Les petits mammifères des zones agricoles présentent une centaine de molécules issues des insecticides, herbicides et fongicides

Dans les campagnes françaises, l’exposition de la faune aux pesticides est généralisée

Plus d’une centaine de molécules issus des insecticides, des herbicides et des fongicides ont été détectés par une équipe de chercheurs chez des petits mammifères des zones agricoles. 

Par Stéphane FoucartPublié le 13 octobre 2022 à 16h00 Mis à jour le 13 octobre 2022 à 17h22

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/10/13/dans-les-campagnes-l-exposition-de-la-faune-aux-pesticides-est-generalisee_6145683_3244.html

Temps de Lecture 2 min. 

Musaraigne musette (Crocidura russula) mangeant un ver de terre, en France, en mai 2019.
Musaraigne musette (Crocidura russula) mangeant un ver de terre, en France, en mai 2019.  DANIEL HEUCLIN/BIOSPHOTO

Insecticides, herbicides, fongicides… Plus d’une centaine de molécules différentes : c’est ce qu’une équipe d’une vingtaine de chercheurs français et luxembourgeois conduits par Céline Pelosi (Inrae) et Clémentine Fritsch (CNRS) a découvert en analysant l’exposition aux pesticides de la petite faune familière des zones agricoles françaises. Leurs travaux, publiés dans la dernière édition de la revue Scientific Reports, sont les premiers à documenter aussi précisément l’imprégnation des petits mammifères sauvages aux agrotoxiques.

« Nos résultats remettent en question l’efficacité des mesures de protection de la faune sauvage vis-à-vis des pesticides », écrivent les auteurs. Ils suggèrent l’existence de risques jusqu’ici insoupçonnés pour les écosystèmes, générés par l’exposition simultanée et chronique à un grand nombre de traces de substances de synthèse. Les chercheurs proposent le concept de « biowidening » pour décrire l’élargissement du spectre des expositions retrouvées dans les chaînes alimentaires. « C’est très différent de ce qui était observé il y a un demi-siècle, avec des expositions fortes à un petit nombre de substances chimiques », détaille Clémentine Fritsch, chercheuse au laboratoire Chrono-environnement (CNRS, université de France-Comté).

Les auteurs ont utilisé une centaine de musaraignes (Crocidura russula) et de mulots (appartenant à deux espèces du genre Apodemus), capturés dans deux zones ateliers utilisées pour les projets de recherche à long terme, l’une dans le Jura, l’autre dans les Deux-Sèvres. Ils ont ensuite recherché la présence de 140 substances différentes en analysant les poils de ces petits vertébrés sauvages. « Ce qui nous a le plus frappés est la grande multiplicité des molécules retrouvées », explique Clémentine Fritsch. Cent douze molécules ont été retrouvées au moins une fois, et la totalité des animaux capturés étaient imprégnés d’au moins l’une d’elles.

Entre une trentaine et une soixantaine de substances différentes ont été détectées sur chaque individu. Une quarantaine ont été retrouvées sur les trois quarts des animaux analysés. Les chercheurs ont procédé en classant les produits recherchés en deux catégories : les produits interdits parfois de longue date, mais qui persistent dans les écosystèmes, et ceux toujours en usage. Les chercheurs s’attendaient à une contamination généralisée et à bas bruit pour les vieilles molécules persistantes et à des contaminations sporadiques pour les secondes. Cela n’a pas été le cas. « Les nouvelles générations de pesticides sont censées avoir été conçues pour persister moins longtemps dans l’environnement et ne pas s’accumuler le long de la chaîne alimentaire, explique Mme Fritsch. Mais, malgré cela, on les détecte aussi fréquemment que les anciennes molécules. »

En savoir plus sur les pesticidesTest gratuit

Concentrations « spectaculaires »

Ces travaux se situent dans la continuité d’autres travaux menés dans la zone atelier Plaine et Val de Sèvre : les chercheurs avaient alors recherché la présence de pesticides dans les sols et les vers de terre, mettant en évidence un phénomène de bioaccumulation inattendu. Le néonicotinoïde le plus courant, l’imidaclopride, bien que réputé ne pas s’accumuler le long de la chaîne alimentaire, était retrouvé sur près de 80 % des lombrics à des concentrations alors décrites comme « spectaculaires » par les auteurs. La plus importante retrouvée était environ 400 fois supérieure à celle mesurée dans le nectar du colza, lorsque celui-ci est traité.Lire aussi Article réservé à nos abonnés  Des niveaux alarmants de pesticides mesurés dans les sols et les vers de terre

Dans cette nouvelle étude, l’imidaclopride est également mesuré sur les animaux à des niveaux élevés. Mais les molécules analysées sont trop diverses pour que soient élucidés les biais par lesquels ils ont été exposés : soit directement au cours de pulvérisations, soit par le biais des animaux ou des végétaux qu’ils ont eux-mêmes consommés, soit par ingestion de semences enrobées de fongicides ou d’insecticides. « Nous avons utilisé des espèces comparables en termes de taille et de domaine vital au régime alimentaire différent, pour voir si cela avait un impact déterminant, précise Mme Fritsch. En réalité, les animaux sont tous exposés à un grand nombre de produits. »

De manière là encore contre-intuitive, les animaux capturés dans les parcelles conduites en agriculture biologique ou dans les habitats semi-naturels ne présentent pas d’expositions inférieures à celles des animaux prélevés sur des champs traités. « Cela ne veut pas dire que l’agriculture biologique ou le maintien des habitats ne sert à rien, explique MmeFritsch. C’est plutôt que leur étendue est encore loin d’être suffisante pour servir de refuge et atténuer les expositions : les animaux circulent entre les parcelles traitées, non traitées et les habitats et le lieu de capture ne dit rien des lieux où ils se sont nourris, par exemple. »Lire aussi Article réservé à nos abonnés  Pesticides : l’exposition des Français est en baisse mais reste généralisée

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire