« Les pics de pollution sont associés à des infections respiratoires plus fréquentes »
Tribune
Bruno Housset
pneumologue, professeur émérite à la Faculté de médecine de Créteil
Le pneumologue Bruno Housset demande, dans une tribune au « Monde », aux responsables politiques que la norme Euro 7 sur les émissions polluantes des véhicules entre rapidement en vigueur, car il s’agit d’une urgence de santé publique.
Publié aujourd’hui à 08h00, mis à jour à 08h00 Temps de Lecture 2 min. https://redaction.lemonde.fr/optiext/optiextension.dll?ID=MefMdpolKsbQCZu2B4aAMZHv6OzQIJq_q01yU9zqzWLlTiVwpAXVKZXTdrHKHvmja0zzcEh37uNXOUbPCMexuGoCBJigybzDf4u5Gegz
La pollution tue et rend malade. Qui pourrait l’ignorer aujourd’hui ? Le nombre annuel de morts attribuées à la pollution en France est estimé entre 40 000 et 67 000. Soit plus de 10 fois le nombre de morts par accident de la route. La pollution affecte les sujets les plus vulnérables tels les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées, et celles et ceux qui souffrent d’une pathologie respiratoire ou cardiaque chronique.
Les pics de pollution sont associés à des infections respiratoires plus fréquentes. L’association avec la mortalité liée au Covid 19 a été confirmée récemment par une équipe française. L’association avec les bronchiolites à VRS (Virus respiratoire syncytial) a été établie chez l’enfant. Il en est probablement de même avec la grippe. Les morts subites sont également plus fréquentes en cas de pic de pollution.
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Toutefois, c’est la pollution chronique qui a des effets sanitaires importants sur le long terme et notamment sur les maladies chroniques telles que l’asthme. Les mécanismes qui lient pollution et cancer du poumon, réalité épidémiologique connue depuis plusieurs années, commencent à être élucidés. Les méfaits de la pollution et notamment des particules de moins de 2,5 microns de diamètre (PM 2,5) sont maintenant bien établis.
Les chiffres des victimes sont nettement sous-estimés
Pour protéger les populations, objectif souvent proclamé par nos élus, il faut réduire la pollution et cela de façon drastique et urgente. Un levier à court terme est la réduction de la pollution liée à l’usage des moteurs thermiques notamment Diesel, grands pourvoyeurs de particules fines. Les poussières émises par les véhicules hors échappement, notamment les poussières de freins, sont également à prendre en compte.Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Les zones à faibles émissions, illustration de l’inertie dans la lutte contre la pollution
Cela suppose un effort important des constructeurs automobiles pour répondre aux normes de pollution édictées par l’Europe, normes qui évoluent depuis 1992. La dernière version Euro 6 date de près de 10 ans et la mise en place d’une norme plus drastique, la norme Euro 7, était prévue avant la fin 2021.
Nous arrivons à la fin 2022 ! Combien de morts et de maladies ont été provoqués par ce délai qui est le fruit d’enjeux financiers qui manifestement priment sur les enjeux sanitaires ? Une modélisation récente (1) suggère que la mise en place de cette norme Euro 7 sur les émissions polluantes des véhicules pourrait éviter 5 900 décès en France entre 2027 et 2050 soit environ 260 morts par an. Et c’est sans compter la souffrance de milliers de malades.
Le modèle est cependant très conservatoire et les chiffres sont à l’évidence nettement sous-estimés. La réduction du parc des véhicules thermiques au profit des véhicules électriques, transition qui devrait s’accélérer avec cette nouvelle norme, permettrait de protéger partiellement la santé de nos concitoyens.
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Qui est responsable de ce retard, et des malades et des morts qui y sont associés ? Que font nos élus qui clament haut et fort vouloir protéger la santé des Français mais semblent plus préoccupés par la santé financière de l’industrie automobile ? Il y a urgence à mettre en place la norme Euro 7 qui doit entrer en vigueur en 2025.
Bruno Housset(pneumologue, professeur émérite à la Faculté de médecine de Créte