Une majorité d’opinions défavorables après le discours de Macron sur la santé

Annonces de Macron : les médecins libéraux très déçus et les hospitaliers partagés

PAR 

JULIEN MOSCHETTI – 

LOAN TRANTHIMY – 

PUBLIÉ LE 06/01/2023

https://www.lequotidiendumedecin.fr/actus-medicales/politique-de-sante/annonces-de-macron-les-medecins-liberaux-tres-decus-et-les-hospitaliers-partages

Crédit photo : S.Toubon

Après les vœux en forme de discours programme du chef de l’Etat, les acteurs du secteur restaient sur leur faim ce vendredi ou affichaient leur inquiétude. Les libéraux se montrent particulièrement déçus après un discours jugé trop centré sur l’hôpital.  

Dr Sophie Bauer (SML) : « Un discours hospitalo centré »

« Emmanuel Macron méconnaît la médecine de ville ou est mal conseillé. Son discours est totalement hospitalo-centré ! Il ne parle que de forfaits et de délégation des actes cliniques alors que les médecins réclament un choc de simplification administrative. Alors que des milliers de médecins libéraux ont manifesté pour réclamer la revalorisation de la consultation, ce n’est pas 10 000 assistants médicaux subventionnés qui vont améliorer les conditions d’exercice. Quant à la fin de la T2A, il est hors de question que les chirurgiens libéraux ne soient pas payés à l’acte. Ils n’accepteront aucune usine à gaz qui aboutira au paiement à l’épisode de soins. Tout ce système a échoué à l’étranger et abouti à la sélection des patients. »

Dr Corinne Le Sauder (FMF) : « Il n’écoute pas la base »

« La messe est dite. Son discours est hallucinant et hors sol. Il n’écoute pas la base. Le chef de l’État parle d’un pacte de droits et de devoirs pour la médecine de ville. Mais dans ses vœux il n’y a rien de nouveau, si ce n’est qu’il veut nous rémunérer à la mission, c’est-à-dire par forfaits. Tout sera payé différemment en fonction des territoires mais on ne sait pas comment. À mon avis, il va y avoir beaucoup de médecins qui vont déplaquer ou déconventionner. »

Dr Jérôme Marty (UMFL-S) : « Une insulte »

« C’est un discours lunaire. Ce que j’ai entendu est un système en ruines sur lequel on a plaqué quelques mesures sans réforme systémique. Au moment où il y a un mouvement de médecins qui s’élève pour défendre le paiement à l’acte, le président prône plus de forfaits. À ces médecins, il promet de mieux les payer… s’ils voient plus de patients. Pour dégager du temps médical, il veut faire faire le renouvellement d’ordonnances par les pharmaciens. C’est une insulte vis-à-vis des généralistes. Une ordonnance ne se renouvelle pas mais se réévalue. Par contre, pendant tout le discours, je n’ai pas entendu un seul passage sur l’attractivité des métiers. »

Dr Agnès Giannotti (MG France) : « des signaux négatifs »

« Nous sommes très pessimistes et inquiets. Nous avons l’impression que nos demandes centrales n’ont pas été entendues, comme avoir plus de moyens pour les généralistes traitants. Alors que la profession va mal, en souffrance, nous ne percevons que de nouvelles contraintes comme la permanence des soins. Il y a plusieurs signaux négatifs envoyés comme la mise en place d’équipe traitante à la place du médecin traitant, la suppression du plafond de 20 % des téléconsultations. Je pense que les généralistes vont être très déçus par cette allocution. »

Dr Franck Devulder (CSMF) : « Nous attendons des actes »

« Je prends acte que le président annonce un pacte de droits et devoirs avec la médecine libérale en voulant concentrer les moyens sur ceux qui s’inscrivent dans une offre populationnelle. Il s’agit de s’engager dans la permanence des soins, de prendre davantage de nouveaux patients, d’assurer la formation des internes au cabinet. Mais je reste inquiet car, à plusieurs reprises, il est revenu sur le paiement à l’acte et, à aucun moment, il n’a parlé de rémunération à la qualité et à la pertinence des soins. Par ailleurs, la CSMF a été choquée par la volonté du président de faire sauter le plafond de 20 % des téléconsultations. Cela va créer un effet d’aubaine. Nous jugerons sur les actes. Si les moyens mis sur la table sont insuffisants pour les négociations conventionnelles, ce discours n’aura servi à rien ». 

Dr Patrick Gasser (Avenir-Spé) : « Pas de réforme structurelle »

« C’est un discours hospitalo-centré, avec un élément structurant concernant la gouvernance formée par un tandem administratif et médical pour l’hopital. Cette solution devra se développer dans les établissements privés surtout quand on voit le développement de la financiarisation. Pour la ville, on ne voit pas de réforme structurelle. Le chef de l’État a évoqué de façon floue le paiement à l’acte. Pour nous, ce mode de paiement doit rester majoritaire avec une rémunération sur objectifs de santé publique, qui doit être la responsabilité populationnelle centrée sur l’accessibilité aux soins et la PDS. Reste à savoir comment la construire. Le président n’a pas abordé le modèle économique du cabinet libéral et la répartition des missions entre la ville et l’hôpital ».

Dr Jean-François Cibien (Action Praticiens Hôpital) : « Des mesures fortes »

« Emmanuel Macron a évoqué plusieurs mesures fortes. Sur les heures supplémentaires et les 35 heures, s’il parlait entre les lignes de la reconnaissance du temps de travail des soignants et des PH, je lui dis « enfin » et je le remercie. Sur la permanence des soins, la pénibilité semble enfin prise en compte. C’est important car nous devons partager cette charge. Cela ne doit pas toujours être les mêmes qui font ce que les autres ne peuvent pas faire. Sur la gouvernance, le tandem administratif et médical est une bonne chose. Mais à condition que le directeur « médical » de l’hôpital n’ait pas à passer par l’EHESP, sinon, on va en faire une hydre ! Je suis aussi favorable à la suppression de la T2A, mais il faut aller au bout de la démarche. Nous attendons que ces annonces soient suivies des faits, sinon, cela va être compliqué pour l’hôpital… »

Dr Anne Geffroy-Wernet (Snphare) : « Des rustines »

« Nous sommes un peu déçus. J’ai l’impression que l’on reste sur des rustines. Il faut donner envie aux gens de faire le métier du soin, de rester à l’hôpital. Son discours ne fait pas rêver, il n’y a pas de vision. Il a parlé de la pratique avancée. Je ne suis pas contre le principe, mais attention à ne disqualifier le métier de médecin. Quand on parle de primo-diagnostic ou de primo-prescription, c’est un travail de médecin ! Sur la permanence de soins, il n’a toujours pas défini qui fait quoi, que va faire le public et le privé. Enfin, sur l’organisation du temps de travail, c’est un vœu pieux. Les équipes sont déjà débordées par l’activité clinique, elles n’ont pas le temps de s’organiser ! Sur la gouvernance, le tandem administratif et médical est déjà en marche, le président de CME a déjà des prérogatives plus importantes qu’avant. Et attention à ce que chacun reste sur sa partie, un médecin n’est pas un économiste de la santé. » 

Pr Sadek Beloucif (SNAM-HP) : « Un rééquilibrage de la gouvernance »

« Sur la question de la gouvernance des hôpitaux, on peut se féliciter de voir réapparaître le dialogue entre les médecins et les administratifs. Nicolas Sarkozy avait dit qu’il n’y avait qu’un seul patron à l’hôpital. Le président Macron a repris une annonce de 2018 qui va dans le sens d’une gouvernance mixte à l’hôpital, et donc d’un rééquilibrage de la gouvernance. »

Arnaud Robinet (Fédération hospitalière de France) : « Un discours ambitieux »

« C’est un discours ambitieux qui pose le bon diagnostic et n’a éludé aucun sujet. Plusieurs annonces fortes ont été faites. Le Président a entendu le besoin de former davantage de professionnels, de réviser les modalités de formation, de mieux partager les contraintes en matière de permanence des soins. Je salue son annonce de la revalorisation pérenne des gardes, astreintes et du travail de nuit à l’hôpital. La réforme du temps de travail sera utile, mais ne doit pas se faire à marche forcée, pour ne pas désorganiser l’hôpital. Sur la gouvernance, le tandem administratif/médical évoqué est déjà largement une réalité (…). Enfin, le message de responsabilisation des patients est utile, mais devra faire l’objet d’une mise en œuvre prudente, notamment sur la notion de recours abusif, pour éviter des renoncements aux soins. »

Les syndicats taclent le plan Santé de Macron, dans une belle quasi-unanimité

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Ce matin Emanuel Macron a profité de ses vœux à la profession médicale pour annoncer son plan Santé. Elles sont basées sur 4 grands axes : gagner du temps médical, un hôpital plus humain et moins administratif, décloisonner la ville et l’hôpital pour une meilleure permanence des soins, et réorganiser l’offre territoriale… INPH, SML, Médecins pour demain, ReAGJIR, quelles sont les réactions des organisations syndicales ?  

Par Albane Cousin

6 janvier 2023 – 19:27 http://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/les-syndicats-taclent-le-plan-sante-de-macron-dans-une-belle-quasi-unanimiteLes syndicats taclent le plan Santé de Macron, dans une belle quasi-unanimité

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De belles paroles et les actes sont encore attendus. Voilà plus ou moins l’impression commune chez toutes les organisations contactées. « Rien de nouveau. C’est la troisième fois qu’il fait le même constat. On note de bonnes pistes mais l’intention ne suffit pas. On a eu Ma santé 2022, le Ségur… La santé le préoccupe mais il faut un calendrier, une enveloppe et des actes. » constate Rachel Bauchet, présidente de l’INPH (Intersyndicat des praticiens hospitaliers)

Du côté du collectif de Médecins pour demain pas de grande surprise : « Si nous avons fait cette grève c’est parce que nous nous attendions à ces annonces. Beaucoup d’argent est investi dans l’administratif alors que l’on devrait revaloriser les médicaux et paramédicaux. Chaque médecin a des besoins différents, certains auront besoin de meilleurs locaux, d’autres de meilleurs matériels. Il faut laisser les médecins décider, revaloriser la consultation pour qu’ils puissent avoir de nouveau un budget dont ils vont se servir » explique Noëlle Cariclet, porte-parole du collectif.

C’est le discours d’un président qui ne connait que l’hôpital public

Pour le SML, même constat : « C’est le discours d’un président qui visiblement ne connait que l’hôpital public. Bien entendu les « solutions » qu’il propose sont vouées à l’échec. 10 000 postes d’assistants médicaux, mais rien pour financer une augmentation des locaux, nécessaire pour que ces 10 000 postes soient intéressants. Nous rappelons que nous voulons une consultation à 50 euros pour créer 40 000 postes, et agrandir nos locaux pour leur donner un espace de travail. C’est encore une demi-mesure stupide et inefficace. Tant que nous n’augmentons pas la consultation à la moyenne européenne il n’y aura pas de salut. »

Enfin la T2A est loin d’emporter l’adhésion générale « Sur la T2A il y a une ligne rouge. Il n’est pas question que les praticiens acceptent d’être payés autrement qu’à l’acte. Tous les pays qui sont passés en épisode de soin ont abouti à une super sélection des patients, pour choisir le patient le moins grave et le plus rentableOn refusera une médecine à deux vitesses ». Le constat est similaire du côté du collectif Médecins pour demain.

Pas plus d’enthousiasme n’est montré au sujet du développement des  IPA : « il est stupide d’investir dans une nouvelle profession, alors qu’on pourrait faire profiter les étudiants à la fin de la 5e année du libéral mais on les garde sous cloches dans le public » renchérit Sophie Bauer, présidente du SML

Seul, le syndicat ReAGJIR est plus mesuré dans ses réactions

Elise Fraih, présidente de ReAGJIR est moins vent debout contre les mesures prononcées par le président : « Nous sommes satisfaits de l’annonce de valoriser la maitrise de stage dans le forfait. Dans les objectifs de santé publique, ce qui nous satisfait c’est qu’il a la volonté de rester sur une rémunération mixte, à voir ce qu’il met derrière, ne pas avoir des objectifs qui s’empilent les uns sur les autres et qui sont irréalistes. »

Les grandes annonces d’Emmanuel Macron pour le système de santé… et bonne année à vous !

Malgré tout, elle reste dubitative et vigilante « sur l’annonce d’accès direct au soin, nous sommes pour le travail en interprofessionnalité, l’exercice coordonné, attendons de voir les moyens concrets et financiers. »

En bref les médecins attendent au tournant Emanuel Macron et attendent

Par Albane Cousin

Plan santé de Macron, les médecins de ville « sont déçus, voire en colère »

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Les annonces d’Emmanuel Macron en vue de la refondation du système de santé ont été accueillies avec prudence voire fraîcheur par les organisations de médecins, les généralistes se disant même « déçus » voire « en colère », quand l’ordre des infirmiers a exprimé un satisfecit.

Par La rédac’

6 janvier 2023 – 18:33 https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/plan-sante-de-macron-les-medecins-de-ville-sont-decus-voire-en-colerePlan santé de Macron, les médecins de ville « sont déçus, voire en colère »

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Le président de la République a annoncé ce vendredi 6 janvier une réorganisation de l’hôpital ainsi qu’une série de mesures pour faciliter l’accès des patients à un généraliste pour sortir le système de santé d’une « crise sans fin ».

« Nous avons l’impression qu’on pose les jalons de la réforme tant attendue du système de santé, en particulier dans le partage de la permanence des soins et de sa pénibilité » entre l’hôpital et la ville, a réagi auprès le président de l’intersyndicale de médecins hospitaliers Action Praticiens Hôpital (APH), Jean-François Cibien.

« Il nous a proposé une méthode, maintenant j’espère qu’on va passer du discours à une feuille de route, et surtout j’espère qu’on va l’écrire ensemble », a ajouté ce vice-président du syndicat Samu-Urgences de France (SUdF).

« Il va falloir voir comment nos confrères libéraux vont prendre ces mesures », a poursuivi l’urgentiste.

« Je n’ai pas vu beaucoup de moyens sur la table, mais beaucoup de contraintes »

Justement, le premier syndicat de médecins généralistes, MG France, s’est dit « inquiet, presque en colère » après les annonces présidentielles, notamment celles qui les engagent à prendre davantage de gardes et de patients contre une revalorisation.

« Je n’ai pas vu beaucoup de moyens sur la table, mais j’ai vu se profiler beaucoup de contraintes », a indiqué la présidente de MG France, Agnès Giannotti.

« M. Macron ne semble pas avoir écouté les médecins de terrain. Il parle de l’attractivité des hôpitaux mais pas de celle de la ville », a regretté Christelle Audigier, fondatrice du collectif Médecins pour demain, à l’initiative des récents mouvements de grève chez les généralistes et d’une manifestation jeudi à Paris.

Le chef de l’État « juge que nos compétences peuvent être transmises aux paramédicaux comme si la réévaluation d’un traitement était une plaisanterie », a critiqué cette généraliste, l’accusant de « mettre de l’huile sur le feu ».

Les grandes annonces d’Emmanuel Macron pour le système de santé… et bonne année à vous !

Sans surprise, l’ordre des infirmiers a au contraire salué, dans un communiqué, des propos présidentiels annonçant « une plus grande coopération et un meilleur partage des compétences » entre médecins et soignants paramédicaux.

Avec AFP

Par La rédac’

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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