« Polluants éternels » : les Européens ouvrent la voie à une interdiction massive des PFAS
Le projet d’interdiction globale de ces composés chimiques ultratoxiques devrait être soumis par la Commission européenne aux Etats membres d’ici à 2025.
Par Stéphane MandardPublié aujourd’hui à 18h54 https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/02/07/polluants-eternels-les-europeens-ouvrent-la-voie-a-une-interdiction-massive-des-pfas_6160898_3244.html
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Haro sur les PFAS, les substances per- et polyfluoroalkylées. L’Agence européenne des produits chimiques a publié, mardi 7 février, une proposition visant à interdire ces composés chimiques ultratoxiques appelés « polluants éternels »en raison de leur extrême persistance dans l’environnement. Elle ouvre la voie à « l’une des plus grandes interdictions de substances chimiques jamais imposées en Europe », selon la déclaration commune des cinq Etats à l’origine de la proposition : l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède et la Norvège.
L’interdiction cible l’ensemble des PFAS, soit potentiellement plus de 10 000 composés perfluorés. Massivement utilisés dans l’industrie depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméables ou résistantes à de fortes chaleurs, on les retrouve dans une multitude d’objets du quotidien (poêles en Teflon, papier cuisson, emballage alimentaire, textiles, cosmétiques…) et d’applications industrielles (mousse anti-incendie, peintures, pesticides). Les « polluants éternels » ont contaminé tous les milieux (eau, air, sol) et l’ensemble de la chaîne alimentaire. Au point que l’ensemble de la population française est imprégné aux PFAS selon une étude publiée en 2019 par Santé publique France.
Des résultats qui peuvent faire craindre un scandale sanitaire majeur. Les PFAS sont, en effet, suspectés d’avoir de multiples effets délétères, même à très faible dose : cancers (rein, testicule), perturbations du système endocrinien (thyroïde), augmentation du taux de cholestérol, baisse de la fertilité ou encore retard de développement du fœtus. Plusieurs études ont également montré qu’ils interfèrent avec le système immunitaire et diminuent la réponse à la vaccination. En outre, le coût de l’exposition aux PFAS est estimé entre 52 et 84 milliards d’euros chaque année en Europe.
« Un acte fort »
Le projet d’interdiction globale des PFAS, qui est soutenu par la France, devrait être soumis aux Etats membres par la Commission européenne d’ici 2025. Une consultation publique va s’ouvrir le 22 mars sous l’égide de l’Agence européenne des produits chimiques avant une phase d’évaluation scientifique. Deux scénarios sont sur la table : une interdiction sans dérogation avec une période de transition de 18 mois et une interdiction avec des dérogations pouvant aller jusqu’à 5 ans voire 12 ans, pour permettre aux industriels de trouver des alternatives.
C’est la deuxième option qui à la faveur des Etats à l’origine de l’initiative. Ces dérogations ne concerneraient pas les biens de grande consommation mais des applications où des alternatives sont plus difficiles à trouver, comme les équipements de protection des pompiers ou certains dispositifs médicaux comme les implants. Concernant l’usage des PFAS en tant que substance active dans les pesticides ou les biocides, le texte renvoie la question de leur inclusion à la réglementation spécifique qui encadre ces substances.
« Nous regrettons que des dérogations à ces restrictions soient possibles, notamment concernant les PFAS utilisés comme substances actives dans les produits pesticides et biocides, usages responsables d’une dissémination importante dans l’environnement », réagit la toxicologue Pauline Cerdan, de l’association Générations futures. Si l’ONG salue un« acte fort », avec « la plus ambitieuse et large proposition de restriction jamais proposée en Europe », elle déplore également que « tous les PFAS ne soient pas couverts par la proposition ». Le texte de la proposition instille en effet le doute en indiquant, sans plus de précision, que les PFAS « totalement dégradables » ne sont pas concernés par l’interdiction.
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« Maintenant, les Etats membres doivent travailler ensemble vers une restriction la plus protectrice et la plus large possible en termes de couverture et d’utilisation des PFAS », exhorte, de son côté, Natacha Cingotti, pour l’Alliance pour la santé et l’environnement, une coalition européenne d’ONG et d’institutions de santé.
Selon les données compulsées par les Etats porteurs du projet d’interdiction, entre 140 000 et 310 000 tonnes de PFAS ont été introduits en 2020 sur le marché européen. Et si rien n’est fait, ce volume atteindra 49 millions de tonnes d’ici trente ans, entraînant les émissions dans l’environnement de 4,4 millions de tonnes de composés perfluorés lors des seules phases de production et d’utilisation. De quoi définitivement justifier leur appellation de « polluants éternels ».
Stéphane Mandard
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