Probables coupures de courant à venir – la moitié du parc nucléaire hors circuit !

Il faut prévenir les Français sur les coupures de courant à venir 

26 juillet 2022 • Agnès Verdier-Molinié

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Ces derniers jours, on l’a vu, la pression est forte sur les entreprises pour consommer moins d’électricité : mais qu’en est-il des ménages  alors que ces derniers sont les premiers consommateurs d’électricité (33% de la consommation interne en 2019 selon RTE).

L’hiver risque d’être rude car le risque est grand que l’on connaisse de longues périodes de coupures d’électricité dans les mois d’hiver. L’épisode caniculaire dont nous venons de sortir a déjà mis notre modèle énergétique à rude épreuve avec des coupures de courant qui se sont multipliées à Marseille, à Paris et même au Touquet. Le 14 juillet dernier, le chef de l’État a annoncé la construction d’un plan « sobriété » au niveau national. Cela alors que la Commission européenne travaille également à un plan de sobriété sur le gaz et vise une baisse de 15% de la consommation, ce que rejettent déjà des Etats membres. Le risque ? Qu’on se dirige vers un rationnement de la consommation énergétique, avec des baisses de puissance et des coupures. Ce serait quand même mieux qu’on nous le dise pour pouvoir anticiper…

Les entreprises, elles, s’organisent déjà et cela à la demande des autorités. Elles ont été contactées pour éteindre leurs enseignes et réduire leurs heures d’ouverture mais pas seulement : on leur demande aussi d’accepter, contre rémunération pour certaines, l’arrêt instantané de leur activité. De très nombreuses entreprises sont en train de s’équiper de générateurs et les enseignes de la grande distribution se sont déjà accordées sur un plan commun de « sobriété énergétique » pour réduire leur consommation de 43%.

Pour les ménages, aucun scénario de crise n’est, pour l’instant disponible ou crédible. Mais il y a de quoi s’inquiéter car nous ne sommes même pas certains de pouvoir compter sur notre parc nucléaire. Sur les 56 réacteurs nucléaires restant, 26 sont actuellement à l’arrêt principalement pour des révisions périodiques, rechargement en combustible, opérations de grand carénage, et pour des problèmes de corrosion. Un gros travail est en cours pour essayer de rouvrir certains réacteurs en septembre. Combien pourront redémarrer ? Difficile à dire.

Mais il faut rappeler que notre production nucléaire a baissé de 20% depuis le début des années 2000. Au total, l’équivalent d’une douzaine de réacteurs nucléaires ont été volontairement débranchés depuis 20 ans. Malgré cela, si toutes les centrales nucléaires françaises produisaient de l’électricité normalement, ces questions sur l’approvisionnement pour les Français et leurs entreprises ne se poseraient pratiquement pas.

Au lieu de cela, la France se retrouve dans une situation ubuesque où elle doit importer de l’électricité importée produite à l’étranger à partir de gaz, de charbon et de lignite. Le projet de loi pouvoir d’achat permet même de réquisitionner les centrales à gaz, de relancer le fonctionnement et la production des centrales à charbon de St Avold et Cordemais, l’équivalent de Fessenheim en puissance !

Mais cela risque de ne pas suffire pour passer les pics de consommation de l’hiver.

Enfin, ce qui n’est surtout pas expliqué, c’est que RTE dispose d’ores-et-déjà de toutes les latitudes juridiques en la matière et pour les ménages, les coupures sont limitées à deux heures, entre 8h et 13h le matin et entre 17h30 et 20h30 le soir. Il est en vérité plus que temps d’en informer les Français, sans faire croire qu’en éteignant la lumière du couloir ou en débranchant la machine à café, le problème sera résolu.

Etat des lieux du nucléaire à l’été 2022 : la moitié des réacteurs sont à l’arrêt

22 juillet 2022 • l’équipe de la Fondation iFRAP

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Alors que les grandes et moyennes villes commencent à souffrir de coupures de courant (Marseille, Paris, Le Touquet, etc.), en France, la moitié des « tranches nucléaires » sont à l’arrêt, situation inédite qui mérite quelques explications.

Pour rappel, le nucléaire représente 40% de la consommation d’énergie primaire en France (données 2020).

Une centrale nucléaire est composée de plusieurs réacteurs, eux même, composés de plusieurs tranches nucléaires. Chaque tranche étant constitué d’un réacteur, d’une partie électrique, d’une salle de commande et d’un stock de combustible. Une tranche nucléaire produit, en moyenne, 1 000 MW.

Pour assurer une meilleure disponibilité du parc en hiver, un planning des arrêts de tranches est établi sur plusieurs années à l’avance. Ce planning prend en compte :

  • Des arrêts simples, pour rechargement en combustible et maintenance courante, normalement tous les 12 ou 18 mois, selon le mode de gestion du combustible. Leur durée est de l’ordre de 6 semaines.
  • Certaines opérations de maintenance qui sont susceptibles d’allonger ces arrêts.
  • Des arrêts pour les opérations lourdes liées au « grand carénage », beaucoup plus longs et qui s’étalent sur plusieurs mois.

Du fait de la crise du Covid, le planning des arrêts est bouleversé depuis fin 2019, notamment par l’indisponibilité des personnels qualifiés chez EDF, Framatome et les sous-traitants, voire la non-disponibilité de certains équipements de remplacements. Pour couronner le tout, la mise en évidence d’un défaut de corrosion sous contrainte sur un circuit de sécurité a nécessité la mise à l’arrêt prématurée de plusieurs unités.

29 unités sur 56 à l’arrêt

On peut donc estimer que la situation actuelle du nucléaire en France est :

  • 29 unités sur 56 sont à l’arrêt,
  • 15 tranches sont revenues de révision-rechargement depuis le début de l’année,
  • 7 unités de 900 MW ont terminé leur grand carénage depuis 2020 : Tricastin 1, Bugey 2, Bugey 4, Tricastin 2, Dampierre 1, Gravelines 1, Bugey 5,
  • Le défaut de corrosion sous contrainte (qui n’est pas forcément un défaut grave) touche 12 unités nécessitant une expertise approfondie : les 4 du palier N4, 5 du palier 1300 MWe et 3 du palier 900 MWe. EdF et l’ASN restent prudents sur le délai de remise en service de ces unités. Toutefois, le travail qu’assurent les équipes en charge permet d’espérer que la plupart pourront redémarrer à l’automne,
  • La puissance nucléaire disponible est actuellement de 29GWe. Elle pourrait atteindre 47 GWe en novembre/décembre. La mobilisation de tous les moyens de production disponibles (charbon, hydraulique y compris STEP, cogénération) pourrait apporter environ 26 GWe supplémentaires. Sauf nouvel aléa, on peut raisonnablement tabler sur une capacité de production de 73 GWe à la fin de l’année.

Un rapide bilan qui confirme les craintes que l’on peut avoir pour l’hiver prochain. Pour mémoire, la pointe historique de consommation s’est établie à 100,5 GWe en 2012. En cas de défaillance de l’approvisionnement en énergie, il faut rappeler que les ménages seront les premiers touchés. Depuis 2005, ils sont les premiers consommateurs d’électricité, passant devant l’industrie, et en 2019, ils représentaient 33% de la consommation intérieure d’électricité.

Source : RTE

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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