heureux de parler du projet.
Médecins généralistes et spécialistes
Le lieu, tout neuf, s’étale sur trois étages, où sont présents, selon les jours de la semaine, quatre médecins généralistes, des spécialistes et des infirmières. « Entre autres, on retrouve trois sages-femmes qui font du suivi gynécologique de l’adolescente à la femme ménopausée, deux pédicures podologues, un orthophoniste, une diététicienne ou encore une psychomotricienne », détaille la Dre Emilie Franzin, tout sourire. Une orthoptiste est également sur place les vendredis matin. « Elle réalise des bilans visuels et des dépistages de la rétinopathie diabétique, dans le cadre d’un protocole de coopération avec un ophtalmo », détaille Marine Bonnet, infirmière asalée rattachée aux généralistes de la maison de santé.
Mais quels sont les avantages à se regrouper ? « Cela permet le partage de frais et de moyens. En ce moment, nous sommes en train d’acheter un électrocardiogramme et un échographe. Du matériel que l’on va plus utiliser que si nous étions seuls ». En revanche, les professionnels exercent en libéral. « On ne partage pas nos honoraires. Mais nous n’avons pas de clientèle distincte. Celui qui est là prend en charge le patient présent. Ce qui est très pratique pour les vacances. Aussi, quand un patient ne se présente pas au rendez-vous, le médecin impacté peut dépanner celui qui a du retard », explique le Dr Phillipe Roux, l’un des premiers généralistes à l’origine du projet.
Autre intérêt : mettre les compétences en commun. « On discute des cas complexes en pluri-professionnalité. Cela permet de se connaître entre différents professionnels de santé, et d’être plus pertinent quand on fait nos prescriptions, et plus efficace dans la prise en charge ».
« Je ne me vois pas travailler autrement »
L’initiative a aussi l’avantage d’attirer les nouveaux médecins. « Même si j’habite à Toulouse, je me régale toujours autant à venir dans un milieu plus rural car je préfère travailler dans une équipe, dynamique et joyeuse », explique Quentin Brunet, pédicure-podologue, la trentaine. « C’est mieux pour la prise en charge des patients. Et l’ambiance est bonne, on mange ensemble entre midi et deux ».
« Je ne me vois pas travailler autrement », assure de son côté la Dre Anaïs Crosnier, généraliste. « Ce type de fonctionnement attire les jeunes de plus en plus, même si bien sûr, cela ne convient pas à tous ». Une bonne façon de lutter contre les zones sous-dotées. « Grâce à la maison de santé, on ne ressent plus le fait d’être dans un désert médical. Mais dès que je fais des visites à domicile et que je me retrouve à plus de 30km de la maison de santé, je le ressens », confirme Quentin Brunet.
« Bien sûr, on est obligé de refuser des patients, de se limiter à un territoire géographique », concède la Dre Emilie Franzin. « Car quand on est médecin traitant, on est censé pouvoir se rendre au domicile de son patient si son état de santé le nécessite. Et on ne peut pas faire 1h de route pour voir une seule personne… »
Elsa Péault
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Attendus depuis 2 ans, deux médecins arrivent enfin la maison de santé de Lacaune
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Les nouveaux docteurs Amélie et Florian dans le bureau de ce dernier. /Photo DDM C.C.
Publié le 11/02/2023 à 10:30 https://www.ladepeche.fr/2023/02/11/attendus-depuis-2-ans-deux-medecins-arrivent-enfin-la-maison-de-sante-de-lacaune-10992055.php
Près de deux ans qu’ils étaient attendus comme le messie ! Ils sont deux médecins, bientôt mari et femme, à avoir intégré la Maison de santé de Lacaune. De plus, ils sont tout jeunes, lui c’est Florian Rayssiguier, 30 ans ; elle, Amélie Rousseau, 28 ans, et tout l’avenir devant.
Florian, né à Toulouse, a des origines tarnaises et italiennes de par un grand-père et Amélie, née à Beaune (Côte-d’or), fille d’un colonel de gendarmerie, a beaucoup voyagé. Ayant effectué leurs études de médecine à Toulouse, lui à Rangueil et elle à Purpan, ils se sont rencontrés en 5e année en 2015 et ne se sont plus quittés.
Après leurs années d’internat et quelques remplacements à Nice ou dans notre région, ils ont tous deux validé leur thèse en juin 2022. Comment sont-ils venus à Lacaune ? Florian explique que depuis tout jeune il venait dans la maison de famille, au hameau de Ladière, près de Lacaze : « J’ai toujours aimé cette ambiance rurale, dit-il, et pendant nos vacances, j’ai restauré un verger, j’adore faire du jus de pomme et tous deux nous aimons les travaux de loisir liés à la nature. Aussi, écoutant les sollicitations pour nous installer, nous avons dit oui et avons décidé d’habiter notre maison familiale restaurée. Nous avons signé une convention, devenant médecins salariés de la Région, Département et CCMLHL. Nous tenons à remercier toutes ces entités qui souhaitaient nous accueillir en englobant la mairie et le personnel médical, notamment Alain Valette et son épouse. Nous avons reçu un accueil très positif et nous sommes très satisfaits. »
Bienvenue chez nous, très long bail à Amélie et Florian ! Amélie consulte lundi, mardi, jeudi et vendredi ; Florian mardi et mercredi à Lacaune et lundi et jeudi à Viane. Les patients pourront solliciter l’un ou l’autre des nouveaux praticiens au 05 63 62 84 08.
Christian Calas
28 nouveaux médecins pour gonfler les rangs de l’hôpital Castres-Mazamet
ABONNÉS
Seize des 28 nouveaux médecins dans l’un des halls de l’établissement./ DDM JE
Publié le 10/02/2023 à 10:58 , mis à jour à 12:01
l’essentiel
Alors que l’hôpital intercommunal du sud-Tarn se félicite de sa dernière certification de niveau « Qualité des soins confirmée », l’établissement a recruté 28 nouveaux médecins sur les 10 derniers mois. Nous en avons rencontré cinq, qui détaillent leur parcours.
Ils sont au nombre de 28 et viennent renforcer les rangs de l’hôpital Castres-Mazamet. Recrutés au cours des 10 derniers mois ces médecins ont trouvé leur place au milieu de la communauté médicale du Chic qui englobe 170 médecins (et selon les semestres 35 internes et docteurs juniors). Parmi les 28, sept praticiens ont été lauréats des Epreuves de vérification des connaissances (EVC), organisées par le ministère de la santé. Et sur ces 28, nous en avons rencontré cinq, qui se présentent et reviennent sur leur parcours.
Hajar Zawak-Hariri, 29 ans : « Je suis originaire de Casablanca au Maroc. J’ai eu mon diplôme en médecine générale en 2019 avant de venir en France dans le cadre d’un regroupement familial avec mon mari, en mars 2020 au début du Covid. J’ai commencé à travailler aux urgences de l’hôpital de Fougères, en 2021, pendant 4 mois. Puis dans un service de pneumologie. J’ai passé les EVC, je l’ai eu et j’ai été affecté à Castres en médecine polyvalente, en novembre 2022. Ça se passe bien, on est une équipe avec de jeunes docteurs. »
Indega Dominique Bimdia, 40 ans : « Je viens du Sénégal et j’ai fait mes études de médecine générale et de cardiologie en Tunisie. Je suis rentré au Sénégal où j’ai travaillé pendant dix ans. J’avais envie de changer, j’ai passé le concours EVC et j’ai été affecté à Castres le 25 janvier. Je suis en train de m’intégrer, il y a des différences sur les habitudes de prise en charge, il faut que je m’adapte : par exemple ici tout se fait sur ordinateur alors que j’ai connu tout avec papier (sourire). »
Franck Roche, 59 ans : « J’ai un parcours atypique. Je suis là depuis deux mois et j’ai exercé pendant 35 ans mon métier de chirurgien-dentiste en libéral, à Mazamet. J’ai choisi de rejoindre le Chic : ma spécialité se développe énormément et je trouvais intéressant ce qui se passe dans le service odontologie de l’HPA. On prend en charge des patients très particuliers qui passent en général sous les écrans radars de la prise en charge classique, comme des patients en situation de handicap ou âgés, sans soins. L’univers ici est très technologique, intellectuellement arrivé à un certain âge, c’est intéressant de se remuer les neurones (sourire). Ça se passe très bien, l’ambiance est bonne. La prise en charge des nouveaux arrivants est très bienveillante. C’est important de donner du poids à cet hôpital qui représente pour le sud Tarn un atout considérable. »
Radiya Tahri, 32 ans : « Je suis de nationalité marocaine, j’ai eu mon diplôme de docteur en médecine en 2017 à a faculté de Rabat. Je me suis installée en France en 2018 dans le cadre d’un regroupement familial. J’ai passé les EVC, que j’ai réussis au bout de la 3e fois, en 2021. J’ai été affectée à Castres, c’est ma première expérience en France. J’ai travaillé dans un premier temps au sein de l’Ehpad de la Résidence du midi, à Mazamet pendant quatre mois et je suis désormais à Castres, aux Monges. Ça se passe très bien. J’ai toujours voulu aider les personnes âgées, j’ai ça au fond de moi, de les aider, les accompagner dans leur fin de vie. »
Mohamed Amine Hadid, 38 ans : « La médecine c’est mon rêve d’enfance. J’ai fait mes études en Algérie, j’ai fait médecine générale avant de me spécialiser en radiologie. J’ai été majeur de promo. En 2015 je suis arrivé en France pour un stage à l’hôpital d’Agen et ensuite c’était le parcours du combattant pour avoir la reconnaissance de son diplôme. Mais au bout de cinq ans, j’ai réussi. Si je suis là justement c’est pour ces gens qui continuent de se battre, j’essaie d’être leur voix, de faire passer leurs messages, montrer que c’est possible, qu’il faut tenir. Ce sont des médecins qui rendent service. Je suis à Castres depuis septembre et je suis très content. »
95 % de satisfaction aux critères de qualité
La Haute autorité de santé vient de rendre sa décision de certification du Chic, suite à sa venue sur le site de l’hôpital intercommunal en septembre 2022.Dans un communiqué, la direction informe que « l’établissement est certifié avec le niveau « Qualité des soins confirmée », grâce à son résultat de 94.97 % de satisfaction aux critères de qualité (119 critères) ».Cet excellent score lui permet d’obtenir cette distinction supérieure dans l’échelle de certification, « grâce au travail de l’ensemble des professionnels, notamment médicaux et soignants, pour assurer la qualité et la sécurité des soins. »« Le CHIC est très honoré de cette reconnaissance qui permet de valoriser l’investissement quotidien et continu de toutes ses équipes au bénéfice de la population tarnaise », poursuit l’hôpital.
Les résultats sont disponibles sur le site de la HAS « Qualiscope » (en attente de mise à jour des derniers résultats).
Jason Esnault
Commentaires Dr Jean SCHEFFER
Les déserts médicaux sont dans tous les domaines, généralistes et spécialistes, dans tous les établissement, Hôpitaux (CHU, généraux, psychiatriques), PMI et CMP, crèches, médecine scolaire et universitaire, médecine pénitentiaire, médecine du travail, santé publique, recherche…
La. région d’Occitanie et l’ARS ne parlent que de maisons de santé libérales, comme si les centres de santé publics n’existaient pas. Ce sont pourtant eux que l’on pourrait créer plus facilement dans les territoires les plus en détresse si la volonté politique était présente.
Sur Albi la vive concurrence des deux cliniques lucratives menacent fortement l’attractivité de l’hôpital public pour les jeunes médecins, laissant de moins en moins de part de marché au secteur public. A Castres dans un contexte très différent, l’hôpital attire des médecins mais avec une part importante de médecins étrangers.
Lacaune a enfin de nouveaux généralistes mais il faut étoffer leur équipe pour que les conditions de travail soient meilleures.