Les femmes et les jeunes médecins en général ont davantage recours à la téléconsultation que les autres. 

Âge, sexe, lieu d’exercice : portrait-robot des médecins généralistes qui téléconsultent le plus   

Par Marion Jort le 08-12-2022 

https://www.egora.fr/actus-pro/conditions-d-exercice/78122-age-sexe-lieu-d-exercice-portrait-robot-des-medecins?nopaging=1

Qui sont les médecins qui téléconsultent le plus ? Avec quel profil de patients ? Dans quels territoires ? Une nouvelle enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques dresse le portrait des généralistes libéraux qui ont recours à cette pratique depuis son essor, à l’occasion de la crise sanitaire. Plus jeunes, plus urbains, à proximité… Ces médecins présentent des caractéristiques qui font mentir certaines idées-reçues sur l’accès aux soins. Décryptage.  

https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2020-10/ER%201162-téléconsultation-BAT.pdf

“Le Covid a fait entrer dans nos vies l’usage de plusieurs outils utiles au distanciel. Le système de santé n’y a pas échappé”, a affirmé Benoît Ourliac, sous-directeur au pôle observation de la santé et de l’Assurance maladie à la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) à l’occasion de la présentation d’une grande enquête portant sur la téléconsultation en médecine générale entre 2020 et 2021, mercredi 7 décembre. Les chiffres le prouvent en effet : alors que moins de 5% des généralistes libéraux proposaient des consultations à distance à leurs patients avant l’épidémie de Covid-19, plus de trois sur quatre ont indiqué en avoir déjà effectué au début de l’année. 

C’est véritablement au printemps 2020 que les médecins ont pris le tournant de la téléconsultation. Au mois d’avril, 3,6 millions de téléconsultations ont été réalisées. A titre de comparaison, seules 3.000 consultations à distance ont été enregistrées en 2018 et 80.000 en 2019. Par ailleurs, l’an dernier, 9,4 des 10 millions de téléconsultations annuelles ont été effectuées par des généralistes libéraux. Selon la Drees, elles représentaient 5,7% de leur activité en 2020 et 3,7% en 2021. “Elles sont devenues une composante non-négligeable de l’activité médicale, tout en restant relativement rares”, résume donc l’institut de statistiques dans son rapport. 

Au-delà de l’état des lieux du recours incontestable à cet outil, la Drees s’est penchée plus en détail sur le profil des généralistes et des patients en ayant l’usage. Elle dresse, à cette occasion, le portrait de ces praticiens et une dominante se dégage clairement : les femmes et les jeunes médecins en général ont davantage recours à la téléconsultation que les autres. 

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Une pratique pour les jeunes médecins urbains ?

La consultation à distance représente, en effet, 4,5% de l’activité des femmes médecins en 2021 contre 3% de celle des hommes. L’institut de statistiques constate également que la téléconsultation est plus importante chez les jeunes praticiens : les généralistes de moins de 40 et 50 ans y ont consacré près de 5% de leur activité tandis que leurs confrères de plus de 65 ans y ont consacré 2,5%.

Ce sont les médecins exerçant dans les territoires urbains, et notamment dans la région francilienne, qui téléconsultent le plus. En Île-de-France, 8% de l’activité des généralistes libéraux correspond à des consultations à distance, contre 2% dans les territoires ruraux hors outre-mer, par exemple.  

Par ailleurs, la Drees calcule que les praticiens exerçant en groupe sont les plus nombreux à déclarer une activité de téléconsultation (85% contre 59% pour ceux exerçant seuls). 

Des patientes majoritairement féminines

“Par rapport à celles réalisées en cabinet, les consultations à distance s’adressent davantage à des patientes, quel que soit leur territoire de résidence”, indique aussi la Drees dans son enquête. En effet, 62% des téléconsultations de 2021 concernaient des femmes alors que cette même patientèle représente habituellement 57% des consultations en cabinet. 

Là aussi, la patientèle est plutôt jeune, souligne l’institut. Près de la moitié (45%) des consultations en distanciel ont été réalisées avec des patients âgés de 15 à 44 ans alors que cette patientèle représente 29% de l’activité du cabinet. La téléconsultation est enfin plutôt plébiscitée par les patients les moins précaires. En cabinet, en 2021, la part des personnes ayant recours à la complémentaire santé solidaire (CSS) était de 19%, quand ce pourcentage était de 12% dans le cadre de la téléconsultation. 

Plus surprenant : 27% des téléconsultations de 2021 ont été réalisées avec des patients issus de la région parisienne. Cela appuie le constat de la Drees qui conclut, dans son rapport, que la pratique est concentrée essentiellement dans les grands pôles urbains. 69% des téléconsultations sont réalisées pour des patients vivant dans les centres-villes ou les banlieues des grands pôles, où réside 57% de la population. 

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Pas de rapport entre la téléconsultation et des difficultés d’accès aux soins

Alors qu’on vante beaucoup la téléconsultation pour pallier la pénurie de médecins généralistes dans les territoires, l’analyse de la Drees révèle qu’il n’existe pas de rapport évident entre des difficultés d’accès aux soins et un recours accru à la pratique. “Le constat est même que la plupart des téléconsultations sont effectuées à proximité du lieu de résidence du patient”, éclaire Julie Kamionka, auteure de l’étude. 

Dans 45% des consultations à distance de l’année dernière, par exemple, le patient habitait la même commune que son médecin, contre 50% de celles au cabinet. Pour 59% des consultations à distance et 63% de celles au cabinet, le médecin exerçait à moins de 5 kilomètres. Cependant, note la Drees, entre 2020 et 2021, la part de téléconsultations réalisées dans la commune du patient diminue légèrement (-2,5 points) ce qui peut suggérer “qu’une mutation s’amorce dans la pratique de la téléconsultation, largement mise en œuvre en urgence en 2020 comme substitut à une consultation en cabinet dans le cadre des périodes de forte intensité épidémique”. 

Au contraire, même si la possibilité de consulter un médecin éloigné de leur domicile “pourrait a priori accroître l’offre de soins de premier recours pour les patients résidant en zone peu dotée en médecins généralistes”, les consultations à distance n’ont finalement pas beaucoup plus concerné les patients de ces territoires.  23% des téléconsultations se sont en réalité faites avec les 20% de la population les mieux dotés en médecins généralistes, tandis que 18% ont été réalisées avec les 20% les moins bien dotés. Selon la Drees, les patients préfèrent souvent, dans ce cadre, réaliser une consultation avec leur médecin traitant (69%). “Cependant, les téléconsultations se font un peu moins souvent avec le médecin traitant en 2021 qu’en 2020”, indique-t-elle encore. 

Comme le montre le graphique ci-dessous par exemple, seuls 2% des habitants des territoires ruraux isolés ont téléconsulté leur médecin contre 22% des centres-ville des grands pôles urbains hors Paris.  

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La vidéotransmission privilégiée

Avec quels outils les médecins préfèrent-ils consulter à distance leurs patients? Pour plus de la moitié d’entre eux, c’est par de la vidéotransmission proposée par une plateforme du marché. 39% des consultations en distanciel entre 2020 et 2021 ont été des téléconsultations téléphoniques et 31% se sont faites via un outil grand public tels que What’s App ou Skype. Enfin, 18% des consultations ont été réalisées par un outil de vidéotransmission proposé par les Agences régionales de santé. 

Des médecins… globalement instatisfaits

Si les auteurs de l’étude notent l’essor considérable de la téléconsultation depuis trois ans, ce phénomène semble moins plaire aux médecins. Quasiment la moitié (46%) se déclarent pas du tout ou peu satisfaits, 38% moyennement satisfaits et seulement 16 % très ou tout à fait satisfaits. Sans surprise, le pourcentage de femmes médecins satisfaites est plus important : 20%, contre 12% pour leurs homologues masculins. 

Malgré cela, un médecin sur deux en ayant déjà réalisé envisage certainement de continuer à en faire après l’épidémie de Covid-19.  Ceux qui exercent en groupe pluriprofessionnel comptent un peu plus souvent maintenir ce type de prise en charge (53%, contre 47% pour les autres).

Particularité de la téléconsultation en centre de santé

Sur les 10 millions de téléconsultations en 2021, 1,1 million a été assurée par des médecins généralistes salariés de centres de santé. Il s’agit, relève la Drees, de centres spécialisés dans ce type de prise en charge, “qui n’effectuent pas ou très peu de consultations en cabinet ou de visites à domicile (moins de 20 % de leur activité en 2021)”. Le constat réalisé par l’institut de statistiques pour les généralistes libéraux est encore plus exacerbé dans leur cas : 69% des consultations à distance réalisées par des MG salariés en centre de santé l’ont été avec des patients âgés de 15 à 44 ans, contre 35,7 % de celles au cabinet dans ces centres. 48% ont été effectuées avec des patients vivant en région parisienne.

Publié le 08/12/2022

La téléconsultation, inefficace contre la désertification médicale ?

Paris, le jeudi 8 décembre 2022

https://www.jim.fr/medecin/actualites/pro_societe/e-docs/la_teleconsultation_inefficace_contre_la_desertification_medicale__195197/document_actu_pro.phtml

– Loin de l’objectif affiché, la téléconsultation profite essentiellement à des patients jeunes et urbains.

Depuis plusieurs années, la téléconsultation est présentée par ses promoteurs comme un moyen de corriger les problèmes d’accès au soin liés à la désertification médicale. Mais les détracteurs de cette nouvelle manière de pratiquer la médecine pointent du doigt le risque que la téléconsultation soit essentiellement utilisée par les personnes les plus à l’aise avec les nouvelles technologies de visioconférence, à savoir les jeunes urbanisés, pas nécessairement ceux les plus touchés par la désertification médicale et les difficultés d’accès aux soins donc.

La dernière étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publiée ce jeudi sur la pratique de la téléconsultation en France en 2020 et en 2021 confirme cette inquiétude. En effet, 69,4 % des téléconsultations conduites par les 60 000 généralistes libéraux que compte notre pays ont été réalisées pour des patients vivant dans des grandes villes ou dans leurs banlieues, qui concentrent 56,9 % de la population.

https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2020-10/ER%201162-téléconsultation-BAT.pdf

A l’inverse, seulement 17,9 % des consultations à distance ont bénéficié à des patients habitants dans les territoires ruraux, où résident 27,6 % des Français. Paris est devenue la capitale de la télémédecine, puisque les omnipraticiens parisiens effectuent 12 % de leurs consultations à distance, contre seulement 2,2 % pour les généralistes exerçant en zone rurale.

La téléconsultation, une pratique de jeunes

Corolaire logique de cet aspect très urbain de la téléconsultation, cette nouvelle pratique bénéficie peu aux déserts médicaux. Ainsi, 23,3 % des consultations à distance concernent les 20 % de Français vivant dans les zones les mieux dotées en généralistes, tandis que 17,9 % bénéficient aux 20 % de la population les plus éloignés d’un omnipraticien. La téléconsultation n’est pas non plus utilisée pour palier un problème de distance ou l’absence du médecin traitant : 58,6 % des téléconsultations sont proposées par un médecin installé à moins de 5 km du domicile du patient (contre 62,7 % des consultations en cabinet) et 69,1 % par le médecin traitant du patient (67,2 % en cabinet).

On observe également une fracture dans la pratique de la téléconsultation selon l’âge, que ce soit celui du généraliste ou du patient. Ainsi, la téléconsultation représente 4,8 % de l’activité des médecins de moins de 40 ans, contre seulement 2,5 % pour leurs confrères de 65 ans et plus. Du côté des patients, 45,2 % des téléconsultations ont concerné en 2021 des patients de moins de 45 ans, contre seulement 28,7 % des consultations classiques. De plus, la téléconsultation est bien moins fréquente chez les patients les plus précaires bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire (CSS). En bref, la téléconsultation semble être passée à côté de sa cible.

La désertification médicale progresse

De manière plus globale, la Drees constate que la pandémie de Covid-19 a provoqué une explosion de la téléconsultation. Alors que seulement 80 000 consultations à distance ont été recensées en 2019, on en a compté 13,5 millions en 2020 et 9,4 millions en 2021. Le mois d’avril 2020, au cœur du premier confinement, a été l’apogée de la téléconsultation, avec 3,6 millions de consultations à distance.

La téléconsultation reste cependant une activité marginale et dont le recours a diminué au fur et à mesure que la situation épidémique s’est améliorée. Ainsi, elle ne représente que 5,7 % de l’activité des généralistes en 2020 et 3,7 % en 2021 et les consultations à distance sont redevenues moins nombreuses que les consultations à domicile dès la fin du premier confinement.

Parallèlement à son étude statistique, la Drees a réalisé un sondage au premier trimestre 2022 auprès de 1 500 médecins qui montrent que les praticiens ont un avis globalement assez négatif sur la téléconsultation : 46 % des généralistes se disent pas du tout ou peu satisfaits de leur pratique à distance, 38 % moyennement satisfaits et seulement 16 % très satisfaits. La moitié d’entre eux déclarent d’ailleurs qu’ils arrêteront les consultations à distance à la fin de l’épidémie.

Cette étude semblant confirmer l’inefficacité de la téléconsultation pour lutter contre la désertification médicale est diffusé alors que la Drees a publié ce mercredi les résultats 2021 de son étude annuelle sur l’accessibilité potentielle localisée (APL), un indicateur permettant de mesurer l’accessibilité à un généraliste commune par commune. Les derniers chiffres indiquent une dégradation de l’accès aux soins et une accélération de la désertification médicale. En moyenne, les Français ont accès à 3,4 consultations chez un généraliste par an et par habitant (contre 3,5 en 2019) : les 10 % de la population vivant dans les zones les mieux dotées peuvent bénéficier de 5,7 consultations annuelles, les 10 % résidant dans celles les moins bien pourvues de seulement 1,5 consultations par an. Un écart qui augmenté de 8 % depuis 2019.

Quentin Haroch

Médecine : la téléconsultation bénéficie surtout aux jeunes patients citadins

Selon une étude de la Drees, cette pratique supposée faciliter l’accès aux soins dans les déserts médicaux est surtout utilisée par les médecins installés dans les territoires les plus urbanisés. 

https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2020-10/ER%201162-téléconsultation-BAT.pdf

Le Monde avec AFP

Publié le 08 décembre 2022 à 09h01, mis à jour le 08 décembre 2022 à 09h01

https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/12/08/medecine-la-teleconsultation-beneficie-surtout-aux-jeunes-patients-citadins_6153475_3224.html

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La consultation à distance n’est pas encore le remède aux « déserts médicaux »Selon une étude publiée jeudi 8 décembre par la direction statistique des ministères sanitaires et sociaux (Drees), les patients qui « téléconsultent » des médecins généralistes sont en moyenne plus urbains et plus jeunes que les personnes reçues dans leurs cabinets.

La consultation à distance n’est pas encore le remède aux « déserts médicaux » des campagnes.

« En Ile-de-France, 7,8 % de l’activité des médecins généralistes libéraux correspond à des consultations à distance en 2021 (12 % à Paris et 7,2 % dans les banlieues du pôle urbain de Paris), contre 2,2 % dans les territoires ruraux hors outre-mer », précise la Drees.

Forte augmentation de la pratique depuis la pandémie

Les téléconsultations sont aussi plus souvent effectuées pour de jeunes patients, quel que soit le territoire de résidence : en 2021, 45,2 % l’ont été avec des personnes de 15 à 44 ans, contre 28,7 % des consultations en cabinet.

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Autre enseignement : les téléconsultations ne semblent pas viser principalement à abolir les distances, puisque pour 58,6 % d’entre elles le médecin exerce dans la commune de résidence du patient ou à moins de 5 kilomètres.

Sans surprise, l’étude confirme globalement la forte augmentation des téléconsultations sous l’effet de la crise du Covid-19. Les généralistes libéraux en ont effectué 13,5 millions en 2020, puis 9,4 millions en 2021, alors qu’il n’y en avait eu que 80 000 en 2019. La pratique s’installe dans la durée, mais reste peu fréquente : elle a représenté 3,7 % de l’activité de médecine générale libérale en 2021. Moins que les visites à domicile.

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Le Monde avec AFP

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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