«Intérim cannibale» : François Braun, le ministre de la Santé, sonne la fin des médecins mercenaires
Ce lundi au Mans, où s’ouvrait le volet santé du Conseil national de la refondation, le ministre François Braun a estimé que «le risque de fissurer profondément l’esprit d’équipe est majeur» parmi les professionnels de santé. Au printemps, les rémunérations de l’intérim seront plafonnées.

Par Florence Méréo, envoyée spéciale au Mans (Sarth
Le 3 octobre 2022 à 19h11
En Corse, jusqu’à 4000 euros les 24 heures de garde, à Paimpol, 2500. À Nancy, 2000. Et cet été, pour remplir le casse-tête des plannings vides, les prix ont parfois flambé plus encore. Alors que l’hôpital manque de soignants, certains médecins effectuant des missions temporaires font monter les enchères. Cet intérim médical – légal et utile – se heurte à des dérives financières que Le Parisien-Aujourd’hui en France avait pointées en juin.
« Stop, il faut arrêter », a lancé François Braun ce lundi, au Mans (Sarthe), où s’ouvrait le volet santé du Conseil national de la refondation, cette consultation citoyenne et territoriale voulue par le président de la République. Le ministre de la Santé et de la Prévention a annoncé vouloir mettre fin à cet « intérim cannibale ».
« Si nous n’y prenons garde, il sera dévastateur. Les dégâts sont déjà là. Le risque est majeur de fissurer profondément l’esprit d’équipe, qui est au cœur de la réussite de l’accompagnement des patients », a-t-il expliqué devant plusieurs centaines de personnes.
1 170,04 euros maximum par garde
Promulguée le 27 avril 2021, la loi Rist, du nom de la députée Stéphanie Rist, sera – enfin – mise en application « au printemps. » « À compter de là, il ne sera plus possible de payer démesurément un intérimaire », assure François Braun, qui estime qu’ils représentent actuellement 20 % des effectifs médicaux. Concrètement, cela veut dire un plafonnement des rémunérations de garde à 1170,04 euros.
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« Il fallait une date et ça y est, c’est fait. Et c’est très bien, ça va laisser le temps à tous les acteurs de tous les territoires de se mettre en mouvement », s’enthousiasme Stéphanie Rist. Sa loi ne concerne « que » les médecins, mais la députée n’exclut pas de poursuivre le travail avec les infirmiers qui dépassent aussi les bornes rémunératrices.
Les « jeunots » devront prendre un poste
Autre annonce, déjà esquissée dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale : les blouses blanches sorties d’école ne pourront plus commencer leur carrière par de l’intérim.
« Depuis cet été, on en voit encore plus : des jeunots, tout juste diplômés qui multiplient l’intérim, sans vouloir prendre de poste, décrit le professeur Louis Soulat, médecin à Rennes et vice-président de l’association Samu-Urgences de France. Ça fout un bordel pas possible dans les services : ils sont mieux payés, refusent les gardes de nuit. On se met presque à genoux devant eux, ce n’est pas normal », fustige-t-il, ravi de l’annonce de François Braun, qui avant de devenir ministre était le président de l’association en question.

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Une mesure qui devrait également être mise en place au printemps. Ce seront aux agences d’intérim de vérifier la date du diplôme des soignants à qui elles confient la mission.
Commentaire Dr Jean SCHEFFER:
Le « Clinicat-Assistant pour Tous » est la meilleure solution pour éviter le « mercenariat » médical hospitalier, mais il a bien d’autres avantages.
Le manque des médecins est partout, dans toutes les disciplines, dans toutes les formes d’activité, salariées et libérales. Il s’agit donc à mon sens de voir l’ensemble des problèmes et de les solutionner en même temps, ce qui est possible.
La solution c’est un « Clinicat-Assistanat pour tous », en fin d’internat, obligatoire pour tous les futurs généralistes et les futurs spécialistes, d’une durée de 3 ans. L’activité serait partagée entre divers établissements, à l’image des assistants partagés actuels entre hôpitaux Généraux (CHG) et CHU. Les chefs de clinique-Assistants auraient leur activité entre CHU et CHG pour les futurs spécialistes; entre CHG-CHU et PMI, CMP, santé publique, santé scolaire, médecine pénitentiaire, médecine du travail, EHPAD… ; entre CHG et centres de santé et maisons de santé… Il s’agit donc par un seul et même dispositif de solutionner en quelques années l’ensemble des manques criants et urgents de médecins dans tous les domaines, dans toutes spécialités, sans pénaliser une catégorie, les futurs généralistes par exemple, ou les étudiants en médecine peu fortunés, obligés de s’installer dans un désert pour se payer leurs études. Cela évitera de plus le dumping entre villes, entre départements pour recruter ou débaucher, les jeunes en fin d’internat, ou ceux déjà installés et répondant à une offre plus alléchante. Il faudra définir par région, département et territoire, les manques les plus urgents en généralistes et spécialistes, et en tirer les conséquences sur la répartition par spécialité pour la première année d’internat et pour les postes de « Clinicat-Assistanat »
La motivation de ma proposition est sur le lien « Vision Globale -Solution globale »:
https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=GfjeRj?e=4YzGt2