Rien n’est produit dans la ferme de Butte Pinson. « Nous soutenons un projet qui s’appuie sur le recyclage et le réemploi »,

La ferme de la Butte Pinson, un modèle de réussite pour l’écologie sociale et populaire

D’abord prévue pour accueillir des condamnés à des travaux d’intérêt général, la ferme de la Butte Pinson offre aux habitants du Val-d’Oise un espace à la fois écologique et populaire. 

Par Antonin SeuxPublié aujourd’hui à 11h33, mis à jour à 13h43

Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/01/28/la-ferme-de-la-butte-pinson-un-modele-de-reussite-pour-l-ecologie-sociale-et-populaire_6159657_3244.html

Dans la ferme de la Butte Pinson, à Montmagny (Val-d’Oise), le 23 septembre 2021.
Dans la ferme de la Butte Pinson, à Montmagny (Val-d’Oise), le 23 septembre 2021.  DENIS MEYER/HANS LUCAS VIA REUTERS

Ce vendredi 20 janvier au matin, une classe de maternelle chemine sur les pistes de terre du parc de Montmagny (Val-d’Oise). « Il y a une dizaine d’années, on ne se baladait pas dans le parc. C’était dangereux, explique Julien Boucher, un des fondateurs de la ferme de la Butte Pinson. Il était réservé à la prostitution et aux toxicomanes, des préservatifs traînaient un peu partout. »

Au détour d’un sentier boueux, un panneau cloué à un tronc d’arbre indique la direction de la ferme. Elle se loge au nord de ce grand parc, au croisement de Villetaneuse, Groslay, Pierrefitte-sur-Seine et Montmagny, non loin de l’Université Sorbonne-Paris Nord. Au centre, une ancienne maison délabrée a été transformée pour accueillir les travailleurs. Elle est entourée par des enclos dans lesquels vivent paisiblement moutons, chèvres, porcs, lapins… Georges, un cochon nain, se balade en liberté. C’est une bulle verte entre ces villes de banlieue qui accusent un taux de pauvreté élevé – 33 % à Villetaneuse et 39 % à Pierrefitte-sur-Seine. « Ce parc a été nettoyé et rendu aux habitants. Nous nous occupons de la nature et des hommes », résume Jean-Pierre Rosenczveig, ancien président du tribunal pour enfants de Bobigny et président de l’association Espoir-CFDJ (centres familiaux de jeunes), qui gère la ferme depuis 2019. Ouverte aux scolaires durant la semaine et aux familles le week-end, elle a accueilli près de 14 000 enfants en 2022.Lire aussi :  Article réservé à nos abonnés  A la ferme de la Butte Pinson, des peines de prison aménagées pour lutter contre la récidive

Cette ferme a été ouverte pour accueillir des condamnés à des peines de travaux d’intérêt général (TIG). Depuis sa création en 2014, elle ne cesse d’étendre son emprise vertueuse sur les 114 hectares du parc, dont une partie est toujours polluée par des déchets et fermée aux visiteurs. « Nous menons une politique de reconquête pour redonner l’espace aux habitants. C’est d’utilité publique », développe Julien Boucher. Aujourd’hui, la ferme accueille toujours des « tigistes », mais aussi des décrocheurs scolaires, des stagiaires, des bénévoles, des services civiques et des jeunes sans emploi.

« Une prise de conscience écologique »

« Nous avons permis à beaucoup de jeunes de se familiariser avec le monde du travail, affirme Julien Boucher. Le travail à la ferme consiste d’abord à s’occuper des animaux, les nourrir, les soigner, nettoyer leurs enclos, etc. Tous ont été récupérés dans des fermes, soit parce qu’ils étaient maltraités, soit trop vieux ou abandonnés. » Mais le travail de l’association s’étend à tout le parc : « Nous dépolluons, nous ramassons les déchets, nous faisons de l’écoconstruction, du bricolage… », énumère Dimitri Boyard, salarié de l’association. Cet ancien entrepreneur parisien a quitté le monde des affaires pour travailler en plein air. Ils sont une dizaine de salariés pour diriger avec bienveillance les travailleurs de passage à la Butte Pinson. L’objectif est de mener les jeunes sur le marché du travail et de les intéresser aux questions environnementales.Lire aussi Article réservé à nos abonnés  Chéri, tu descends la poule ?

A l’abri sous une tonnelle de fortune dans l’enceinte de la ferme, Michael Michaud, 23 ans, coupe du pain sec en morceaux pour les poules. L’étudiant en sciences de l’ingénieur à l’université de Nanterre est originaire de Sarcelles. Il effectue un service civique de six mois, débuté en septembre 2022, à la Butte Pinson. « Je m’occupe des animaux, des groupes scolaires qui viennent visiter la ferme, des personnes en situation de handicap et des TIG, détaille-t-il. Ce qui m’a motivé à venir, c’est une prise de conscience écologique, en voyant les effets du réchauffement climatique. » Il trouve dans son travail à la ferme une manière de concrétiser son engagement écologique.

Il est rejoint par deux tigistes qui l’aident à préparer le déjeuner des gallinacés. « C’est bien mieux que la prison », admet Abdoulaye, 25 ans, qui préfère taire son nom. Il a commencé ses travaux d’intérêt général mardi et doit effectuer 200 heures. « Je n’étais jamais allé dans une ferme, constate-t-il. Et je n’ai pas pour projet de continuer à travailler dans ce milieu, mais ça me change, c’est une expérience. » Leur tâche terminée, les trois apprentis fermiers se dirigent vers le poulailler.

« Le recyclage et le réemploi »

A la ferme, tous les légumes utilisés pour nourrir les animaux, mais aussi ceux qui se retrouvent dans l’assiette des travailleurs, sont des invendus récupérés auprès d’enseignes de la grande distribution. D’après l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), dix millions de tonnes de nourriture seraient gaspillées chaque année en France. Rien n’est produit dans la ferme de Butte Pinson. « Nous soutenons un projet qui s’appuie sur le recyclage et le réemploi », déclare Julien Boucher.

Pour 2023, l’association Espoir-CFDJ aimerait s’étendre encore sur le parc. A quelques minutes à pied de la ferme, un camp de gens du voyage d’une centaine de personnes jouxte une redoute – un petit fort construit à la fin du XIXe siècle. Autour, sur l’herbe jusque dans les douves du fort, des déchets jonchent le sol. Le camp est voué à disparaître et les déchets sont en train d’être ramassés par des travailleurs en contrat d’insertion. « Ce contrat leur permet d’apprendre les règles, se lever tôt, être à l’heure, écouter un patron, précise Cyrielle Diaz, chargée d’insertion. Nous menons aussi un travail de sensibilisation pour leur expliquer qu’ils participent à un projet de société écologique plus large. Après leur contrat, beaucoup souhaitent s’orienter vers des emplois en lien avec le recyclage ou les espaces verts. »

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L’objectif de l’association est de permettre de nouveau aux habitants de profiter de cette partie du parc et de transformer le fort en un lieu culturel. La centaine d’habitants du camp sera « relogée dans des logements sociaux, assure Julien Boucher. Le fort aura une place centrale dans le parc. Nous voulons qu’il soit rouvert à la population ».

Antonin Seux

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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