L’essai d’irrigation dans le Beaujolais soulève de nombreuses questions techniques et administratives. 

Sécheresse dans le Beaujolais : une expérimentation d’irrigation actuellement menée sur quelques parcelles de vignes

Menée depuis un an par le centre de recherche des viticulteurs du Beaujolais, l’essai soulève de nombreuses questions techniques et administratives. 

Par Richard Schittly(Bagnols, envoyé spécial)Publié aujourd’hui à 10h41, mis à jour à 10h58  

https://www.lemonde.fr/climat/article/2022/08/22/une-experimentation-d-irrigation-actuellement-menee-sur-quelques-parcelles-du-beaujolais_6138670_1652612.html

Irriguer la vigne ? Face aux épisodes récurrents de sécheresse, l’idée est désormais sérieusement envisagée dans le vignoble du Beaujolais. Depuis un an, une expérimentation d’irrigation est menée sur deux parcelles, dans le centre de recherche vitivinicole de la Sicarex, situé dans le domaine du Château de l’Eclair, à l’ouest de Villefranche-sur-Saône. Une technique d’arrosage au goutte-à-goutte et une autre d’aspersion sont mises en place sur des rangs de vigne.

La solution semble prometteuse pour assurer l’apport d’eau nécessaire au développement de la vigne. Elle pourrait combler les longues périodes sans pluie. Mais la perspective de l’irrigation soulève encore de nombreuses questions techniques. A commencer par la source d’eau : forage souterrain, canalisation depuis la Saône proche ou retenues collinaires ? Le sujet est sensible, dans un contexte contraint. Soumise à autorisation et régulation, l’irrigation suppose un long parcours administratif et des financements importants.

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D’autres expérimentations sont engagées par la Sicarex et ses partenaires pour lutter contre les effets du changement climatique. De nouveaux porte-greffes sont testés. Il s’agit de la partie basse du plant de vigne, plantée dans le sol. Des ceps aux racines plus longues sont plus adaptés aux périodes de sécheresse. Le centre de recherche fait également des essais de filets d’ombrage disposés sur les vignes pour limiter la chaleur des rayonnements solaires.

Un appel au dialogue

Les viticulteurs commencent à planter des céréales légumineuses à proximité de leurs vignes, afin de produire plus d’humidité et de fraîcheur. Ils savent aussi que certains cépages sont plus résistants à la sécheresse. Actuellement, les appellations d’origine contrôlées (AOC) du Beaujolais reposent sur le cépage du gamay pour le vin rouge, et du chardonnay pour le vin blanc. L’utilisation d’autres cépages ne rentrerait pas dans l’AOC, à moins d’une modification du cahier des charges

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Irrigation, cépages ou modifications dans les pratiques : toutes les recherches en cours devront se conjuguer avec les règles administratives. Les viticulteurs en appellent donc au dialogue avec l’administration, pour favoriser des solutions rapides et concrètes. La question des assurances constitue un autre enjeu. « L’assurance aléa climatique est actuellement calculée pour une période de dix ans, le délai est beaucoup trop long. Il se passe tellement de choses différentes en dix ans, nous sommes dans l’instabilité », confie un vigneron, qui préfère rester anonyme sur ce sujet sensible.

Richard Schittly(Bagnols, envoyé spécial)

Dans le Beaujolais, les vignerons à l’épreuve de la sécheresse : « Nous vivons de près le changement climatique »

Vendanges précoces, grains réduits, feuilles roussies… Confrontés à une longue sécheresse, les producteurs cherchent des solutions pour sauver leurs récoltes mais s’avouent « un peu perdus » face aux effets du changement climatique. 

Par Richard Schittly(Bagnols, Rhône, envoyé spécial)Publié aujourd’hui à 01h20, mis à jour à 10h39  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/08/22/nous-vivons-de-pres-le-changement-climatique-dans-le-beaujolais-les-vignerons-a-l-epreuve-de-la-secheresse_6138632_3244.html

Les vendanges précoces du domaine JP Rivière, à Bagnols (Rhône), le 19 août 2022.
Les vendanges précoces du domaine JP Rivière, à Bagnols (Rhône), le 19 août 2022.  CLAIRE JACHYMIAK / HANS LUCAS POUR « LE MONDE »

De mémoire de vigneron, jamais les vendanges n’ont débuté aussi tôt dans le Beaujolais. Le ban a été fixé mercredi 17 août, calculé en fonction de la maturation du raisin. Directement provoqué par le dérèglement climatique, ce record de précocité suscite de l’inquiétude dans cette région riche de dix crus et douze appellations, située au nord de Lyon, entre la vallée du Rhône et la Bourgogne. Le vignoble du Beaujolais compte près de 17 000 hectares de vignes plantées et produit environ 1 million d’hectolitres par récolte.

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« Nous n’avons jamais connu une sécheresse d’une telle intensité, plus exactement d’une telle durée. Le manque d’eau a commencé dès le mois de mars. En 2019, nous avions connu une sécheresse qui s’était limitée à l’été, témoigne Jean-Pierre Rivière, 58 ans, en montrant les grappes aux grains réduits, parfois complètement déshydratés, qui ressemblent à des raisins de Corinthe. Cette année, c’est depuis le printemps. Le feuillage est à la peine. La vigne souffre. Le raisin ne s’est pas développé complètement. »

En parcourant les parcelles du viticulteur, situées autour de Bagnols (Rhône), au sud du Beaujolais, les effets de la sécheresse sont observables immédiatement. Dans certains secteurs, les feuilles de la vigne ont roussi. Elles se cassent comme des brindilles. Les plans les plus jeunes sont les plus fragiles : les ceps sont moins épais, les racines moins profondes et donc plus sensibles au manque d’eau.

Il suffit d’un léger changement de sol pour voir la différence du volume de feuillage sur une même ligne de vigne. Dans les secteurs argilo-calcaires du Beaujolais, la vigne est plus verte, favorisée par la retenue d’humidité dans la terre. Sur les sols granitiques, répandus au nord, la situation est plus difficile.

Les bans reculent inexorablement

Issu d’une famille de viticulteurs depuis trois générations, Jean-Pierre Rivière se souvient d’avoir été choqué par la grande canicule de 2003, qui avait frappé la France entière de plein fouet. Cette année-là, le ban des vendanges avait été fixé le 8 août. Du jamais-vu. Né en 1922, son père lui avait alors dit : « Cela me rappelle la sécheresse de 1947. » Jean-Pierre Rivière en avait déduit que le phénomène pouvait se produire une ou deux fois par siècle. Or, les épisodes de chaleur se multiplient et semblent s’accélérer depuis douze ans. La date du ban des vendanges a été fixée à dix reprises en août au cours des vingt dernières années.

« En quarante ans, nous avons avancé de trois semaines en moyenne la date des vendanges », indique le vigneron, qui est aussi président de la Sicarex Beaujolais, une société coopérative de recherche expérimentale. L’organisme interprofessionnel et la chambre d’agriculture du Rhône relèvent régulièrement les indicateurs d’évolution de la vigne. Les données confirment l’intuition des vignerons.

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Depuis 1970, les bans de vendanges reculent inexorablement. En même temps, le poids moyen des grappes de raisin baisse. Cette année, les viticulteurs récoltent des grappes de 75 grammes en moyenne, contre 100 grammes en 2021. « C’est le poids le plus faible des vingt-cinq dernières années, confirme Florence Hertaut, 46 ans, responsable de l’équipe viticulture de la chambre d’agriculture du Rhône. La vigne est assez résiliente. Malgré des contraintes hydriques très sévères, la maturation a pu aller jusqu’à son terme. La qualité sera au rendez-vous. Mais la baisse de quantité pose des questions pour l’avenir, pour la viabilité des entreprises. » Selon les prévisions, la récolte 2022, qui devrait s’étaler sur trois semaines, va diminuer en volume de 25 % à 30 % par rapport aux moyennes précédentes. Plusieurs viticulteurs estiment la production à 33 hectolitres de vin par hectare récolté, contre 45 hectolitres selon la moyenne des dix dernières années.

Trop jeunes, les pieds de vigne de Gamaret ont beaucoup souffert de la sécheresse. Au domaine JP Rivière, à Bagnols (Rhône), le 19 août 2022.
Trop jeunes, les pieds de vigne de Gamaret ont beaucoup souffert de la sécheresse. Au domaine JP Rivière, à Bagnols (Rhône), le 19 août 2022.  CLAIRE JACHYMIAK / HANS LUCAS POUR « LE MONDE »
Les raisins de la parcelle de Gamaret ne produiront pas de jus. Au domaine JP Rivière, à Bagnols (Rhône), le 19 août 2022.
Les raisins de la parcelle de Gamaret ne produiront pas de jus. Au domaine JP Rivière, à Bagnols (Rhône), le 19 août 2022.  CLAIRE JACHYMIAK / HANS LUCAS POUR « LE MONDE »

Cette baisse du rendement peut atteindre 50 % dans les parcelles orientées plein sud. Par conséquent, celles orientées au nord deviennent très recherchées dans le Beaujolais, composé de multiples collines. Un comble pour une activité qui se nourrit du soleil depuis la nuit des temps.Lire aussi :  Article réservé à nos abonnésLe rebond de la production viticole française suspendu à la sécheresse

« Dans les secteurs au sud, le plant se défeuille et le raisin dépérit. Les vendanges en août, c’était l’exception dans le passé. Depuis quelques années, le phénomène se répète. Les années difficiles d’un point de vue climatique sont récurrentes, confie Frédéric Sambardier, 47 ans, associé avec son frère Damien dans l’exploitation du domaine du Manoir du Carra, constitué de 45 hectares de beaujolais-villages, Brouilly, Fleurie ou Moulin-à-Vent. En réalité, nous observons des excès dans les épisodes météorologiques, que ce soit la sécheresse, la violence des orages ou des averses. Comme tous les producteurs agricoles, nous vivons de près le changement climatique. »

Dérèglement constaté, vécu et craint

Dans les vignes du Beaujolais, le dérèglement climatique est constaté, vécu et craint au quotidien. Avec de multiples conséquences. Les épisodes de gel sont plus dévastateurs sur des vignes qui se développent plus tôt dans l’année. Les maladies les plus connues, comme le mildiou ou la pourriture grise, ont cédé la place à l’oïdium, un champignon autrefois répandu dans le sud de la France, mais pas dans le vignoble du Beaujolais. « Nous avons le climat du Vaucluse d’il y a quarante ans. Nous faisons face à des changements beaucoup plus rapides que dans le passé », dit Jean-Pierre Rivière.

Dans le domaine qui porte son nom, le viticulteur a commencé la récolte de chardonnay, dans la parcelle de Boiterolle. Vendredi 19 août, une équipe d’une vingtaine de vendangeurs s’active depuis 7 heures du matin. Le temps de la récolte ne change pas, lui. Il faut ramasser toutes les grappes, même les plus rétrécies. C’est dans le pressoir et les cuves de maturation que la différence se sentira. Avec des degrés d’alcool en hausse. « La chaleur donne plus de couleur et de concentration au raisin, cela peut être un avantage pour sa qualité, mais il ne faut pas que cela change l’image du Beaujolais, il faut préserver son équilibre », explique Jean-Pierre Rivière

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Une situation préoccupante qui requiert des solutions pragmatiques. Les vignerons laissent par exemple pousser l’herbe au milieu des lignes de vigne. Au cours de l’année, ils la coupent et la broient en partie, pour créer un humus capable de mieux retenir l’humidité au milieu des rangs. Lorsqu’ils taillent les vignes, ils laissent volontairement les branches sur le sol, pour renforcer cet écosystème plus humide. Autre mesure : la taille des plants se fait plus importante, pour réduire leur hauteur et donc ralentir leur maturation. « Nous allégeons la plante pour qu’elle résiste mieux », indique Jean-Pierre Rivière.

Des choix cruciaux pour l’avenir

Ces nouvelles mesures changent des pratiques multiséculaires. « Nous essayons d’anticiper, mais le temps de la vigne est un temps long. Nous travaillons parfois sur des vignes plantées par nos grands-parents. En réalité, nous sommes un peu perdus, il ne faut pas se le cacher. Ces cinq dernières années, nous n’avons eu qu’une seule année normale. Le changement climatique va plus vite que les rapports du GIEC [le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat]. Il faut qu’on se prépare à pire que ce à quoi on pensait », estime David Ratignier, 52 ans, exploitant du Château du Bluizard et vice-président de l’Inter Beaujolais, organisme interprofessionnel regroupant producteurs et négociants.

En plein aléa climatique, les vignerons du Beaujolais sont confrontés à des choix cruciaux pour l’avenir de leur terroir, dans une période où les jeunes hésitent à reprendre les exploitations. La moitié des vignerons approche l’âge de la retraite, et seulement trois sur dix ont la certitude d’un repreneur.

Une parcelle de chardonnay qui a un peu moins souffert de la sécheresse, au domaine JP Rivière, à Bagnols (Rhône), le 19 août 2022.
Une parcelle de chardonnay qui a un peu moins souffert de la sécheresse, au domaine JP Rivière, à Bagnols (Rhône), le 19 août 2022.  CLAIRE JACHYMIAK / HANS LUCAS POUR « LE MONDE »

« La récolte dépend du temps, et le temps se dérègle. Nous sommes tous dans le même bateau. La profession se mobilise. Les agriculteurs sont trop souvent montrés du doigt et déconsidérés. La recherche des solutions pour sauvegarder la vigne, comme les autres cultures, concerne toute la population du pays, c’est l’intérêt commun », insiste David Ratignier. « Nous sommes confrontés à un défi, nous devons rapidement évoluer dans nos pratiques, sans nous tromper, sans compromettre notre qualité. On lit beaucoup de choses dans les livres, mais ça ne marche pas toujours », ajoute Frédéric Sambardier.

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Richard Schittly(Bagnols, Rhône, envoyé spécial)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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