Les cabines de consultations essaiment dans les mairies et pharmacies rurales, mais sont-elles rentables et efficientes ?

« Les cabines de téléconsultation médicale, une nouveauté au succès incertain »

Date de publication : 21 octobre 2022

C’est ce que titre Le Monde, qui observe que « ces installations, qui permettent de consulter un médecin généraliste à distance avec la participation active du patient, ont essaimé sur tout le territoire sous l’effet de la crise sanitaire. Leur modèle économique doit encore faire ses preuves ».


Zeliha Chaffin se penche ainsi sur la commune du Favril, dans l’Eure-et-Loir, « petit village niché entre les grandes plaines céréalières de la Beauce et les collines bocagères du Perche », dont la mairie accueille « depuis 2019, une cabine de téléconsultation médicale ».
La journaliste indique qu’il s’agit de « la première installée en France dans une mairie. Une originalité qui continue, trois ans plus tard, à attirer les curieux. La mairie ne compte plus les élus qui se sont déplacés jusqu’à son cabinet médical connecté ».


Zeliha Chaffin poursuit : « Sauver les déserts médicaux grâce à la téléconsultation ? En 2017, lorsque son projet prend forme, l’idée est loin d’être une évidence. John Billard [le maire] se heurte pendant des mois aux réticences des administrations territoriales et des autorités de santé. Jusqu’à Matignon, qui le convoque, intrigué par sa démarche. Un casse-tête, mais l’édile persiste ».
Le maire précise qu’« à l’époque il fallait au moins 12 à 15 jours aux habitants de la commune pour décrocher un rendez-vous chez un généraliste ».
La journaliste note qu’« après presque deux ans de bataille, l’accord est finalement donné. La cabine de téléconsultation accueille les premiers patients. Coût total, en incluant les travaux d’aménagement du local où est installée la cabine : 100.000 euros, financés à 80% par les collectivités locales et l’Etat. S’y ajoutent les 1200 euros déboursés chaque mois par la mairie du Favril, à titre de frais de fonctionnement »


Zeliha Chaffin observe qu’« avec 4 à 5 patients en moyenne chaque semaine, l’opération n’est pas financièrement rentable. Mais «les habitants apprécient ce service, qui vient répondre à leurs besoins», dit Laurence Elisabeth, la secrétaire de mairie. […] Pour John Billard, le bilan est plus que satisfaisant ».
Le maire indique qu’« on a même sauvé une vie ! Le médecin a détecté une urgence chez une patiente, alors qu’il auscultait à distance. Les pompiers sont immédiatement venus la chercher pour la conduire à l’hôpital de Chartres ».


La journaliste constate que « de plus en plus de collectivités territoriales s’équipent aujourd’hui de cabines de téléconsultation pour pallier l’absence de médecins. Une responsabilité qui ne relève pourtant pas de leurs compétences, cette attribution étant normalement réservée à l’Etat. Confrontés à la pression de leurs électeurs désespérés par le manque de praticiens et à l’urgence de la situation, beaucoup finissent cependant par céder à la tentation ».
« Mais, plus que dans les bâtiments publics, c’est surtout dans les pharmacies que le phénomène prend de l’ampleur. Ces trois dernières années, elles ont été de plus en plus nombreuses à implanter dans leurs locaux des bornes ou des cabines de téléconsultation »,
 relève Zeliha Chaffin.
« Si les cabines fleurissent un peu partout, il est cependant difficile d’en évaluer le succès auprès des patients. Selon l’Assurance-maladie, les téléconsultations ne représentent que 3,5% des actes des médecins généralistes. A 80%, celles-ci se déroulent avec le médecin traitant. Un chiffre qui laisse donc entendre une fréquentation encore relativement faible des cabines puisque la consultation du médecin traitant y est impossible », relève la journaliste.


Luc Berger, d’Alcimed, société de conseil en innovation, observe que « l’idée est bonne, mais la viabilité du modèle économique reste à démontrer. Ces solutions présentent un certain nombre de contraintes. Le pharmacien, déjà très sollicité au comptoir, aura-t-il vraiment le temps de s’occuper du nettoyage de ces cabines et d’accompagner les publics les moins technophiles dans leur utilisation ? ».
Il ajoute que « l’épreuve du feu aura lieu dans 1 ou 2 ans, quand les contrats de ces cabines arriveront à échéance, et que se posera la question de les renouveler ».
Zeliha Chaffin relève en outre que « la prolifération de ces cabines ne s’est pas faite sans dérives ni critiques. L’arrivée de certaines d’entre elles dans des commerces alimentaires […] a fait enrager le corps médical ».


Franck Devulder, président de la Confédération des syndicats médicaux français, évoque ainsi « des pratiques bassement commerciales. […] Certains confrères, qui s’évertuaient à mettre en place une offre de soin locale, ont vu arriver du jour au lendemain des cabines, sans en être informés. L’intérêt de ces outils existe, mais il faut que ça se fasse en bonne intelligence ».


La journaliste souligne enfin qu’« après avoir ouvert les vannes, le gouvernement veut désormais serrer la vis des opérateurs du marché pour y mettre de l’ordre. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, actuellement examiné en séance publique, a donné le ton. D’abord en mettant un terme au remboursement des arrêts de travail prescrits à distance, à moins qu’ils n’émanent du médecin traitant du patient ou d’un médecin «ayant déjà reçu l’intéressé en consultation depuis moins d’un an». Puis en prévoyant de revoir le statut des sociétés opérant sur le marché ».

Les cabines de téléconsultation médicale, une nouveauté au succès incertain

Ces installations, qui permettent de consulter un médecin généraliste à distance avec la participation active du patient, ont essaimé sur tout le territoire sous l’effet de la crise sanitaire. Leur modèle économique doit encore faire ses preuves. 

Par Zeliha ChaffinPublié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 07h45

Temps de Lecture 7 min. 

https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/10/21/les-cabines-de-teleconsultation-medicale-une-nouveaute-au-succes-incertain_6146734_3234.html

Une cabine de téléconsultation médicale, dans la mairie de Maretz (Nord), le 13 septembre 2022.
Une cabine de téléconsultation médicale, dans la mairie de Maretz (Nord), le 13 septembre 2022. THIERRY TONNEAUX / PHOTOPQR / VOIX DU NORD / MAXPPP

Perdu au milieu des champs, le bâtiment en pierre, avec ses hautes fenêtres encadrées de brique et sa façade surmontée d’un fronton, détonne dans le paysage verdoyant. « Ça surprend toujours quand je dis qu’il n’y a rien autour de la mairie du Favril [Eure-et-Loir], à part des pâturages et de la forêt, mais c’est le cas », s’amuse John Billard, l’édile de ce petit village niché entre les grandes plaines céréalières de la Beauce et les collines bocagères du Perche. L’édifice aura connu des fortunes diverses. Autrefois asile pour les pauvres, puis école communale, il abrite désormais la mairie. Et, depuis 2019, une cabine de téléconsultation médicale. ..(Suite Abonnés)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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