Le point sur les manuscrits de la mer Morte et sur l’arche de Noë par le « National Geographic »

Qui a écrit les manuscrits de la mer Morte ?

DE JEAN-PIERRE ISBOUTS

PUBLICATION 5 AOÛT 2022 À 12:34 CEST

https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2022/12/pourquoi-on-ne-decouvrira-jamais-larche-de-noe?cmp=soc-fb-o%3Alnk%3AEDITORIAL%3ANGLocalSites%3A%3Amovhp%3A%3A19000100%3A%3Angfr&fbclid=IwAR3E9i_Q-E1jfnzJD3gWVremw12Y2GhGL4SrgfZ2pct7ZPnYsVB7CXT74Ng

Après des décennies de débat, des scientifiques et archéologues auraient enfin déterminé une théorie crédible sur l’identité des auteurs des manuscrits de la mer Morte, grâce à de nouvelles technologies de datation et d’analyse ADN.

DE JEAN-PIERRE ISBOUTS

PUBLICATION 5 AOÛT 2022 À 12:34 CEST

OPENER

Un membre de l’ordre dominicain reconstitue le texte d’un fragment des grands rouleaux des psaumes à l’École biblique française de Jérusalem.

PHOTOGRAPHIE DE PAOLO VERZONENATIONAL GEOGRAPHIC IMAGE COLLECTION

En novembre 1946, alors que le soleil se levait lentement sur le désert de Judée, trois cousins bédouins partirent à la recherche d’une chèvre perdue dans les collines, tout près de la mer Morte. Dans leur expédition, ils tombèrent sur certains des textes religieux les plus importants du monde antique : les manuscrits de la mer Morte. Près de 100 000 fragments d’environ 900 manuscrits, trouvés dans 11 grottes, ont été découverts à ce jour. Aujourd’hui encore, de nouveaux fragments continuent d’être trouvés.

Rédigés sur du parchemin et du papyrus d’origine animale, la plupart des manuscrits sont sectaires. Une centaine d’entre eux sont cependant des textes bibliques qui fournissent de nouvelles précisions sur la Bible, et apportent davantage de clarté à l’histoire du judaïsme et du christianisme. Les textes réunissent tous les livres du canon hébraïque, l’Ancien Testament chrétien, à l’exception de celui d’Esther. Ils contiennent également des prières, des hymnes et des formules mystiques inconnus jusqu’alors, ainsi que la plus ancienne version des Dix Commandements trouvée à ce jour.

The original theory

Un fouilleur bédouin met au jour un récipient près du site de Qumrân, en 1954.

PHOTOGRAPHIE DE LEO BOER

On estime que les manuscrits de la mer Morte sont âgés d’environ 2 000 ans. Si leur authenticité ne fait aucun doute, le mystère de l’identité des personnes qui les écrivirent persiste, et ce, malgré les nombreuses théories proposées depuis leur découverte.

PREMIÈRES THÉORIES

La théorie la plus courante des spécialistes est de dire que ce sont les esséniens, une secte juive monastique qui vivait dans un complexe désertique voisin connu en arabe sous le nom de Khirbet Qumrân (ruines de Qumrân), qui rédigèrent les manuscrits. Cette idée a été avancée par Roland de Vaux, un archéologue français qui, avec une équipe internationale, a fouillé le site de Qumrân entre 1952 et 1957. Plusieurs facteurs l’ont mené à cette conclusion.

Flavius Josèphe, un historien romain et juif du 1er siècle qui aurait connu les esséniens, écrivit à leur sujet dans son livre Antiquités judaïques. Des millénaires plus tard, De Vaux a fait le lien entre les descriptions faites par Josèphe et celles des habitants de la région qui figurent dans les manuscrits. Les similitudes sont par exemple la vie en communauté, le port de vêtements en lin et le bain rituel.

Josèphe écrivit notamment qu’à la cinquième heure, après « s’être vêtus de voiles blancs, ils se [baignèrent] ensuite le corps dans de l’eau froide ». De Vaux et son équipe ont fouillé un certain nombre de mikva’ot (le pluriel du mot hébreu mikveh) sur le site : ces bains rituels contenaient environ 320 litres « d’eau vive », de l’eau de pluie ou de mer qui n’avait pas été stockée, permettant aux membres de s’immerger à des moments précis de la journée. Face à ces comparaisons, il est difficile de dire que ces rituels ne confirment pas que les esséniens et les habitants de la région étaient un seul et même groupe.

LES PLUS POPULAIRES

VOIR PLUS

The original theory

Ce mikveh (ou bassin de bain rituel), découvert sur le site de Qumrân, est considéré par certains comme la preuve que les auteurs des manuscrits de la mer Morte étaient des esséniens.

PHOTOGRAPHIE DE RAFAEL BEN-ARI, ALAMY STOCK PHOTO

De plus, Josèphe écrivit que les esséniens prenaient « grand soin d’étudier les écrits des anciens, et [choisissaient] parmi eux ce qui était le plus avantageux pour leur âme et leur corps ». Il est fort probable que les écrits mentionnés soient une référence aux manuscrits de la mer Morte.

Puisque onze parchemins ont été découverts près du site de Qumrân, De Vaux en a déduit que leurs auteurs y avaient vécu. Les esséniens avaient eux-mêmes vécu à Qumrân, il était donc logique qu’ils en soient les auteurs.

UNE THÉORIE CONTESTÉE

Pourtant, de nombreux chercheurs contestent la relation faite entre la communauté de Qumrân et les esséniens. Par exemple, ces derniers n’étaient pas les seuls à s’adonner à l’immersion rituelle dans des mikva’ot : de nombreux Juifs pratiquants le faisaient également. En outre, Josèphe décrivait les esséniens plutôt comme un phénomène urbain que comme une communauté d’ermites vivant dans le désert. Le philosophe juif Philon d’Alexandrie semblait être du même avis, écrivant qu’ils vivaient « dans de nombreuses villes de Judée et dans de nombreux villages, et se regroupaient en grandes sociétés de nombreux membres ».

The original theory debunked

Un analyste de la conservation de l’Autorité des antiquités d’Israël examine un fragment des manuscrits de la mer Morte, vieux de 2 000 ans, dans un laboratoire à Jérusalem.

PHOTOGRAPHIE DE PHOTOSTOCK-ISRAEL, ALAMY STOCK PHOTO

De plus en plus de chercheurs ont également suggéré que les personnes qui cachèrent les parchemins autour de Khirbet Qumrân pourraient ne pas être celles qui les écrivirent. Les manuscrits de la mer Morte englobant la quasi-totalité de la Bible hébraïque, certains historiens estiment qu’il est presque impossible qu’un unique petit groupe de scribes isolé ait écrit un corpus aussi vaste.

JÉRUSALEM : UNE ORIGINE PLUS PROBABLE ?

Selon certains chercheurs, il est beaucoup plus probable que la plupart des manuscrits, voire la totalité, aient été écrits par des scribes professionnels travaillant dans le temple de Jérusalem. Cette théorie a été avancée pour la première fois en 1960 par le théologien allemand Karl Heinrich Rengstorf, qui a soutenu que les rouleaux devaient avoir fait partie d’une vaste bibliothèque conservée au temple.

The Jerusalem origin theory

Les visiteur.se.s laissent de petites notes accompagnées de leurs prières entre les pierres de taille du mur des Lamentations, l’un des murs de soutènement originaux du Second Temple de Jérusalem.

PHOTOGRAPHIE DE IAISI, GETTY IMAGES

L’universitaire américain Norman Golb est allé encore plus loin, suggérant que les rouleaux avaient été évacués d’une des nombreuses bibliothèques de Jérusalem, et plus largement de la Judée, lorsque l’armée romaine du général Titus s’approchait de Jérusalem vers 70 après J.-C.

De nouvelles technologies soutiennent cette théorie, notamment l’analyse de l’écriture manuscrite basée sur l’intelligence artificielle menée à l’université néerlandaise de Groningue en 2021. Par exemple, les recherches ont permis déterminé que les différentes formes d’écriture et le comportement biomécanique variable de l’utilisation de la plume montrent qu’il est possible que plusieurs scribes aient travaillé sur le Grand Rouleau d’Isaïe. Une analyse minutieuse du texte a également permis d’identifier de subtils changements dans le style de l’hébreu, ou de l’araméen, du grec, ou même du nabatéen d’autres documents.

The Jerusalem origin theory

L’angle sud-ouest du complexe du Second Temple de Jérusalem arbore encore l’arche initial de l’escalier connu aujourd’hui sous le nom d’arche de Robinson.

PHOTOGRAPHIE DE ROBERT HOETINK, ALAMY STOCK PHOTO

La présence de nombreux doubles de certains livres bibliques questionne également. Si le rouleau n’était destiné qu’à un usage local, alors pourquoi en réaliser plusieurs versions ? De même, le fait que les rouleaux représentent une collection quasi-complète de la Bible hébraïque semble suggérer que la source était plus vaste qu’une secte dissidente et éloignée.

LA THÉORIE DU COMPROMIS 

The compromise theory

Un pot en poterie et son couvercle restaurés, du type utilisé pour contenir les manuscrits de la mer Morte provenant de la grotte 1, où les premiers manuscrits ont été trouvés.

PHOTOGRAPHIE DE AVEC L’AIMABLE AUTORISATION DES ADMINISTRATEURS DU BRITISH MUSEUM

Certains archéologues modernes pensent que les esséniens sont les auteurs de certains des manuscrits de la mer Morte, mais pas de la totalité. Des preuves récentes suggèrent que lors du siège de Jérusalem par Rome, quand le temple et une grande partie de la ville furent détruits, les Juifs s’échappèrent peut-être par les égouts afin de se mettre en sécurité. Des chercheurs ont trouvé des objets dont des poteries et des pièces de monnaie dans les égouts, datant de cette période de siège. Ces mêmes égouts mènent à la vallée du Cédron, tout près de la mer Morte… et de Qumrân. Peut-être que certains des manuscrits de la mer Morte suivirent également ce chemin.

La poterie dans laquelle les manuscrits de la mer Morte ont été trouvés est un autre indice soutenant cette théorie du compromis. Selon Jan Gunneweg de l’Université hébraïque de Jérusalem, tout comme l’ADN, toutes les argiles sur Terre ont une composition chimique différente, ce qui permet de déterminer la région spécifique dans laquelle la poterie fut fabriquée. Ainsi, sa conclusion est la suivante : seule la moitié des poteries qui contenaient les manuscrits de la mer Morte provenait de Qumrân.

(À lire : L’origine des manuscrits de la mer Morte confirmée par une étude ADN.)

Pourquoi on ne découvrira jamais l’arche de Noé

Depuis plus d’un siècle, certains cherchent ce navire de l’Ancien Testament qui aurait permis de survivre au Déluge. Selon les archéologues, c’est une quête futile.

DE ERIN BLAKEMORE

PUBLICATION 2 DÉC. 2022 À 15:15 CET

https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2022/12/pourquoi-on-ne-decouvrira-jamais-larche-de-noe?cmp=soc-fb-o%3Alnk%3AEDITORIAL%3ANGLocalSites%3A%3Amovhp%3A%3A19000100%3A%3Angfr&fbclid=IwAR3E9i_Q-E1jfnzJD3gWVremw12Y2GhGL4SrgfZ2pct7ZPnYsVB7CXT74Ng

Tableau représentant l’arche de Noé. L’Ancien Testament a non seulement inspiré d’innombrables générations d’artistes, mais également ...

Tableau représentant l’arche de Noé. L’Ancien Testament a non seulement inspiré d’innombrables générations d’artistes, mais également plus d’un siècle de tentatives « scientifiques » visant à localiser les vestiges de ce navire légendaire.

PHOTOGRAPHIE DE TABLEAU DE SIMON DE MYLE VIA FINE ART IMAGES / HERITAGE IMAGES : GETTY, HERITAGE IMAGESGETTY

L’arche de Noé est l’une des histoires les mieux connues et les plus captivantes de l’Ancien Testament : après avoir créé les humains, Dieu est si mécontent d’euxqu’il fait s’abattre sur la Terre un Déluge n’épargnant rien ni personne pour les réduire à néant, à une exception notable (et en état de naviguer) toutefois : le patriarche biblique Noé, sa famille et une paire de chaque animal de la planète qui parviennent à survivre au Déluge grâce à un gigantesque navire en bois.

Pour les personnes qui pensent que les événements relatés dans la Bible sont exacts d’un point de vue historique, la chasse aux indices archéologiques confirmant l’existence de l’arche de Noé est tout aussi captivante, et elle inspire certains fidèles intrépides à passer au peigne fin les flancs du mont Ararat, en Arménie, ainsi que d’autres lieux, dans le but d’y déceler des traces du navire en bois.

En 1876, par exemple, l’avocat et politicien britannique James Bryce gravit le mont Ararat, où l’arche se serait échouée selon les témoignages bibliques, et prétend qu’un morceau de bois qu’il y a découvert et qui « remplit tous les critères de l’affaire » aurait fait partie du navire. Des « découvertes » plus récentes ont lieu régulièrement ; qu’il s’agisse d’un optométriste qui rapporte avoir vu l’arche dans une formation rocheuse au sommet de la montagne dans les années 1940 ou encore de pasteurs évangéliques qui ont affirmé y avoir découvert du bois pétrifié au début des années 2000.

Un berger et son troupeau près du mont Ararat dans l’est de la Turquie. De nombreuses ...

Un berger et son troupeau près du mont Ararat dans l’est de la Turquie. De nombreuses personnes ont tenté de découvrir des preuves de l’existence de l’arche de Noé sur ses flancs. La Genèse dit toutefois de l’arche qu’elle s’arrête sur une chaîne de montagnes de l’ouest de l’Asie qui doit encore être identifiée par la science.

PHOTOGRAPHIE DE PHOTOGRAPHIE DE JOHN STANMEYER, NAT GEO IMAGE COLLECTION, NAT GEO IMAGE COLLLECTION

Mais ces chercheurs d’arche s’attirent surtout l’exaspération et le dédain des archéologues autant que des spécialistes de la Bible. « Aucun archéologue digne de ce nom ne fait ça », tance Jodi Magness, exploratrice National Geographic et archéologue de l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill.

« L’archéologie n’est pas une chasse au trésor, ajoute-t-elle. Il ne s’agit pas de découvrir un objet en particulier. C’est une science dans laquelle nous nous posons des questions scientifiques auxquelles nous espérons répondre en réalisant des fouilles. »

DÉLUGE RÉEL OU FICTION ?

Les histoires de crues et de personnes leur survivant existaient déjà avant la Bible hébraïque, dont les plus anciennes parties aurait été écrites au 8e siècle avant notre ère. On trouve des légendes ayant trait à un déluge anéantissant une civilisation sur ordre d’une déité surnaturelle dans de nombreux textes mésopotamiens, qu’il s’agisse de l’Épopée de Gilgamesh, composée vers le début du deuxième millénaire avant notre ère, ou de tablettes babyloniennes cunéiformes datant de 1750 avant notre ère environ, décrivant la construction de l’arche et déchiffrées récemment.

LES PLUS POPULAIRES

VOIR PLUS

Plus de mille ans avant l’Ancien Testament, des récits relataient déjà des histoires d’arches et d’inondations. ...

Plus de mille ans avant l’Ancien Testament, des récits relataient déjà des histoires d’arches et d’inondations. C’est le cas de l’Épopée de Gilgamesh dont cette œuvre assyrienne du deuxième millénaire avant notre ère représente un épisode.

PHOTOGRAPHIE DE PHOTOGRAPHIE DE CM DIXON, PRINT COLLECTOR / GETTY, PRINT COLLECTORGETTY

Mais serait-il possible que ces mythes de submersion soient fondés sur des faits ? « Il ne semble pas y avoir de preuves géologiques d’une inondation survenue dans la région de la mer Noire il y a 7 500 ans », indique Eric Cline, explorateur National Geographic et archéologue de l’Université George-Washington. Les scientifiques sont en désaccord quant à l’ampleur de cet événement, de même que les historiens divergent quant au fait que ces écrits eussent pu être inspirés de faits réels. Il semble plus probable que des crues aient eu lieu à divers endroits et à différentes époques, et que ces événements se soient naturellement frayé un chemin dans les traditions orales et écrites du monde.

Pour compliquer les choses encore un peu plus, les spécialistes ne parviennent pas à s’accorder sur la localisation précise de l’arche de Noé donnée par la Bible hébraïque. Selon la Genèse, l’arche « s’arrêta sur les montagnes d’Ararat ». Il s’agit ici de montagnes situées dans l’ancien royaume d’Urartu, région qui englobe aujourd’hui l’Arménie et certaines parties de l’est de la Turquie et de l’Iran, et non du sommet unique et emblématique qui porte le même nom de nos jours.

« Il n’existe aucun moyen de savoir exactement où cela s’est produit dans l’antique Proche-Orient », affirme Jodi Magness.

D’ailleurs, selon Eric Cline et Jodi Magness, même si des artefacts de l’arche ont été ou venaient à être découverts, on ne pourrait jamais les associer de manière certaine à des événements historiques.

« Nous n’avons aucun moyen de placer Noé, s’il a vraiment existé, ni le déluge, s’il y en a vraiment eu un, dans le temps et dans l’espace, insiste Jodi Magness. La seule façon de le savoir serait de découvrir une écrit antique authentique. » Mais même si c’était le cas, fait-t-elle remarquer, une telle gravure pourrait très bien faire référence à un autre Noé ou à une autre inondation.

Cela n’a pas empêché la prolifération d’une pseudo-archéologie qui tient la Bible pour une vérité littérale. Ces recherches infructueuses sont souvent entreprises par des partisans du « créationnisme Jeune-Terre », croyance selon laquelle la Terre n’aurait que quelques milliers d’années, et ce en dépit de toutes les preuves qui indiquent le contraire.

MÊME PREUVES, CONCLUSIONS DISPARATES

Les groupes de ce genre se servent de preuves archéologiques séculières pour soutenir leur interprétation littérale des Écritures et balaient d’un revers de main les preuves indiquant le contraire ou tentent de les réfuter. Mais leurs tactiques varient. L’organisation Answers in Genesis, qui s’auto-proclame ministère d’apologétique ayant pour objets des questions scientifiques et qui gère un parc d’attraction sur le thème de l’arche de Noé dans le Kentucky, reconnaît l’omniprésence de mythes de submersion avant l’Ancien Testament et concède même que l’arche ne pourra jamais être découverte.

« Nous ne nous attendons pas à ce que l’arche ait survécu et qu’il soit possible de la trouver au bout de 4 350 ans », déclare Andrew A. Snelling, directeur des recherches chez Answers in Genesis. Ce géologue tente de prouver depuis des décennies que la Terre est plus jeune que ne le dit la science.

Toutefois, la raison pour laquelle Andrew A. Snelling pense que l’arche ne pourra jamais être découverte n’est pas la même que celle avancée par les archéologues. « Comme il n’y avait aucun arbre mature que Noé et sa famille aient pu couper pour construire de quoi s’abriter après être descendus de l’Arche, on a toutes les raisons de penser qu’ils ont démantelé l’arche (dont ils n’avaient plus besoin) pour en récupérer le bois », explique-t-il. Si le ministère religieux n’exclut pas la possibilité de découvrir l’arche un jour, Andrew A. Snelling regrette ce qu’il appelle des « revendications douteuses » de la part de chercheurs d’arche qui « sapent l’impact potentiel d’une découverte véritable ».

Pour Jodi Magness, qui dirige actuellement des fouilles dans une synagogue datant de l’Empire romain tardif en Galilée, cette recherche de l’arche de Noé embrouille non seulement le public, mais fait aussi baisser l’enthousiasme qui entoure les véritables découvertes archéologiques, même celles qui viennent parfois confirmer certaines parties de la Bible comme la découverte de la lignée de la Maison de David.

« Nous en savons beaucoup sur le monde biblique, et c’est très intéressant », commente-t-elle.

RÉTABLIR LES FAITS

Selon Eric Cline, le problème réside en partie dans les attentes irréalistes du public vis-à-vis de l’archéologie et dans le fait que les médias de masse mettent surtout en avant le frisson de la quête et moins la lente accrétion de connaissances archéologiques. « Nous ne sommes pas comme Indiana Jones, rappelle-t-il. Il s’agit d’une procédure scientifique. C’est rigoureux. Mais ce qui nous enthousiasme le plus n’enthousiasme pas nécessairement les autres personnes. »

Eric Cline relate que dans ses jeunes années, il a largement usé de son temps et de son énergie pour réfuter les prétendues preuves bibliques qui ravissent le public année après année. Mais il a fini par abandonner et se concentre désormais sur ses expéditions et sur la vulgarisation de ses recherches auprès de ceux qui sont prêts à accepter les résultats de la méthode scientifique. « Les gens vont croire ce qu’ils ont envie de croire », déplore-t-il.

Cela n’est pas près de changer. Entre-temps, il s’est donc focalisé sur la mise au jour d’un palais cananéen du 18e siècle avant notre ère sur le site archéologique de Tel Kabri, dans le nord de l’Israël. Après une suspension des fouilles à cause de la pandémie de Covid-19, il prévoit d’y retourner l’été prochain pour poursuivre l’exhumation d’un sol en plâtre peint sur ce site mentionné dans l’Ancient Testament. « Pour nous, [le sol] est incroyablement important, car il montre des relations et des contacts internationaux datant d’il y a 4 000 ans », explique-t-il.

« Ce n’est pas l’arche de Noé, mais c’est un sol peint, se console l’archéologue, et ça me va très bien. »

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire