Rapport de la DREES: «l’état de santé de la population en France» montre de fortes inégalités

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Encore de fortes inégalités sociales dans l’accès aux soins entre riches et pauvres

Selon le dernier bilan de la Drees sur l’état de santé de la population dans le pays, publié ce mercredi, les plus défavorisés sont aussi les plus exposés au problèmes de santé qui surviennent avec l’âge.

(Photo/Getty Images)

par Nathalie Raulin

publié le 21 septembre 2022 à 10h32

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La France vieillit en son miroir, et dans un curieux renversement de perspective, ce qui il y a vingt ans encore était perçu comme un progrès se mue peu à peu en menace. Le rapport que vient de consacrer la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) à «l’état de santé de la population en France» est à cet égard instructif. A première vue, il y aurait plutôt matière à se réjouir. Passé le choc de la pandémie de Covid, l’espérance de vie à la naissance s’est redressée en 2021 pour s’établir à 85,4 ans pour les femmes et 79,3 ans pour les hommes. De même, l’espérance de vie à 65 ans tutoie son niveau de 2019 soit 23,2 ans pour les femmes et 19,1 ans pour les hommes. A titre individuel, il y a matière à se réjouir. A titre collectif, c’est moins sûr tant le mouvement est socialement inégalitaire et annonciateur d’un déséquilibre générationnel préoccupant.

Un quart de plus de 65 ans dans dix ans

En France, l’âge devient un marqueur clé de la santé. D’emblée, la Drees insiste sur le poids grandissant des plus de 65 ans dans la population: «Leur part a augmenté de près d’un quart en l’espace de dix ans, passant de 17% en 2012 à 21% en 2022», indique le rapport qui précise que ces classes d’âge représenteront dans dix ans le quart de la population. Une évolution qui pourrait même à l’avenir prendre un tour critique sur certains territoires, les plus de 65 ans promettant par exemple de représenter, en 2050, 38% de la population en Guadeloupe et 42% en Martinique…

L’ennui, c’est que ce vieillissement général va de pair avec «une forte augmentation du nombre de personnes atteintes de pathologies chroniques et de polypathologies, dont la prise en charge représente sans doute l’enjeu majeur des systèmes de santé en cette première partie du XXIe siècle». En 2019 déjà, 3% des 45-64 ans cumulaient trois pathologies, tout comme 8% des 65-74 ans et 21% des plus de 75 ans… De quoi anticiper une «pression croissante sur l’offre de soin» souligne le rapport, ces maladies chroniques ayant une répercussion importante sur l’activité hospitalière. Les patients en affection longue durée pour une maladie chronique, qui représentent 18% des personnes ayant consommé des soins en 2016, constituent en effet 43% des patients hospitalisés en médecine, chirurgie, obstétrique et odontologie.

Différences d’accès aux soins

Or, insiste la Drees, ces problèmes de santé touchent plus fréquemment les plus modestes, signe que les inégalités sociales contribuent à assombrir sérieusement le tableau. Ainsi, les personnes dont le niveau de vie est inférieur au premier décile (le dixième des personnes qui sont les plus modestes) développent 2,8 fois plus souvent un diabète que celles dont le niveau de vie est supérieur au dernier décile (le dixième des personnes qui sont les plus aisées). Les maladies chroniques du foie ou du pancréas (hors mucoviscidose) et les maladies psychiatriques sont les deux autres catégories les plus inégalitaires (avec des surrisques de 2,4 pour les plus modestes contre 2 pour les plus aisés). Les maladies neurologiques ou dégénératives et les maladies cardio-neurovasculaires surviennent également de façon inégalitaire mais avec des différences moins marquées (surrisques de 1,5 contre 1,4).

Conditions de travail plus dures et plus exposées aux produits toxiques, conditions de logement difficile, alimentation moins équilibrée à l’origine de surcharge pondérale voire d’obésité, moindre recours au dépistage du cancer et à la vaccination… Les explications sont multiples. Toutefois, elles se doublent d’un accès aux soins de plus en plus difficile avec la progression des déserts médicaux. Cette réalité est bien documentée en cas d’accident vasculaire cérébral, où la rapidité de la prise en charge dans une unité neuro-vasculaire (UNV) est décisive. «Appartenir au quart des ménages les plus modestes diminue de 10% les chances d’être pris en charge dans ce type d’unité, par rapport au quart des ménages les plus aisés, souligne le rapport. Les différences de prise en charge par niveau de vie semblent s’accroître lorsque l’offre de place en UNV diminue: là encore, inégalités spatiales et sociales semblent se renforcer, au détriment des personnes les plus modestes.»

« Encore de fortes inégalités sociales dans l’accès aux soins entre riches et pauvres »

Date de publication : 22 septembre 2022 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=0f856d372ae6fcf1c5b5fd73ebccf4c3&id_newsletter=17115&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=17115&from=newsletter

Libération relève en effet : « Espérance de vie, recours aux soins ou encore morbidité… tous les indicateurs de santé le montrent : selon le rapport 2022 sur l’état de santé de la population en France, publié [par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees)], l’existence et l’importance des problèmes de santé sont étroitement liées à la position sociale et au niveau d’études des individus ».
« A ce titre, dès le plus jeune âge, des disparités se dessinent entre les enfants selon la catégorie socioprofessionnelle de leurs parents »
note le quotidien.
Le journal relève que « deux fois plus d’enfants d’ouvriers que d’enfants de cadres se retrouvent en surpoids en grande section de maternelle. De même, le risque de développer une maladie chronique au long de la vie est plus élevé chez les personnes les plus modestes que chez les plus aisées ».
« Ainsi, les 10% des Français les plus pauvres développent 2,8 fois plus souvent un diabète que les 10% les plus aisés.
Le surrisque de développer une maladie chronique du foie ou du pancréas est également de 2,4 points pour les plus modestes par rapport aux plus aisés, et s’établit à 2 points pour les maladies psychiatriques », continue Libération.
Le quotidien précise que « seul le cas des cancers se distingue : ils surviendraient «un peu moins fréquemment chez les personnes avec les niveaux de vie les plus modestes». Les personnes aisées sont «souvent prises en charge pour des cancers de la prostate et du sein», et les personnes modestes pour le cancer du poumon ».
« Mais cela pourrait aussi s’expliquer par un plus faible recours aux tests de dépistage : en 2019, les femmes âgées de 50 à 74 ans qui n’avaient jamais réalisé de mammographie étaient 24% parmi les plus aisées contre 39% chez les plus précaires », 
ajoute-t-il.
Libération note enfin : « La Drees insiste [sur] le fait que «ce sont les populations les plus défavorisées qui cumulent le plus souvent les expositions aux différents risques professionnels [travail pénible, de nuit, produits toxiques] ou autres [pollution, logements surpeuplés, etc.], et dont les comportements sont moins favorables à la santé [prévention, nutrition et activité physique notamment]» ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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