Canicule : des services d’urgences déjà débordés doivent accueillir les victimes de la chaleur
Alors que des records de température ont été battus dans 64 communes lundi, les services d’urgences voient arriver des patients dont les organismes ont été éprouvés par les fortes chaleurs.
Par Sabrina El MosselliPublié le 19 juillet 2022 à 23h22, mis à jour hier à 09h53
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La France suffoque, et ses services d’urgences, déjà sous l’eau en raison d’une pénurie de personnels soignants, s’essoufflent aussi. Après avoir frappé la façade atlantique, la vague de chaleur s’est déplacée vers l’est, mardi 19 juillet. Les 40 °C ont été atteints, voire dépassés, à Paris, Rouen ou encore Beauvais.
Des vagues caniculaires qui mettent les corps à rude épreuve. En région parisienne, l’hôpital Avicenne (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) connaît une « augmentation de 15 % de la fréquentation des urgences » en une semaine.« Ce qu’on voit, c’est majoritairement des cas de déshydratation, notamment chez les publics les plus fragiles, explique Frédéric Adnet, chef du service Urgences-SAMU de l’établissement. Ce sont surtout des personnes âgées de plus de 70 ans, isolées, qui ont des troubles cognitifs qui ne leur permettent pas de boire par elles-mêmes. Ces personnes nous sont adressées par des maisons de retraite, des Ehpad [établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes] ou bien des proches. » Le SAMU a également dû prendre en charge « quelques coups de chaleur », mais selon le professeur Adnet, l’hôpital n’est néanmoins pas submergé par un afflux ingérable de patients.
Le CHU de Rennes, à proximité d’une zone côtière prisée des touristes, enregistre de son côté une augmentation de « 30 % de l’activité du SAMU » et de « 10 % à 20 % » de celle des urgences depuis dimanche. « On reçoit surtout des jeunes qui font des malaises à la suite d’une exposition au soleil, ce qui se gère assez vite », confie Louis Soulat, chef des urgences. Il note néanmoins un léger afflux de personnes âgées « en décompensation » cardiaque après plusieurs jours de fortes chaleurs, ainsi que des « traumatismes graves accentués par la consommation d’alcool ». Des motifs qui nécessitent une hospitalisation et qui s’ajoutent à la« raréfaction » des lits des urgences de l’établissement.
Mais même s’il observe une augmentation du nombre de patients qui affluent vers le CHU l’été, le professeur Soulat relève une baisse du nombre de résidents d’Ehpad admis. « Ça montre que ce qui est fait depuis 2003 marche », commente-t-il. Un constat également partagé par Frédéric Adnet : « Je pense qu’il y a eu un impact majeur des campagnes de prévention. Les gens ont compris les gestes et savent se protéger. Ils connaissent les endroits climatisés où se réfugier, comme les centres commerciaux, les cinémas. »
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Le chef des urgences d’Avicenne reste néanmoins prudent. « Ce qui est inquiétant, c’est plutôt le fait que 25 % de nos lits soient fermés à l’heure actuelle. Certes, nous ne sommes pas débordés, mais nous avons tout de même une grande affluence et des patients en déshydratation, ou qui souffrent de coups de chaud, et qu’on ne peut pas allonger », regrette-t-il. A Rennes, « 13 % de nos lits sont fermés, précise Louis Soulat. On devrait atteindre notre pic de fréquentation entre le 1er et le 15 août, puisque plusieurs services d’urgences de la région ferment à partir de la semaine prochaine ».
Des risques liés aux incendies
Dans la région bordelaise, c’est une autre conséquence de la chaleur qui inquiète. 19 000 hectares de forêt ont été détruits par les incendies qui frappent la Gironde depuis le 12 juillet et 37 000 habitants et vacanciers ont dû être évacués. Si, sur le front des flammes, près de 2 000 sapeurs-pompiers sont venus en renfort de toute la France, les hôpitaux de la région se tiennent prêts « en deuxième ligne ».
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« Notre préoccupation majeure à l’heure actuelle, c’est de pouvoir se préparer s’il y a besoin d’une intervention médicale. Le risque principal, c’est l’inhalation de fumée », explique Philippe Revel, du CHU de Bordeaux.
Pour l’instant, l’établissement n’a traité aucun blessé des incendies, mais reste mobilisé en marge des déplacements de populations. « Ça génère aussi des problèmes, sociaux, mais également médicaux. Notamment pour des patients invalides, qui sont par exemple sous oxygène, et qui doivent donc être déplacés vers une structure qui peut les prendre en charge. » Quarante-neuf résidents d’un Ehpad de la zone du Pilat, menacé par les flammes, ont été accueillis par le service gériatrie du CHU de Bordeaux dans la nuit de lundi à mardi.
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Sabrina El Mosselli