Des contrats d’assurance toujours trompeurs
CHRONIQUE

Rafaële Rivais
Les définitions trop restrictives et les clauses d’exclusion floues induisent en erreur les assurés… même les plus avertis ! Le médiateur de l’assurance l’a, à nouveau, déploré lors de la présentation de son rapport annuel… quiz à l’appui.
Publié hier à 06h00, mis à jour hier à 06h00 Temps de Lecture 2 min. https://www.lemonde.fr/argent/article/2022/08/30/des-contrats-d-assurance-toujours-trompeurs_6139467_1657007.html
Il y a souvent un abîme entre ce que l’assuré attend de son contrat et ce que l’assureur y a mis : le médiateur de l’assurance, Arnaud Chneiweiss, s’en est désolé, lundi 29 août, à Paris, lors d’une conférence de presse destinée à présenter son rapport pour l’année 2021.
Pour convaincre les membres de l’Association nationale des journalistes de l’assurance, devant lesquels il s’exprimait, du caractère « trop restrictif » de certaines définitions utilisées par les assureurs, il a lancé un petit quiz.
Lire aussi : Attention aux assureurs qui jouent sur les mots
« Les quatre situations suivantes constituent-elles un accident, couvert par l’assureur ? », a-t-il demandé, avant de rappeler que l’« accident » est généralement défini comme « toute atteinte corporelle, non intentionnelle de la part de l’assuré, provenant exclusivement et directement de l’action soudaine et imprévisible d’une cause extérieure ».
- L’assuré glisse sur une flaque d’huile présente sur un trottoir.
- L’assuré tombe dans l’escalier de sa maison en raison d’un malaise.
- L’assuré se blesse au genou lors d’un entraînement sportif, en faisant un faux mouvement lors d’une rotation.
- L’assuré se blesse en essayant d’attraper un réfrigérateur qui était en train de basculer, alors qu’il le portait.
Lire aussi : L’assureur n’indemnise pas toujours la mort brutale
Nombre de journalistes, bien que supposément avertis, se sont trompés. Voici les réponses :
- Oui, il s’agit d’un accident : la flaque d’huile, cause extérieure, occupe une « position anormale » sur le trottoir. L’assurance doit donc jouer.
- Non, il ne s’agit pas d’un accident : le malaise constitue une cause interne et non externe… L’assurance ne doit donc pas jouer.
- Non, il ne s’agit pas d’un accident, la torsion du genou ne constituant pas une cause extérieure.
- Oui, il s’agit d’un accident : le réfrigérateur en mouvement, cause extérieure, présentait une dynamique anormale sans laquelle le sinistre ne serait pas survenu.
« Affections psychiques »
Le médiateur de l’assurance est aussi revenu sur les « clauses d’exclusion floues », qui figurent encore dans les polices d’assurance, alors qu’elles sont illégales.
Il a invité son public à dire si, dans la situation suivante, la clause d’exclusion doit jouer ou non : M. X adhère à un contrat d’assurance de groupe devant lui verser des prestations en cas d’incapacité de travail. A la suite d’une dépression nerveuse (sans hospitalisation), pendant laquelle il arrête de travailler, il demande à être indemnisé. L’assureur refuse. Il lui oppose la clause de son contrat qui exclut « la dépression nerveuse, les affections psychiatriques et les affections psychiques ». A-t-il raison ?
Lire aussi : A quand des assurances moins floues ?
Non, a répondu M. Chneiweiss. Le code des assurances dit en effet que les clauses d’exclusion doivent être « formelles et limitées », c’est-à-dire, selon la jurisprudence, « claires, dénuées d’ambiguïté, et non sujettes à interprétation ». Les termes « dépression nerveuse » sont certes clairs, mais comme ils sont suivis d’une notion floue, « les affections psychiques », censée être bannie, l’« ensemble de clause » doit être invalidé.
C’est ce qu’a jugé récemment la Cour de cassation à propos d’une clause excluant « les invalidités résultant de lombalgie, sciatalgie (…) et autre mal de dos ». L’expression « et autre mal de dos », bien qu’accolée à des termes précis, a valu à l’assureur (CNP) l’invalidation de toute la clause, jugée inopposable à l’assuré.
Lire aussi : Le client se prend les pieds dans le tapis au supermarché
Le médiateur demande donc que les formules imprécises telles que l’« inobservation des règles de l’art », le « défaut d’entretien » ou la « négligence de l’assuré » rejoignent la cohorte des expressions bannies comme le « bon père de famille » ou les « maladies sexuellement transmissibles ».
Rafaële Rivais