Argenteuil accueille une expérimentation privée pour lutter contre les déserts médicaux
Le leader français de l’hospitalisation privée Ramsay Santé a ouvert un centre de médecine générale dans l’un des quartiers les plus défavorisés d’Argenteuil (Val d’Oise). Grâce à un nouveau mode de rémunération, des médecins se sont installés dans ce désert médical.
Devenue un véritable désert médical, Argenteuil a décidé de se tourner vers le privé pour ouvrir un centre de médecine générale dans l’un de ses quartiers défavorisés. (Bastien Louvet/SIPA)
Par Hugo Robert
Publié le 26 août 2022 à 14:09
Attirer de nouveaux médecins généralistes est devenu une gageure pour les collectivités. Et dans les déserts médicaux comme Argenteuil (Val-d’Oise), c’est même un véritable parcours du combattant. La municipalité a ainsi décidé de se tourner vers le privé pour tenter d’endiguer le phénomène. Elle accueille l’expérimentation d’un centre de santé porté par le leader français des cliniques privées Ramsay Santé dans son quartier le plus défavorisé du Val Notre-Dame.
Deux médecins et une infirmière sont déjà à pied d’oeuvre dans ce secteur qui manque cruellement d’offre médicale. D’ici l’année prochaine, un médecin et deux infirmières supplémentaires les auront rejoints. Avec 4,5 généralistes pour 10.000 habitants, la ville est largement en dessous des standards nationaux, de l’ordre de 9 pour 10.000 habitants.
Expérimentation d’un nouveau modèle
A l’instar de quatre autres territoires, Argenteuil a été choisie dans le cadre d’une expérimentation permise par l’article 51 de la loi de financement de la Sécurité sociale de 2018 qui favorise les innovations de santé. Le modèle porté par Ramsay Santé bascule de la facturation à l’acte vers un système de paiement à la carte, dit par « capitation ». En fonction de l’âge, du sexe et des pathologies, un forfait fixé par l’Etat est appliqué au patient qui a désigné un médecin traitant dans le centre de santé. Ce modèle promet ainsi un suivi médical global pour le patient, fortement axé vers la prévention.
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Quand des médecins cherchent à réinventer l’exercice libéral
La branche Ramsay Santé, filiale du groupe australien Ramsay Health Care – qui a réalisé un chiffre d’affaires de 4,3 milliards d’euros, en croissance de 6 % – a principalement réussi à diffuser ce modèle dans les pays d’Europe du Nord. Et entend bien réussir à s’imposer en France. « Les Suédois l’ont fait plus tôt après des problèmes de démographie médicale et ils sont passés au modèle de la capitation aujourd’hui », note Janson Gassia, directeur de soins primaires de Ramsay Santé.
Mode de rémunération attractif
Un salaire attractif et un cadre de travail adapté aux aspirations d’une partie de la nouvelle génération de généralistes. C’est la recette gagnante de Ramsay pour s’implanter dans la médecine de ville. Avec une fourchette de salaire comprise entre 5.500 et 6.300 euros net selon les zones géographiques pour un temps plein de 40 heures dans un cabinet partagé, l’offre séduit les praticiens. « Les jeunes médecins ne veulent plus s’installer seul dans un cabinet, c’est fini », observe Janson Gassia.
Les jeunes médecins ne veulent plus s’installer seul dans un cabinet, c’est fini
Janson Gassia Directeur de soins primaires de Ramsay Santé.
Tout est mis en oeuvre pour décharger le travail du médecin et optimiser le temps de consultation et de suivi des patients. Les relations avec les caisses de santé et les prises de rendez-vous sont assurées par d’autres personnels. « C’est un bon outil de prévention qui permet de limiter l’impact des maladies chroniques qui coûtent cher aux patients et à la Sécurité sociale », soutient également Janson Gassia. Et ce modèle permet aussi selon Ramsay Santé d’augmenter le taux de patients traités par un médecin. Sur le nouveau centre d’Argenteuil, chaque médecin suivrait près de 2.200 patients, contre 1.500 en moyenne pour un libéral.
Limites des initiatives communales
Avec ces arguments, Ramsay Santé n’a pas mis longtemps à trouver des villes séduites par son offre, tant il est difficile pour elles de trouver des leviers efficaces. Alors que l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France cherchait deux villes pour cette expérimentation, le profil d’Argenteuil s’est distingué par le fort nombre de départ en retraite de ses généralistes. « Quand j’ai entendu parler de cette expérimentation, je me suis battu immédiatement pour en être », assure Georges Mothron, le maire (LR) d’Argenteuil.
Pour freiner cette tendance, la ville a pourtant multiplié les initiatives de son ressort, avec un impact limité. Ainsi, la bourse communale lancée à destination des jeunes médecins désirant s’installer à Argenteuil « n’a pas encore vraiment pris », déplore l’édile. Idem pour les centres municipaux de santé, qui n’ont pas toujours pas assez de praticiens. Par conséquent, le modèle privé continue de gagner du terrain. Dans le quartier du Val d’Argent sud, c’est un autre pôle de santé privé, porté cette fois par Sagéo, qui ouvrira ses portes dans 18 mois.
Hugo Robert
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Commentaires:
UFML Laisser la main a des grands groupes et empêcher les médecins d’accéder aux mêmes rémunérations en libéral !
Philippe S’il y a des volontaires pour devenir salariés de Ramsay ou Sageo….ça les regarde
La grande majorité des conflits à régler dans le futur proche concerné et concernera ces contrats de travail ….notre équipe d’avocats est prête
Alain réflexion strictement personnelle : la sécu a mangé son pain blanc : nos syndicats se font balader mais des groupes financiers internationaux , quand ils seront un peu partout avec ces structures , lui feront manger son chapeau et ils obtiendront ce que nous n’avons jamais réussi à avoir …
Et quand cela ne sera plus assez rentable pour eux, ils vireront le médecin !
Et 2 centres qui ouvrent rien que sur Argenteuil… m’est d’avis qu’on peut faire son beurre avec la santé… enfin pas quand on est un simple petit libéral persécuté par la caisse…
Ce qui est rare est cher ??? Il vont en gagner des sous sur notre dos
Michel Apres on appelle les choses comme on veut: libéral salariat capitation centre de santé maison médicale c’est juste histoire de noyer le poisson….tant que les rémunérations après charges et impôts ne seront pas correct en regard du niveau de formation et de responsabilités tant que les heures travaillées ne seront pas raisonnables tant que les retraites ne seront pas revalorisées ils ne trouveront plus personne qui veille encore exercer ce métier ne n’est guère plus compliqué que cela.. D4autant plus que les pays étrangers nous accueillent volontiers ailleurs en Europe pas besoin d’y réfléchir 10 ans pour le comprendre
Mickey En même temps, si personne n’a été foutu de mettre un truc correct en place, ce sont les gros groupes qui vont choper le bingo…
Stephan Mickey Fk exactement
4 leviers:
pression sur les MG pour voir plus de patients, si le rendement horaire est insuffisant, tu sera viré.
Recrutement forcé de patients pour les cliniques du groupe( secteur 2 et dépassements très recommandés)
Menace de départ total de la structure et d’abandon des populations si la capitation n’est pas augmentée
Pression à la baisse sur les salaires