Les remontées des services d’urgences donnent le tournis. Le patient au bon endroit, ça n’existe plus. Tout est englué.

« Décès inattendus aux urgences : « Le dysfonctionnement est global » »

Date de publication : 4 janvier 2023

Libération

Nathalie Raulin indique dans Libération que « Samu-Urgences de France vient de boucler son recensement des «morts inattendues» dans les services d’urgences hospitalières au cours du mois de décembre. […] Les remontées des services d’urgences donnent le tournis. Même après avoir éliminé les déclarations imprécises sur les causes de décès, Samu-Urgences de France décompte, sur un mois, 31 morts inattendues aux urgences ou en pré-hospitalier. Autant de patients qui n’étaient pas en détresse vitale lors de leur appel au 15 ou de leur arrivée aux urgences ».
Le Dr Marc Noizet, chef des urgences de l’hôpital de Mulhouse et président de Samu-Urgences de France, réagit : « C’est un chiffre démesuré, surtout quand on considère que beaucoup de services sous-déclarent ce type d’accidents. La dégradation des conditions d’exercice aux urgences est telle qu’il y a désormais une vraie mise en danger des patients. Si on extrapole ce résultat à la France entière, le nombre de décès inattendus aux urgences sur la période est sans doute supérieur à 160. C’est énorme. Toutes les régions sont concernées. Le dysfonctionnement est global ».
Nathalie Raulin précise que « dans 20% des cas, la mort fait suite à l’impossibilité de mobiliser assez vite une ambulance du Smur. Mais l’essentiel des décès est lié au délai pour obtenir un lit d’hospitalisation ».
Le Dr Noizet indique que « cela peut faire suite à un accident de traumatologie périphérique. J’ai en tête le cas d’une vieille dame arrivée aux urgences après une chute sans gravité apparente qui a succombé sur un brancard après 8 heures d’attente dans un couloir… ».
La journaliste observe ainsi que « ce sont les plus âgés – qui sont les plus à risque d’hospitalisation et donc de devoir patienter des heures, voire des jours, aux urgences – qui payent le plus lourd tribut des décès. Pour Samu-Urgences de France, la faute en revient largement à la fermeture continue des lits d’hospitalisation ».
Le Dr Noizet souligne qu’« en décembre les passages aux urgences n’ont pas flambé : on enregistre une hausse d’environ 10%. En revanche, les lits d’aval ont fondu. Du coup, les patients s’entassent aux urgences en attendant qu’il y en ait un qui se libère, où que ce soit. On est aujourd’hui sur un Tetris grandeur nature : le patient au bon endroit, ça n’existe plus. Tout est englué ».
« On veut des mesures nationales fortes jusqu’à l’injonction s’il le faut. Il faut contraindre les médecins de ville à libérer des rendez-vous pour les urgences, et les hospitaliers à prendre en charge des patients même s’ils ne relèvent pas directement de leur spécialité. Cela ne se fera pas spontanément. Aujourd’hui, personne ne veut sortir du travail en silo. Tout le monde se protège »,
poursuit l’urgentiste.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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