Généraliser le Service d’Accès aux Soins (SAS), en théorie c’est très souhaitable mais il faut les moyens

Publié le 26/01/2023

Généralisation du SAS : met-on la charrue avant les bœufs ?

Paris, le jeudi 26 janvier 2023 JIM

https://www.jim.fr/e-docs/generalisation_du_sas_met_on_la_charrue_avant_les_bufs__195900/document_actu_pro.phtml

– Les médecins libéraux sont circonspects face à la volonté de l’exécutif de généraliser au plus vite le service d’accès aux soins (SAS), dispositif qui souffre d’un manque d’effectifs.

Expérimenté depuis 2020 dans 22 territoires de 13 régions différentes, le service d’accès aux soins (SAS) est perçu de manière grandissante par l’exécutif comme un outil essentiel pour lutter contre la saturation des urgences et éviter de renouer avec les épisodes de désorganisation que l’on a connus l’été dernier et en décembre. Lors de son très commenté discours aux professionnels de santé le 6 janvier dernier, Emmanuel Macron a ainsi affiché sa volonté de généraliser cette plateforme téléphonique de conseil et d’orientation des patients sur tout le territoire et ce dès 2023.

Un enthousiasme que sont loin de partager les représentants des médecins. Ils estiment en effet qu’une généralisation du SAS est trop prématurée alors que les effectifs nécessaires pour faire fonctionner ce système n’ont pas encore été tous recrutés. « La difficulté, c’est qu’on manque de régulateurs et d’effecteurs » constate ainsi le Dr Jérôme Marty, président de l’Union française pour une médecine libre (UFML). « Tous les moyens ne sont pas mis en œuvre pour que ça fonctionne » déplore de son côté le Dr Eric Blondet, président de l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) des libéraux de Bourgogne-Franche-Comté.

« La généralisation du service d’accès aux soins en 2023 est prématurée car il n’y a pas de prise en compte des difficultés dans les centres 15/SAS au niveau de la régulation et de l’effection » résume le Dr Antoine Leveneur, président de la conférence nationale des URPS libéraux, qui dénonce également l’absence de « cadre juridique stable » autour des SAS, ce qui entraine des difficultés organisationnelles.

Manque d’effectifs et d’attractivité, comme toujours

« L’urgence est de consolider les équipes de régulation avant de généraliser le SAS, il faut faire des efforts à tous les niveaux en recrutant des assistants de régulation médicale (ARM) et des opérateurs de soins non programmés » poursuit-il. Récemment, plusieurs centres 15 à travers le pays ont fait état de leur impossibilité à faire face à l’augmentation constante des appels (liée notamment aux appels répétés des autorités à joindre le 15 avant de se rendre aux urgences) et ont demandé l’embauche de 800 ARM supplémentaires au niveau national.

Le Dr Leveneur s’inquiète également du manque de médecins effecteurs, ces libéraux qui sont volontaires pour libérer des créneaux et recevoir des patients non programmés que leur adresse le SAS. Des mesures financières incitatives doivent être prises pour inciter les médecins libéraux à s’engager pour le SAS estime le généraliste normand. Il préconise notamment que tous les praticiens prenant en charge des patients non programmés puissent bénéficier de la majoration SNP de 15 euros et non pas seulement ceux qui reçoivent des patients qui sont passés par le 15 comme c’est le cas actuellement.

Mais une meilleure participation des libéraux au SAS n’est pas à l’ordre du jour, puisque le syndicat MG France vient d’appeler ses adhérents à cesser leur participation au dispositif en protestation contre la proposition de loi Rist.

Un « problème d’éducation » des Français à la santé ?

Au-delà de ces questions d’effectifs et d’attractivité, nombreux sont ceux qui s’étonnent que l’exécutif ait décidé de généraliser le SAS alors même qu’aucun rapport sur l’efficacité de ceux qui existent à titre expérimental depuis près de trois ans n’a été établi. « Il n’y a eu aucune évaluation accessible sur ce dispositif, or il est important de savoir pourquoi la vingtaine de projets pilotes expérimentés depuis deux ans fonctionnent parfois bien et parfois de façon très bancale » avance le Dr Leveneur.

Malgré ces critiques et ces inquiétudes, presque tout le monde s’accorde pour reconnaitre la nécessité d’un système de régulation des services d’urgences, alors qu’on estime que plus de 40 % des patients qui s’y rendent auraient pu être efficacement pris en charge par un médecin libéral ou un centre de santé. « Quand c’est bien régulé au niveau du SAS, on évite environ 70 % des actes médicaux » constate le Dr Jean-Christophe Calmes, président de l’URPS des libéraux d’Occitanie, qui souligne que l’efficacité du SAS est révélateur d’une autre faiblesse du système, un « problème d’éducation » des Français face à la santé. « Il faut que les gens se posent la question de ce qui est urgent et ce qui l’est moins » avance le généraliste.

Grégoire Griffard

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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