Emmanuel Macron et l’écologie, le procès perpétuel
Planification pas assez ambitieuse, manque d’anticipation des problèmes climatiques… Le chef de l’Etat, comme durant son premier quinquennat, continue d’être critiqué par la gauche écologiste pour sa politique environnementale.
Par Claire Gatinois et Alexandre LemariéPublié aujourd’hui à 05h39, mis à jour à 17h30
Temps de Lecture 5 min.

Quand la Gironde brûlait, il était à Paris. Ce mercredi 27 juillet, les forêts de l’Hérault s’embrasent et le voici en Essonne. Il y est toujours question d’incendies, de ces feux de chaume qui ont ravagé des cultures et détruit des maisons, de ceux passés, en 2006 et 2018, qui enseignent la manière de replanter. Il s’agit toujours d’évoquer la sécheresse et les conséquences du réchauffement climatique qui ont fait suffoquer le pays ces derniers jours. Mais Christophe Béchu, nouveau ministre de la transition écologique d’un pays en surchauffe, donne le sentiment, depuis son entrée au gouvernement le 4 juillet, d’être à contretemps.
Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Climat : malgré les incendies en Gironde, Emmanuel Macron s’accroche à sa feuille de route
Calme quand il faudrait s’agiter, serein quand on devrait s’inquiéter. « Quand le feu éclate, la priorité des pompiers n’est pas de recevoir des personnalités », balaie-t-il. « Mon sujet n’est pas de produire une somme de réactions au coup par coup mais de définir une trajectoire de décisions publiques qui se calent sur une stratégie de décarbonation globale. C’est sans doute moins sexy mais c’est plus efficace », souligne-t-il, évoquant un plan qui sera présenté à l’automne où chaque mesure ne sera plus seulement évaluée en euros mais aussi en tonnes de carbone évitées.
Lorsqu’il a été nommé à la tête du ministère qui chapeaute les portefeuilles des collectivités, des transports, du logement, de l’écologie et de la ruralité, l’ancien maire d’Angers a été pris de vertige. Homme de droite assumé, il n’ignore pas être à la tête du « ministère de l’impossible », celui du « pas assez » et des injonctions contradictoires. Mais, au fond, « pourquoi est-ce que je fais de la politique ? Pour ça », confie-t-il, paraphrasant le testament de Richelieu : « La politique ce n’est pas l’art du possible, c’est le fait de rendre possible ce qui est nécessaire. »
Manque de convictions
Secrétaire général d’Horizons, le parti d’Edouard Philippe qui s’était plaint d’avoir été maltraité lors de la première composition du gouvernement d’Elisabeth Borne fin mai, l’homme est un objet politique pas tout à fait « macroniste » mais déjà honni de la plupart des écologistes. Son mandat à peine entamé, il hérite de l’image d’Emmanuel Macron, régulièrement taxé d’« inaction climatique ». Un opprobre lié à la condamnation de l’Etat en 2021.
Un malentendu, rappelle sempiternellement le président de la République. « Les condamnations qu’il y a pu avoir sur le plan de la justice ou autre sur l’inaction climatique, comme on dit, elles valent sur la période qui précède 2018. J’ai été élu en mai 2017 pour la première fois, donc je veux bien tout prendre mais je ne prends pas ça », s’est agacé le chef de l’Etat le 20 juillet, lors de son déplacement en Gironde sur le lieu des mégafeux, affirmant que la position de la France en matière de respect de l’environnement est l’une des plus favorables d’Europe. « Durant les cinq dernières années, on a doublé la baisse des émissions de gaz à effet de serre », a-t-il rappelé lors de son entretien du 14-Juillet.
Lire aussi : Les mégafeux, des phénomènes appelés à se multiplier sous l’effet du dérèglement climatique
Pourtant, rien n’y fait. Ni la convention citoyenne pour le climat, menée en 2019, ni la loi Energie-climat du premier quinquennat, ni la promesse d’accélérer le développement des énergies renouvelables ou la mise en place d’une planification écologique dépendant de la première ministre ne semblent à même de verdir l’exécutif. Le volontarisme d’Emmanuel Macron, déterminé à miser sur le progrès technologique pour pallier les effets du réchauffement sans nuire à la croissance économique, suscite le doute chez les écologistes. Ses tergiversations sur le nucléaire, désormais partie intégrante de son plan de décarbonation de l’énergie, ont aussi alimenté l’idée que l’ancien ministre de l’économie manquait de convictions en la matière.
« Quand Jacques Chirac parlait du réchauffement climatique, il avait un brevet en langues étrangères. Emmanuel Macron, lui, est un enfant du réchauffement climatique. Il est né avec l’effondrement de la biodiversité. Il a parfaitement conscience de tout. Ne pas agir est un choix »,dénonce Julien Bayou, secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV).
Mieux comprendre le changement climatiqueTest gratuit
Le retour du charbon
Que le locataire de l’Elysée ait, en 2020, devant un parterre d’entrepreneurs, ironisé sur le « modèle amish » et celui de « la lampe à huile », défendu à ses yeux par une partie des écologistes français, a attisé les antagonismes. Le chef de l’Etat faisait sans doute référence aux propos du général de Gaulle envers les nostalgiques de « l’empire » et de « la douceur des lampes à huile », mais la saillie a nourri la rancœur des Verts, les conduisant aujourd’hui à disqualifier d’entrée le plan de sobriété énergétique rendu public mardi par la première ministre. « Des petits gestes quand il faudrait un grand plan », selon M. Bayou.
Les contraintes liées à l’inflation et à la menace d’une coupure du gaz par la Russie, en riposte aux sanctions occidentales pour son rôle dans la guerre en Ukraine, ne font qu’alimenter ces tensions entre l’Elysée et ceux qui se font défenseurs du climat. Dans le cadre du projet de loi sur le pouvoir d’achat et du projet de loi de finances rectificative, votés à l’Assemblée ces derniers jours, le gouvernement a été amené à prendre des dispositions jugées « climaticides »selon Clémence Guetté, députée du Val-de-Marne pour La France insoumise (LFI).
Redoutant des pénuries d’électricité l’hiver prochain, le gouvernement prévoit de redémarrer, le 31 octobre, la centrale à charbon de Saint-Avold (Moselle), après l’avoir fermée en mars. Au-delà de ce coup de canif à la promesse de 2017 de fermer toutes les centrales à charbon, la « menace sur la sécurité d’approvisionnement en électricité » permet à l’Etat de relever le plafond de ses émissions de gaz à effet de serre. « C’est toujours la même chose, c’est-à-dire que vous ne voulez pas couper votre énergie et vous voulez sortir de ce qui pollue », a résumé Emmanuel Macron le 14 juillet, comme pris au dépourvu, s’engageant à fermer la totalité des centrales à charbon « dans les trimestres qui viennent ».
Lire aussi : Pour son entretien du 14-Juillet, Emmanuel Macron campe sur ses positions
L’article 14 du projet de loi sur le pouvoir d’achat suscite également de vives critiques : il permet la mise en service du tout premier terminal méthanier flottant en France dans le port du Havre (Seine-Maritime) afin de diversifier les sources d’approvisionnement en gaz. Selon la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), le pays se prépare ainsi à accueillir du gaz de schiste, coûteux et polluant.
« Le gouvernement revient sur la prohibition du gaz de schiste que nous allons importer des Etats-Unis. Fracturation hydraulique qui pollue les sols, émissions de méthane libérant des gaz à effet de serre équivalentes au charbon. La charte de l’environnement est bafouée », a réagi Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), ajoutant : « Le gouvernement explique qu’il s’agit de chauffer les Français l’hiver prochain. Problème : le terminal méthanier ne sera livré qu’en… 2023. »
Quant aux réductions offertes aux automobilistes sur le prix des carburants, dans le cadre du projet de loi de finances rectificative, elles témoigneraient de l’absence d’anticipation du gouvernement, selon Sandrine Rousseau, secrétaire nationale adjointe d’EELV. « On continue ce monde-là et on se tape des mégafeux, des sécheresses, des pandémies ou, ensemble, on trouve des solutions ? Rien n’est fait », s’est emportée la députée de Paris sur Europe 1, le 26 juillet.
Lire aussi : Le prix du carburant au cœur de la bataille avec les oppositions pour l’examen du budget rectificatif
Christophe Béchu concède une légère irritation liée à des mesures adoptées au Parlement pour améliorer les « fins de mois », percutant parfois la « fin du monde ». Mais le ministre, qui a pour modèle Jean-Louis Borloo, son prédécesseur lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy, veut sortir des postures. « Le pays a besoin d’apaisement. On est front contre front. Le nucléaire, la chasse… On se déchire. A quel moment renoue-t-on le dialogue ? L’homme est responsable de ce qu’on est en train de vivre, il peut être responsable de son atténuation et de son frein. Mais pas si on est sans cesse en train de se disputer », résume Christophe Béchu, sûr que son pragmatisme et celui de l’exécutif permettront d’atteindre l’objectif d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici à 2030. Un défi.
Claire Gatinois et Alexandre Lemarié