Le retour du masque devant un nouveau retour du Covid: le gouvernement encore timide

Covid : le gouvernement sous pression sur le retour du port du masque

Le déferlement de la bronchiolite, le retour du Covid et l’arrivée de la grippe renforcent la pression sur un système de santé déjà mal en point. En dépit des appels de l’exécutif, la vaccination peine à décoller

https://www.lesechos.fr/economie-france/social/covid-le-gouvernement-sous-pression-sur-le-retour-du-port-du-masque-1886515

Assemblée Nationale

Elisabeth Borne

Les ministres arboraient un masque ce mercredi lors de la séance des questions d'actualité.
Les ministres arboraient un masque ce mercredi lors de la séance des questions d’actualité. (Jacques Witt/SIPA)

Par Solenn Poullennec

Publié le 6 déc. 2022 à 19:03Mis à jour le 6 déc. 2022 à 20:47

L’image illustre la difficulté de la majorité présidentielle à être entendue dans sa lutte contre le Covid. Ce mardi, sur les premiers bancs de l’Assemblée nationale pour répondre aux questions au gouvernement, tous les ministres arboraient un masque, mais derrière eux, la plupart des députés n’en portaient pas.

« Dans tous les lieux où il y a de la promiscuité, j’invite les Français à porter le masque de façon systématique pour se protéger et être solidaires des soignants », a pourtant insisté le ministre de la Santé, François Braun, interpellé sur la triple épidémie – de Covid, de grippe et de bronchiolite – qui percute le système de santé français, déjà fragilisé avant le retour des virus de l’hiver par des pénuries de personnels.

L’épidémie de Covid repart

Pris de court par les règles de temps de parole de l’Assemblée, François Braun n’aura pas eu le loisir de clarifier la notion de promiscuité ni de répondre précisément au député de la majorité qui lui demandait s’il fallait rendre obligatoire le port du masque dans les transports, les centres commerciaux ou encore au travail.

Le retour de l’obligation du port du masque est dans toutes les têtes alors que l’épidémie de Covid-19 repart, laissant anticiper une neuvième vague . Le nombre de cas sur 100.000 habitants (taux d’incidence) a augmenté de 40 % ces derniers jours, a souligné François Braun dans l’hémicycle. Au 1er décembre, le nombre d’hospitalisations sur les sept derniers jours dépassait les 6.000, en hausse de plus de 15 %.

La situation semble d’autant plus menaçante que le pic de l’épidémie de bronchiolite n’est pas encore atteint. Or elle affole déjà les pédiatres, qui n’avaient pas été confrontés à une épidémie d’une telle violence depuis dix ans. Par ailleurs, l’arrivée de la grippe se confirme. Plus de la moitié de la France est en phase « pré-épidémique ».

Face à cette conjonction d’infections respiratoires, la Première ministre, Elisabeth Borne, a lancé la semaine dernière « un appel solennel » à respecter les gestes barrières et à porter le masque en présence de « personnes fragiles » ou dans des « zones de promiscuité », comme les transports en commun.

« La vaccination reste notre arme de protection massive »

La pression pour aller plus loin est forte. Dimanche, l’immunologue, Brigitte Autran, présidente du Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (Covars), a appelé dans le « JDD » à « renforcer le port du masque le plus possible dans les lieux clos ». Se contenter d’appeler les Français à la responsabilité sur le sujet est « un pari ».

Saisi par le gouvernement, le Covars doit rendre « un avis complet » sur la situation épidémique dans les prochains jours. « Si on continue à augmenter les contaminations, mon bras ne tremblera pas s’il faut décider l’obligation du masque, y compris dans toutes les circonstances », a assuré dimanche François Braun.

LIRE AUSSI :

Les pharmacies s’organisent pour faire face à la pénurie de Doliprane pour enfant

Après près de trois ans de crise sanitaire, à la veille de fêtes de fin d’année et sur fond de crise énergétique et d’inflation, le gouvernement ne semble cependant pas pressé de contraindre davantage les Français. D’autant qu’il a mis fin à l’état d’urgence sanitaire cet été. L’exécutif continue de miser sur la vaccination pour éviter d’aggraver les difficultés.

« La vaccination reste notre arme de protection massive face aux virus », a insisté François Braun mardi. Là encore cependant, les appels peinent à être entendus. « C’est très en deçà de ce que nous avons fait dans les campagnes précédentes », a reconnu l’ancien urgentiste à propos de la campagne de rappel contre le Covid. « Quant à la vaccination contre la grippe elle est là aussi inférieure à l’année dernière. »

Aucun vaccin n’est encore disponible contre la bronchiolite, a tenu à souligner mardi, la présidente du Covars, Brigitte Autran, devant les députés de la commission des Affaires sociales, rappelant l’importance du port du masque.

https://a93a4cd39583f512f2a56b9ca366afda.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-40/html/container.html

VIDEO. Covid-19 : les chiffres clefs de l’épidémie en France

https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01870326/zone/1/showtitle/1/src/q0zspfz

LIRE AUSSI :

Comment la pandémie de Covid-19 a impacté la santé des Français

Solenn Poullennec

«Le port du masque obligatoire, rempart contre les virus respiratoires» : l’appel d’associations de malades

https://www.leparisien.fr/societe/sante/le-port-du-masque-obligatoire-rempart-contre-les-virus-respiratoires-lappel-dassociations-de-malades-07-12-2022-25ASH27DDBA23ELNDLNOXACLO4.php

EXCLUSIF. À la veille des fêtes de Noël, dans une tribune que nous vous dévoilons, douze associations de malades demandent au gouvernement de rétablir immédiatement le masque dans les lieux de grande promiscuité.

L’obligation du masque dans les transports a disparu depuis le 16 mai dernier. (Illustration) LP/Olivier Corsan

Par Elsa Mari et 

Florence Méréo

Le 7 décembre 2022 à 19h11, modifié le 8 décembre 2022 à 06h27

Douze associations de malades exhortent le gouvernement à imposer le masque dans les transports, pharmacies et magasins bondés en ces fêtes de fin d’année. Voici leur tribune.

La France fait face à une situation inédite. Trois épidémies concomitantes la menacent : une neuvième vague de Covid, l’arrivée précoce de la grippe, et la circulation intense des bronchiolites. Les risques sont très clairs : ils concernent non seulement les plus fragiles, mais aussi notre système hospitalier, qui pourrait se retrouver submergé, à la veille des fêtes de fin d’année.

Des moyens limités pour lutter contre cette « triple épidémie »

La vaccination contre la grippe et le Covid est une stratégie de première importance. Mais le bât blesse puisque, de l’aveu même du ministre de la Santé, les niveaux de vaccination sont très insuffisants. Les campagnes de vaccination Covid et grippe de cet automne sont à ce jour un échec cuisant.

Quels qu’en soient les motifs, et même si nous parvenions à inverser la vapeur, ce qu’on ne peut que souhaiter vivement, il semble désormais trop tard pour que la vaccination puisse à elle seule contenir une situation qui se dégrade de jour en jour.

Les outils thérapeutiques de protection des plus fragiles se sont également réduits de manière importante.

Newsletter Coronavirus

Le point sur l’épidémie de Covid-19

L’inefficacité des anticorps monoclonaux contre le sous-variant BQ1.1, désormais majoritaire en France, fait courir des risques sans précédent aux 300 000 patients sévèrement immunodéprimés, qui ont déjà payé un très lourd tribut au Covid, désormais privé de traitements prophylactiques.

Les antiviraux aujourd’hui disponibles pour éviter les formes graves de Covid chez les personnes fragiles agissent en curatif, mais présentent l’inconvénient majeur d’être contre-indiqués en cas d’insuffisance rénale et hépatique sévère et d’exposer des patients à des risques d’interactions médicamenteuses. Ils restent très insuffisamment prescrits aux personnes éligibles qui, en conséquence, sont exposées à des risques accrus d’hospitalisation, de réanimations et de décès.

Une situation qui fait craindre le pire pour les fragiles… Mais aussi pour l’hôpital !

Ce contexte fait courir un immense risque aux plus fragiles, aux nourrissons, aux seniors, aux immunodéprimés. Mais il expose aussi notre hôpital, qui se trouve déjà dans une situation hautement critique, ainsi que tous les patients qui y sont ou y seront soignés, quelle qu’en soit la raison, à une possible submersion, dans les toutes prochaines semaines.

Une telle situation serait dramatique et doit absolument être empêchée. Tous les moyens qui peuvent y contribuer doivent être utilisés simultanément.

Le port du masque est l’un d’entre eux.

Pour le moment, chacun décide ou non de porter le masque, même si la Première ministre a solennellement appelé à le porter « dès que nous sommes avec des personnes fragiles ou dans les transports en commun ».

Interviewée le 3 décembre par Le Journal du Dimanche, la Pr Brigitte Autran, Présidente du Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (COVARS), plaide pour « un renforcement du port du masque, le plus possible dans les lieux clos là où il y a une promiscuité importante », sans pour autant recommander de rendre son port obligatoire, estimant que c’est au gouvernement de trancher.

Mais ces différents appels ont une efficacité très limitée : force est de constater que le port du masque reste minoritaire, dans les transports, dans les pharmacies d’officine, ou encore dans les magasins bondés en décembre, dans des conditions d’aération en général insuffisantes.

Cette situation n’est plus tenable.

Face à sa gravité et à ses enjeux, nos associations appellent à ce que le port du masque redevienne obligatoire dans les espaces de grande promiscuité.

Le masque, c’est parfois pénible à porter et certes ça fait de la buée sur les lunettes. Mais aujourd’hui, cet outil dont l’utilité est démontrée, doit contribuer à faire baisser la pression sur les établissements de santé et les professionnels qui y exercent. Il doit aussi contribuer à la protection solidaire des plus vulnérables, en leur permettant d’échapper aux risques de contracter le virus, et parfois d’en mourir.

Protégeons hôpital. Protégeons les patients. Protégeons les soignants. Protégeons les plus vulnérables d’entre nous. Protégeons-nous les uns les autres.

Signataires : ADMD, AFH, Aider à Aider, Alliance du cœur, ANDAR, ELLyE, Fédération Caire, FFAAIR, Les Séropotes, Patients en réseau, Renaloo, RoseUp.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire