Praticiens hospitaliers : le Dr Éric Le Bihan prend la tête du Snphare (Anesthésistes-réanimateurs des CHU), l’attractivité des carrières médicales reste le dossier prioritaire
« L’attractivité des carrières hospitalières et la prise en compte de la pénibilité de la permanence des soins, en termes de rémunération et de retraite », priorités du nouveau président du SNPHARE (Anesthésistes-réanimateurs des CHU)
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PUBLIÉ LE 14/09/2022

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Anesthésiste-réanimateur à l’hôpital Beaujon (AP-HP) depuis 2005, le Dr Éric Le Bihan vient de prendre la tête du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi aux autres spécialités (Snphare). L’ex-vice-président remplace la Dr Emmanuelle Durand qui assurait la présidence du syndicat depuis janvier 2022. Cette dernière a remercié « chaque personne lui ayant accordé sa confiance » et précise qu’elle restera « syndicalement engagée au sein du conseil d’administration ».
Contacté ce mercredi par « Le Quotidien », le Dr Éric Le Bihan assure qu’il continuera la politique syndicale menée aux côtés d’Emmanuelle Durand. Les priorités n’ont pas changé à ses yeux : « l’attractivité des carrières hospitalières et la prise en compte de la pénibilité de la permanence des soins, en termes de rémunération et de retraite ». Ces revendications revêtent un caractère très urgent car « les problèmes de l’été viennent en grande partie du déficit chronique de personnels médicaux et paramédicaux », analyse le leader syndical.
Pérennisation des mesures d’attractivité ?
Côté carrières et statuts, le nouveau président du Snphare relance d’emblée une requête centrale : l’octroi immédiat de quatre ans d’ancienneté pour les PH nommés avant le 1er octobre 2020. Il souhaite aussi « une réforme de la gouvernance, en mettant les médecins et les PH au cœur des décisions des établissements ».
A la lumière de la crise des urgences cet été, le Dr Le Bihan demande que deux mesures provisoires d’attractivité de la mission Braun soient pérennisées au-delà du mois de septembre : la majoration de 50 % de l’indemnité de sujétion pour la permanence des soins et le doublement la rémunération du temps de travail additionnel (TTA). Tout comme l’intersyndicale Action praticiens hôpital (APH)*, le Snphare est sollicité ces dernières semaines par de nombreux praticiens hospitaliers inquiets car certains établissements n’appliqueraient pas ces majorations « à tous » ou les appliqueraient « partiellement ». D’autres hôpitaux retardent le règlement de ces suppléments « rendant illisible l’effectivité de la mesure pour certains praticiens hospitaliers ».
*Majorations de gardes : l’intersyndicale Action praticiens hôpital craint le non-versement par certains établissements
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PUBLIÉ LE 12/09/2022 https://www.lequotidiendumedecin.fr/hopital/majorations-de-gardes-lintersyndicale-action-praticiens-hopital-craint-le-non-versement-par-certains

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Début juillet dernier, le gouvernement publiait un ensemble de textes réglementaires pour permettre le déploiement pour l’été des mesures d’attractivité de la « mission flash ». Ce week-end, l’intersyndicale Action praticiens hôpital (APH) a annoncé avoir envoyé un courrier au ministre de la Santé, François Braun, pour lui faire part « des remontées de terrain très négatives de la non-application éventuelle des mesures estivales [d’attractivité médicale] de la mission flash pour certains hospitaliers ».
Selon APH, un nombre « conséquent » de directions d’établissement « indiquent qu’elles ne vont pas appliquer ces mesures, pour diverses raisons qui demeurent contradictoires avec la réglementation ». L’intersyndicale ne comprendrait pas, par exemple, que « l’engagement sur les gardes ne soit tenu par le gouvernement », d’autant plus que la portée de cette mesure avait déjà été « divisée par deux entre le rapport de la mission flash et les mesures obtenues ».
Manque de lisibilité
Contacté par « Le Quotidien », le président de l’intersyndicale, le Dr Jean-François Cibien rappelle que la « mission flash » « préconisait avant l’été le doublement de l’indemnité de sujétion » qui a finalement été majorée de 50 %. Il demande donc « un alignement de l’indemnité de sujétion sur celle des HU qui a été doublée ».
Pour le vice-président du Samu-Urgences de France (SUdF), ce sont « toutes les mesures de majoration des gardes et du temps de travail additionnel » qui manquent aujourd’hui de lisibilité. Il demande donc au ministre de confirmer les modalités exactes d’application de l’arrêté du 12 juillet 2022 qui gravait dans le marbre la majoration de 50 % du montant de l’indemnité de sujétion. APH avait en effet compris que cette revalorisation concernerait tous les praticiens, elle demande donc au ministère de contrôler son application.
Directions « dans le brouillard »
Selon le Dr Cibien, APH avait déjà demandé au ministère et à la DGOS de communiquer sur le sujet il y a deux mois, pour expliquer notamment aux directions d’établissement et aux praticiens que « les majorations allaient être répercutées sur le mois septembre, voire en octobre ». Mais il semblerait que certaines directions soient encore « dans le brouillard ». Certaines « ne savent pas si elles sont concernées ou pas par ces mesures, ou comment tout cela sera financé », observe l’urgentiste du Centre hospitalier d’Agen qui évoque des « échanges tendus avec certaines directions ».
Ce manque de lisibilité risquerait de « cristalliser la « non-attractivité » de l’hôpital public, mais aussi de laisser « des cicatrices irréversibles dans la confiance réciproque entre soignants, praticiens d’une part et équipes de direction et tutelles d’autre part », avertit APH. Le Dr Cibien demande donc au ministère de « clarifier sa position pour que l’on puisse passer à autre chose ».
Source : lequotidiendumedecin.fr
Crise de l’hôpital : l’INPH (praticiens hospitaliers CHU) regrette une « absence de vision politique », la CGT dénonce un « fossé entre la communication du ministre et la réalité »
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PUBLIÉ LE 07/09/2022 https://www.lequotidiendumedecin.fr/hopital/crise-de-lhopital-linph-regrette-une-absence-de-vision-politique-la-cgt-denonce-un-fosse-entre-la

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François Braun n’en finit plus de rencontrer les syndicats représentatifs de la profession. Après la CSMF et l’intersyndicale Action Praticiens Hôpital (APH), mais aussi l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf) et la Conférence nationale des URPS médecins libéraux, le ministre (qui intervenait par ailleurs ce mercredi devant la FHF) a reçu la Dr Rachel Bocher, présidente de l’Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH).
Si l’INPH approuve la nouvelle méthode de concertation « tripartite » (soignants, patients et politiques) du ministre ou sa volonté de mettre à disposition une boîte à outils dans laquelle les territoires pourront piocher, la centrale regrette à ce stade « l’absence de vision politique » pour atteindre les objectifs annoncés : accès aux soins pour tous, organisation adaptée aux besoins populationnels et développement de la médecine préventive.
L’INPH s’inquiète également de déclarations **récentes du ministre de la Santé et de la Prévention. Sur l’intérim médical, « le mercenariat a de beaux jours devant lui et continuera à déséquilibrer durablement le fonctionnement de nos hôpitaux », analyse le syndicat.
Et côté financier, François Braun aurait évoqué avec ses interlocuteurs la règle européenne des 3 % de déficit public maximum (rapporté au PIB) pour 2027, un rappel « osé et incongru », à l’heure où cette règle est « abandonnée par tous les experts », estime l’INPH.
Centres 15 débordés
De son côté, la CGT Santé juge qu’il y a « un fossé entre la communication du ministre et la réalité ». Car, si François Braun « se dit satisfait de l’été qui vient de passer », celui-ci a été « catastrophique », diagnostique au contraire la CGT. Le syndicat fait référence aux Centres 15 « débordés », aux personnels « épuisés », aux services d’urgence fermés « de manière impromptue, du jour au lendemain, pour un ou plusieurs jours ». Selon la CGT Santé, le ministre ne ferait « rien pour permettre la réouverture 24h/24h de tous les services d’urgences fermés ».
Le bilan de la mission flash est également jugé sévèrement par la CGT Santé. D’abord parce que certains malades renoncent à se faire soigner « car ils ont entendu qu’il ne fallait plus se rendre aux urgences ». Ensuite parce qu’ils « ne peuvent pas faire l’avance de frais pour un rendez-vous dans le privé ». Le syndicat en déduit que la « mission flash » conduit à supprimer le principe d’égalité d’accès aux soins.
Pour la CGT, la priorité est ailleurs : appliquer un plan de formation et d’embauches massives et « des mesures fortes » sur les salaires et l’amélioration des conditions de travail.
À l’Université d’été de la FHF, François Braun met l’accent sur la régulation préalable aux urgences, Frédéric Valletoux officialise son départ
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PUBLIÉ LE 07/09/2022 https://www.lequotidiendumedecin.fr/hopital/crise-de-lhopital-linph-regrette-une-absence-de-vision-politique-la-cgt-denonce-un-fosse-entre-la

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L’un arrive, l’autre part bientôt. Le nouveau ministre de la Santé François Braun a inauguré ce mercredi (à distance) les Universités d’été de la Fédération hospitalière de France (FHF). Ce sont en revanche les toutes dernières de son président actuel, Frédéric Valletoux, qui quittera définitivement ses fonctions le 21 septembre après 11 ans passés à la tête de la puissante fédération hospitalière.
Après 11 ans de présidence de @laFHF et des événements exceptionnels traversés, j’ai plaidé pour l’unité de la communauté hospitalière, qui, en bâtissant des projets collectifs, a réussi à surmonter les plus grandes crises, de long comme de court terme. Merci pour votre hommage. pic.twitter.com/mGf5P60bHU— Frédéric Valletoux (@fredvalletoux) September 7, 2022
En visio depuis Prague, où il participait au conseil des ministres de la Santé de l’Union européenne, François Braun a donc repris le thème choisi par la FHF cette année : « états d’urgence(s) ». Pour le ministre, si l’état d’urgence sanitaire s’efface, un autre état d’urgence « plus invisible, plus insidieux, touche l’ensemble de notre système de santé », qu’il s’agisse des problèmes d’accès aux soins ou de la « difficulté de beaucoup de soignants à exercer leur mission ».
Et c’est justement « grâce à l’effort de professionnels engagés » que « nous avons ensemble tenu cet été », a salué François Braun. S’il est encore un peu tôt pour tirer un bilan de la mission flash sur les urgences et pour annoncer les mesures qui seront pérennisées, le ministre a donné un avant-goût des décisions à l’étude.
La régulation préalable généralisée ?
De fait, certaines mesures sont jugées « plus intéressantes » que d’autres, notamment la régulation médicale préalable aux urgences et le déploiement du service d’accès aux soins (SAS) qui ont des résultats « positifs », selon l’ex-président de Samu-Urgences de France (SUdF). Car si les appels ont bien augmenté dans les Centres 15, « il y a eu une diminution du nombre de passages aux urgences cet été », estime François Braun qui en déduit que nous sommes « dans une logique qu’il serait de bon ton de pérenniser ».
Autre mesure de la mission flash qui a les faveurs du ministre : « la reconnaissance de la pénibilité, en particulier la pénibilité du travail de nuit » qui permettra, à terme, d’améliorer la qualité de vie au travail des blouses blanches. D’autres mesures, comme « le partage de la pénibilité de la permanence des soins entre établissements publics et privés » n’ont pas eu le temps de se mettre véritablement en place, et donc de faire leurs preuves.
Faire tomber les barrières
Sur un plan plus global, le ministre a tracé les grandes lignes de sa stratégie. Première priorité affichée, la lutte contre toutes les inégalités d’accès à la santé, « qu’elles soient géographiques, sociales, liées à une situation de fragilité, comme le handicap, ou financières ». Il faudra ensuite donner aux professionnels de santé les outils pour « répondre aux besoins de santé » dans chaque territoire, et rompre avec la logique actuelle centrée sur l’offre. Sur ce point, il s’est engagé à lancer « des actions très concrètes » pour améliorer l’attractivité à l’hôpital et des métiers du soin. Ce chantier passe par le renforcement du travail en équipe, du temps soignant supplémentaire mais aussi par de « nouvelles passerelles entre la ville et l’hôpital pour faire tomber ces barrières trop persistantes ».
A cet égard, le décloisonnement en profondeur du système de soins, notamment entre la ville et l’hôpital, est aussi érigé en priorité pour « simplifier les parcours de soins et traiter les enjeux de santé dans leur ensemble ». Pour le ministre, il faut viser « un monde de fonctionnement solidaire et unifié » pour assurer « une prise en charge de la santé dans sa globalité, au plus près des besoins des territoires ». Son horizon sera donc double : « traiter l’urgence de notre système de santé et le préparer pour l’avenir ».
Réformer, maintenant ou jamais ?
Pour Frédéric Valletoux en tout cas, « nous sommes au pied du mur ». Car si ce quinquennat n’est pas celui des « réformes systémiques », notre système de santé « sera définitivement fragilisé », a alerté le président de la FHF sur le départ. D’après le nouveau député Horizons, les réformes du secteur ont été trop longtemps « esquivées ». « Et plus on attendra, plus cela sera un remède de cheval », avertit Frédéric Valletoux qui a encore, début septembre, dans un entretien remarqué aux « Echos », prié les médecins libéraux de porter davantage « le fardeau de l’intérêt général », ravivant la polémique récurrente sur les gardes ou la liberté d’installation.
Le maire de Fontainebleau voit deux chantiers prioritaires à conduire : l’attractivité des métiers du soin, indispensable pour recruter et fidéliser les professionnels, et la réforme de la construction du système de financement pour ne pas être « sous la pression permanente d’arbitrages ». Mais dans un contexte budgétaire très contraint, « répartir différemment les modalités de financement va secouer et déplaire à certains acteurs du système ». Cette fois, Frédéric Valletoux a préféré ne pas les nommer directement…
« La médecine libérale et la médecine publique doivent participer de façon équilibrée à la permanence des soins », lance le patron des Samu
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PUBLIÉ LE 02/09/2022 https://www.lequotidiendumedecin.fr/hopital/urgences/la-medecine-liberale-et-la-medecine-publique-doivent-participer-de-facon-equilibree-la-permanence

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Successeur de François Braun à la tête de Samu-Urgences de France (SUdF), le Dr Marc Noizet dresse un bilan mitigé de cet été dans les services d’urgences et les Samu-Centre 15. Pas de « catastrophe »ni de « rupture de fonctionnement » au Samu mais bien « une accumulation de difficultés importantes ». Chef du service d’urgence du groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud-Alsace (GHRMSA) et du Samu du Haut-Rhin, il milite pour le retour des gardes obligatoires pour tous les libéraux.
LE QUOTIDIEN : Pour François Braun, la catastrophe annoncée aux urgences ne s’est pas produite cet été… Est-ce votre avis ?
Dr MARC NOIZET : On ne peut pas parler de catastrophe, mais d’une accumulation de difficultés importantes ! C’est la première fois, dans l’histoire de la médecine d’urgence, que nous avons été obligés durant l’été de restreindre l’accès ou de fermer de nombreux services d’urgence (SU) et de diminuer le nombre de lignes de Smur. Les SU étaient fortement saturés, les patients ont donc dû attendre des heures, voire plusieurs jours, sur un brancard, parfois faire des kilomètres pour être pris en charge…
Seuls huit services d’urgence étaient totalement fermés début août, selon le ministre qui fait la différence entre « fermetures » et « accès régulés »…
Tout cela, c’est de la sémantique ! Au SUdF, nous essayons d’être factuels. Quand un service est fermé, on ne peut pas rentrer à l’intérieur. Quand il est « régulé », cela veut dire qu’il est ouvert, mais qu’il n’y a pas d’accès spontané. En juillet, SUdF avait dénombré 42 établissements contraints de fermer complètement leurs services, de jour ou de nuit, de manière partielle ou continue.
Avez-vous recensé des événements indésirables graves aux urgences au cours de l’été ? Selon « Libération », une octogénaire est décédée après plus de sept heures d’attente dans un hôpital du Grand-Est…
L’ARS cherche encore à savoir où cela a eu lieu, pour vérifier si le décès de cette patiente est imputable à une organisation altérée par la situation estivale. Il n’y aura donc sans doute pas d’enquête, et c’est bien malheureux. De notre côté, nous n’avons pas de remontées d’événements indésirables graves, mais il est fort probable qu’il y ait eu des incidents. Il y a sans doute eu aussi des pertes de chances, en raison de retards de prise en charge ou des longues distances à parcourir.
In fine, quel bilan tirez-vous de cet été aux urgences ?
On a fermé plus de SU en août qu’en juillet et les Centres 15 ont continué à être fortement sollicités. Les équipes ont tenu le choc mais les conditions d’exercice se sont dégradées. C’est un élément qui vient s’ajouter à la crise sanitaire. Certaines équipes sont sorties essorées de ces deux mois. Cela a conduit à des démissions, des congés maladie, des demandes de disponibilité. Il est primordial d’adresser des signaux forts, dès cet automne, pour dire aux professionnels que l’on a compris leurs difficultés, que l’on travaille dessus, que l’on va trouver des solutions.
Au-delà de l’attractivité salariale, ce sont les conditions de travail qu’il faut améliorer. Aux urgences, il y a une problématique de sous-effectifs, mais aussi de disponibilité des lits. Il faut trouver aussi des solutions pour accueillir au quotidien les patients non programmés, cela serait un signal fort envoyé aux professionnels des urgences. Cela ne doit pas forcément passer par une augmentation du nombre de lits, une organisation différente est possible.
Quel regard portez-vous sur la régulation médicale préalable via le 15 ?
La régulation de l’accès aux urgences, qui a été mis en place dans 42 départements en juillet, doit se poursuivre. Est-ce qu’elle doit être généralisée immédiatement ? Je n’en suis pas sûr, car cela doit se faire de manière concertée et coordonnée, en fonction des territoires. Ce qui est sûr, c’est que nous ne serons plus capables de fonctionner comme avant, tant que l’on n’aura pas retrouvé des effectifs en nombre suffisant. Et faire simplement de la pédagogie auprès des patients ne sera pas suffisant, car il faudra plusieurs années pour changer les pratiques.
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Il faudra donc moduler l’accès aux urgences, le rendre moins libre qu’avant afin de réserver les ressources rares aux patients qui en ont réellement besoin. L’été nous a montré qu’on était capables d’organiser, avec l’aide de la médecine libérale, des filières de prise en charge différentes.
Est-ce que les Samu-Centres 15 ont réussi à faire face ?
Oui, mais pas dans d’excellentes conditions. Aucun Centre 15 n’a été en rupture de fonctionnement, mais les délais de prise en charge des appels ont été plus longs. Les mesures de la mission Braun ont ouvert des possibilités de recrutement supplémentaires d’assistants de régulation médicale (ARM) et de médecins régulateurs libéraux. Certains départements ont réussi à les mettre en œuvre, d’autres non, en raison d’un manque de ressources. Le recrutement a été compliqué au cœur de l’été et les ressources n’ont pas été à la hauteur des espérances. On a été contraints de sursolliciter les personnels qui étaient présents, si bien que certains ARM ont décidé de partir. On ne peut pas continuer à pérenniser des solutions sans mettre suffisamment de ressources en face.
La majoration de 15 euros sur les consultations non programmées régulées par le 15 ou le SAS a-t-elle été efficace ?
C’est difficile à dire car cela dépend des territoires. Dans certains départements, les médecins libéraux se sont mobilisés pour répondre à la demande. Je pense à la CPTS située à proximité du CHU de Nancy. Les généralistes se sont mobilisés pour que les soins non programmés ne soient pas pris en charge aux urgences, mais en ville. Dans d’autres endroits, la mobilisation a été moins importante, car les professionnels étaient en congé ou tout simplement pas assez nombreux.
Le secteur privé participe-t-il suffisamment à la permanence des soins ?
Un certain nombre de cliniques ou de médecins libéraux refusent d’y participer, ils pensent qu’il ne s’agit pas de leur mission. Mais les PH n’ont pas non plus choisi l’hôpital public pour travailler la nuit et le week-end. On ne peut plus tolérer ce profond déséquilibre, notamment en termes de pénibilité du travail. Je suis donc pour le retour des gardes obligatoires pour les libéraux, c’est une question de responsabilité.
La médecine libérale et la médecine publique doivent participer de façon équilibrée à la permanence des soins. Si les lignes ne bougent pas, on va droit dans le mur, car nous n’aurons plus, à terme, de praticiens dans les hôpitaux publics. Faire deux nuits de garde par mois, ce n’est pas la mort… À Mulhouse, il y a deux ORL à l’hôpital et 13 dans la clinique libérale. Les deux ORL de l’hôpital sont les seuls à faire de la permanence des soins. Ce n’est pas normal.
Source : lequotidiendumedecin.fr
Appeler le 15 avant d’aller aux urgences ? Face à la hausse des appels, les Samu sous pression
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PUBLIÉ LE 30/08/2022 https://www.lequotidiendumedecin.fr/hopital/appeler-le-15-avant-daller-aux-urgences-face-la-hausse-des-appels-les-samu-sous-pression

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Les appels aux Samu ont augmenté « de l’ordre de 20 % » durant la période estivale, a indiqué le ministre de la Santé, dans un entretien exclusif au « Quotidien » cette semaine. Preuve, selon lui, que la consigne nationale d’appeler le 15 avant de se rendre aux urgences a été suivie d’effet. Mais sur le terrain, cette hausse des appels a eu des conséquences directes et contrastées sur l’activité des Samu.
C’est notamment le cas du Samu Gironde (33), où selon le syndicat Sud Santé sociaux du CHU de Bordeaux, la hausse d’activité engendrée n’a pas été suivie d’augmentation de moyens humains. Conséquence : l’explosion du nombre d’appels a entraîné des délais de décrochés supérieurs à plusieurs minutes et des réponses médicales qui « peuvent atteindre l’heure d’attente », selon le syndicat.
Contacté par « Le Quotidien », Gilbert Mouden, délégué Sud dans l’établissement juge que les conditions de travail sont tellement « déplorables » au Samu 33 que de « nombreux agents sont en arrêt ou envisagent de démissionner ». Selon l’infirmier anesthésiste, le centre 15 n’est pas « un numéro magique qui fonctionne sans moyens humains supplémentaires ». Le nombre d’appels aurait connu une hausse d’environ 10 % depuis le début de l’été, selon Jérôme *, un assistant de régulation médicale (ARM) du Samu 33, dans un contexte où il manquerait déjà 20 % des effectifs d’ARM en raison de difficultés de recrutement et de conflits internes. En outre, malgré le renfort d’étudiants en médecine, certains ARM feraient parfois des semaines de « près de 80 heures ».
Bond spectaculaire
La situation semble moins alarmante en Dordogne, même si, là aussi, l’activité du Samu a connu « un bond spectaculaire » cet été, selon le Dr Jean-Paul Lorendeau, médecin responsable du Samu 24. Le nombre de dossiers ouverts aurait, par exemple, augmenté de plus de 50 % le week-end du 14 juillet (700 durant le week-end, contre à 400 à 500 dossiers les années précédentes), raconte le praticien.
Alors qu’il attendait un « été de tous les dangers », dans ce département touristique qui souffre de désertification médicale, au final, « nous n’avons pas d’événements indésirables graves et cela s’est bien passé au niveau des urgences vitales ». Quant au délai de décroché, il a tourné en moyenne entre 80 et 85 secondes durant l‘été, ce qui est jugé plutôt « pas mal » par le médecin. Mais le revers de la médaille est que le personnel du Samu 24, pourtant renforcé au début de l’été grâce au recrutement de cinq ARM supplémentaires, est aujourd’hui épuisé. « Certains ont dû revenir de congés pour pouvoir faire face à cette vague d’appels énorme », déplore le médecin. Il reste néanmoins persuadé que la boîte à outils du ministre de la Santé, est une « lueur d’espoir » car elle « ouvre la porte à beaucoup de changements pour améliorer le fonctionnement du système de santé ».
Énorme pic d’activité
Plus haut sur la côte atlantique, le responsable médical du Samu Loire-Atlantique (44), le Dr Joël Jenvrin est plus nuancé. Lui aussi a connu « un énorme pic d’activité » la semaine 14 juillet (16 000 appels hebdomadaires, contre 10 000 à 12 000 habituellement). S’il a pu renforcer l’équipe des ARM grâce aux renforts d’étudiants en médecine, il manque toujours cinq agents pour faire tourner correctement le service. En effet, l’activité a bondi de 30 % par rapport aux trois années précédentes. Néanmoins, le Samu 44 « n’a jamais été en difficulté sur la prise en charge des urgences vitales », souligne le médecin qui note que « 9 appels sur 10 décrochés dans la minute »en moyenne. À noter que dans ce département, il n’y a pas eu de consignes spécifiques envers la population de passer par le 15 avant de se rendre aux urgences. Si ce système venait à être mis en place, il faudrait « renforcer drastiquement les effectifs, tant au niveau des ARM qu’au niveau de la réponse médicale », estime le Dr Jenvrin.
* Le prénom a été modifié pour des raisons de confidentialité
Hôpital : le patron de l’AP-HP Nicolas Revel relance sans attendre les chantiers de l’attractivité et du temps de travail
PAR VÉRONIQUE HUNSINGER –
PUBLIÉ LE 16/09/2022

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Il n’aura pas perdu du temps. Deux mois à peine après avoir pris les rênes de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), Nicolas Revel a mis sur la table trente « pistes d’actions » qui portent en particulier sur les conditions et l’organisation du travail des soignants, dans un document diffusé en interne et consulté par « Le Quotidien ».
Entre 15 et 20 % des blocs fermés
« Nous ne partons d’une page blanche et de nombreux leviers d’action ont déjà été identifiés, écrit l’ancien directeur général de l’Assurance-maladie. Certains sont inscrits dans le projet social signé en 2020 et dans le projet d’établissement 2021-2025. »
Avec 1914 équivalent temps plein (ETP) de moins qu’à la même période l’année dernière (dont la moitié d’infirmières), un niveau de recettes d’activités inférieur à celui de 2019 (alors que la moitié des autres CHU français ont pu redresser la barre) et surtout entre 15 et 20 % des blocs opératoires fermés faute de personnels paramédicaux, il y a péril en la demeure. « Il faut d’abord répondre à l’urgence, prévient Nicolas Revel, et agir sur tout ce qui peut nous permettre d’améliorer rapidement notre attractivité, notre organisation, nos circuits de décision, le dialogue dans notre institution et in fine, car c’est le plus important, les conditions d’exercice de nos équipes au quotidien. »
Davantage de souplesse ?
Manquer de temps au lit du patient, être rappelé en dernière minute sur ses jours de congés, payer cher le coût de la vie en région parisienne, manquer de dialogue dans les équipes : les revendications des paramédicaux ont été reçus cinq sur cinq. Le DG envisage par exemple d’augmenter « fortement » le nombre de logements sociaux réservés aux agents de l’AP-HP, ou de recruter davantage d’infirmières à la sortie de ses écoles.
La délicate question de la remise à plat du temps de travail quotidien semble en revanche plus complexe à résoudre. Jusqu’à 100 000 agents sont concernés. Les plus jeunes souhaitent faire des journées de 12 heures contrairement aux plus anciens dans la maison : l’équation n’est pas simple mais « il doit être possible d’introduire davantage de souplesse dans les organisations » veut croire le directeur général. Le rythme de travail actuel varie selon les services de 7 à 12 heures par jour.
S’agissant des effectifs médicaux seniors, les signaux sont plutôt encourageants. Avec 8 328 équivalents temps plein, ils progressent au rythme d’environ 1 % par an depuis 2016. Mais si les candidats restent nombreux, certaines disciplines sont plus en souffrance que d’autres. « Les hospitalo-universitaires expriment des craintes à propos de l’attractivité des postes de chefs de clinique-assistants, notamment dans le cadre de la finalisation de la réforme du troisième cycle »,note encore Nicolas Revel. La recherche étant un des points forts de l’AP-HP et facteur d’attractivité, cette activité doit être mieux intégrée dans l’organisation des services, insiste-t-il.
Côté budgétaire cette fois, le patron des Hôpitaux de Paris devra définir dans les prochains mois « une trajectoire réaliste et assumable de retour à l’équilibre financier », alors que le déficit de l’AP-HP devrait dépasser les 200 millions d’euros, pour la troisième année consécutive.
DMU, pas si simple
Ces pistes d’actions soumises à la réflexion de la communauté hospitalière ne font pas l’impasse sur le bilan du projet phare menée par son prédécesseur : la « Nouvelle AP-HP » dont les principes avaient été définis en 2018-2019.
Les difficultés issues de la création des départements médico-universitaires (DMU) ne sont pas éludées en particulier l’éloignement de la décision du terrain. « Il y a un enjeu de clarification pour les professionnels qui doivent savoir où s’adresser et un enjeu d’efficacité lorsque trop d’étapes inutiles ralentissent la prise de décision », analyse Nicolas Revel. Ainsi, la nécessité de redonner une place centrale à l’échelon du service est consensuelle, admet le nouveau patron du CHU francilien.
Le document adressé à la communauté hospitalière a vocation à « alimenter un temps d’échange » qui durera jusqu’à la mi-octobre. Concrètement, il passera par un cycle de consultations des représentants des personnels en même temps que sur le terrain sous la forme de réunions d’échanges organisés dans les DMU et les services volontaires. L’objectif de Nicolas Revel est de bâtir un plan de travail pour les douze mois à venir.
Une concertation pour redresser l’AP-HP
Le nouveau directeur général du navire amiral francilien, Nicolas Revel, met en discussion trente pistes d’action alors que la situation reste critique en cette rentrée avec, toujours, 18 % de lits fermés.
Par Camille Stromboni et Mattea BattagliaPublié le 15 septembre 2022 à 17h26 Mis à jour le 16 septembre 2022 à 09h28
Temps de Lecture 2 min.

Son premier geste était très attendu. Nicolas Revel, qui a pris la tête de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) avant l’été, dans une situation très difficile pour la quarantaine d’hôpitaux franciliens qui en dépendent, vient de planter le décor. Dans un courrier adressé à la communauté de l’institution francilienne, mercredi 14 septembre, le directeur général et ancien directeur du cabinet à Matignon met en débat trente « pistes d’action ».
Une concertation de plus, alors que le gouvernement vient d’inaugurer un cycle de discussions sur l’ensemble des questions de santé. Celle de l’AP-HP se dessine sur un format plus court – de quatre à six semaines –, quand le gouvernement se laisse quatre mois.
Parmi les priorités figurent, sans surprise, les ressources humaines, dont le manque est criant en particulier chez les infirmiers. Autres défis mis en avant, le fonctionnement et l’organisation du travail dans la structure aux 100 000 membres du personnel. Ou encore, le retour à une trajectoire financière soutenable, dans un groupe qui fait face à d’importants déficits.
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A ce stade, la méthode affichée est celle des questions, plutôt que des décisions.« Comment recréer les conditions de l’attractivité et de la capacité à fidéliser ? »,« Comment favoriser un fonctionnement plus simple, fluide et efficace ? »,« Comment repenser le modèle au regard des besoins de santé ? » Des leviers n’en sont pas moins clairement identifiés – par exemple, sur le volet RH, la stabilisation des plannings ou l’accès au logement dans une région particulièrement chère. Mais pas question, à ce stade, de plaquer des solutions toutes faites. C’est en tout cas le message envoyé par la tête de l’AP-HP, ce qui pourrait en décevoir certains au sein d’une communauté médicale qui tire la sonnette d’alarme depuis des mois.
Maux exacerbés
Lits fermés, postes de soignants vacants, blocs opératoires qui tournent au ralenti… Les maux de l’hôpital, exacerbés par deux ans de crise sanitaire, n’en sont plus, sur le terrain, au stade du diagnostic. En cette rentrée, 18 % des lits sont toujours fermés à l’AP-HP, soit peu ou prou la même situation qu’il y a un an, et plus du double par rapport à avant la crise due au Covid-19. Le document livre d’autres chiffres actualisés : les effectifs infirmiers sont « au point le plus bas depuis cinq ans », avec 1 830 équivalents temps plein de moins comparé à juin 2018. « Il est à prévoir que, malgré les recrutements d’ores et déjà sécurisés grâce à la mobilisation collective – 1 200 recrutements et 215 retours de position [congés maternités…] –, l’automne 2022 et le premier semestre 2023 verront perdurer des tensions fortes sur les RH paramédicales », peut-on lire dans le courrier.
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Autre constat alarmant : les taux de fermeture des blocs opératoires se situent actuellement entre 15 % et 20 %, et peuvent atteindre 40 % à 50 % sur certains sites. Sur cette thématique, Nicolas Revel propose de lancer une « mission flash spécifique » réunissant les différents acteurs du bloc opératoire. Un mot qui fait encore une fois écho à la méthode gouvernementale : à peine nommé au ministère de la santé, en juillet, François Braun a mis en œuvre les mesures de la « mission flash » qu’il avait lui-même menée à la demande du président de la République.
Le nouveau directeur général du navire amiral francilien ne dit mot des attentes qu’il pourrait avoir à l’égard du gouvernement – en matière de moyens comme de réformes nécessaires – pour faire aboutir ces différents chantiers. Son prédécesseur, Martin Hirsch, avait, lui, quitté le poste en affirmant ne pas être en mesure de tenir les engagements pris au début de la crise liée au Covid – que l’hôpital « d’après » ne soit plus celui « d’avant ». Une façon de viser, en partie, la responsabilité du gouvernement.
Dans les rangs syndicaux, de premières réactions se font entendre. Signe que le débat démarre ? « Nous n’avons pas besoin de mesures d’adaptation à la crise mais d’une remise à plat de tout le système », juge Christophe Prudhomme, de la CGT-Santé action sociale, qui parle d’une « situation catastrophique » pour l’institution. « La solution ne viendra pas seulement d’une réorganisation de l’AP. Par son expérience politique et parce qu’il dirige le plus grand CHU d’Europe, il doit défendre auprès du gouvernement l’urgence d’un plan de formation et d’embauche des personnels. »
Camille Stromboni et Mattea Battaglia
Pénurie de pédiatres au CH de Montluçon : médecins et habitants craignent des mises en danger « imminentes »
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PUBLIÉ LE 24/08/2022

Crédit photo : DR
Plus de 24 000 personnes ont déjà signé la pétition pour que « les enfants du centre de la France puissent, eux aussi, être soignés ». Lancée par le collectif de soignants et de patients « Les Orphelins du Soin de Montluçon », elle rappelle que le service de pédiatrie du CH de Montluçon est « en grande difficulté » depuis des années, que « l’effectif médical s’amenuise et s’épuise ».
En raison de la dégradation d’exercice, un certain nombre de pédiatres ont posé leurs démissions car ils ne « cautionnent plus la façon dont on les traite, et donc la façon dont sont traités les enfants ». Le collectif considère que, si des solutions dignes de ce nom ne sont pas prises en urgence, les mises en danger sont « imminentes ».
La Dr Hiba Trraf est l’une des pédiatres démissionnaires au CH de Montluçon. Contactée par « Le Quotidien », elle affirme que seuls trois praticiens – 2,8 équivalents temps plein (ETP) – travaillent dans le service, alors qu’il en faudrait sept pour qu’il fonctionne correctement. À titre de comparaison, le service pédiatrie du CHU de Clermont-Ferrand compte 7 ETP, avec une activité deux fois plus importante.
Des trous dans le planning
Celle qui est à l’origine du collectif, avec la cheffe de service et le Comité de défense de l’hôpital de Montluçon, a décidé de partir en octobre prochain, en raison de la dégradation des conditions de travail et de problèmes récurrents de sous-effectif. À cette date, des pédiatres du CHU de Clermont viendront faire des gardes de 24 heures Mais, dans le nouveau planning mis en ligne (du 1er novembre au 31 décembre), « il reste 10 jours avec zéro pédiatre », s’inquiète la Dr Trraf.
Si toutefois la direction parvenait à boucher les trous du planning, les pédiatres « ne s’occuperaient que de la maternité, de la « néonat » et des urgences vitales ». Selon les représentantes du collectif, dès novembre prochain, toutes les consultations programmées, (une centaine par mois), toutes les consultations non vitales, (soit 95 % des urgences) et l’hospitalisation de pédiatrie (26 lits d’hospitalisation), sont vouées à disparaître.
Si la direction fait son possible pour recruter des pédiatres (offres d’emploi postées, salaires augmentés de 20 %, prime de solidarité territoriale, logements fournis par l’hôpital, etc.), « ce n’est pas cela qui suffira à attirer les médecins », craint la Dr Trraf. Pourquoi ? « Car la quantité de travail est monstrueuse pour l’effectif que l’on est. Même pour 20 000 euros par mois, personne n’acceptera de faire une garde sur trois. »
Risque de décès
Les conséquences pourraient être désastreuses dans les semaines et mois qui viennent, « jusqu’au décès des enfants, si on n’arrive à combler les trous dans le planning », redoute la pédiatre. À titre d’exemple, « si une dame accouche, si son enfant est en état de mort apparente, il aura besoin d’une réanimation, mais cela ne sera pas possible ». Même chose si l’enfant fait un état de mal épileptique.
Il y a deux mois, un enfant de 10 jours a franchi les portes de l’hôpital. « Elle avait du mal à boire ses biberons, elle était en insuffisance cardiaque sévère, avec un trouble du rythme très sévère », se souvient la praticienne qui a dû faire une réanimation intensive pour la sauver, avant de la transférer au CHU de Clermont-Ferrand. « Si elle avait dû faire une heure de route en plus sans les soins préalables qu’on lui a prodigués, je pense que cela ne se serait pas bien passé du tout », confesse-t-elle.
La situation est particulièrement problématique, dans un contexte, où « on est à 100 km de Moulins, de Vichy et de Clermont-Ferrand », rappelle Pierrette Guichon, présidente du Comité de défense de l’hôpital de Montluçon. En cas d’urgence, l’ARS Rhône-Alpes lui aurait promis de mettre à disposition de l’hôpital un hélicoptère. « Mais si 4 à 5 enfants ne vont pas bien au même moment, il faudra les transporter aux urgences de ces villes. Et, en 100 km, il peut se passer plein de choses désagréables… », observe Pierrette Guichon.
Réunion de crise avec le ministère ?
C’est la raison pour laquelle la Dr Trraf regarde l’avenir avec pessimisme. « J’ai peur pour les enfants », même si, depuis la création du collectif, elle espère que « le gouvernement mette enfin son nez dedans, pour permettre à des pédiatres de venir ». Sortir de cette impasse nécessitera selon elle une réunion de crise avec le ministre de la Santé, pour que les médecins soient entendus. Il faudra ensuite « faire un état des lieux » de la situation (taux de natalité, pathologies, densité de population, etc.) « pour la mettre en regard avec la démographie médicale », poursuit la pédiatre.
Si le médecin est « contre l’imposition arbitraire et générale du lieu d’exercice de tous les médecins », elle pense toutefois qu’il va falloir « les réquisitionner intelligemment ». En demandant par exemple à des pédiatres « de venir 15 jours, avec des salaires plus décents, des avantages en nature, et surtout en diminuant l’activité à Montluçon, pour rouvrir des lits ailleurs ».
Lettre ouverte au Président de la République
Une manifestation est prévue le samedi 17 septembre à 11 heures devant l’hôpital, afin d’alerter l’opinion publique et les autorités sur la situation des services de l’hôpital de Montluçon, et tout particulièrement de la pédiatrie.
Une manière de rappeler les messages martelés par une lettre ouverte envoyée au Président de la République il y a quelques mois. « Nous vous demandons de prendre toutes les mesures nécessaires à la survie de la pédiatrie. Ne tournez pas la tête, regardez-nous, vous devez agir maintenant », écrivaient les signataires.
Hôpital de Guingamp : le pôle chirurgie et la maternité en sursis, inquiétude du comité de défense
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PUBLIÉ LE 25/08/2022

Menacés de fermeture depuis plusieurs années, le pôle chirurgie et la maternité du centre hospitalier de Guingamp (Côtes-d’Armor) demeurent en sursis. Remis à l’agence régionale de santé Bretagne, le rapport Rossetti (du nom du vice-président du Conseil scientifique auprès du Conseil national d’investissement en santé) suggère de fermer la maternité et la chirurgie conventionnelle du site de Guingamp.
Invité à proposer une évolution du projet médico-soignant partagé du GHT d’Armor, le rapporteur privilégie ainsi un scénario qui suppose de concentrer sur deux sites (Lannion et Saint-Brieuc) les accouchements (500/an) et la chirurgie conventionnelle (2 500/an). Réciproquement, cette option recommande de concentrer à Guingamp les services de médecine de réadaptation de Saint-Brieuc dans un plateau technique, de créer un pôle d’excellence de chirurgie programmée et ambulatoire pluridisciplinaire et de faire évoluer la maternité en un centre périnatal de proximité.
« Jolis mots »
Si cette option était retenue, la maternité de Guingamp pourrait disparaître. Dans un communiqué, l’ARS Bretagne, prudente, entend mener des « travaux complémentaires » afin de « définir un projet pour l’hôpital qui soit viable », en « cohérence avec les dispositions actées pour les autres établissements publics de santé du GHT ». Mais l’agence prend acte que la mission Rossetti préconise de créer, au CH de Guingamp, un pôle en chirurgie programmée et ambulatoire pluridisciplinaire associé à l’évolution de la maternité en un centre périnatal de proximité.
Autant « de jolis mots pour tenter de faire passer un projet de fermeture de services et une régression inacceptable pour les habitants du territoire », s’alarme le comité de défense de l’hôpital public et de l’offre de soins du Pays de Guingamp. Selon ce collectif, l’ARS projette de supprimer le plateau technique de Guingamp depuis 2017, ce qui aurait pour conséquence « la perte de la maternité et de la chirurgie H24 ». Et d’accuser la tutelle de jouer sur les mots quand elle affirme que le maintien de la chirurgie est acté, puisqu’il l’est « uniquement en ambulatoire et programmé ».
Contacté par « Le Quotidien », Yann-Fanch Durand, co-président du comité de défense considère que les conclusions du rapport sont « cousues de fil blanc ». Selon lui, « la première attaque de l’ARS avait été faite par l’angle de la sécurité. L’ARS est revenue à la charge en commandant ce rapport, à travers l’angle du bâtiment ».
Pour le collectif de défense, le fond du problème reste d’ordre budgétaire. « L’idée du GHT, c’est d’économiser des moyens humains, de créer des unités dans lesquelles on va pouvoir mutualiser les ressources. » L’objectif serait aussi de « faire une place au privé car la création de l’hôpital privé des Côtes d’Armor coïncide avec les premières attaques contre notre maternité. »
Commentaires Dr Jean SCHEFFER
La situation de Guingamp est l’exemple typique d’un mécanisme désespérant qui aboutit à la fermeture de services hospitaliers indispensables (chirurgie et maternité) en raison non pas de l’absence de besoins de santé, mais d’un nombre insuffisant de praticiens hospitaliers. Le mécanisme est toujours le même: présentation sous forme de victoire en ventant la création d’une chirurgie ambulatoire et d’un service et d’un centre périnatal de proximité. Dans la mesure ou il n’y a pas de licenciements, les syndicats de personnels sont peu mobilisés, sauf quand on assiste à des regroupements d’élus, d’usagers pour empêcher une fermeture sèche.
Le gouvernement actuel comme les autres depuis 15 ans après avoir tarder à desserrer le numérus clausus (nombre de médecins en formation), est incapable de prendre les décisions permettant d’avoir un nombre suffisant de médecins hospitaliers. Les solutions existent, encore faut-il avoir la volonté politique de les mettre en oeuvre. C’est le changement complet de la gouvernance hospitalière, redonnant aux praticiens un rôle délibératif dans les décisions, des moyens humains et financiers pour répondre aux besoins de santé du territoire, et la création du « Clinicat-Assistanat pour Tous » que je propose depuis 5 ans au moins, seule solution pour remplir en peu d’années l’ensemble des postes hospitaliers vacants, mais aussi tous les autres postes non pourvus en dehors des hôpitaux y compris psychiatriques (déserts médicaux en médecine générale, PMI, CMP, Crèches, médecine scolaire et universitaire, médecine pénitentiaire, santé publique, médecine du travail…). Voir « Vision Globale -Solution globale »: https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=GfjeRj?e=4YzGt2. Cette obligation de 3 années de « Clinicat-Assistanat pour Tous » est aussi indispensable dans les CHU car les hospitalos-universitaires ont des craintes concernant le recrutement de chefs de clinique (voir article sur Nicolas Revel DG de l’APHP)..
Notre confrère ministre de la santé ne trouve rien d’autre que d’avouer que l’on a encore besoin de médecins « mercenaires » quitte à mieux encadrer leurs conditions d’exercice (cela a déjà été fait au niveau législatif sans résultats, avec une surenchère entre établissements). Il rêve et souhaite la venue de médecins libéraux rémunérés davantage que nos praticiens hospitaliers. Nous avons connus cela avant la réforme Debré: les médecins libéraux venaient « faire leur marché » dans nos services et pratiquaient les actes rémunérateurs dans leurs cliniques lucratives. Ces pratiques étaient fréquentes avec une partie des médecins à temps partiels dans les années 1970-1990 avant la généralisation du temps plein.
L’interview du Dr BRAUN qui n’est pas inintéressant, montre bien que les contraintes financières ne vont pas lui permettre d’avoir une marge de manoeuvre significative pour augmenter l’attractivité des hôpitaux et pour revaloriser les actes sous-cotés des médecins libéraux. On sait que le Président Macron s’est engagé à revenir d’ici 3 ans aux 3% de déficit, alors qu’il augmente notre dette avec la remis sur l’essence de 30cm à tous les français (et pas uniquement à ceux qui en ont absolument besoin), alors que le prix du baril de pétrole a bien diminué (baril de Brent de 120 à 91$).
Concernant le fonctionnement cet été des hôpitaux, on voit que le vécu des hospitaliers, personnels soignants et praticiens, est très différent de la vision du Dr Braun. Un nombre important d’urgences fermées en Août, des centres 15 débordés avec des attentes jusqu’à plus d’une heure, la poursuite de démissions ou d’arrêts maladie. Les revalorisations des gardes accordées dans le cadre de l’application des mesures de la mission Flash, non versées ou reculées dans nombre d’hôpitaux, ce qui ne va pas renforcer leur attractivité!
Les syndicats de praticiens, et de personnels sont très attachés aux rémunérations, au temps et conditions de travail, mais s’ils critiquent l’absence de vision politique (INPH), ils ne semblent pas avoir de solution miracle pour sortir de la crise hospitalière, pour améliorer l’accès aux soins…