La rémunération des médecins libéraux Français est inférieure uniquement vis à vis de l’Allemagne

La difficile comparaison européenne de la rémunération des médecins libéraux

Des praticiens généralistes français qui gagnent moins que certains de leurs homologues européens : ce parallèle masque des conditions d’exercice très hétérogènes. 

Par Minh Dréan et Eve Chancel

Publié le 03 février 2023 à 14h13

https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/02/03/la-difficile-comparaison-europeenne-de-la-remuneration-des-medecins-liberaux_6160423_3224.html

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Doubler le prix de la consultation. Il s’agissait de la principale revendication du collectif Médecins pour demain, qui rappelle que le tarif d’une consultation en France – 25 euros – est bien en dessous de la moyenne dans l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) – 46 euros. En Belgique aussi, certains médecins avaient milité dans ce sens. Mi-décembre 2022, l’Association belge des syndicats médicaux avait annoncé que le prix de la consultation serait revalorisé de 27 à 30 euros à compter du 1er janvier 2023. Néanmoins, comparer les tarifs de consultations en Europe « n’a pas vraiment de sens tant les systèmes sont différents », prévient l’économiste de la santé Philippe Batifoulier.

Lire aussi :   Le « bazar » de la rémunération des médecins libéraux, enjeu de la bataille conventionnelle

En France, les généralistes sont payés à l’acte à 80 %, c’est-à-dire qu’ils touchent une rémunération pour chaque consultation. Le reste provient de forfaits en fonction du type de patient ou d’indicateurs de productivité. En Allemagne, le paiement à l’acte existe aussi, mais prend une forme différente : « L’Assurance-maladie gère ce paiement à l’acte dans le cadre d’une enveloppe globale, explique Philippe Batifoulier. Tous les ans, il y a un budget pour la médecine générale qui est décidé – ce dernier reste le même, peu importe le nombre d’actes réalisés –, il est ensuite distribué aux syndicats médicaux qui se le répartissent. »

Au Royaume-Uni, le système fonctionne par capitation : les médecins sont rétribués par rapport à la taille de leur patientèle. Le praticien perçoit une somme forfaitaire par patient inscrit à son cabinet, indépendamment du volume de soins prodigué.

« Le prix de la consultation, indicateur insuffisant »

Le prix de la consultation n’est donc pas un indicateur suffisant « puisqu’il ne s’agit que d’une partie de la rémunération réelle des médecins », rappelle Gaétan Lafortune, économiste à la division santé de l’OCDE. Dans un rapport datant de 2020, l’OCDE montrait que les généralistes français ont des revenus moindres que leurs homologues en Autriche, Allemagne, Suisse et Royaume-Uni, des revenus à peu près égaux à ceux de leurs confrères irlandais et plus élevés qu’en Belgique et aux Pays-Bas. « Des différences de salaires qui correspondent surtout à des conditions d’exercice différentes, ce qui complexifie la comparaison », appuie l’économiste de l’OCDE.

En France, les médecins sont libres de choisir le lieu où ils exercent. Au Royaume-Uni, leur installation est régulée par l’Etat en fonction des besoins. Le système est encore plus contraignant en Espagne, où ils doivent respecter plusieurs critères d’implantation, certains relatifs aux temps de trajet des patients les plus reculés par exemple. En Allemagne, les nouveaux praticiens ne peuvent s’installer que dans des zones où le nombre par habitant est inférieur à un seuil fixé à l’échelle nationale.

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Un autre mode de calcul utilisé par l’OCDE revient à comparer le salaire moyen des généralistes d’un pays par rapport au salaire moyen de ce pays. En 2020, en France, les revenus annuels des généralistes représentaient trois fois le salaire moyen des Français. Seuls le Royaume-Uni et l’Allemagne se situent devant. « Les médecins français ne sont donc pas si mal lotis », lance l’économiste Philippe Batifoulier. Néanmoins, cette donnée n’intègre pas le « temps de travail ». Or, en France, en 2019, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, les généralistes déclaraient travailler en moyenne cinquante-quatre heures par semaine.

Dans les pays européens où la rémunération à l’acte est peu présente, « les médecins demandent directement une hausse de salaire et non du tarif de la consultation », avance M. Batifoulier, pour qui « l’austérité budgétaire dans le domaine de la santé reste la règle ».

Minh Dréan et  Eve Chancel

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2023/01/24/remunerations-des-medecins/

https://environnementsantepolitique.fr/2022/12/18/les-medecins-ont-gagne-moins-que-les-salaries-du-prive-en-20-ans-3-corrige-de-linflation/

https://environnementsantepolitique.fr/2022/12/16/les-medecins-de-l-urps-de-nouvelle-aquitaine-veulent-faire-sauter-le-tiers-payant/

https://environnementsantepolitique.fr/2022/10/05/la-medecine-liberale-semble-echapper-a-tout-controle-pour-la-cour-des-comptes/

https://environnementsantepolitique.fr/2022/04/03/les-salaires-des-medecins-de-locde-la-france-dans-la-moyenne-haute-des-pays-de-locde/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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