Réforme des retraites : les plus modestes sont-ils les plus pénalisés ?
La semaine dernière, la Première ministre a présenté le projet de réforme des retraites du gouvernement. Parmi les mesures proposées, figure le report de l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans. Cette mesure pénalise t’elle les plus modestes ?
Le report de l’âge légal pénalise-t-il plus lourdement les plus modestes ?
La semaine dernière, la Première ministre Elisabeth Borne a présenté le projet de réforme des retraites du gouvernement. Parmi les mesures phares proposées, figure le report de l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans.
Certains syndicats craignent qu’avec ce report les plus modestes soient les plus pénalisés. Le raisonnement se base sur le fait que les catégories sociales les plus défavorisées n’ont généralement pas fait d’études et ont commencé à travailler très jeunes. Par conséquent, ayant commencé à cotiser plus tôt, elles ont déjà validé leurs droits à l’âge légal de départ actuel et peuvent partir à la retraite à taux plein dès 62 ans. Un report de cet âge à 64 ans les conduirait donc à travailler plus longtemps.
À l’opposé, les catégories les plus favorisées ont a priori fait des études plus longues et ont donc commencé à travailler plus tard. Elles n’atteignent donc la durée requise qu’après 64 ans. Un relèvement de l’âge légal de départ à la retraite ne les pénaliserait donc pas.
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Les personnes modestes seront les moins concernées selon la Première ministre
Elisabeth Borne affirme qu’au contraire, « ces personnes modestes, ce sont celles auxquelles on demande le moins de décaler leur âge de départ » et qu’elles seront aussi « les plus concernées » par la revalorisation des retraites.
Elle précise que « les 20% de Français les plus modestes sont ceux auxquels on demande le moins de travailler plus longtemps » et que « les 50% de Français les plus aisés auront le plus à décaler l’âge de départ ».
Selon une étude de l’Institut des politiques publiques (IPP) publiée la semaine dernière, le raisonnement selon lequel la réforme toucherait les plus modestes ne tient pas suffisamment compte de la complexité des déroulés de carrière et de l’ampleur des dispositifs dérogatoires.
En effet, l’IPP explique que ce raisonnement repose sur des hypothèses, qu’il faut nuancer.
Par exemple, il convient de nuancer l’hypothèse consistant à se représenter les durées d’étude et les âges de début de carrières sur la base de ce qu’ils sont aujourd’hui alors qu’ils étaient différents pour les premières générations touchées par la réforme, nées au début des années 1960.
De la même façon, il faut nuancer l’hypothèse selon laquelle, une fois entrés sur le marché du travail, la plupart des assurés valident de façon continue des trimestres pour la retraite, sans interruption de carrière. En effet, cela conduit à sous-estimer le poids des carrières précaires et des carrières interrompues. Le fait d’avoir commencé à cotiser jeune ne garantit pas forcément d’atteindre une carrière complète plus tôt.
Enfin, le départ à la retraite au taux plein n’est pas seulement déterminé par la durée validée : il existe d’autres dispositifs qui permettent un départ au taux plein quelle que soit la durée de carrière, en particulier la retraite pour inaptitude au travail, qui concerne aujourd’hui environ un nouveau retraité sur six.
La réforme des retraites est-elle favorable aux femmes ?
information fournie par MINGZI•12/01/2023 à 10:22
Crédit photo : 123RF
Elisabeth Borne a présenté ce mardi le projet de réforme des retraites du gouvernement. Report de l’âge légal, allongement de la durée de cotisation, pension minimale … quelles sont les mesures favorables aux femmes et celles qui les pénalisent ?
La revalorisation de la pension minimale
La Première ministre a annoncé que la pension retraite minimum pour les personnes ayant effectué une carrière complète au SMIC ne pourra pas être inférieure à 85 % du SMIC net, soit 1.200 euros brut par mois et sera indexée sur l’inflation.
Cette mesure devrait être bénéfique pour les femmes. En effet, leurs pensions sont en moyenne inférieures de 40 % à celles des hommes (source : DREES), même si cet écart tend à diminuer progressivement depuis 2004. Si l’on tient compte des pensions de réversion et de la majoration pour les enfants, l’écart se situe autour de 25 %. Cela s’explique principalement du fait que les femmes ont un salaire inférieur de 22 % à celui des hommes (source : Insee) et qu’elles ont des carrières plus souvent interrompues par des congés parentaux qui réduisent la durée de cotisation et par conséquent leur pension. Selon la DREES, cinq femmes sur dix touchent la pension minimum contre trois hommes sur dix.
Petit bémol toutefois : pour bénéficier de la pension minium de 1.200 euros brut par mois, il faudra avoir effectué une carrière complète.
Par ailleurs, le gouvernement indique qu’il demandera « au Conseil d’orientation des retraites d’ouvrir un chantier sur la modernisation des droits familiaux et l’unification du système de réversion, qui permettent de corriger les inégalités de pensions entre les femmes et les hommes mais dont l’efficacité et la pertinence doivent être renforcées ».
La prise en compte du congé parental pour les carrières longues
Pour répondre à la problématique des carrières interrompues, souvent en raison d’un congé parental, le projet de réforme des retraites prévoit la prise en compte des périodes de congé parental dans le cadre du dispositif « carrières longues ». Il sera possible de valider jusqu’à quatre trimestres à ce titre. Selon le gouvernement, cette mesure bénéficierait à plus de 3.000 femmes chaque année. Il faut souligner que dans 90 % des cas, les congés parentaux sont pris par des femmes.
Ces périodes seront aussi comptabilisées dans le calcul du minimum de pension, ce qui permettra, selon le gouvernement, d’augmenter « les petites pensions des femmes ayant dû interrompre leur activité pour s’occuper de leurs enfants. »
Le gouvernement prévoit également la création d’une « assurance vieillesse des aidants » afin que ces derniers puissent faire valoir des trimestres pour leurs droits à la retraite. Cette mesure pourrait concerner 40.000 nouvelles personnes chaque année. Un dispositif qui favorable pour les femmes qui représentent près de 60 % des aidants.
Pas de décote à partir de 67 ans
L’âge de départ à taux plein correspond à l’âge à partir duquel un salarié ne subit plus de décote (malus appliqué sur la pension en cas de trimestres manquants). Elisabeth Borne a indiqué que l’âge de départ à taux plein serait maintenu à 67 ans.
Or, selon la DREES, les femmes de la génération 1950 ont été près de deux fois plus nombreuses que les hommes (19% contre 10%) à travailler jusqu’à 67 ans pour pouvoir obtenir un taux plein, en raison de carrières incomplètes. Il n’est donc pas certain que cette mesure soit de nature à réellement améliorer la situation des femmes. Certains militent pour la suppression de cette décote.
L’allongement de la durée de cotisation et le report de l’âge légal
Le gouvernement a annoncé l’allongement de la durée de cotisation à 43 ans, à horizon 2027 (et non plus 2035 comme prévu initialement). Or, une augmentation de la durée de cotisation impacte plus fortement les femmes qui ont plus souvent effectué des carrières incomplètes et peinent déjà à obtenir leurs trimestres.
Le report de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans risque de pénaliser les femmes les plus modestes, davantage touchées par les carrières incomplètes.