Les inégalités sociales et les maladies chroniques

Les maladies chroniques expliquent un tiers de la différence d’espérance de vie entre les plus pauvres et les plus aisés

PAR 

ELSA BELLANGER – 

PUBLIÉ LE 06/10/2022

https://www.lequotidiendumedecin.fr/actus-medicales/sante-publique/les-maladies-chroniques-expliquent-un-tiers-de-la-difference-desperance-de-vie-entre-les-plus

Crédit photo : Garo/Phanie

Diabète, maladies cardiovasculaires, troubles psychiatriques, maladies neurologiques respiratoires, du foie ou encore cancers : les maladies chroniques touchent plus souvent les Français les plus modestes, ce qui impacte leur espérance de vie, met en évidence une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees).

Comme de précédents travaux, notamment sur les accidents vasculaires cérébraux (AVC), cette nouvelle analyse s’appuie sur le rapprochement des données opéré dans « EDP santé »*, un « nouvel outil pour observer les inégalités » de santé avec des effectifs plus importants, a expliqué lors d’un point presse Benoît Ourliac, sous-directeur « Observation de la santé et de l’assurance maladie » de la Drees. L’étude porte ainsi sur 4 % de la population française, soit 3 millions de personnes, pour la période 2016-2017.

Les plus modestes plus touchés par les maladies chroniques

Si une « amélioration globale » de la population française est observée, des « inégalités importantes persistent », poursuit-il. Comparés aux 10 % de Français les plus aisés, les 10 % les plus modestes ont 2,8 fois plus de diabète, 2,2 fois plus de maladies du foie ou du pancréas, 2 fois plus de maladies psychiatriques, 1,6 fois plus de maladies respiratoires chroniques, 1,5 fois plus de maladies neurologiques ou dégénératives et 1,4 fois plus de maladies cardioneurovasculaires, détaille l’étude.

L’analyse selon la catégorie socioprofessionnelle montre aussi un risque accru de maladie chronique chez les ouvriers par rapport aux cadres et professions intellectuelles supérieures. Les premiers sont par exemple deux fois plus à risque de développer une maladie psychiatrique que les seconds. Et, « le risque est multiplié par 1,9 pour le diabète, 1,5 pour les maladies neurologiques ou dégénératives et les maladies du foie ou du pancréas, 1,4 pour les maladies respiratoires chroniques et 1,3 pour les maladies cardioneurovasculaires », est-il indiqué.

À ces inégalités de prévalence s’ajoutent des inégalités d’incidence. « Pour les maladies psychiatriques, les inégalités de prévalence sont plus importantes que celles d’incidence », souligne Samuel Allain, premier auteur de l’étude. Si les plus modestes sont deux fois plus à risque d’en développer une que les plus aisés, ils sont 2,8 fois plus nombreux à vivre avec. Ce constat peut notamment s’expliquer par la spécificité des maladies psychiatriques, qui, si elles apparaissent tôt dans la vie, peuvent affecter les chances de faire des études ou d’avoir un emploi, ce qui impacte le niveau de vie.

Les maladies chroniques creusent les écarts d’espérance de vie

Par ailleurs, « les maladies chroniques contribuent aux écarts d’espérance de vie », indique Samuel Allain. Une différence de 13 ans d’espérance de vie entre les plus modestes et les plus aisés est observée chez les hommes et de 8 ans chez les femmes. Sans les maladies chroniques, cet écart d’espérance de vie à la naissance serait « réduit de plus d’un tiers », poursuit-il, précisant que les maladies psychiatriques et cardioneurovasculaires sont celles qui « creusent le plus aux écarts d’espérance de vie ».

Deux mécanismes sont potentiellement à l’œuvre, avance le statisticien : soit « la position sociale influe sur la santé, les comportements individuels (tabagisme ou activité physique, par exemple), l’exposition aux pollutions, l’accès aux soins étant des déterminants importants de santé », soit « un état de santé altéré dégrade la position sociale ».

Concernant les cancers, le constat est paradoxalement inversé. Les personnes les plus modestes en développent relativement moins, ce qui pourrait être la conséquence d’éventuelles inégalités sociales devant le recours au dépistage. « Le dépistage est plus tardif chez les plus modestes », relève Vianney Costemalle, coauteur de l’étude.

Autre hypothèse, « l’état de santé plus dégradé des plus modestes conduit à des décès prématurés, avant que les cancers ne se développent », ajoute Samuel Allain. Aussi des variations sont observées selon le type de cancer. « Un gradient social existe notamment dans les cancers des voies respiratoires, plus fréquents chez les plus modestes, à l’inverse de ce qui est observé pour les cancers de la prostate et du sein », complète-t-il.

*croisement des données de l’échantillon démographique permanent (EDP) géré par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) avec celles issues du système national des données de santé (SNDS).

Source : lequotidiendumedecin.fr

Les maladies chroniques touchent plus souvent les personnes modestes et réduisent davantage leur espérance de vie (Etude)

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06/10/2022

Émis par : DREES

https://toute-la.veille-acteurs-sante.fr/198729/les-maladies-chroniques-touchent-plus-souvent-les-personnes-modestes-et-reduisent-davantage-leur-esperance-de-vie-communique/

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie une nouvelle étude sur les inégalités sociales face aux maladies chroniques. À partir de données socio-fiscales appariées aux données de santé (EDP-Santé), cette étude décrit, pour la période 2016-2017, les inégalités sociales d’incidence, de prévalence et d’espérance de vie face aux maladies chroniques telles que le diabète, les maladies cardioneurovasculaires, les maladies psychiatriques, les maladies neurologiques, les maladies du foie les maladies respiratoires chroniques ou encore les cancers.

https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2022-10/ER1243_MAJ.pdf

Les personnes les plus modestes développent beaucoup plus souvent des maladies chroniques

Entre 2016 et 2017, les 10 % les plus modestes de la population française développent plus souvent une maladie chronique que les 10 % les plus aisés, à âge et sexe comparables : 2,8 fois plus de diabète, 2,2 fois plus de maladies du foie ou du pancréas, 2,0 fois plus de maladies psychiatriques, 1,6 fois plus de maladies respiratoires chroniques, 1,5 fois plus de maladie neurologiques ou dégénératives et 1,4 fois plus de maladies cardioneurovasculaires. En revanche, les personnes les plus modestes développent relativement moins de cancers. Ce constat ne tient cependant pas compte des éventuelles inégalités sociales devant le recours au dépistage et des différences selon le type de cancer.

Le risque de déclarer une maladie chronique est aussi très variable entre les groupes socioprofessionnels

Les ouvriers et employés développent plus souvent une maladie chronique que les cadres et professions intellectuelles supérieures. Ainsi, les ouvriers ont deux fois plus de risque de développer une maladie psychiatrique que les cadres et professions intellectuelles supérieures. Le risque est multiplié par 1,9 pour le diabète, 1,5 pour les maladies neurologiques ou dégénératives et les maladies du foie ou du pancréas, 1,4 pour les maladies respiratoires chroniques et 1,3 pour les maladies cardioneurovasculaires. En revanche, aucune différence significative de risque n’a été mise en évidence pour ce qui concerne les cancers.

Les personnes les plus modestes sont aussi plus nombreuses à vivre avec une maladie chronique

Comme elles développent plus souvent des maladies chroniques, les personnes les plus modestes sont aussi plus nombreuses à vivre avec l’une de ces maladies, et ce, bien que leur mortalité soit relativement plus élevée lorsqu’elles sont malades. Les inégalités sociales sont particulièrement marquées face au risque de vivre avec une maladie psychiatrique : les personnes les plus modestes vivent 2,8 plus souvent avec une maladie psychiatrique que les personnes les plus aisées alors qu’elles ne développent que 2,0 fois plus de maladies psychiatriques. La maladie affecte le niveau de vie : en effet, certaines maladies psychiatriques, si elles sont développées tôt dans la vie, peuvent réduire les chances de faire des études ou d’avoir un emploi, ce qui pèse négativement sur le niveau de vie.

Le diabète est plus inégalitaire chez les femmes, les maladies psychiatriques sont plus inégalitaires chez les hommes

Les inégalités sociales sont plus fortes chez les femmes que chez les hommes en ce qui concerne le diabète (le risque est multiplié par 3,5 entre les plus modestes et les plus aisées chez les femmes, et par 1,9 chez les hommes) et les maladies cardioneurovasculaires (risque multiplié par 1,5 contre 1,2 chez les hommes). Elles sont en revanche moins fortes chez les femmes que chez les hommes pour les maladies psychiatriques (2,4 contre 3,5 chez les hommes), les maladies du foie ou du pancréas (2,4 contre 2,8 chez les hommes) et les maladies neurologiques ou dégénératives (1,4 contre 1,6 chez les hommes).

Les maladies chroniques accentuent les inégalités sociales en matière d’espérance de vie

À tous les âges, les personnes atteintes d’une maladie chronique ont un risque de décéder supérieur à celui des personnes non atteintes. Il en est de même pour les personnes les plus modestes par rapport aux personnes les plus aisées. Sans les maladies chroniques, l’écart d’espérance de vie à la naissance entre les plus aisés et les plus modestes serait réduit de plus d’un tiers. Les maladies qui creusent le plus les inégalités en matière d’espérance de vie sont les maladies psychiatriques et les maladies cardioneurovasculaires.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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