« « Des gens vont mourir si on continue comme ça » : à Rouen, le Samu réduit l’accès à la ligne 116-117 »
Date de publication : 18 janvier 2023
Nathalie Raulin remarque dans Libération : « Que faire quand une plateforme de régulation médicale est submergée par les appels de patients en souffrance ? La direction du CHU de Rouen, en accord avec l’agence régionale de santé (ARS) de Normandie, a trouvé la solution : il suffit de ne plus décrocher ».
La journaliste indique en effet que « depuis fin décembre, les habitants de Seine-Maritime qui composent le 116-117 pour trouver un médecin ou avoir un avis médical peuvent avoir la désagréable surprise de tomber sur une bande enregistrée. […] La ligne est alors coupée sans que quiconque ne se soit enquis du motif de l’appel. Une façon inédite et pour le moins radicale de gérer la demande d’accès aux soins ».
Emmanuel Clero, médecin régulateur libéral au Samu de Rouen, déclare que « c’est du jamais-vu. Plutôt que de débloquer des moyens pour améliorer la capacité et la qualité de la régulation, l’ARS préfère ignorer les demandes de la population ».
Nathalie Raulin souligne que « depuis début janvier, sur Rouen et sa périphérie, ce sont 690 appels au 116-117 qui chaque jour sont «raccrochés» : seulement 350 le 6 janvier, mais plus de 1300 le samedi 7 janvier, jour de fermeture des cabinets médicaux… Selon les régulateurs médicaux, un appel sur trois passerait ainsi à la trappe ».
La journaliste indique que « les personnes qui appellent le 116-117 ne sont pas, a priori, en détresse vitale. C’est une mère dont l’enfant a de la fièvre qui s’inquiète. Une personne mal en point en quête d’un rendez-vous médical pour obtenir un arrêt de travail ».
Le Dr Clero observe que « dans le lot, il y a des urgences qui s’ignorent. Chez un patient âgé par exemple, un syndrome grippal peut très vite dégénérer. Des gens vont mourir si on continue comme ça ».
Le Pr Louis Soulat, vice-président du syndicat Samu-Urgences de France et responsable du Samu 35, souligne quant à lui que « mettre un limiteur d’appels, c’est hyperdangereux. Les personnes «raccrochées» n’ont aucune évaluation de la gravité de leur cas. C’est une régression totale par rapport à tout ce qu’on veut mettre en place en régulation pour améliorer l’accès aux soins ».
Nathalie Raulin note que « pour le CHU de Rouen, le limiteur d’appel relève du moindre mal ». Cédric Dassas, urgentiste Samu et médecin libéral régulateur, remarque que « la priorité, c’était de sauver le 15, d’éviter que les appels du 116-117 qui arrivent sur la même plateforme téléphonique ne viennent ralentir le traitement des appels pour urgence vitale ».
L’ARS Normandie ajoute qu’« en décembre 2022, les services d’urgence de la région ont dû gérer un niveau d’activité inhabituellement élevé. […] L’ARS Normandie a reçu la demande du Samu 76A d’enclencher un dispositif de «limiteur d’appels» pour les appels relevant de la médecine générale avec pour objectif de protéger le 15 d’un risque de saturation, les appels en attente du 116-117, lorsque trop nombreux au regard des effectifs de régulateurs libéraux présents, y étant basculés ».
Nathalie Raulin observe qu’« il s’agit aussi d’éviter des ennuis d’ordre plus juridique. Car dès qu’un appel est décroché, un avis médical est requis. S’il n’arrive pas ou trop tard, la responsabilité du médecin régulateur du CHU et même de l’ARS peut être engagée en cas de dégradation brutale de l’état de santé du patient en attente… ».
La journaliste souligne que « las de travailler «dans un système absurde», les médecins régulateurs libéraux du Samu 76A ont entamé un mouvement de grève. Depuis le 2 janvier, ils ne viennent travailler que sur réquisition. Lesquelles ne sont possibles que sur les horaires de la permanence des soins, soit en semaine après 20 heures et le week-end. De quoi réduire encore la capacité de la régulation médicale à répondre à la population en souffrance ».
Le Dr Dassas indique que « même avec le limiteur d’appels, on a toujours une dizaine de patients en attente. On ne répondrait pas plus vite ni à plus de monde s’il n’était pas là. La vraie différence, c’est que si on décrochait, on pourrait rappeler les personnes plus tard. Mais comme durant nos vacations, on est non-stop au téléphone, ça peut être 10 heures plus tard ! Est-ce que cela a vraiment du sens ? Avec le limiteur, c’est vrai qu’on tombe dans la médecine de catastrophe. C’est malheureux, mais on n’a pas le choix »
Santé
«Des gens vont mourir si on continue comme ça» : à Rouen, le Samu réduit l’accès à la ligne 116-117
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Pour préserver l’accès au 15, le Samu de Rouen a placé un limiteur d’appels sur le 116-117, ligne censée faciliter l’accès aux soins de ville. Les appels en surnombre sont automatiquement raccrochés, privant la population évincée de recours médical. Un dispositif qui relève de la «médecine de catastrophe», selon un médecin régulateur.

Depuis début janvier, sur Rouen et sa périphérie, ce sont 690 appels au 116-117 qui chaque jour sont «raccrochés». (ANDBZ/ABACA)
par Nathalie Raulin
publié le 17 janvier 2023 à 17h02
Que faire quand une plateforme de régulation médicale est submergée par les appels de patients en souffrance ? La direction du CHU de Rouen, en accord avec l’agence régionale de santé (ARS) de Normandie, a trouvé la solution : il suffit de ne plus décrocher. Depuis fin décembre, les habitants de Seine-Maritime qui composent le 116-117 pour trouver un médecin ou avoir un avis médical peuvent avoir la désagréable surprise de tomber sur une bande enregistrée : «En raison d’un grand nombre d’appels, nous ne pouvons répondre à votre demande, veuillez rappeler ultérieurement. Si c’est une urgence faites le 15.» La ligne est alors coupée sans que quiconque ne se soit enquis du motif de l’appel. Une façon inédite et pour le moins radicale de gérer la demande d’accès aux soins.
«C’est du jamais-vu, s’insurge Emmanuel Clero, un des trente-cinq médecins régulateurs libéraux au Samu de Rouen. Plutôt que de débloquer des moyens pour améliorer la capacité et la qualité de la régulation, l’ARS préfère ignorer les demandes de la population.» Mesurée par un compteur intégré au limiteur d’appels en attente, la perte en ligne est loin d’être négligeable. Depuis début janvier, sur Rouen et sa périphérie, ce sont 690 appels au 116-117 qui chaque jour sont «raccrochés» : seulement 350 le 6 janvier, mais plus de 1 300 le samedi 7 janvier, jour de fermeture des cabinets médicaux… Selon les régulateurs médicaux, un appel sur trois passera ... (Suite Abonnés)