Sandrine Rousseau à France Inter: l’esquive, puis le flou idéologique.

EELV : « La torpille Sandrine Rousseau fait d’autant plus mal qu’elle percute un parti brutalement ramené à ce qu’il est : une coquille fragile »

CHRONIQUE

auteur

Françoise Fressoz Editorialiste au « Monde »

Ce qu’il se passe chez les Verts recouvre une évolution plus générale à gauche. La conquête du pouvoir ne se conçoit plus au centre mais aux extrêmes. A ce compte, toutes les surenchères sont bonnes à prendre, analyse François Fressoz, éditorialiste au « Monde », dans sa chronique.

Publié aujourd’hui à 04h00, mis à jour à 10h30    Temps de Lecture 4 min. 

Qui se souvient encore du score de Yannick Jadot aux élections européennes de 2019 ? Des espoirs que l’ancien militant de Greenpeace avait alors suscités dans la famille écologiste ? Le 26 mai de cette année-là, la tête de liste d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) avait remporté 13,48 % des suffrages exprimés, laissant loin derrière ses concurrents de gauche. La liste conduite par Raphaël Glucksmann n’avait enregistré que 6,19 % des suffrages exprimés, celle de La France insoumise (LFI), menée par Manon Aubry 6,31 %, réduisant à néant l’espoir de Jean-Luc Mélenchon de s’imposer comme l’opposant numéro un à Emmanuel Macron.

Pour les écologistes, une occasion historique se présentait de chambouler la hiérarchie de la gauche plurielle en supplantant le Parti socialiste, dynamité par la récente défaite de François Hollande.`

Lire le décryptage :  L’affaire Julien Bayou plonge les partis de gauche dans la tourmente, après celle d’Adrien Quatennens

La montée continue des préoccupations liées au réchauffement climatique donnait quelque crédit au pari. La stratégie était empreinte de bon sens. Elle consistait à renforcer l’assise locale du mouvement avant de revendiquer la conquête et l’exercice du pouvoir national dans le cadre d’un large rassemblement allant de la gauche au centre.

La première partie du contrat a été remportée haut la main. En témoigne la vague verte de 2020, qui a vu plusieurs métropoles, Lyon, Bordeaux, Strasbourg, basculer aux mains des écologistes. La seconde partie, beaucoup plus aléatoire au regard de l’histoire du mouvement, a en revanche débouché sur un fiasco. Yannick Jadot a terminé la présidentielle avec moins de 5 % des suffrages exprimés au terme d’une campagne qui n’a jamais décollé.

Déchirements

EELV, qui revendique 11 000 adhérents, est de nouveau en proie à de graves déchirements internes autour d’une réforme des statuts maladroitement conduite par sa direction. Seule l’élection de vingt-trois députés Verts en juin sauve un peu la mise, à ceci près que la plupart des élus écolos doivent leur victoire au bon vouloir de Jean-Luc Mélenchon.

En outre, le groupe est, en pleine rentrée parlementaire, déstabilisé par les accusations publiques portées par l’une de ses membres, Sandrine Rousseau, contre son coprésident, Julien Bayou. Désigné à la vindicte pour violence psychologique à l’égard de son ex-compagne, fait qu’il conteste, l’élu a dû se mettre en retrait de cette fonction avant de démissionner, quelques jours plus tard, de la présidence du parti. Selon le quotidien Libération, il vivait depuis trois ans sous la pression d’un collectif féministe informel qui lui reprochait sa conduite et enquêtait sur ses relations avec les femmes.

Lire aussi :  Julien Bayou : « Le privé ne doit pas être instrumentalisé à des fins politiciennes » *

La torpille Rousseau fait d’autant plus mal qu’elle percute un parti brutalement ramené à ce qu’il est : une coquille fragile qui, en dépit de ses succès locaux, n’a su ni grandir ni se professionnaliser et reste en proie à des haines tenaces et à des règlements de comptes peu ragoûtants.

L’aventure malheureuse de Yannick Jadot renvoie à celle incarnée par Daniel Cohn-Bendit en 2009 : sur un marché porteur, un candidat joue le rassemblement à la faveur du scrutin européen, qui a la particularité de se dérouler à la proportionnelle à un tour. Ce faisant, il réussit à bouleverser le jeu, mais, lorsque les affaires sérieuses commencent, lorsque la présidentielle se profile, tout se dérègle, comme si la marche était trop haute.  « Fondamentalement le mouvement écologiste reste rétif à l’exercice du pouvoir. Culturellement, il est issu du mouvement associatif. Son ADN, c’est l’influence, pas la prise de décisions », constate un ancien membre de la direction d’EELV.

Casser les codes

Un moment, Yannick Jadot avait songé faire l’économie de la primaire écologiste. Au nom du rassemblement, il n’a pu s’en abstraire. Dès le premier tour, la famille est apparue divisée en quatre morceaux d’importance à peu près égale : alors que le favori prônait une « écologie ouverte et majoritaire », Eric Piolle défendait un nouvel humanisme vert, Sandrine Rousseau portait l’écoféminisme, et Delphine Batho, la décroissance.

Au second tour, la victoire de Yannick Jadot a été presque éclipsée par le surgissement de celle qui n’allait plus quitter les micros. De même que la primaire du parti Les Républicains a créé et installé le phénomène Ciotti, celle des Verts a servi de tremplin à une quasi-inconnue qui, à coups d’attaques décomplexées et de formules-chocs, fait aujourd’hui la « une » des hebdos, en se jurant de mettre à bas le patriarcat.

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On serait à première vue tenté de voir à travers l’épanouissement du phénomène Rousseau la énième manifestation de la marginalisation des Verts français. Comment prétendre un jour accéder au pouvoir quand on attaque, fustige, divise et indispose le plus grand nombre ? La dérive est d’autant plus spectaculaire qu’elle tranche avec l’évolution des écologistes outre-Rhin, fortement impliqués dans la transformation du modèle allemand.

Il ne faut cependant pas négliger le fait que la période se prête en France à la radicalité et que l’aura médiatique dont bénéficie la députée de Paris fait pâlir de jalousie ceux-là mêmes qu’elle indispose : non seulement elle réussit à prendre toute la lumière, mais, à force de casser les codes, ses thèmes finissent par infuser. « Cela dit quelque chose de l’évolution de la gauche en général, constate Simon Persico, professeur des universités à Sciences Po Grenoble. Les jeunes se mobilisent sur des thèmes nouveaux, le féminisme, l’intersectionnalité. ils réclament un changement radical de société. Sandrine Rousseau apparaît comme le pendant exact de la droite extrême qui cherche elle aussi à imposer son récit avec une position opposée dans la bataille culturelle. »

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La dynamique dont a bénéficié Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle était déjà un indice. A gauche, la conquête du pouvoir ne se conçoit plus au centre, mais aux extrêmes. A ce compte, toutes les surenchères sont bonnes à prendre.

Pour la gauche modérée, la situation ressemble à un étouffoir, car plus les mots claquent, moins sa voix porte, plus le débat se polarise, moins elle a d’espace. C’est l’un des effets les plus spectaculaires de la recomposition en cours.

Françoise Fressoz(Editorialiste au « Monde »)

Sexiste en Iran, choisi en France : sur le voile, Sandrine Rousseau s’étale

Sexiste en Iran, choisi en France : sur le voile, Sandrine Rousseau s'étaleLe Pictorium/MaxpppSexiste en Iran, choisi en France : sur le voile, Sandrine Rousseau s’étale Relativisme Par Louis Nadau

Publié le 03/10/2022 à 17:38 https://redir.ownpage.fr/newsletter/6fcbf17a98be422f/eyJzIjoiYTQ2NmQyMDkiLCJhciI6Im1hbnVhbF81IiwidSI6IjhhYTQ4MzMyMDFhNDA4ZThhNWQ3NzZhYzBiODQ0YmJjIiwidXIiOiJodHRwczovL3d3dy5tYXJpYW5uZS5uZXQvcG9saXRpcXVlL2Vjb2xvcy9zZXhpc3RlLWVuLWlyYW4tY2hvaXNpLWVuLWZyYW5jZS1zdXItbGUtdm9pbGUtc2FuZHJpbmUtcm91c3NlYXUtc2V0YWxlP3V0bV9zb3VyY2U9bmxfcXVvdGlkaWVubmUmdXRtX21lZGl1bT1lbWFpbCZ1dG1fY2FtcGFpZ249MjAyMjEwMDMmeHRvcj1FUFItMSZfb3BlPWV5Sm5kV2xrSWpvaU9HRmhORGd6TXpJd01XRTBNRGhsT0dFMVpEYzNObUZqTUdJNE5EUmlZbU1pZlElM0QlM0QiLCJnIjoiMjI3MTE4IiwicCI6IjI3In0=

Comment l’instrument d’aliénation rejeté par les unes pourrait-il devenir une matérialisation de l’autonomie des autres ? Invitée de France Inter ce lundi 3 octobre, la députée écologiste de Paris a d’abord répondu à cette équation par l’esquive, puis par le flou idéologique.Ne tentez pas cet exercice sans un bon échauffement des ischio-jambiers. Invitée de France Inter ce lundi 3 octobre, Sandrine Rousseau, députée écologiste de Paris, s’est livrée à un périlleux grand écart politique : soutenir les Iraniennes dans leur lutte pour s’émanciper du carcan théocratique, symbolisé par le rejet du voile islamique, tout en se battant pour la liberté des femmes de porter ce même voile en France. L’équation se pose en des termes difficiles à concilier : comment l’instrument d’aliénation rejeté par les unes pourrait-il devenir une matérialisation de l’autonomie des autres ?https://www.youtube.com/embed/ZDO69Z3Fs40?start=990L’aporie dans laquelle se trouve la militante éco-féministe lorsqu’il s’agit de répondre à cette question épineuse semble lui avoir valu quelques sifflets lors d’une manifestation de soutien aux Iraniennes ce dimanche à Paris, puis une séance de contorsions le lendemain à l’antenne de la radio publique. « Extrêmement respectueuse et impressionnée par le combat que mènent les Iraniennes », Sandrine Rousseau a d’abord tenté d’utiliser l’une de ses bottes secrètes pour expliquer les huées subies la veille : faire passer une critique formulée à son encontre pour une attaque misogyne.

À LIRE AUSSI :« Pour elle, la fin justifie les moyens » : avec Sandrine Rousseau, féminisme, buzz… et plan de carrière « Ce qui s’est passé hier, c’est que les trois femmes de gauche qui ont parlé, c’est-à-dire Manon Aubry, mais aussi Laurence Rossignol et moi-même, avons été sifflées, assure-t-elle. Je me pose la question : pourquoi dans une manifestation en soutien des femmes, les femmes sont-elles sifflées ? » Étrange conception de la politique, dans laquelle le genre d’un individu semble compter davantage que ses idées ou ses propos. Et l’écologiste d’ajouter : « Il y a eu quelques sifflets pour Olivier Faure et c’est extrêmement faible par rapport à ce qui s’est passé sur Manon Aubry, Laurence Rossignol et moi. Je me demande quelles étaient les intentions des manifestants en sifflant ces femmes. »Pas de chance : Laurence Rossignol, sénatrice socialiste de l’Oise, conteste formellement avoir été visée par des sifflets. « Je viens d’entendre Sandrine Rousseau, prétendre que j’aurais (comme elle) été sifflée au rassemblement Iran. C’est faux ! Et cette vidéo en témoigne ! Ne lui déplaise, j’ai même recueilli des applaudissements », a-t-elle tweeté. S’en suit une bataille de tweets dont l’enjeu – quel responsable politique a été le plus sifflé – laisse rêveur. Toujours est-il que l’argument selon lequel les femmes auraient été systématiquement conspuées ressemble à s’y méprendre à une diversion.Je viens d’entendre @sandrousseau prétendre que j’aurais (comme elle) été sifflée au rassemblement Iran. C’est faux! et cette vidéo en témoigne! Ne lui déplaise,j’ai même recueilli des applaudissements. https://t.co/7ExLt55odl— Laurence Rossignol (@laurossignol) October 3, 2022Ce qui n’empêche pas Sandrine Rousseau de considérer que « le féminisme est bien quand il est loin, et que finalement quand il est en France, il est moins acceptable ». Hélas, le même argument ne semble pas s’appliquer à la lutte contre l’aliénation par la religion, que la gauche représentée par Sandrine Rousseau assimile volontiers à une discrimination à l’encontre des musulmanes, dont on voudrait entraver les libertés parce qu’elles sont femmes. Les propos passés de l’écologiste, rappelés à l’antenne par Léa Salamé, vont en ce sens.« Ça me désespère que le corps des femmes et la manière dont elles habillent leur corps soient encore un sujet. (…) On parle de cela sans ces femmes. C’est une invisibilisation à un degré qui défie l’entendement. Il y a plein de motivations pour porter un voile, et il y en a qui portent des voiles qui sont juste un embellissement en fait », affirmait-elle sur LCP le 4 novembre 2021.

À LIRE AUSSI :Port du hijab : Sandrine Rousseau reconnaît plus facilement ses privilèges que ses contradictions Interrogée sur une campagne de communication du Conseil de l’Europe promouvant la liberté de porter le hijab, elle ajoutait : « L’idée est de dire qu’on peut porter ce que l’on veut en Europe. Moi je trouve que c’est un beau message. Après je suis d’accord pour dire que les trois grandes religions ont ceci de commun qu’elles veulent contrôler le corps des femmes, et que oui, les religions sont patriarcales. Pour autant, à chaque fois qu’on parle du corps des femmes, à chaque fois qu’on parle de la manière dont on doit l’habiller, on sert le patriarcat, vraiment. » Lutter contre un symbole du patriarcat reviendrait ainsi à priver les femmes de la liberté de s’aliéner à ce patriarcat. Suivant cette logique, la légitimité accordée au messager – un homme, ou plus simplement autrui – prime donc sur la pertinence du message.Campagne polémique du Conseil de l’Europe : « Elle brasse les éléments de communication girly et les éléments de langage des islamistes », estime AgagBoudjahlat, « la religion ce n’est pas l’identité irréductible des femmes, la religion est un choix. » #CVRpic.twitter.com/wIItrvfa9H— LCP (@LCP) November 4, 2021Sandrine Rousseau maintient-elle cette analyse à l’heure où Iraniennes et Iraniens meurent parce qu’ils se révoltent contre un ordre dont le voilement forcé est le symbole ?  « Il y a des youtubeuses qui travaillent sur la manière de mettre les voiles pour que ça soit beau. En tout cas je ne veux pas rentrer là-dedans », balbutie d’abord l’écologiste. Avant de se reprendre en expliquant : « Ce que je veux dire, c’est que quand bien même on considère le voile comme une forme d’asservissement – et moi je considère que le voile est un vêtement sexiste, donc je n’ai pas de problème avec ça – s’adresser, dans le cadre de la domination masculine, aux opprimées plutôt qu’aux oppresseurs, c’est une erreur. C’est toujours une erreur. » La logique de l’éco-féministe est ici difficile à suivre : comment les femmes portant le voile peuvent-elles être « opprimées », si le port du voile est le résultat de l’exercice de leur liberté ?Le brouillard idéologique s’épaissit encore lorsque Sandrine Rousseau ajoute : « Les femmes iraniennes demandent à être libres de s’habiller comme elles le souhaitent. Ce que l’on doit poser dans le débat politique à mon sens, c’est la liberté des femmes, la liberté, l’immense liberté des femmes, et le fait que la colère contre les contraintes et les assignations des femmes peut devenir révolution, on le voit en Iran. Ce que je veux dire par là, c’est que la liberté de s’habiller comme on veut, elle est valable en Iran comme en France. »`

À LIRE AUSSI : Femmes dévoilées en Iran, femmes voilées en France : l’indécent parallèle du député Louis Boyard Passons sur les quelques différences omises par Sandrine Rousseau entre la liberté de s’habiller selon son bon plaisir telle qu’elle se pratique en France et en Iran : la tradition intellectuelle de gauche visant à identifier les déterminismes sociaux et les contraintes intériorisées par les individus pour mieux s’en affranchir est passée par-dessus bord. Lorsqu’il s’agit du choix des femmes musulmanes, ces dernières semblent jouir d’une liberté pure et parfaite. Et tant pis si celle-ci engendre deux phénomènes diamétralement opposés en Iran et en France, à savoir le rejet ou l’adoption du voile. Trop fortes, ces sorcières…

Sandrine Rousseau : « Il n’y a pas d’inquisition féministe. Juste la protection d’une parole des femmes »

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-lundi-03-octobre-2022-3445202

Résumé

Sandrine Rousseau, députée Nupes-EELV de Paris, évoque la crise interne à son parti, qui « n’est pas un jeu de massacre, c’est une question fondamentale qui est l’égalité femme-homme ». Elle évoque la démission de Julien Bayou et la libération de la parole des femmes.

avec : Sandrine Rousseau (Économiste et femme politique).

En savoir plus

Sandrine Rousseau, députée Nupes-EELV de Paris, répond aux questions de Nicolas Demorand et Léa Salamé. L’occasion de revenir sur la situation interne d’Europe écologie les verts depuis les accusations de violences psychologiques visant Julien Bayou, qui a démissionné. Elle répond également à Elisabeth Badinter. Sandrine Rousseau évoque aussi son combat féministe et sa vision de la libération de la parole.

Crise à EELV : « Pas un jeu de massacre »

Le parti de la députée Nupes-EELV de Paris est pris dans une tempête interne, après la démission de Julien Bayou, accusé de violences psychologiques par une ex-compagne. « Ca n’est pas un jeu de massacre, c’est une question fondamentale qui est l’égalité femme-homme », assure Sandrine Rousseau. « Nous sommes présents sur les autres sujets, mais la question c’est quel est le relais de cette parole sur les autres sujets ? », se questionne-t-elle. « Il y a eu une conférence de presse du groupe écologiste, je n’y suis pas allée pour ne pas la perturber, et quasiment rien n’a été retenu par la presse. Les journalistes y allaient pour trouver du sang et des larmes. »

Selon Sandrine Rousseau, il est toujours difficile d’avoir un discours sur l’écologie et « d’être entendu pour cela »« Moi-même qui porte une écologie que j’assume être de rupture, finalement on retient beaucoup plus mes combats sur l’égalité femme-homme que l’écologie. » Ce « changement radical » prôné par Sandrine Rousseau, « on l’entend quand je parle du barbecue, mais on ne l’entend pas quand je dis par exemple de changer radicalement notre manière de consommer », se désole-t-elle.

« Il n’y a pas d’inquisition féministe », dit la députée

Sandrine Rousseau répond également à Elisabeth Badinter, qui dans le studio de France Inter la semaine dernière l’attaquait durement, se disant choquée par la révélation par la députée des problème personnels entre Julien Bayou et son ex-compagne, à la télévision : « A partir du moment où on incrimine les féministes, où on leur demande de s’excuser, on est du côté de l’ordre tel qu’il est actuellement, qui est un ordre patriarcal. » « Il n’y a pas d’inquisition féministe. Il y a juste la protection d’une parole des femmes, et le fait que cette parole soit entendue et respectée. Pour qu’une femme parle, il y a un processus personnel à faire, lourd et douloureux », poursuit-elle.

Y’a-t-il, de la part de Sandrine Rousseau, une présomption de vérité quand une femme parle et une présomption de culpabilité quand un homme est mis en cause ? « Il n’y a pas de présomption de vérité, c’est une présomption de respect de la parole. La révolution qui est en train de se faire, c’est un a priori de respect, de dire « si elle le dit, on doit l’entendre », ça ne veut pas dire qu’elle a raison », répond-elle. Fallait-il parler de l’ex-compagne de Julien Bayou à la télévision plutôt que devant la justice ? « J’aimerais que toutes les personnes qui renvoient systématiquement à la justice mettent autant d’énergie à faire en sorte que la justice traite les cas. Le nombre de condamnations pour viol est scandaleusement bas. Pourquoi ne nous levons-pas ? »

« Je réfute le fait que Julien Bayou ‘tombe' »

« En politique il y a la question de l’éthique : que sont nos représentants, qu’est-ce qu’on leur demande ? C’est une question politique, qui est en dehors de la justice », assure Sandrine Rousseau. « Je réfute le fait que Julien Bayou ‘tombe’. Personne n’a appelé à sa démission. Le temps de l’enquête, je pense qu’il est bon qu’il ne prenne pas la parole. Ne pas prendre la parole, ce n’est pas dramatique. Lui-même a décidé de démissionner », dit la députée.

Sur les révélations du collectif « Louves Alpha » dans le journal Libération, sur « comment des militantes et des ex ont mis le chef d’EE-LV sous surveillance », Sandrine Rousseau assure qu’elle ignorait son existence : « J’ignorais totalement l’existence de ce collectif, mais je récuse le fait que ce soit un collectif qui « enquête » sur la situation de Bayou. Ce sont des femmes qui se parlaient et qui cherchaient à protéger de nouvelles conquêtes de Julien Bayou. Les femmes ont le droit de dire qu’elles souffrent. »

Enfin, Sandrine Rousseau revient sur la manifestation en soutien aux femmes iraniennes, la veille à Paris. Selon l’AFP, avec d’autres femmes de gauche, dont Manon Aubry et Laurence Rossignol, elles ont été huées et sifflées. « Déjà, j’étais invitée à cette manifestation par les organisateurs. Ce qu’il s’est passé hier, c’est que les trois femmes de gauche qui ont parlé, Manon Aubry mais aussi Laurence Rossignol et moi-même, avons été sifflées. Pourquoi dans une manifestation en soutien à des femmes, les femmes sont-elles sifflées ? »

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/10/04/eelv-la-torpille-sandrine-rousseau-fait-d-autant-plus-mal-qu-elle-percute-un-parti-brutalement-ramene-a-ce-qu-il-est-une-coquille-fragile_6144260_3232.html

Pour elle, la fin justifie les moyens » : avec Sandrine Rousseau, féminisme, buzz… et plan de carrière

Portrait

Par Hadrien Mathoux

Publié le 28/09/2022 à 7:00

https://www.marianne.net/politique/ecolos/pour-elle-la-fin-justifie-les-moyens-sandrine-rousseau-feminisme-buzz-et-plan-de-carriere

Capacité à cliver, mise en avant des émotions, maîtrise du nouveau tempo médiatique : en un an et à coups de polémiques incessantes, l’écoféministe s’est propulsée au rang des personnalités politiques de notoriété nationale. Dans son énergie comme dans ses excès, Sandrine Rousseau apparaît totalement en phase avec l’époque.

C’est une liste qui donne le tournis : celle des polémiques provoquées ou subies par Sandrine Rousseau depuis sa renaissance en politique, lors de la primaire écologiste à la fin de l’été 2021. Depuis, c’est un tourbillonnement ininterrompu et épuisant. Pas une semaine sans sa controverse : en août 2021, l’économiste accuse Éric Piolle de l’avoir « bousculée » lors de l’université d’été des Verts. Dans la foulée, elle affirme qu’accueillir des potentiels terroristes afghans en France « permet aussi de les surveiller » peu après avoir déclaré « préférer des femmes qui jettent des sorts ­plutôt que des hommes qui construisent des EPR ».

Fabien Roussel loue la gastronomie française et la « bonne viande »pendant la campagne présidentielle ? Sandrine Rousseau se précipite pour acclamer « le couscous, plat préféré des Français » inaugurant un tango fort indigeste avec le communiste. En février, la pasionaria écolo fustige la chasse : « Ça n’est pas un loisir que d’aller tuer des animaux le week-end avec des fusils » torpille-t-elle, avant d’opérer un lien entre goût pour l’affût en forêt et « féminicides » fustigeant la « violence intrinsèque » des chasseurs. Le mois suivant, Rousseau enchaîne en proposant la création d’un « délit de non-partage des tâches ménagères »elle qui avait fait jaser en clamant son bonheur de « vivre avec un homme déconstruit »...(suite abonnés)

Sandrine Rousseau juge « problématique » l’enquête de « Libération » après la démission de Julien Bayou

La députée EELV a déclaré, dimanche, sur France 3 ne pas avoir été au courant de l’existence d’un groupe informel de militantes féministes qui ont enquêté sur Julien Bayou pendant trois ans, selon le quotidien. 

Le Monde avec AFPPublié le 02 octobre 2022 à 14h35 Mis à jour le 02 octobre 2022 à 20h21  

Temps de Lecture 1 min. 

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La députée Europe Ecologie-Les Verts (EELV) Sandrine Rousseau, qui avait relayé il y a deux semaines des accusations de violences psychologiques visant son collègue Julien Bayou, a vivement contesté, dimanche 2 octobre, le fond d’une enquête de Libération sur cette affaire parue vendredi. Mme Rousseau a aussi affirmé sur France 3 qu’elle n’était « absolument pas au courant » de l’existence du collectif féministe qui a enquêté de manière informelle sur le numéro un des écologistes, comme le rapporte le quotidien.

Selon Libération, Julien Bayou, qui conteste les accusations de violences psychologiques envers une ex-compagne, vivait depuis trois ans sous la pression d’un collectif féministe informel qui lui reprochait sa conduite et enquêtait sur ses relations avec les femmes, allant jusqu’à interroger ses anciennes compagnes. Toujours selon Libération, l’une des femmes membres de la cellule chargée de traiter les signalements de violences sexuelles et sexistes dans le parti, et qui instruit actuellement le cas de Julien Bayou, fait également partie de ce groupe informel ayant ciblé la vie privée du député de Paris.Lire aussi :  Démission de Julien Bayou : la cellule contre les violences sexuelles d’EELV juge qu’il n’y a « pas lieu de suspendre de manière conservatoire » l’ancien dirigeant

« Un groupe informel de femmes »

Sandrine Rousseau a notamment déclaré au sujet de l’enquête de Libération : « j’ai lu l’article et ça n’est pas du tout une mise sous surveillance, ça n’a rien à voir avec une mise sous surveillance, et d’ailleurs cet article me semble extrêmement problématique sur le fond », a-t-elle ajouté. D’après Mme Rousseau, « ça n’est pas une cellule, c’est un groupe informel de femmes qui se parlent. Les femmes ont le droit de se parler et elles ont le droit de se protéger et tant que la justice ne le fera pas, il n’y a rien de condamnable à cela ».

La cellule interne d’EELV s’était autosaisie d’une enquête sur Julien Bayou, en juillet, après un courriel de son ex-compagne, dont il s’est séparé en novembre 2021. L’affaire a pris un nouveau tour le 19 septembre, lorsque la députée Sandrine Rousseau l’a accusé de « comportements de nature à briser la santé morale des femmes » sur un plateau télé, racontant avoir « reçu longuement », chez elle, l’ex-compagne de M. Bayou.

Lire aussi :  Après sa démission, Julien Bayou donne sa version des faits et s’en prend à Sandrine Rousseau

Dimanche, la députée de Paris a également approuvé le fait que Julien Bayou « ne prenne pas la parole au nom du groupe écologiste » pendant le temps de l’enquête, justifiant ce silence au nom de « la protection de la parole des femmes ».

Au lendemain de la parution de l’article, samedi, la direction d’EELV s’est réunie, arguant que « les informations parues dans “Libé” confirment la nécessité de réfléchir à la meilleure façon de traiter ce cas particulier ». Elle a renouvelé à cette occasion sa confiance à la cellule.

Lire aussi :  Julien Bayou mis en retrait de la coprésidence du groupe écologiste à l’Assemblée

Le Monde avec AFP

Julien Bayou accusé de violences psychologiques par son ex-compagne : comprendre quatre mois de crise à EELV

Le secrétaire national d’EELV a quitté ses fonctions, en dépit de l’absence de plainte et d’enquête judiciaire. Une cellule au sein du parti suit une affaire ayant provoqué une crise politique chez les Verts. 

Par Julien Lemaignen

Publié aujourd’hui à 13h41, mis à jour à 14h57  

https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/10/04/julien-bayou-accuse-de-violences-psychologiques-par-son-ex-compagne-comprendre-quatre-mois-de-crise-a-eelv_6144349_823448.html

Julien Bayou, pendant son interview au siège du journal « Le Monde », à la suite de sa démission du poste de secrétaire national d’Europe écologie-Les Verts.
Julien Bayou, pendant son interview au siège du journal « Le Monde », à la suite de sa démission du poste de secrétaire national d’Europe écologie-Les Verts.  AGNES DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

L’enquête est sensible et l’étape importante. L’ancienne compagne de Julien Bayou, l’ex-secrétaire national d’Europe écologie-Les Verts (EELV), qu’elle accuse de violences psychologiques, a officiellement saisi, lundi 3 octobre, la cellule du parti consacrée à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles (CVSS). Elle entend par là « récupérer sa parole, parole totalement confisquée dernièrement – essentiellement par des hommes et leurs complices – au mépris de son existence », ajoute le communiqué diffusé par son avocate, Me Elodie Tuaillon-Hibon.

« Il n’y a pas d’affaire Bayou », s’est défendu, pour sa part, le mis en cause dans un entretien au Monde publié mardi 4 octobre. « Il n’y a pas d’accusation, je ne peux pas m’en défendre, et pourtant je suis présumé coupable. Mes accusatrices disent elles-mêmes qu’il n’y a rien de répréhensible », assure celui qui n’a aucunement l’intention de quitter son siège à l’Assemblée nationale. Julien Bayou affirme n’avoir « jamais commis de violence psychologique à l’égard de [son] ex-compagne », et « compte bien le démontrer ».

Lire l’entretien :  Julien Bayou : « Le privé ne doit pas être instrumentalisé à des fins politiciennes » *

La CVSS s’était déjà autosaisie en juillet, après un courriel de l’ex-compagne de M. Bayou. Pour la sérénité de ses travaux, la structure revendique son mutisme, et rien ou presque n’a filtré depuis. Que les faits allégués restent nimbés de mystère n’a pas empêché le battage, dans les médias et sur les réseaux sociaux, d’une ampleur telle que Julien Bayou a démissionné de ses fonctions de secrétaire national d’EELV, en dépit de l’absence de plainte et d’enquête judiciaire contre lui.

Le tortueux itinéraire de la polémique

A la connaissance du Monde, la première mention publique d’accusations contre Julien Bayou apparaît le 19 juin, dans un post anonyme publié sur le compte Instagram BalanceTonElu. On y voit un bulletin de vote pour le patron d’EELV, alors candidat au second tour des législatives à Paris, sur lequel a été écrit à la main « prédateur ». Le message joint à l’image évoque des « militantes écoféministes » qui « ont tenu à faire passer un message » « Du fait du souvenir traumatique qu’il leur a laissé, elles ne pouvaient pas (…) voter Julien Bayou. »

Le mystère qui entoure cette publication s’estompe un peu le 7 juillet, dans un article du Figaro consacré aux « partis de gauche face au spectre des violences sexuelles ». Interrogé par le journal, Julien Bayou évoque une « rupture douloureuse et difficile », qui « ne constitue en rien des violences sexistes ou sexuelles ni des comportements inappropriés envers quiconque ». Il prête à son ex-compagne « une rancœur qu’elle ne cache pas puisqu’elle m’a clairement écrit (…) : “Inquiète-toi. Je vais revenir et en force. (…) La chute va être douloureuse.” »

Publiées moins de trois semaines après le choc du second tour des législatives, tandis que se préparent dans l’effervescence les débats parlementaires sur le pouvoir d’achat, ces quelques lignes écrites à la fin d’un article réservé aux abonnés, qui ne mentionne pas Julien Bayou dans son titre, ont alors peu d’écho.

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Il faut attendre le 19 septembre pour que l’accusation résonne. Dans l’émission « C à vous » de France 5, Sandrine Rousseau, députée (EELV) de Paris et tenante de l’écoféminisme, réagit à une interpellation du parti adressée sur Twitter par le collectif féministe NousToutes. L’élue évoque au sujet de Julien Bayou des « comportements de nature à briser la santé morale des femmes », et dit avoir rencontré son ancienne compagne : « Au moment où j’ai reçu cette femme, elle était dans un état très déprimé, elle était très mal, elle a d’ailleurs fait une tentative de suicide quelques semaines après. »

Mme Rousseau ajoute que les femmes nourrissant des griefs contre Julien Bayou « sont manifestement plusieurs », tandis qu’une enquête de journalistes « semble être en cours ». Autant de précisions dont l’imprécision nourrit les conjectures, et la pression sur le patron des Verts monte immédiatement. Dès le lendemain, il est mis en retrait de la coprésidence du groupe EELV à l’Assemblée. Le 26 septembre, il n’est plus secrétaire national.

L’article de « Libération », une nouvelle déflagration

Quelques jours plus tard, le parti écologiste, déjà passablement secoué, est bouleversé une deuxième fois par une enquête de Libération publiée le 30 septembre. Selon cet article, Julien Bayou a fait l’objet, depuis trois ans, de recherches conduites par des militantes écologistes et féministes hors de tout cadre formel. D’après le journal, qui décrit une « atmosphère de défiance, presque de surveillance », plusieurs femmes ayant eu des relations sentimentales avec le patron d’EELV ont été contactées dans l’objectif « de s’assurer du comportement de Julien Bayou envers les femmes », et de protéger sa compagne d’alors d’éventuels comportements inappropriés. Une boucle WhatsApp aurait été formée à cet effet.

La cellule d’EELV mise en cause et défendue

D’après le journal, l’une des membres de la CVSS faisait également partie du groupe informel ayant ciblé la vie privée de Julien Bayou – de quoi jeter le doute sur l’impartialité de la structure. Dans un communiqué diffusé le 1er octobre, la direction du parti assure que « toutes les personnes ayant un lien avec Julien Bayou se sont déportées du dossier ».

La CVSS avait déjà été ciblée par l’avocate de l’intéressé, lors d’une conférence de presse le jour de sa démission : la pénaliste Marie Dosé avait alors déploré que la CVSS, sollicitée « à quatre reprises » par son client, ait chaque fois refusé de l’entendre. Cette remarque laisse penser que la cellule ne s’embarrasse guère des exigences d’une enquête contradictoire. Il se peut qu’en réalité, elle ne fasse que respecter ses règles de procédure, selon lesquelles « la dernière personne auditionnée est toujours la personne mise en cause, au cas où des témoignages apporteraient de nouveaux éléments qu’il faudrait lui soumettre ».

Cette mention appelle une audition de Julien Bayou, tout en justifiant qu’elle n’ait pas encore été organisée. Une procédure contradictoire « aura bien lieu, mais c’est à la cellule de fixer son calendrier », a d’ailleurs assuré Alain Coulombel, porte-parole d’EELV. Dans l’entretien au Monde, l’ex-patron des Verts dénonce vivement que les choses n’aillent pas plus vite.

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Samedi 1er octobre, au lendemain de la publication de l’enquête de Libération, EELV a rassemblé son bureau exécutif et sa CVSS. Deux informations importantes sont sorties de cette réunion. La première, issue d’un communiqué de presse, c’est que, à ce stade, la cellule « n’a pas estimé qu’il y avait lieu de suspendre de manière conservatoire Julien Bayou, et (…) poursuit son travail et ses auditions ».

La seconde, issue du discours de Jérémie Crépel, secrétaire national adjoint d’EELV, c’est que le parti, tout en disant renouveler sa « confiance » dans la cellule, envisage « la possible nécessité d’externaliser toutes ou une partie des enquêtes ». Par ailleurs, un audit « par un organisme externe indépendant », prévu bien avant l’affaire, « sera fait ».

Malaise dans les partis

Ce recours annoncé à des tiers illustre la difficulté qu’éprouve EELV, mais aussi d’autres partis, à instruire les accusations de violences sexuelles et sexistes. La France insoumise avait subi des critiques pour avoir retiré à Taha Bouhafs, du jour au lendemain ou presque, son investiture aux législatives dans le Rhône, après l’accusation formulée par une ancienne compagne sans dépôt de plainte.

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Un certain embarras semble avoir gagné les états-majors des partis, enjoints de traiter ces accusations sans pour autant s’improviser juges, avocats ou procureurs. Le patron du Parti communiste français, Fabien Roussel, a ainsi appelé les partis, mardi 20 septembre sur BFM-TV, à réfléchir ensemble à un « cadre de règles » internes pour traiter les violences faites aux femmes, tout en jugeant délicat de « faire la justice sans être la justice ».

Hésitation comparable chez Yannick Jadot : l’ex-candidat écologiste à la présidentielle a jugé, vendredi 30 octobre sur BFM-TV, que Julien Bayou n’aurait pas dû être « sanctionné » par son parti en l’absence de conclusions de la CVSS ou de dépôt de plainte. Le 25 septembre, il appelait pourtant son camarade à se « mettre en retrait » de ses fonctions à la tête d’EELV.

L’institution judiciaire en accusation

Depuis la place Vendôme, le ministre de la justice n’apprécie guère, lui, de voir des investigations conduites par les partis, donc hors du cadre judiciaire. « Je pense qu’il est temps de siffler la fin de la récréation, a déclaré Eric Dupond-Moretti, le 27 septembre, lors d’une conférence de presseOn est en train, là, de créer une justice de droit privé qui n’a strictement aucun sens. (…) Il n’y a pas de code de déontologie mis en place par tel ou tel parti (…) : il y a une justice qui reçoit les plaintes, qui doit les recevoir en s’améliorant en permanence. (…) La justice, c’est une institution qu’on ne peut pas mettre de côté avec je ne sais quel groupe, sous-groupe, Politburo. »

Ce commentaire imagé a de quoi ulcérer les milieux féministes, qui dénoncent régulièrement les lacunes de l’institution en matière de violences sexuelles, et demandent que la « présomption de vérité » soit reconnue aux accusatrices dans des affaires où les faits sont souvent difficiles à prouver. Sandrine Rousseau a encore répété cette ligne, dimanche sur France 3, en jugeant l’article de Libération« extrêmement problématique sur le fond », au motif que « les femmes ont le droit de se parler, et elles ont le droit de se protéger, et tant que la justice ne le fera pas, il n’y a rien de condamnable à cela ».

Julien Lemaignen

*Julien Bayou : « Le privé ne doit pas être instrumentalisé à des fins politiciennes »

Après sa démission de la direction d’Europe Ecologie-Les Verts et de la présidence du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, le député de Paris, accusé de violences psychologiques sur son ex-compagne, estime être confronté à un « dévoiement » du féminisme et entend rester député. 

Propos recueillis par Sandrine Cassini et Julie CarriatPublié aujourd’hui à 06h58, mis à jour à 09h16  

https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/10/04/julien-bayou-il-ne-faut-pas-confondre-feminisme-et-maccarthysme_6144290_823448.html

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Julien Bayou répond aux questions du « Monde », dans les locaux du journal, à Paris, le 3 octobre 2022.
Julien Bayou répond aux questions du « Monde », dans les locaux du journal, à Paris, le 3 octobre 2022. AGNES DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

Le 19 septembre, la députée (Europe Ecologie-Les Verts, EELV) de Paris Sandrine Rousseau déclenchait l’« affaire Bayou » en déclarant sur France 5 qu’une tentative de suicide avait été commise par l’ancienne compagne du secrétaire national du parti écologiste, sous-entendant des violences psychologiques de la part de ce dernier. Une semaine après avoir démissionné de la direction de son parti, Julien Bayou s’explique.

Des accusations de violences psychologiques ont été portées à votre encontre, notamment par la voix de Sandrine Rousseau. Quelle est votre interprétation de cette affaire ?

Il n’y a pas d’affaire Bayou. Il n’y a pas d’accusation. Il n’y a pas de fait sous-tendant les anathèmes que j’ai pu entendre. Une cellule s’est autosaisie à la suite d’un e-mail qui lui a été adressé. Je suis dans la situation de quelqu’un innocent des faits dont on ne l’accuse pas.

Je relisais Le Procès, de Kafka. C’est vraiment cela. Il n’y a pas d’accusation, je ne peux pas m’en défendre, et pourtant je suis présumé coupable. Mes accusatrices disent elles-mêmes qu’il n’y a rien de répréhensible.

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Pour définir les violences psychologiques, l’intention est un élément important. Cela repose sur des faits identifiables : des menaces, des intimidations, des moqueries, le fait de rabaisser la personne, de lui imposer des opinions. Il n’y a rien de tout cela. Il s’agit d’une rupture très douloureuse avec des souffrances partagées. Je ne suis pas l’auteur intentionnel des souffrances, réelles, de mon ex-compagne.

Votre ex-compagne vient de saisir la cellule, évoquant des « comportements toxiques ». Pouvez-vous maintenir qu’il n’y a pas d’accusation, pas de fait ?

C’est la confirmation que la cellule travaillait dans le vide depuis trois mois, parce qu’elle refusait jusqu’ici de témoigner, alors que de mon côté, j’ai demandé quatre fois à être auditionné. Si cela peut permettre d’avancer… Reste que « comportement toxique » ne veut rien dire ou tout dire. Pour être factuel, je n’ai jamais commis de violence psychologique à l’égard de mon ex-compagne et je compte bien le démontrer.

Pourquoi avoir démissionné de vos fonctions au parti et à la coprésidence de l’Assemblée nationale ?

Pour parler librement sans engager le collectif que je respecte, il fallait que je démissionne. Pour pouvoir parler pour moi, il fallait d’abord que mon avocate, Me Marie Dosé, éclaire et fasse le point sur la procédure. Je comptais sur sa parole. Pour autant, à ce stade, je ne prévois aucune action en justice.

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Quel regard portez-vous sur le travail de la cellule, dont vous avez validé vous-même le fonctionnement lors de la dernière réforme, en février 2022 ?

La justice est défaillante. Nous avons donc été contraints d’inventer un cadre pour recueillir la parole des femmes. La société française doit affronter sa honte : 0,6 % des faits de viols rapportés par des majeurs débouchent sur des sanctions. Et je ne parle même pas des violences faites aux enfants… Les délais de traitement sont aberrants, les ordonnances d’éloignement insuffisantes, l’accueil des plaintes problématique. La cellule répond à une première nécessité : sortir du déni sur les violences.

Pour autant, ces cellules ne remplacent pas la justice. La sanction la plus grave qu’elle puisse prononcer est l’exclusion d’EELV. Elle ne peut prétendre ni dire le droit ni prononcer de réparation. Nous butons sur une impasse. La cellule était nécessaire, mais elle est fondamentalement insuffisante.

En outre, elle ne peut pas fonctionner pour un cas comme le mien, dirigeant du parti. Serais-je blanchi, qu’on dirait qu’il y a eu collusion. Serais-je sanctionné, ce serait interprété comme un règlement de comptes avant le congrès [d’EELV en décembre].

Y a-t-il eu, selon vous, des défaillances dans le travail de cette cellule, notamment dans sa capacité à préserver la confidentialité ? Votre avocate, elle-même, a dévoilé une partie de votre vie privée…

La cellule n’est pas étanche puisque, dès juillet, Le Figaro m’a demandé de confirmer ma mise en cause, ce que je n’avais d’autre choix que de faire. Pour autant, ma préoccupation c’était de me défendre, pas de le crier sur les toits.

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J’ai demandé à quatre reprises à la cellule d’être auditionné. Le principe du contradictoire, c’est d’avoir les éléments dans la plus grande diligence pour pouvoir se défendre. Ce principe essentiel n’est pas respecté. Je sais que les bénévoles sont sous pression. Que recueillir la parole, c’est difficile, même si j’avais hâte que cela se déroule le plus tôt possible. Mais ce n’est pas moi qui ai décidé d’en faire un sujet politique et de polariser là-dessus.

Vous accusez Sandrine Rousseau ?

Elle est allée trop loin. Et tout le monde le mesure. Pour moi, il ne faut pas confondre féminisme et maccarthysme. Féminisme, oui évidemment, toujours. Le maccarthysme est un tout autre sujet. C’est dire : « J’ai des listes d’hommes », c’est porter des accusations que vous ne pouvez contredire, car il n’y a pas d’enquête. C’est aussi une tétanie qui frappe l’opinion publique et mon propre parti. Beaucoup à EELV m’écrivent pour me dire que c’est allé trop loin, mais ils n’osent le dire en public. Ce n’est pas un excès du féminisme, c’est un dévoiement. Le mouvement #metoo est une révolution nécessaire et inachevée.

Julien Bayou lors de son interview au siège du journal « Le Monde », à Paris, le 3 octobre 2022, à la suite de sa démission du poste de secrétaire national d’EELV.
Julien Bayou lors de son interview au siège du journal « Le Monde », à Paris, le 3 octobre 2022, à la suite de sa démission du poste de secrétaire national d’EELV.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR «LE MONDE»

Mais je ne confonds pas les soubresauts, les combats nécessaires, les avancées, le militantisme de cette génération qui compte et qui aspire à l’égalité, avec ce dévoiement. On ne balance pas à une heure de grande écoute la situation psychologique de quelqu’un qui souffre ou des accusations sans éléments. Moi, il m’arrive de dire que je ne vais pas répondre, quand il s’agit de vie privée et de protection des personnes.

Les féministes répètent que « le privé est politique », que l’éthique politique peut parfois exiger un standard plus élevé encore que celui de la justice. Le combat pour l’égalité doit-il s’arrêter à des comportements qualifiables dans le code pénal ?

Le privé ne doit pas être instrumentalisé à des fins politiciennes. Les écologistes se sont appliqué des règles plus strictes comme le non-cumul des mandats, la transparence des frais de mandats, de parité, pour faire bouger la société. Mais on n’était pas dans l’intime et la vie privée. Les organisations politiques au sens large peuvent se donner un cadre plus exigeant, mais dans le respect des personnes, de la vie privée, de la justice et de l’Etat de droit.

Selon une enquête de « Libération », vous auriez été mis « sous surveillance » par des militantes féministes. Adhérez-vous à ce récit ?

C’est très dur de voir sa vie privée exposée. On ne devrait pas en passer par là. Mais oui, en 2019, j’ai dû demander à une femme militante de cesser d’enquêter sur moi, et surtout de colporter rumeurs et accusations sans preuves. Elle disait partout : « Le mec est pas “safe”, il y a forcément un truc. » J’ai réfléchi à déposer une main courante, mais j’ai choisi de ne pas le faire. Ça devenait une croisade.

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Libération raconte un acharnement, qui a tourné à la souffrance y compris pour la personne qu’elle prétendait défendre. J’y vois une instrumentalisation en vue d’un règlement de comptes. Cette personne fait partie de la cellule, ce qui pose question.

Comment EELV peut-il surmonter cette crise ?

Nous pensions avoir surmonté la plupart des clivages. En fait, il y en a un : nous devons dire quelle écologie nous voulons. Le congrès peut être un moment de clarification. Excommunier ou rassembler, dresser des murs ou jeter des ponts.

Après l’été qu’on a connu, la France n’est pas prête, ni aux incendies ni à la pénurie d’eau. Face au climat comme enjeu de sécurité nationale, on est vulnérables. Est-ce qu’on organise la métamorphose pour privilégier le bien-être et la dignité humaine ou est-ce qu’on joue la polarisation et le clivage ? Les écologistes sont face à un choix.

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On a longtemps été lanceurs d’alerte, des Cassandre. On doit maintenant passer aux travaux pratiques et enthousiasmer. Les maires le font à leur échelle ; on a manqué d’un plan pour passer à l’échelon national à la présidentielle. J’ai une pensée pour les militantes et militants qui voient ce spectacle pathétique. Il y a tant à faire.

Comment voyez-vous votre avenir au sein de votre parti et à l’Assemblée nationale ?

Je retourne à l’Assemblée nationale ce mardi. Pendant neuf ans, je me suis levé pour organiser mon parti. Je veux contribuer à l’avenir du pays. Il y a un congrès en décembre, c’est bien qu’il y ait une relève à la tête d’EELV.

Quant à mon rôle au sein du groupe à l’Assemblée nationale, on verra. Comment clore une accusation qui n’est pas portée, une rumeur qui est colportée ? Plus que jamais je continue à jouer mon rôle de député. Je n’ai pas quitté mon parti, je continue de penser que l’écologie est nécessaire, utile, qu’on a besoin d’incarner une écologie qui rassemble et qui fait, pas une écologie qui clive. Je suis investi d’un mandat, je compte bien le mener.

Sandrine Cassini et  Julie Carriat

Sandrine Rousseau, quoi qu’il en coûte

Par Olivier Faye Publié 05/10/22 à 05h00, mis à jour à 09h19 Temps de Lecture 15 min.

https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2022/10/05/sandrine-rousseau-quoi-qu-il-en-coute_6144423_4500055.html

PORTRAIT D’ancienne apparatchik d’EELV, la députée de Paris est devenue militante écoféministe. L’affaire Baupin, ce leader du parti écologiste qu’elle a accusé, en 2016, d’agression sexuelle est passée par là. Le besoin de construire un nouveau personnage politique aussi.

Sandrine Rousseau pleure. Ce n’est pas grand-chose, juste une larme qui coule le long de sa joue. La députée (Europe Ecologie-Les Verts, EELV) de Paris s’interrompt. Elle était en train de refaire le récit de l’affaire Denis Baupin, ce ténor du parti écologiste qu’elle a accusé, en 2016, d’agression sexuelle. Cinq autres femmes se tenaient à ses côtés pour dénoncer le harcèlement et les appels téléphoniques malveillants de l’ancien vice-président de l’Assemblée nationale.

Un an plus tard, elle quittait son parti et la vie politique. Après avoir échoué, au passage, à prendre la tête du mouvement, puis à se faire élire députée. « A ce moment-là, je sombre, rembobine-t-elle. Dans le parti, ils ne comprennent pas. Ils ne se rendent pas compte. C’était une période dure, c’est encore difficile d’en parler… », s’excuse-t-elle, avant de fixer le vide.

« Dès que j’ouvre la bouche, j’ai l’impression que la moitié de la France est en position latérale de sécurité. » Sandrine Rousseau

En ce début du mois de septembre, Sandrine Rousseau n’a pas encore provoqué la démission de Julien Bayou, le secrétaire national d’EELV, en étalant à la télévision de façon nébuleuse les accusations de violences psychologiques que l’ex-compagne de ce dernier porte contre lui. Du « maccarthysme », a-t-il contre-attaqué, accusant sa rivale, dans un entretien au Monde, d’« instrumentaliser » le privé « à des fins politiciennes ».

Pour l’instant, la France remâche la dernière polémique offerte par la députée, qui voit dans le barbecue un « symbole de virilité » poussant à consommer toujours plus de viande, au détriment de l’environnement. Le feu prend si bien que des hommes s’arrêtent parfois dans la rue pour l’insulter. « Dès que j’ouvre la bouche, j’ai l’impression que la moitié de la France est en position latérale de sécurité », feint-elle de s’étonner devant un risotto végétarien, dans un restaurant du 13e arrondissement de la capitale, sa terre d’élection et son lieu de résidence depuis juin.

Que faire de ces pleurs ? Il est rare qu’un responsable politique laisse libre cours à un tel transport devant un journaliste. Cherche-t-elle à attendrir son interlocuteur ou bien se montre-t-elle sincèrement épuisée des polémiques qu’elle engendre ? « Sandrine a un rapport à l’engagement centré sur ce qu’elle vit, c’est un moteur. Elle est toujours à bout de souffle, dans la souffrance, avec un côté sacrificiel », analyse l’eurodéputé David Cormand, ancien patron d’EELV, qui ne la porte pas dans son cœur.

Une ressuscitée de la ­politique, sans cesse au bord du précipice

Cela lui réussit. Elle est devenue, à 50 ans, la tête de pont de l’écologie politique française. Les réseaux sociaux se déchirent sur le cas de cette « p’tite bonne femme » (comme disent ses amis) de 1 m 55, chair à canon consentante d’une époque où les communautés se renforcent à coups de likes ou d’insultes. Une élue capable de renverser le patron de son parti et de déchirer sa famille politique en seulement une minute d’interview télévisée, ouvrant dans le même temps un débat national sur les excès du mouvement #metoo de libération de la parole des femmes. Une ressuscitée de la ­politique, sans cesse au bord du précipice. Lire aussi : Article réservé à nos abonnés « La torpille Sandrine Rousseau fait d’autant plus mal qu’elle percute un parti brutalement ramené à ce qu’il est : une coquille fragile »

Depuis la rentrée, plusieurs confrères l’ont, eux aussi, vue pleurer. Un jour, Sandrine Rousseau raconte craindre une enquête journalistique sur son passé. Un autre, elle évoque le souvenir de sa mère, qui s’est donné la mort en 2013, alors qu’elle était atteinte d’un cancer généralisé – une femme victime, elle aussi, d’une agression sexuelle à l’adolescence, a-t-elle raconté dans un livre. Le 23 septembre, elle traverse les couloirs de la chaîne LCI en pleurs, au sortir d’une interview musclée. Le soir de notre rencontre, la quinquagénaire nous envoie un SMS. « Pourriez-vous ne pas mettre dans l’article les larmes de tout à l’heure ? Je préférerais qu’elles restent entre nous. »

La demande paraît un rien paradoxale quand on sait que l’émotion participe de son combat politique. Elle l’a d’ailleurs théorisé. « A trop retenir nos larmes, nos peurs et nos colères, nous nous empoisonnons », écrit-elle dans son dernier livre, Par-delà l’androcène (Seuil, 2022), à l’unisson d’une partie de la génération des millenniaux, son cœur de cible, qui revendique le droit à une sensibilité qui seule permettrait d’appréhender la fragilité du vivant. « L’émotion n’occulte pas la raison, elle la contextualise », revendique cette mère de trois enfants. Avec une punchline (une de plus) : « Nos failles, nos forces. »

Les temps ont changé. Sandrine Rousseau aussi. En 2015, la même conseillait aux femmes de « ne pas pleurer ». « On le sait bien, c’est comme ça, les femmes ont tendance à pleurer, assurait-elle dans son Manuel de survie à destination des femmes en politique (Les Petits Matins). Même les plus féministes, même les plus raides. La question des larmes est presque irréductible à tous les progrès réalisés en matière d’égalité. Une femme politique qui pleure se met en difficulté. Elle sera perçue comme faible ou calculatrice. » L’affaire Baupin est passée par là. Le besoin de construire un nouveau personnage politique aussi.

L’affaire Darmanin

Tout bascule à l’été 2020. Cela fait trois ans que la militante écologique a quitté la vie politique. Elle se cherche. A cette époque, l’économiste de formation en a « marre de donner des cours ». Elle se désintéresse de sa vice-présidence à l’université de Lille (ce que lui reprochent certains syndicats étudiants). Ses candidatures à la direction de Sciences Po Lille, puis à celle de l’institut régional de l’administration (IRA) de la cité nordiste se sont soldées par des échecs. Elle en attribue à chaque fois la responsabilité à Gérald Darmanin.

Dans le premier cas – nous sommes en 2019 –, le ministre aurait incité le conseil d’administration de l’école (auquel il appartient) à lui préférer son adversaire, Pierre Mathiot. Pour ce qui est de l’IRA, Gérald Darmanin, qui chapeautait la fonction publique en tant que ministre du budget, n’a tout simplement pas voulu la nommer. Un an plus tard, en juillet 2020, la promotion de l’ancien maire de Tourcoing (Nord) comme ministre de l’intérieur, malgré les accusations de viol dont il fait l’objet (il a depuis bénéficié d’un non-lieu), soulève la fureur des milieux féministes.

Par l’intermédiaire de son association, En parler, Sandrine Rousseau reçoit alors des dizaines de témoignages de femmes victimes de violences. Des élues de tout bord, y compris du Rassemblement national, la sollicitent. Mais cela ne suffit pas à l’occuper. L’ex-politique hésite à devenir avocate, pour défendre la cause des femmes. Elle renonce au bout de quelques semaines. L’affaire Darmanin fait office de déclic. A l’été 2020, donc, la documentariste Coralie Miller plante une graine dans l’esprit de son amie : « Tu dois y retourner, tu ne peux plus rester dans ta cuisine. »

En août, Sandrine Rousseau apprend que les écologistes vont organiser une primaire en vue de l’élection présidentielle. Elle reprend sa carte d’EELV. Puis se déclare candidate, deux mois plus tard. « Moi qui prétendais aider les femmes, quel message au fond leur envoyais-je en délaissant le terrain politique ? », écrit la revenante à la famille écolo. Hasard ou nécessité, le parti sort tout juste d’élections municipales historiques, couronnées de succès à Lyon, Bordeaux, Strasbourg… Dans les jardins du Palais-Bourbon, à Paris, le 27 septembre 2022.

Dans les jardins du Palais-Bourbon, à Paris, le 27 septembre 2022.

Tout est à construire. Les réseaux, l’argent, et surtout son identité politique. Car après son départ, en 2017, Sandrine Rousseau n’a laissé comme image que celle d’une très classique apparatchik, qui défendait notamment le maintien des écolos au gouvernement (honni) de Manuel Valls. Ses camarades qui l’ont côtoyée pendant ses études au sein de Chiche !, un mouvement de jeunesse écolo proche de l’altermondialisme, se souviennent de « quelqu’un d’assez sérieux », au milieu d’une ambiance potache.

Sa thèse, consacrée à la théorie de la régulation, à l’intersection entre économie et écologie, lui vaut « le maximum possible, mention très bien et félicitations du jury », souligne Bertrand Zuindeau, qui dirigeait ses travaux. Elle se passionne pour Le Seigneur des anneaux et l’épopée de Frodon, ce jeune Hobbit qui parvient à sauver la Terre du Milieu en emportant l’adhésion de compagnons de voyage.

« La plus rebelle »

En 2009, EELV fait appel à elle au moment des élections européennes afin d’asseoir « la crédibilité du projet », rapporte Hélène Flautre, qui menait la liste dans la région. Sandrine Rousseau se prend au jeu. Elle devient vice-présidente de la région Nord-Pas-de-Calais, un an plus tard. S’inscrit dans la motion majoritaire d’EELV, derrière Cécile Duflot. Est chargée du programme et des négociations avec le Parti socialiste (PS). Enchaîne les postes à la direction du mouvement : membre du bureau exécutif, porte-parole, secrétaire nationale adjointe…

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Comme tout ambitieux qui se respecte, elle essuie même une défaite cinglante, de celles qui vous forgent un caractère. L’écologiste prend la tête d’une liste autonome aux élections régionales de 2015, rompant avec le PS après cinq ans de gestion commune à la tête du Nord-Pas-de-Calais. Elle crie partout que la victoire est possible.

Résultat : 4,83 %. La gauche disparaît de l’hémicycle régional, contrainte de se retirer du second tour pour empêcher la victoire de Marine Le Pen. « Elle avait la prétention de voir les Verts remplacer la social-démocratie. Elle se trompait », dit a posteriori dans un sourire l’ancien président de la région, Daniel Percheron, qui garde pour elle une forme de tendresse : « C’était la plus rebelle. » Ses camarades écologistes de l’époque se montrent plus durs. « La rupture avec le PS était idéologique, on a craché sur un exécutif auquel on a participé, tout ça pour un score lamentable », tance Hélène Flautre, qui fustige la « démagogie facile » et la « pseudo-radicalité » de son ancienne recrue, enfermée dans une posture « qui n’a pas d’efficacité ».

« Sandrine Rousseau n’était pas pire que les autres, mais il pouvait y avoir des pratiques pas toujours en accord avec les convictions. » Benjamin Joyeux, ancien permanent au siège du parti

Dans ce parti qui se vante de pratiquer la politique autrement, Sandrine Rousseau fait comme les autres. Si bien que cette femme « de caractère » se fond au sein d’une direction d’EELV où le « cynisme » et la « violence » étaient la règle, dénonce une ancienne petite main, qui tient à garder l’anonymat. Elle ne se souciait alors pas, raconte cette source, du « bien-être psychologique des gens ». « Elle n’était pas pire que les autres, mais il pouvait y avoir des pratiques pas toujours en accord avec les convictions », appuie Benjamin Joyeux, ancien permanent au siège du parti, entre 2010 et 2013, aujourd’hui conseiller régional en Auvergne-Rhône-Alpes, qui dit avoir souffert d’un climat de « harcèlement moral ».

« J’ai compris, après ce qu’il m’était arrivé avec Denis Baupin, qu’il fallait être dur en politique, sinon on ne s’en sort pas, se défend l’intéressée. On me reprochait d’être froide, mais quand je n’ai pas été froide, on m’a agressée. »

La vague #metoo en politique

Le ciel de Paris s’est paré de gris en cette mi-septembre. Amandine Richaud-Crambes vient au rendez-vous fixé par M avec son cocker. L’ancienne directrice de campagne de Sandrine Rousseau, piercing au nez et fard sur les yeux, a pris quelques distances avec la politique. L’aventure de la primaire lui plaisait, les affaires partisanes beaucoup moins. Ce qui n’enlève rien à l’affection qu’elle porte à son ancienne patronne. « Quatre mois avant la primaire, je savais qu’elle passerait le premier tour. On a construit un autre personnage politique, qui est devenu la personnalité de gauche la plus médiatisée », se réjouit-elle.

La candidate s’entoure d’une équipe de femmes (beaucoup) et d’hommes pour qui l’écoféminisme, concept hérité de la philosophe Françoise d’Eaubonne, n’est pas une langue étrangère. Désormais, Sandrine Rousseau assume d’associer domination patriarcale et dérèglement climatique.

La Nordiste d’adoption – elle a grandi en Charente-Maritime – est la seule à avoir l’intuition qu’il faut traduire électoralement la vague #metoo. Elle se pose en représentante de « millions de Français et de Françaises » sujets à « l’humiliation » en raison du « racisme systémique, des violences, de l’inégalité ou de l’arrogance du pouvoir ». Un « écho » à l’« humiliation » qu’elle dit avoir subie avec la nomination de Gérald Darmanin Place Beauvau.

Les favoris de la primaire, Yannick Jadot et Eric Piolle, veulent convaincre de la capacité des écologistes à gouverner ? Sandrine Rousseau, pour sa part, impose la « radicalité » de son récit, où les femmes « jettent des sorts » (référence aux sorcières, devenues figures féministes), et les hommes sont poussés à déconstruire le piédestal du patriarcat.

« Tout notre système économique, tout notre système social, tout notre système sociétal, est fondé sur ce triptyque : nous prenons, nous utilisons et nous jetons. Le corps des femmes, le corps des plus précaires, le corps des racisés », dénonce-t-elle dans un discours aux universités d’été d’EELV à Poitiers, fin août 2021, à un mois de la primaire. Le coup d’envoi de sa dynamique, selon ses proches.

La fausse bousculade

Ses adversaires, eux, le situent plutôt à la fausse bousculade avec Eric Piolle fomentée ce week-end-là. Si Sandrine Rousseau pleure souvent, il lui arrive aussi de mentir. Le maire de Grenoble, entouré d’une nuée de journalistes, passe à côté d’elle sans la remarquer. Dans la foulée, la candidate raconte à la presse que son concurrent lui serait rentré dedans. « C’était très violent », glisse-t-elle au Figaro.

Comme une illustration de son discours sur les rapports de domination. Tollé et polémique pendant deux jours. Chacun se penche sur les images de télévision comme un arbitre de foot vérifierait la position de hors-jeu d’un attaquant. L’équipe de Sandrine Rousseau se déchire sur l’opportunité de continuer à marteler ce récit contre les évidences. Elle se perd dans des explications emberlificotées. Eric Piolle garde de l’épisode une rancune tenace. « C’est un problème éthique majeur de porter une fausse accusation dans un temps critique », enrage-t-il.

Sandrine Rousseau, à l’Assemblée nationale, le 27 septembre 2022.

La revenante a compris comment faire parler d’elle, après des mois d’indifférence médiatique. Même le soutien que lui avait accordé l’actrice américaine Jane Fonda, avant l’été, était passé inaperçu. Une « invisibilisation » que la journaliste et militante LGBT Alice Coffin tâche de dissiper en rejoignant l’équipe, à un mois du scrutin. Cette adepte du « médiactivisme » plaide pour utiliser la télévision à plein tube et « faire en sorte que ce ne soit pas chiant ».

Les chaînes d’information en continu raffolent du sens de la formule de la candidate. L’équipe de communication, coordonnée par Marion Nadaud, ancienne publicitaire pour Coca-Cola, ne sait plus où donner de la tête. Son cercle de fans – « des femmes, non binaires, en transition de genre », décrit un proche – s’élargit peu à peu. « Si tu gagnes, on est à 10 % en décembre, et après on discute avec Mélenchon », s’enflamme Alice Coffin.

Le soir de sa qualification pour le second tour, Sandrine Rousseau pleure de joie et d’épuisement. Mais c’est bien Yannick Jadot qui est désigné, d’un cheveu (51 %), candidat des écologistes pour la présidentielle, dix jours plus tard. Les mois suivants, la vaincue ne cesse de critiquer en off, auprès des journalistes, la campagne de l’eurodéputé. Trop convenue, trop ennuyeuse. Elle est éjectée de l’aventure par Yannick Jadot, mais assistera tout de même au dernier meeting de la campagne. Assise au premier rang, un masque de mauvaise humeur sur le visage.

La présence de Dominique Voynet, quelques sièges plus loin, la révulse. L’ancienne ministre avait témoigné en faveur de Denis Baupin lors de son procès pour diffamation – qu’il a perdu. « Elle a les honneurs alors que moi je suis virée… », soupire après coup Sandrine Rousseau auprès de M. « Je combats Sandrine Rousseau politiquement, assène de son côté Dominique Voynet. Je tiens au respect de la présomption d’innocence, au débat contradictoire. Des méthodes inacceptables et antidémocratiques se sont imposées. Un parti écologiste doit affronter le grand sujet de l’heure, la crise climatique. Nous sommes féministes, mais il ne faut pas imposer ce thème unique. »

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N’en déplaise à Dominique Voynet, c’est pourtant la féministe Rousseau qui va l’emporter sur la Rousseau écologiste, le 19 septembre, sur le plateau de « C à vous », sur France 5. Ce soir-là, la députée est invitée pour parler d’Adrien Quatennens, mis en retrait de son poste de dirigeant de La France insoumise après avoir reconnu avoir giflé son ancienne conjointe. Hors antenne, la présentatrice, Anne-Elisabeth Lemoine, prend connaissance d’un tweet du collectif #NousToutes, accusant Julien Bayou de « violences », lui aussi.

Un trou de mémoire

Devinant son trouble en la voyant le nez fixé sur son téléphone, Sandrine Rousseau lance : « Faites votre travail ! » L’élue a été informée, avant l’émission, que des militantes féministes comptaient afficher sur les réseaux sociaux le nom du patron d’EELV. Comme l’a ensuite raconté Libération, le député se trouve dans leur collimateur depuis des mois. « Ton nom circule beaucoup dans les réseaux féministes », l’a d’ailleurs prévenu Sandrine Rousseau lors d’une conversation téléphonique, début juillet. Le 2 octobre, elle affirme pourtant sur France 3 qu’elle n’était « absolument pas au courant » de cette traque, « d’aucune manière ».

Sandrine Rousseau, à l’Assemblée nationale, le 27 septembre 2022.  LOUISE DESNOS POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

Sandrine Rousseau, à l’Assemblée nationale, le 27 septembre 2022.

Sur « C à vous », Sandrine Rousseau charge : son rival aurait eu des « comportements qui sont de nature à briser la santé morale des femmes ». Sans plus de précisions. Elle a « reçu longuement » chez elle, en juin, son ancienne petite amie, avant qu’elle ne tente de mettre fin à ses jours. Stupeur sur le plateau. Les caméras s’éteignent. La députée bascule sur son siège, comme sidérée par sa propre audace. « Je n’aurais pas dû vous interroger là-dessus, c’était gênant », s’excuse Anne-Elisabeth Lemoine. « Non, non, il fallait que ça sorte, réplique Rousseau. Le problème de cette histoire, c’est qu’il n’y a rien de pénalement répréhensible… »

Le lendemain, le journaliste Patrick Cohen rapporte l’aveu à l’antenne. Furieuse, l’écologiste décroche son téléphone pour se plaindre auprès de la rédactrice en chef adjointe de l’émission. « Qu’est-ce que c’est, ces mensonges, je n’ai jamais dit ça ! », s’agace-t-elle. « Vous tombez mal, j’étais là, j’ai entendu la phrase », lui répond son interlocutrice. « O.K., je l’ai dit », reconnaît la députée, prétextant aussitôt un trou de mémoire.

Nous retrouvons Sandrine Rousseau, quelques jours plus tard dans son bureau de l’Assemblée nationale. Une pièce impersonnelle, sans décoration ou presque. A la suite de son interview, Julien Bayou a démissionné de la présidence du groupe écologiste et de la direction du parti. La cellule de lutte d’EELV contre les violences sexistes et sexuelles, qui s’est autosaisie, ne l’a toujours pas entendu.

Lire aussi : Julien Bayou accusé de violences psychologiques par son ex-compagne : comprendre quatre mois de crise à EELV

Dans Le Monde, ce dernier estime que Sandrine Rousseau « est allée trop loin ». De tous bords, les réactions fusent contre une femme accusée de vouloir « faire la justice elle-même ». « Elle suggère que Julien Bayou est responsable délibérément de la tentative de suicide de son ancienne compagne, reproche David Cormand. On n’est pas sur Instagram à savoir combien de likes on aura, derrière c’est des vrais gens ! » Nul n’ignore que les deux responsables entretiennent des relations détestables – héritage de la campagne présidentielle. Deux jours avant « C à vous », Julien Bayou barrait encore l’embauche d’un proche de sa rivale comme conseiller aux affaires sociales des députés écologistes.

Lire l’entretien : Julien Bayou : « Le privé ne doit pas être instrumentalisé à des fins politiciennes »

Dans les boucles internes d’EELV, les militants se déchaînent. Ils dénoncent un règlement de comptes politique en vue du congrès de décembre – les motions de Bayou et de Rousseau doivent s’y affronter par représentants interposés.

« Si je m’engueule avec une de mes filles, elle pourrait écrire à la cellule en disant qu’elle a subi des violences morales de ma part. Est-ce qu’on me demandera de me mettre en retrait ? », feint de s’interroger Eric Piolle en petit comité. « Vouloir protéger un appareil, se le fixer comme objectif premier, c’est perdre un peu de son âme militante, de ses utopies et valeurs », justifie Sandrine Rousseau dans un mail adressé à la direction du mouvement.

Devant nous, elle poursuit. « Cette interview sur France 5, c’est un moment terrible pour moi, jure-t-elle. Je sais que ça va être ultra-violent, que dans mon parti ça va être l’enfer, que je perds le prochain congrès. Mais à qui suis-je loyale ? A la parole des femmes. »

La quinquagénaire dessine un continuum entre l’affaire Baupin et l’affaire Bayou, bien que le second ne fasse l’objet d’aucune plainte. « On a considéré que Baupin était un cas isolé. Il n’y a pas eu de réflexion collective sur la manière de gérer ça. C’est ce qui se reproduit aujourd’hui », juge-t-elle. Sandrine Rousseau a parlé, aussi, sous la pression d’une base militante radicalisée, qui a fait du « name and shame » (le fait de dénoncer sur la place publique le comportement d’une entreprise ou d’une personne) un ferment de sa révolution. « Il y a des gens à pointer, il ne faut pas avoir peur de nommer des responsables, tranche Alice Coffin. Bayou est un obstacle pour les féministes en tant que chef de parti. On ne changera pas la donne écologiste si on ne change pas la donne sexiste. »

« Vous vous rendez compte ? La planète explose et on est en train de parler de la séparation entre Bayou et sa copine. » Daniel Cohn-Bendit

C’est un match à quitte ou double qui se joue désormais. Celui qui pourrait faucher en vol l’ascension éclair de celle que ses proches projettent déjà vers la présidentielle de 2027. Ou bien démontrer sa résilience (une fois de plus) face aux critiques.

Plus les coups pleuvent, plus la quinquagénaire semble vouloir monter au front, tête baissée. Le 2 octobre, elle essuie une bordée de sifflets dans une manifestation de soutien aux femmes iraniennes – ses propos sur « l’embellissement » que peut représenter le port du voile ressortent alors sur les réseaux sociaux.

Le lendemain, la députée se rend sur France Inter pour justifier sa charge contre Julien Bayou, avec la conviction que le privé est devenu une affaire politique. Et après-demain ? « Si on cède à ce genre de trucs, on est foutus, c’est Robespierre !, s’inquiète Daniel Cohn-Bendit, qui garde un œil attentif sur la maison écolo. Vous vous rendez compte ? La planète explose et on est en train de parler de la séparation entre Bayou et sa copine. » Acculée, la députée s’enquiert de l’angle de notre portrait : « Sandrine Rousseau seule contre tous ? »

Olivier Faye

Camaïeu : « Chaque fois qu’une bourgeoise écoféministe ouvre la bouche, une chômeuse vote Le Pen »

Par Jérôme Leroy

https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/camaieu-chaque-fois-quune-bourgeoise-ecofeministe-ouvre-la-bouche-une-chomeuse-vote-le-pen

Tribune

Publié le 03/10/2022 à 11:35

Bien sûr, une casse sociale n’excuse ni ne relativise les violences sexistes et sexuelles. Mais cette obstination à oublier la lutte des classes voire à la nier de la part d’une fraction de la gauche explique en grande partie pourquoi, par exemple, le RN est à 45 % dans le département qui a vu naître Camaïeu, estime l’écrivain Jérôme Leroy. 

Dans la rubrique violence faite aux femmes, je voudrais vous parler de Camaïeu. L’ensemble des magasins a fermé samedi dernier, le
1er octobre. Pour Camaïeu, le problème des femmes n’est apparemment pas de faire une boucle WhatsApp pour se venger d’un ex ou de balancer un mec sur un plateau télé transformé en pilori médiatique, histoire d’être califette à la place du calife. Je dis ça pour l’histoire de ces militantes vertes et féministes qui « surveillaient » Julien Bayou car ce dernier avait apparemment une vie amoureuse active et désinvolte, chose dont je me contrefous et dont tout le monde devrait se contrefoutre, ce que dit en substance son avocate, pourtant elle-même féministe…
Non, chez Camaïeu, le problème des femmes est leur place dans les rapports de production. Vous vous souvenez, les rapports de production ? Ce vieux truc marxiste qui explique tant de choses. Comparez les témoignages des accusatrices de Bayou et ceux des travailleuses de Camaïeu, et vous vous rendrez compte du décalage. Le seul problème, c’est que médiatiquement, on entend beaucoup les premières et beaucoup moins les secondes. Il faut dire que c’est moins glamour, des vendeuses, des manutentionnaires, des logisticiennes, victimes des erreurs industrielles du patronat : 2 600 sur le carreau et autant de vie en miettes. Il est vrai que du côté des croisées d’EELV (Europe Ecologie-Les Verts), on ne s’habille pas chez Camaïeu, sans doute une marque de plouquettes nordistes qui doivent aimer boire une bière fraîche avec leur mari devant un barbecue dominical sans se prendre la tête sur le partage des tâches mais plutôt sur comment payer les factures, le crédit et les études de la fille aînée.

LE CAPITALISME, PREMIER PRÉDATEUR

Bien sûr, une casse sociale n’excuse ni ne relativise les violences sexistes et sexuelles. Je voudrais juste qu’on se souvienne, au moins un peu, que la précarité sociale est parmi les violences faites aux femmes les plus fréquentes et les plus systématiques. Que les femmes continuent à être moins payées que les hommes sur l’ensemble d’une carrière. Que les femmes sont moins diplômées parce que moins bien formées. Qu’un chômeur en France est d’abord une chômeuse. Et que les témoignages des filles de Camaïeu qu’on peut lire ici ou là sont bouleversants et témoignent tous que le premier prédateur, pour les femmes, ce n’est pas l’homme, c’est le capitalisme. Et que pour le coup, ces témoignages rendent légèrement obscènes ce qu’on a pu lire sur les priorités du
« collectif spontané » qui a cherché à avoir la peau de Bayou.

À LIRE AUSSI : « Bayou et Quatennens devraient continuer à assumer leurs fonctions tant que la justice ne les a pas condamnés »

Bref, cette obstination à oublier la lutte des classes voire à la nier de la part d’une fraction de la gauche explique en grande partie pourquoi, par exemple, le RN est à 45 % dans le département qui a vu naître Camaïeu. Et quand par hasard, à gauche, on commence comme le fait Fabien Roussel, à remettre cette question de la lutte des classes et du travail au cœur du discours politique, on se fait allumer aussitôt par Sandrine Rousseau et sa bande. On devrait, en fait, leur conseiller de lire le Journal de Jean-Patrick Manchette (Folio) qui couvre la période 1966 à 1974 et qui disait déjà, sous Pompidou, le 30 décembre 1969 : « On ne critique pas une société en critiquant ses partouzes mais en critiquant ses rapports de production ». Mais pour l’instant, on peut résumer la situation de la gauche par un axiome simple : à chaque fois qu’une bourgeoise écoféministe ouvre la bouche, une chômeuse vote Le Pen.

Par Jérôme Leroy

Voir aussi:

https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/09/26/sous-la-pression-de-son-propre-camp-julien-bayou-quitte-son-poste-de-secretaire-national-d-eelv_6143231_823448.html

https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/09/26/julien-bayou-demissionne-de-son-poste-de-secretaire-national-d-europe-ecologie-les-verts_6143179_823448.html

https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/09/27/julien-bayou-passe-a-l-offensive-et-cible-sandrine-rousseau_6143317_823448.html

https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/10/03/l-ex-compagne-de-julien-bayou-saisit-officiellement-la-cellule-interne-d-eelv-contre-les-violences-faites-aux-femmes_6144236_823448.html

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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