TRIBUNE
Collectif
Annoncé comme un axe prioritaire du Conseil national de la refondation, le « bien-vieillir » doit se traduire de manière concrète par des dispositifs sur le grand âge et l’autonomie, estiment, dans une tribune au « Monde », les membres du conseil scientifique de l’Association des directeurs au service des personnes âgées.
Publié le 21 décembre 2022 à 07h00, mis à jour le 21 décembre 2022 à 07h00 Temps de Lecture 3 min.
A l’heure de la pandémie de Covid-19, l’ONU a déclaré la prochaine décennie (2021-2030) « décennie pour le vieillissement en bonne santé ». Dans le même temps, en France, le « bien-vieillir » a été annoncé comme un axe prioritaire de travail du Conseil national de la refondation. Au-delà des débats liés en particulier au format de cette nouvelle consultation, les enjeux de l’avancée en âge sont cruciaux et méritent que la société tout entière s’en empare avec la détermination suffisante pour se faire entendre.
Parmi les nombreux sujets qui arbitreront la survie de notre système de protection sociale – et des valeurs de notre démocratie elle-même –, le vieillissement de la population et les progrès de la longévité sont en effet des défis à relever ensemble. Il nous faut surmonter le déni de réalité et le rejet de plus en plus marqué de la vieillesse que nous voyons à l’œuvre au quotidien.
En dépit de certaines avancées, la volonté politique reste insuffisante pour agir dans la durée sur la prévention, l’anticipation et l’articulation fine des financements nécessaires entre eux. Ainsi, l’Etat doit enfin mettre en place les dispositifs sur le grand âge et l’autonomie annoncés par les présidents de la République successifs depuis 2007.
Pour un débat global
Le « bien-vieillir » n’est pas un slogan, et les politiques publiques ont l’obligation de traduire en actions concrètes, cohérentes et respectueuses les demandes, les besoins et les réalités de proximité afin qu’elles fassent sens pour les personnes elles-mêmes et pour les acteurs. Réorienter le vivre-ensemble sur les territoires, à domicile, dans les établissements, quels que soient l’âge, la condition et le degré de vulnérabilité de chacun, convoque avec exigence un socle partagé de pleine citoyenneté.
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Il repose en particulier sur notre devise républicaine « Liberté, égalité, fraternité ». Elle nous oblige aujourd’hui à interpeller l’organisation des systèmes de soins et d’accompagnement pour en partager les fondements, et au besoin les adapter, à partir des principes et des valeurs sur lesquels nous nous accordons.
Pour parvenir à cet objectif, il est impératif d’avoir le courage d’engager enfin un débat global sur ce qu’est le « bien-vieillir » dans une société qui reconnaîtrait la pleine citoyenneté de chacun. L’amorce qu’a été la loi d’adaptation de la société au vieillissement est demeurée figée, ignorée, voire éliminée des actions concrètes.
Mieux accompagner les aînés
Pourtant, vieillir est un processus normal, complexe, lent et progressif qui touche l’organisme vivant et ses fonctions dans leur ensemble, chez tous les individus dès leur naissance, et conduit vers la mort, qui en est l’ultime étape que beaucoup ne veulent pas penser. Vieillir n’est qu’une différence sur le plan biologique qui ne peut plus se transformer en cette tendance lourde de mise à l’écart sur le plan social et en un refus obstiné de considération des personnes et de leurs accompagnants.
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Une politique du « bien-vieillir » doit en prendre toute la mesure, de toute urgence. Elle doit réaffirmer le refus de l’âgisme, discrimination par l’âge qui gangrène lentement mais sûrement notre société et constitue un risque majeur pour sa cohésion. Considérer que longévité, incapacités, fragilités ne représentent que des coûts indus conduit à une impasse et à des risques graves de dérives que nous avons la responsabilité collective de faire comprendre.
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Mieux accompagner les aînés jusque dans les derniers instants de la vie, pour leur permettre de garder le sentiment d’avoir leur place dans la société, est un investissement, sur le plan sociétal, en améliorant l’équilibre psychique de tous, et sur le plan économique, en créant des centaines de milliers d’emplois non délocalisables qui permettront de passer le temps nécessaire auprès des personnes âgées à domicile ou en établissement.
Respecter l’universalité des droits des personnes âgées
A cet effet, il nous apparaît important d’engager un véritable soutien des personnels en investissant dans une formation digne de ce nom qui associe soins techniques, relations sociales et accompagnement de la personne et de ses aidants pour rendre effective la pleine citoyenneté des personnes âgées. Construire un débat responsable permettant de nous réapproprier les principes fondamentaux et les valeurs qui nous tiennent ensemble est une priorité qui ne nous paraît plus pouvoir être différée.
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Nous appelons donc à cesser de segmenter les âges et de compartimenter les concertations sur des sujets qui doivent cheminer ensemble, dont celui tout aussi fondamental de la fin de vie.
Nous demandons que soit reprise la réflexion de fond sur l’autonomie des aînés en y incluant toutes ses dimensions, dont la prévention, l’anticipation, l’accompagnement et une gouvernance prenant en compte tous les acteurs.
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Nous demandons aussi que soient tirés effectivement les enseignements de la période de pandémie pour réformer enfin en profondeur non seulement les établissements (pour les faire passer d’une logique sanitaire à une logique de domicile), mais aussi les services à domicile et l’ensemble du système d’accompagnement des personnes âgées vulnérables. Il nous faut respecter l’universalité des droits fondamentaux des personnes âgées, en construisant des équilibres qui les associent pleinement aux processus de décision.
Les membres du conseil scientifique de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) : Anne Caron-Deglise, magistrate ; Catherine Bergeret-Amselek, psychanalyste ; Michel Bille, sociologue ; Pascal Champvert, président de l’AD-PA ; Philippe Denormandie, chirurgien ; Sandrine Dufour-Kippelen, économiste ; Serge Guérin, sociologue ; Anne-Marie Guillemard, sociologue ; Marie de Hennezel, psychologue et écrivaine ; Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale ; Agnès Jeannet, inspectrice générale des affaires sociales honoraire ; Karine Lefeuvre, juriste ; Marie-Anne Montchamp, ancienne ministre ; Louis Ploton, psychiatre, gérontologue ; Valentine Trépied, sociologue ; Jean-Philippe Viriot Durandal, professeur de sociologie ; Annie de Vivie, gérontologue ; Philippe Wender, président de Citoyennage ; Hélène Xuan, économiste.
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