Déserts médicaux : et si l’opposition devançait le gouvernement en imposant une régulation ?
Par Anne Soetemondt
Publié le jeudi 8 septembre 2022 à 06h18

Faut-il obliger les jeunes médecins à s’installer en zones tendues ? Le député socialiste Guillaume Garot compte sur la nouvelle configuration de l’Assemblée pour pousser un projet de loi sur les déserts médicaux. Son espoir : prendre de cours le gouvernement et imposer une forme de régulation.
Recherche généralistes. Élu de Mayenne, un désert médical, voilà des années que Guillaume Garot milite pour une loi régulant l’installation des jeunes médecins dans des territoires en manque de praticiens. Depuis 2016, le député socialiste a déposé, sans succès, quatre propositions de loi en ce sens. En début d’été, il tente une nouvelle méthode, lance un appel aux députés de toute couleur politique (sauf RN) à plancher sur un sujet concernant 8 millions de Français et qui va s’aggraver dans les années à venir. « On va arriver au creux de la démographie médicale », argue-t-il.
Une quarantaine de ses collègues répondent présents : LFI, LR, PC, écologistes, LREM, Modem, etc. Depuis, trois réunions se sont tenues à l’Assemblée. Les auditions ont débuté cette semaine. « Notre démarche est simple : dire qu’au-delà des étiquettes politiques, il peut y avoir des convergences autour de solutions partagées et concrètes », explique Guillaume Garot.
Une politique publique d’installation des médecins ?
Mais jusqu’où pourrait aller le consensus ? Interdire l’installation dans certaines villes ? C’est le souhait de certains députés Horizons, parti d’Édouard Philippe. Utiliser la coercition ? Obliger les jeunes diplômés à exercer trois ans dans un désert médical en début de carrière ? C’est l’option défendue par Guillaume Garot. À droite, certains réfléchissent d’avantage à la mise en place de « docteur junior » comme le défendait Valérie Pécresse lors de la dernière présidentielle : introduire un stage d’un an, dans le cadre des études de médecine, à effectuer dans un territoire donné. Sachant que les futurs médecins généralistes doivent déjà travailler pendant 3 ans comme internes dans les différents hôpitaux de France (dont un an comme « docteur junior »).
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Guillaume Garot le sait, il reste donc du travail avant de présenter un texte commun « avant la fin de l’automne ». Le processus est toujours en cours, les auditions à leur tout début : élus locaux, associations d’usager, représentants des médecins… Le député socialiste mise toutefois sur « des esprits qui ont mûri » et sur une Assemblée sans majorité absolue : « Je me réjouis car on a une situation politique peut-être plus ouverte qu’elle ne l’était. Si des députés de droite et de gauche sont capable de se mettre d’accord sur de vraies solutions, alors faisons-le ! » Pour ce faire, le député insiste sur la démarche collective à mener. Pourquoi pas plusieurs co-rapporteurs ?
Un parlement à l’offensive
L’initiative a-t-elle des chances d’aboutir ? Trop tôt pour le savoir. Si une quarantaine de députés y travaillent, il en faudra 289 pour former une majorité. On en est loin. Mais ce groupe de travail a des atouts à faire valoir. Transpartisan, il est conforme à la méthode défendue par la nouvelle présidente de l’Assemblée nationale, la marcheuse Yaël Braun-Pivet.
Difficile pour un gouvernement qui a fait de la lutte contre la désertification médicale une priorité de le balayer. « Il n’y a aucun tabou », fait savoir l’entourage du ministre de la Santé. Lors de sa campagne, Emmanuel Macron avait évoqué « une forme de régulation pour l’installation des médecins » tout en rejetant toute forme de coercition.