Les « îlots de chaleur urbains »

Publié le 07/02/2023

Les îlots de chaleur urbains, ce n’est pas cool !

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L’urbanisation et la hausse des températures associée au changement climatique sont à l’origine de l’intensification du phénomène des « îlots de chaleur urbains ». Le terme fait référence aux températures plus élevées relevées dans les villes par rapport aux zones qui les entourent. Ces îlots de chaleur urbains résultent des interventions de l’homme sur la nature, comme la suppression de la végétation ou la conversion des plans d’eau en surfaces imperméables, augmentant l’absorption et le piégeage des rayons solaires par les surfaces construites. L’augmentation de la densité de population et l’absence de zones vertes contribuent à favoriser la création de ces îlots de chaleur urbains. Ces derniers viennent aggraver les effets des températures élevées sur la santé des populations.

Végétaliser

Plusieurs stratégies ont été imaginées pour réduire la chaleur urbaine : végétalisation des toits et façades, augmentation des propriétés réflectives des immeubles (albedo) par l’utilisation de couleurs claires sur les toits et les murs, remplacement des surfaces imperméables par des zones perméables ou végétalisées, augmentation des surfaces arborées. Comparée aux autres stratégies, cette dernière solution est relativement simple à mettre en œuvre et économique. Des études ont déjà été menées dans de nombreuses villes européennes attestant de son efficacité pour atténuer la chaleur.

Le Lancet publie les résultats d’une estimation de l’impact sur la température d’une augmentation de 30 % des zones arborées, et du nombre de décès qui pourraient ainsi être évités. L’estimation est réalisée à partir des données recueillies au cours de l’été 2015 et concerne près de 58 millions d’habitants au total.

En moyenne, « l’effet îlot de chaleur urbain » durant cet été 2015 a entrainé une hausse moyenne de + 1,3° pendant 24 heures, en distinguant l’effet pendant la journée (+ 0,6°C) et celui de la nuit (+ 1,9°C). L’analyse des données montre que 6 700 décès pourraient lui être attribués au cours de cet été 2015 et que 40 % d’entre eux (n = 2 644) auraient été évités par l’augmentation de 30 % des surfaces arborées.

Pas le même effet à Oslo qu’à Palma de Majorque

Bien entendu, la mortalité attribuable aux îlots de chaleur urbain varie grandement d’une ville à l’autre. Ainsi pour 100 000 habitants, ils ne sont associés à aucun décès dans la ville de Göteborg (Suède), mais à 32 décès à Cluj-Napoca (Roumanie). Une augmentation des surfaces arborées n’aurait pas d’impact sur les décès à Oslo, alors qu’elle en préviendrait 22 pour 100 000 habitants à Palma de Majorque. Globalement, les villes européennes où l’effet des îlots de chaleur urbains seraient responsables d’un surplus de décès sont situées au sud et à l’est, particulièrement en Espagne, Italie, Hongrie, Croatie et Roumanie. La mortalité la plus basse est relevée au nord de l’Europe, en Suède, Estonie, Royaume-Uni et dans le nord de la France. Le nombre de décès évitables par une meilleure couverture arborée suit les mêmes tendances.

Un scénario plus ambitieux d’augmentation de 40 % des zones arborées abaisserait la température de 0°5 C supplémentaire, ce qui résulterait d’une augmentation de 41 % du nombre de décès évités.

Les villes dans lesquelles l’effet îlot de chaleur urbaine est le plus élevé sont aussi les villes de plus forte densité de population, ce qui est un effet déjà bien décrit dans de précédentes études. Les auteurs précisent que la plantation d’arbres devrait être accompagnée d’autres interventions, comme la modification des revêtements des sols (ils suggèrent le remplacement de l’asphalte par du granit) et/ou des interventions structurelles dans l’agencement des villes pour modifier le « facteur de vue du ciel ».

Dr Roseline Péluchon

RÉFÉRENCES

Iungman T et coll. : Cooling cities through urban green infrastructure: a health impact assessment of European cities. 
Lancet, 2023 ; publication avancée en ligne le 21 janvier. :S0140-6736(22)02585-5. doi: 10.1016/S0140-6736(22)02585-5.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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